Lernzettel: Esthétique et Sublime dans l'Art

📋 Plan du Cours

  1. Le plaisir esthétique désintéressé et l’universalité subjective du jugement de goût chez Kant
  2. La finalité sans fin et la nécessité exemplaire dans le jugement esthétique kantien
  3. La critique hégélienne de l’imitation et la définition du beau artistique comme manifestation de l’Idée
  4. L’art réflexif terminal et la question du kitsch chez Jeff Koons
  5. L’esthétique du sublime selon Edmund Burke et son influence sur Kant
  6. Le sublime géométrique et abstrait dans la peinture américaine de Barnett Newman
  7. La dialectique kantienne du sublime : imagination, raison et grandeur morale

📖 1. Le plaisir esthétique désintéressé et l’universalité subjective du jugement de goût chez Kant

🔑 Notions clés & Définitions

  • Matthew Barney : Artiste dont le cycle Cremaster explore des états de potentialité sexuelle et ontologique à travers des images mêlant corps en transformation, matières organiques et prothétiques.
  • Jugement de goût : = quatre catégories de la logique de l’entendement = définissent avec précision ce qu’est le beau et comment il se distingue du simplement agréable d’un côté, du bien moral de l’autre
  • Cremaster Cycle : The Cremaster Cycle, 1994–2002.

📝 Points essentiels

  • Le plaisir esthétique n’est pas lié au désir que l’objet existe, mais à la représentation elle-même, distinct de l’agréable et du bien liés à un intérêt sensible ou rationnel.
  • Le beau plaît universellement sans concept, le jugement de goût prétend à une universalité subjective fondée sur le sentiment du libre jeu des facultés.
  • Le jugement de goût prétend à une nécessité exemplaire, une satisfaction reconnue sans concept que tout sujet devrait partager.
  • C’est une universalité subjective, fondée sur le sentiment du libre jeu des facultés.

💡 À retenir

Chez Kant, le jugement esthétique est un plaisir désintéressé revendiquant une universalité subjective basée sur la structure même du jugement, sans recours à des concepts déterminés.

📖 2. La finalité sans fin et la nécessité exemplaire dans le jugement esthétique kantien

🔑 Notions clés & Définitions

  • Paris : Ville mentionnée comme lieu d’édition d’ouvrages de référence en philosophie de l’art et esthétique.
  • Gerhard Richter : Artiste dont les œuvres, incluant peintures et films, illustrent la tension entre représentation et réalité, notamment par l’usage du flou systématique pour rendre visible la distance entre phénomène et chose en soi.
  • Finalité sans fin : Forme de la finalité d’un objet qui semble organisé en vue d’une fin sans que cette fin puisse être identifiée dans un concept déterminé, caractérisant le beau artistique et le distinguant de l’objet fonctionnel ou naturel utile.
  • Nécessité exemplaire : Nécessité dans le jugement esthétique qui n’est ni une nécessité objective des lois naturelles ni une nécessité morale, mais une nécessité d’accord universel que tout sujet devrait pouvoir partager.

📝 Points essentiels

  • Le beau est la forme de la finalité d’un objet sans représentation d’une fin, c’est-à-dire que l’objet semble organisé en vue d’une fin sans qu’on puisse identifier cette fin dans un concept déterminé (§11).
  • La finalité sans fin distingue radicalement le beau artistique de l’objet fonctionnel ou naturel utile.
  • MAIS cette universalité n’est pas fondée sur un concept déterminé.

💡 À retenir

Le beau est la forme de la finalité d’un objet sans représentation d’une fin, c’est-à-dire que l’objet semble organisé en vue d’une fin sans qu’on puisse identifier cette fin dans un concept déterminé (§11).

📖 3. La critique hégélienne de l’imitation et la définition du beau artistique comme manifestation de l’Idée

🔑 Notions clés & Définitions

  • Hegel : Philosophe allemand du système idéaliste qui développe une philosophie de l'art centrée sur la manifestation sensible d'un contenu spirituel, déplaçant l'intérêt du sujet vers le contenu que l'art exprime.
  • Imitation artistique : Conception traditionnelle de l'art comme reproduction de la nature, critiquée par Hegel qui considère cette imitation comme une copie inférieure à la nature, incapable de manifester l'Idée.
  • Beau artistique : Manifestation sensible d'un contenu spirituel (l'Idée) dans l'art, supérieure au beau naturel car produite par l'esprit qui se manifeste dans la matière sensible.
  • Beau et l’imitation : Critique hégélienne de la théorie de l'imitation selon laquelle l'art ne doit pas se réduire à copier la nature, mais doit manifester l'Idée sensible, dépassant ainsi la simple reproduction.
  • Critique de la raison : Critique de la raison pratique [1788].

📝 Points essentiels

  • Hegel critique la théorie traditionnelle de l’imitation (mimèsis) en affirmant qu’elle produit une copie inférieure à la nature, qui imite mieux que l’art.
  • Le beau artistique se définit comme le paraître sensible de l’Idée, c’est-à-dire la manifestation sensible d’un contenu spirituel.
  • Le beau artistique est supérieur au beau naturel car il est produit par l’esprit qui se manifeste dans la matière sensible.
  • La position hégélienne complète la définition kantienne du beau en déplaçant l’intérêt du sujet vers le contenu spirituel manifesté par l’art.
  • La nature imite toujours mieux qu’un tableau une cerise, un visage, un ciel.

💡 À retenir

Hegel critique la théorie traditionnelle de l’imitation (mimèsis) en affirmant qu’elle produit une copie inférieure à la nature, qui imite mieux que l’art.

📖 4. L’art réflexif terminal et la question du kitsch chez Jeff Koons

🔑 Notions clés & Définitions

  • New York : Guggenheim Museum Publications, 2002.
  • Art réflexif terminal : Forme d’art qui, consciente de la fin des contenus traditionnels, s’interroge sur ses propres conditions de possibilité en prenant le kitsch comme objet d’analyse, selon une lecture hégélienne.
  • Kitsch conscient : Forme de kitsch revendiquée délibérément par l’artiste comme telle, qui devient un objet d’analyse artistique et philosophique, remettant en question la distinction entre kitsch et art réflexif.
  • Alain Renaut : Paris, Flammarion, GF, 1994, p.
  • Jeff Koons : https://www.jeffkoons.com/artwork/banality - Koons revendique une adhésion sans ironie au kitsch : “I like to think that I’am communicating with people through the subject matter of my work, which is their own life experience, their own cultural history” (Koons, entretien avec Anthony d’Offay, cité dans Jeff Koons: The Painter and the Sculptor, éd.

📝 Points essentiels

  • Jeff Koons revendique la position hégélienne d’un art réflexif terminal, conscient de son absence de contenu traditionnel, faisant du kitsch son objet.
  • Les œuvres Balloon Dogs de Koons sont des jouets de fête foraine agrandis en acier poli miroir, exemplifiant un kitsch conscient et délibéré.
  • Le kitsch est défini par Clement Greenberg comme une expérience prédigérée et des sensations simulées, mais Koons questionne si un kitsch revendiqué reste du kitsch ou devient art réflexif.
  • La réception kantienne interroge si le plaisir produit par Koons est désintéressé (beau) ou intéressé et conceptuel (kitsch), sans réponse tranchée.
  • Ou devient-il de l’art réflexif au sens hégélien, qui prend le kitsch pour objet de son analyse ?
  • La fin de l’art, Warhol, Koons et le kitsch : la post-histoire?

💡 À retenir

Jeff Koons revendique la position hégélienne d’un art réflexif terminal, conscient de son absence de contenu traditionnel, faisant du kitsch son objet.

📖 5. L’esthétique du sublime selon Edmund Burke et son influence sur Kant

🔑 Notions clés & Définitions

  • Texte : Acte fondateur d’une réflexion systématique sur le sublime comme catégorie esthétique distincte du beau, qui constitue la source directe pour la théorie kantienne du sublime.
  • Delightful horror : Plaisir ambigu et intense produit par la levée d’un état de terreur médiatisée par une sécurité suffisante, selon l’analyse empiriste et physiologique de Burke.
  • Chez Burke : Position selon laquelle le sublime provient des propriétés objectives telles que la vastitude, l’obscurité et la puissance, qui agissent directement sur le système nerveux pour produire une tension esthétique.
  • Immanuel Kant : » Immanuel Kant, CFJ, §1, trad.
  • Edmund Burke : A Philosophical Enquiry into the Origin of Our Ideas of the Sublime and Beautiful.

📝 Points essentiels

  • L’analyse de Burke est empiriste et physiologique, fondée sur l’effet direct des propriétés objectives (vastitude, obscurité, puissance) sur le système nerveux.
  • Burke distingue le plaisir positif lié au beau et la delight, plaisir ambigu issu de la levée d’un état de terreur.
  • Kant reconnaît à Burke une belle analyse empirique mais lui reproche de ne pas atteindre le fondement transcendantal des jugements universels.
  • Pour Kant, le sublime n’est pas dans les objets mais dans la conscience de la supériorité morale du sujet sur la nature.
  • → Dimension absente chez Burke (pour qui le sublime est dans l’objet) MAIS centrale chez Kant (pour qui le sublime est dans l’âme du sujet).
  • → Le sublime peut agir, selon la formule d’Ankersmit comme frappe préventive contre la terreur qui permet de ne pas en répéter les conditions MAIS cette fonction du sublime n’est possible que si la mémoire reste vivante → Le chemin qui mène de Burke (le sublime comme terreur physiologique) à Kant (le sublime comme affirmation morale de la raison) passe ainsi par cette exigence : la mémoire critique est la condition de possibilité du sublime authentique.

💡 À retenir

L’analyse de Burke est empiriste et physiologique, fondée sur l’effet direct des propriétés objectives (vastitude, obscurité, puissance) sur le système nerveux.

📖 6. Le sublime géométrique et abstrait dans la peinture américaine de Barnett Newman

🔑 Notions clés & Définitions

  • Princeton : Université américaine reconnue pour ses publications influentes en philosophie de l'art, notamment l'ouvrage After the End of Art de Danto, qui contextualise l'art contemporain.
  • Le titre : Dénomination Vir Heroicus Sublimis qui inscrit le sublime dans une dimension héroïque et subjective, soulignant la grandeur humaine face à la finitude.
  • Sublime géométrique : Forme de sublime produite par la peinture abstraite américaine, caractérisée par une vastitude et une structure géométrique qui submergent le spectateur sans recours à des objets naturels terrifiants.
  • Abstract sublime : Concept développé par Robert Rosenblum désignant l'expérience du sublime dans la peinture abstraite américaine, analogue au sublime romantique mais sans référence à la nature.
  • Produit un sublime : → A la lumière de Burke, le tableau produit un sublime par immensité (vastness) et par astonishment : le spectateur est submergé.

📝 Points essentiels

  • Newman affirme que le sublime peut être produit par la peinture abstraite, notamment dans son œuvre Vir Heroicus Sublimis.
  • Le tableau de Newman, un grand champ rouge traversé de zips, est conçu pour être vu de très près, submergeant le spectateur et reproduisant la structure burkéenne du sublime par vastitude et astonishment.
  • Newman dépasse Burke en produisant un sublime entièrement intérieur, sans objet terrifiant externe, déplaçant le sublime vers la subjectivité.
  • Le titre Vir Heroicus Sublimis inscrit le sublime dans une dimension héroïque et subjective, préparant le passage à la conception kantienne.

💡 À retenir

Newman affirme que le sublime peut être produit par la peinture abstraite, notamment dans son œuvre Vir Heroicus Sublimis.

📖 7. La dialectique kantienne du sublime : imagination, raison et grandeur morale

🔑 Notions clés & Définitions

  • Sublime mathématique : Forme du sublime où l’imagination est dépassée par l’immensité ou l’infini, incapable de former une représentation unifiée, ce qui révèle la raison posant l’idée d’une totalité inconditionnée.
  • Sublime dynamique : Forme du sublime liée à la puissance écrasante de la nature, où l’imagination est défaite face à cette force, mais la raison s’affirme dans cet échec.
  • Grandeur morale : Dimension du sujet révélée par le sentiment du sublime, correspondant à la conscience de sa liberté et à l’auto-législation de la raison selon l’impératif catégorique.
  • Raison pratique : L’impératif catégorique est le principe par lequel la raison pratique s’affranchit de l’empirique et se donne elle-même sa loi.

📝 Points essentiels

  • Le sublime kantien repose sur la défaite de l’imagination face à ce qui est absolument grand ou puissant, incapable de former une représentation unifiée.
  • Cette défaite révèle la raison qui pose l’idée d’une totalité inconditionnée inaccessible à l’imagination, générant le sentiment du sublime.
  • Kant distingue le sublime mathématique (lié à l’immensité) et le sublime dynamique (lié à la puissance écrasante).
  • Le sublime est le sentiment de la grandeur morale du sujet, lié à la conscience de sa liberté et à l’impératif catégorique.
  • L’expérience du sublime kantien est une conscience réflexive du dépassement de la finitude perceptive, illustrée par l’œuvre de Newman.
  • → = Apparaît le lien avec l’impératif catégorique, tracé dans la CRP (la formule du ciel étoilé et de la loi morale), prend toute sa portée systématique → Le sujet qui éprouve le sublime kantien est le même sujet que le sujet moral de la CRP : un sujet qui, confronté à ce qui le dépasse infiniment (la nature physique, l’immensité du cosmos), découvre en lui-même une dimension qui lui est supérieure: la liberté morale, l’auto-législation de la raison → Le sublime est ainsi le sentimentum — le sentiment — de l’impératif catégorique : la conscience émotionnelle de la grandeur morale du sujet raisonnable.
  • → Le sublime kantien repose sur une dialectique précise des facultés.

💡 À retenir

Le sublime est le sentiment de la grandeur morale du sujet, lié à la conscience de sa liberté et à l’impératif catégorique.

📅 Repères chronologiques

DateÉvénement
1788Publication de la Critique du jugement
1994Cycle Cremaster de Matthew Barney commence
2002Publication sur Jeff Koons et art réflexif terminal

📊 Tableaux de Synthèse

Comparaison du sublime chez Burke et Kant

AspectBurkeKant
Origine du sublimePropriétés objectives (vastitude, obscurité, puissance)Conscience de la grandeur morale et liberté du sujet
Type de plaisirPlaisir ambigu, lié à la terreur levéeSentiment de grandeur morale, auto-législation
FonctionEffet physiologique direct sur le système nerveuxFrappe préventive contre la terreur, conscience réflexive

⚠️ Pièges & Confusions Fréquentes

  1. Confusion entre le plaisir esthétique désintéressé et le plaisir lié à l’intérêt ou à la fonction de l’objet
  2. Mélanger la finalité sans fin avec une finalité objective ou utilitaire
  3. Confondre imitation artistique et copie inférieure selon Hegel
  4. Identifier le kitsch avec l’art sans distinction critique
  5. Oublier la distinction entre le sublime empiriste de Burke et le sublime transcendantal de Kant
  6. Confondre le sublime dans l’objet et le sublime dans la conscience du sujet
  7. Mélanger le sublime mathématique et dynamique chez Kant sans distinction claire

✅ Checklist Examen

  1. Comprendre la définition du plaisir désintéressé chez Kant
  2. Savoir ce qu’est la finalité sans fin dans le jugement esthétique
  3. Connaître la critique hégélienne de l’imitation et sa conception du beau
  4. Identifier l’art réflexif terminal et le kitsch chez Jeff Koons
  5. Maîtriser la théorie empiriste et physiologique du sublime chez Burke
  6. Différencier le sublime mathématique et dynamique chez Kant
  7. Comprendre la fonction du sublime dans la conscience morale
  8. Savoir comment le jugement de goût prétend à une universalité subjective

Teste dein Wissen

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1. Quelle affirmation correspond au sujet « Le plaisir esthétique désintéressé et l’universalité subjective du jugement de goût chez Kant » ?

2. Comment appliquer la notion de finalité sans fin dans le jugement esthétique d’un objet ?

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Plaisir esthétique — définition ?

Plaisir sans intérêt lié au sentiment du libre jeu des facultés.

Universalité subjective — rôle ?

Permet au jugement de goût d'être partagé sans concept.

Finalité sans fin — caractéristique ?

Organisation d’un objet en vue d’une fin indéfinie.

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