Lernzettel: Introduction aux illusions et énonciations théâtrales

📋 Plan du Cours

  1. Imitation directe et imitation indirecte
  2. Illusion du vrai et adhésion du public
  3. Illusions théâtrales : référentielle et spontanéité
  4. Énonciation du genre théâtral et cadre communicationnel
  5. Locuteur, énonciateur et catégories d’énonciataires
  6. Double énonciation et double destination
  7. Actes de langage et dynamique des rapports
  8. Art de persuader et rhétorique dramatique
  9. Présupposition, sous-entendu et implicite
  10. Lois conversationnelles de Grice au théâtre
  11. Formes de l’échange : monologue et aparté
  12. Dialogues conflictuels, parallèles et chorales

📖 1. Imitation directe et imitation indirecte

🔑 Notions clés & Définitions

  • Imitation indirecte : Mode d’imitation où l’on rapporte des actions par un récit, ce qui crée un décalage avec les faits.
  • Diégésis : Récit des actions relevant de l’imitation indirecte, qui installe une distance entre ce qui est raconté et le réel.
  • Imitation directe : Mode d’imitation où l’on donne à voir des êtres humains en action, par représentation, pour produire une illusion du vrai.
  • Mimesis : Représentation des humains en action correspondant à l’imitation directe, visant l’adhésion du public pendant la représentation.
  • Illusion du vrai : Effet produit par une forme achevée d’imitation qui fait accepter comme vrai ce qui est montré sur scène, le temps du spectacle.

📝 Points essentiels

  • Chez Aristote, l’art littéraire se comprend comme deux modes d’imitation : le récit (poésie/théâtre) et la représentation, selon le type de mise en scène des actions.
  • L’imitation indirecte (diégésis) passe par le récit des actions et installe un décalage avec les faits, ce qui met en avant la figure du narrateur.
  • L’imitation directe (mimesis) correspond au poème dramatique : il donne à voir immédiatement et représente les êtres humains en action.
  • Le théâtre vise une adhésion du public : ce qui se passe sur scène est admis comme vrai pendant la représentation, ce qui relève d’une illusion du vrai.
  • L’illusion théâtrale combine une immédiateté (effet de présence) et une illusion référentielle : des objets évoqués peuvent être perçus comme réels même s’ils ne sont pas présents.
  • En stylistique, l’analyse porte sur la trame du texte : on a une appréhension lacunaire de la pièce, car le théâtre est d’abord écrit pour être joué, ce qui rend l’efficacité persuasive du langage centrale.

💡 Astuce mémo

Diégésis = « je raconte » (décalage) ; Mimesis = « je montre » (adhésion/illusion du vrai).

📖 2. Illusion du vrai et adhésion du public

🔑 Notions clés & Définitions

  • Illusion référentielle : L’illusion référentielle est un effet qui fait croire que le récit correspond au réel, grâce à la manière dont le texte organise la croyance du lecteur ou du spectateur.
  • Déictiques : Les déictiques sont des marqueurs de repérage (comme ici, maintenant, je, tu) qui ancrent le discours dans une situation et renforcent l’impression de réalité.
  • Illusion de la spontanéité : L’illusion de la spontanéité est l’impression que le discours surgit naturellement, alors qu’il est en réalité préparé et mis en forme.
  • Énonciation : L’énonciation est la mise en fonctionnement de la langue par un acte individuel de production du message.
  • Locuteur : Le locuteur est la personne qui prend la parole au moment de l’échange, distincte de celui qui a produit l’énoncé.

📝 Points essentiels

  • L’illusion référentielle vise à faire passer pour vrai ce qui est raconté, car le public se laisse entraîner par la lecture ou le texte.
  • Au théâtre, l’illusion du réel s’appuie sur les objets du monde suggérés par les mots et sur un langage plus riche en outils d’ancrage que le langage courant.
  • Les personnages renforcent aussi l’illusion référentielle : les formules d’adresse (nom, prénom, titre) accréditent leur statut et rendent la situation crédible.
  • L’illusion de la spontanéité repose sur l’idée de « naturel » : le discours doit sembler adapté aux sujets et aux personnages pour masquer l’artifice.
  • L’art doit se dissimuler : l’enjeu concerne l’acteur et surtout l’écrivain, car la source première du texte ne doit pas être perçue.
  • En linguistique de l’énonciation, on étudie les relations entre l’énoncé et le cadre énonciatif : protagonistes, situation, repères spatio-temporels, conditions de production/réception et contraintes du discours.

💡 Astuce mémo

Réel = mots qui pointent (déictiques) + adresses qui situent ; Naturel = discours « comme si » spontané, sans montrer la fabrication.

📖 3. Illusions théâtrales : référentielle et spontanéité

🔑 Notions clés & Définitions

  • Locuteur : Le locuteur est la personne qui prend la parole dans l’interaction, c’est-à-dire celle qui produit effectivement l’énoncé prononcé.
  • Énonciateur : L’énonciateur est la source de l’énoncé, c’est-à-dire celui qui a produit le contenu exprimé, même si ce n’est pas lui qui parle.
  • Allocutaire : L’allocutaire est le destinataire direct du discours, celui que le locuteur considère comme partenaire de l’échange.
  • Destinataire indirect : Le destinataire indirect est un témoin présent dont l’existence est connue et acceptée par le locuteur, sans participation réelle à la discussion.
  • Récepteur additionnel : Le récepteur additionnel est un destinataire présent dans le circuit de communication mais ignoré du locuteur, car sa présence échappe à l’échange.

📝 Points essentiels

  • Parler au sens premier vise l’acte d’énonciation, mais l’analyse porte sur le résultat de cet acte, donc sur le discours.
  • Locuteur et énonciateur peuvent être distincts : le locuteur parle, tandis que l’énonciateur est la source du contenu exprimé.
  • Le dialogue théâtral est une énonciation de dialogue qui reprend des échanges humains sous forme de discours vraisemblables, avec des écarts.
  • Les distorsions du dialogue théâtral doivent être perçues comme telles : elles fonctionnent comme des violations par rapport à des échanges conversationnels normaux.
  • Le dialogue de théâtre combine réalisme (vraisemblance) et dimension esthétique : chaque énoncé a à la fois un sens et un effet.
  • Le dialogue théâtral est perçu comme théâtre : il doit sembler vrai tout en rappelant que c’est une construction scénique.

💡 Astuce mémo

Locuteur = voix sur scène ; Énonciateur = auteur du message (même si ce n’est pas lui qui parle).

📖 4. Énonciation du genre théâtral et cadre communicationnel

🔑 Notions clés & Définitions

  • Présent de l’énonciation : Le discours théâtral est organisé grammaticalement comme une parole située dans l’actualité d’un ici et d’un maintenant partagés par énonciateur et destinataire.
  • Système pronominal je tu nous vous : Le théâtre mobilise les pronoms de la personne (je/tu et nous/vous) pour installer une relation entre énonciateur et destinataire, explicite ou implicite.
  • Déictiques : Les déictiques sont des marques de personne et de temps qui permettent de reconstruire la situation d’énonciation du texte.
  • Double énonciation : Le théâtre repose sur deux niveaux d’énonciation superposés : une première destinée au lecteur/spectateur et une seconde portée par les personnages sur scène.
  • Double destination : Le théâtre adresse simultanément des destinataires différents : un destinataire construit pour le texte et un destinataire perceptible via la scène pour la parole des personnages.

📝 Points essentiels

  • La parole théâtrale est soumise au système du présent : l’énonciateur se place dans l’actualité d’un ici, maintenant, partagé avec le destinataire.
  • Tout énoncé théâtral contenant je ou nous implique nécessairement un destinataire, même s’il n’est pas nommé.
  • Les déictiques servent d’indices pour reconstruire la situation d’énonciation (temps et personnes) et donc le cadre de communication.
  • Le théâtre constitue un compromis entre écrit et dit : le texte est fait pour être à la fois lu et performé, et des indices trahissent parfois une oralité simulée.
  • L’énonciation théâtrale est dialogique : une parole sans au moins deux pôles (énonciateurs) n’est pas compatible avec la présence du spectateur.
  • Le théâtre repose sur une double énonciation et une double destination : l’auteur s’efface derrière les personnages, et la communication passe par une médiation scénique.

💡 Astuce mémo

Présent + Pronoms + Déictiques = cadre ; puis Double énonciation = Auteur→Spectateur (via texte) et Personnages→Spectateur (via scène).

📖 5. Locuteur, énonciateur et catégories d’énonciataires

🔑 Notions clés & Définitions

  • Destinataire construit : Le destinataire construit est le public visé par l’œuvre, différent du spectateur réel, car le texte organise une adresse à un destinataire imaginé.
  • Énonciateur 2 : L’énonciateur 2 est le locuteur incarné par le personnage, celui que le spectateur entend et qui sert d’intermédiaire entre scène et public.
  • Voix du personnage : La voix du personnage désigne la parole portée par l’énonciateur 2, dont l’identité peut être incertaine ou progressivement révélée.
  • Situation d’énonciation : La situation d’énonciation est le cadre de parole qui rend possible tout énoncé, parfois au cœur de l’énigme interprétative.
  • Double destination : La double destination correspond au fait que les répliques visent d’abord les interlocuteurs de la scène, tout en s’adressant aussi au public comme destinataire second.

📝 Points essentiels

  • Le personnage est l’énonciateur 2 par rapport au scripteur, mais c’est le seul énonciateur réellement accessible au spectateur via la parole entendue.
  • L’identité du personnage est instable : un personnage peut être joué par plusieurs comédiens et ne possède pas d’identité propre fixée par le texte seul.
  • Le théâtre peut produire une forte indécision sur le statut du personnage, même quand les didascalies semblent le préciser.
  • L’écriture contemporaine peut rendre l’identité du personnage anonyme au départ, ou au contraire la figer par une détermination préalable (par ce qu’il représente).
  • Tout énoncé suppose une situation de parole, parfois problématisée pour le spectateur (et pouvant être située après une guerre pour produire une portée particulière).
  • Quantifier les paroles d’un personnage (qui parle beaucoup ou qui se tait) aide à caractériser sa place, mais l’interprétation dépend du type de dialogue et du statut des personnages.

💡 Astuce mémo

Énonciateur 2 = « celui qu’on entend » ; double destination = « scène d’abord, public ensuite ».

📖 6. Double énonciation et double destination

🔑 Notions clés & Définitions

  • Double énonciation : La double énonciation désigne le fait qu’un texte théâtral fait entendre un discours à la fois pour la fiction et pour la scène.
  • Double destination : La double destination correspond au double destinataire d’un énoncé théâtral, à la fois dans l’univers représenté et face au public.
  • Théâtre dans le théâtre : Le théâtre dans le théâtre est une forme où une pièce met en scène une autre représentation, rendant la mise en abyme plus visible.
  • Didascalies : Les didascalies sont des indications scéniques qui orientent la compréhension de ce qui est dit et de qui le dit.
  • Portée informative : La portée informative est l’effet d’un passage où la double énonciation transmet surtout une information au public.

📝 Points essentiels

  • La double énonciation devient visible quand le texte montre explicitement que l’auteur ou la scène s’adresse au public.
  • Pour l’analyser stylistiquement, on repère les passages où l’énonciation semble quitter la fiction pour interroger le spectateur.
  • On évalue la portée de la double énonciation en distinguant si elle vise l’information, l’enseignement ou l’ironie.
  • Une isotopie renforcée par la parole peut servir de révélateur pour questionner les lois du langage, le fonctionnement de la conversation ou l’essence du théâtre.
  • La forme la plus complexe de double énonciation est le théâtre dans le théâtre, où une pièce ajoute une couche de théâtre.
  • Les didascalies participent à la mise en scène de l’énonciation en guidant la réception scénique du discours.

💡 Astuce mémo

Repère qui parle à qui : fiction (personnages) + scène (public) = double énonciation/destination.

📖 7. Actes de langage et dynamique des rapports

🔑 Notions clés & Définitions

  • Théâtre classique : Le théâtre classique intègre la rhétorique pour exploiter la force persuasive du langage dans la construction des rapports humains.
  • Art oratoire : L’art oratoire fournit des structures au langage dramatique classique, notamment pour organiser argumentation et effets sur le public.
  • Discours délibératif : Le discours délibératif cherche à faire adopter une décision ou une orientation en argumentant pour un sens particulier.
  • Discours démonstratif : Le discours démonstratif vise à faire apprécier une conduite ou une décision en la présentant comme valable ou pertinente.
  • Éthos : L’éthos désigne l’image du locuteur construite par le discours pour paraître crédible et favorable aux yeux du public.

📝 Points essentiels

  • Le théâtre met en scène la dynamique des rapports humains à travers le langage quotidien et la manière d’écrire les interactions.
  • La rhétorique est intégrée car le langage peut convaincre : si le public croit à ce qui est dit, l’impact augmente.
  • Le théâtre peut être rapproché du tribunal : espace clos, parties qui plaident, public juge, et destins suspendus au succès de la parole.
  • Les tragédies et comédies privilégient surtout des discours délibératifs, tandis que d’autres discours démonstratifs servent à évaluer une conduite ou une décision.
  • Les preuves objectives reposent sur des raisonnements construits, notamment la déduction et l’exemple, tandis que les preuves subjectives visent à émouvoir et séduire.
  • La déduction au théâtre privilégie la brièveté et la maxime incomplète, qui demande la participation du spectateur pour compléter le raisonnement.

💡 Astuce mémo

Tribunal = huis clos + plaidoiries + juge public : comme au théâtre, la parole décide.

📖 8. Art de persuader et rhétorique dramatique

🔑 Notions clés & Définitions

  • Pathos : Le pathos désigne l’émotion visée chez le public, mobilisant ses passions pour produire une adhésion immédiate plutôt qu’une réflexion lente.
  • Créance : La créance est l’attente que le spectateur croit à ce qu’il entend, afin d’adhérer à la fiction sans que la raison soit heurtée.
  • Vraisemblance : La vraisemblance est la conformité du spectacle au vraisemblable, où le dramaturge privilégie le feint et le raisonnable plutôt que le vrai non compatible.
  • Bienséance : La bienséance renvoie au respect des normes éthiques de l’époque, en réglant ce qui peut être montré et comment les comportements doivent s’accorder à la culture.
  • Hypotypose : L’hypotypose est un procédé de récit si détaillé qu’il donne l’impression que la scène se déroule sous les yeux du spectateur.

📝 Points essentiels

  • Le pathos vise des réactions rapides comme l’admiration, la pitié, la terreur ou le rire pour orienter une prise de position immédiate.
  • Dans l’esthétique classique, le spectateur doit pouvoir croire à la fiction sans que sa raison soit choquée par ce qui est présenté.
  • La vraisemblance produit une illusion de vrai grâce à un enchaînement strict cause→effet et au respect des mécanismes du raisonnement logique.
  • La vraisemblance privilégie un sujet feint et raisonnable, car le dramaturge évite le vrai quand il ne correspond pas à la raison attendue.
  • La bienséance ne dépend pas d’abord de la logique, mais de l’éthique culturelle : les comportements doivent coller aux normes morales du moment.
  • La bienséance se décline en perspective externe (langage/gestuelle conformes à la politesse et au goût, comique souvent par infraction) et perspective interne (cohérence de l’unité d’action et cohérence des caractères).

💡 Astuce mémo

Pathos = Passions qui poussent vite ; Vraisemblance = Vrai qui paraît ; Bienséance = Bien moral ; Hypotypose = Hype de la scène (on croit la voir).

📖 9. Présupposition, sous-entendu et implicite

🔑 Notions clés & Définitions

  • Présupposition : Une présupposition est une information tenue pour acquise par l’énoncé, même si elle n’est pas dite explicitement.
  • Sous-entendu : Un sous-entendu correspond à ce qui est communiqué indirectement, via des inférences plutôt que par une formulation directe.
  • Implicite : L’implicite regroupe le sens non formulé qui enrichit l’énoncé global en ouvrant plusieurs pistes d’interprétation.
  • Incertitude théâtrale : L’incertitude théâtrale est le présupposé implicite que ce qui est dit sur scène n’est pas nécessairement vrai comme dans la vie réelle.
  • Lois conversationnelles : Les lois conversationnelles sont des règles de coopération qui organisent la façon dont on parle, en répartissant des exigences sur le contenu et la forme.

📝 Points essentiels

  • Au théâtre, on peut violer des présupposés évidents, comme le fait le théâtre de l’absurde.
  • Tout énoncé prononcé sur scène porte un présupposé implicite « on est au théâtre », ce qui limite la vérité à l’espace du dialogue théâtral.
  • Un énoncé comme « mon frère ne fume plus » déclenche des présupposés (ex. existence du frère, passé du fait de fumer).
  • Le sous-entendu peut multiplier les interprétations : il correspond aux raisons possibles qui expliquent pourquoi l’action a cessé.
  • La recherche de l’implicite vise à augmenter la richesse du personnage sans supprimer l’ambiguïté.
  • Au théâtre, on peut creuser l’énigme en orientant vers plusieurs sous-entendus à la fois, y compris contradictoires.

💡 Astuce mémo

Présupposition = acquis; Sous-entendu = inférence indirecte; Implicite = profondeur interprétative; Théâtre = « on joue, donc pas une vérité brute ».

📖 10. Lois conversationnelles de Grice au théâtre

🔑 Notions clés & Définitions

  • Lois conversationnelles de Grice : Ensemble de principes qui encadrent la façon dont un échange vise la pertinence, la quantité d’information, la sincérité et la clarté.
  • Loi d’économie : Principe qui limite les répétitions et les redondances, ce qui rend les échanges plus efficaces et plus rapides.
  • Règle de quantité : Principe selon lequel un locuteur fournit la quantité d’information requise par la situation d’échange.
  • Règle de qualité : Principe selon lequel un locuteur s’engage à dire ce qu’il croit vrai, sans inventer ni affirmer sans fondement.
  • Règle de relation : Principe selon lequel l’énoncé doit être pertinent par rapport à la situation et aux attentes du destinataire.

📝 Points essentiels

  • Au théâtre, les transgressions des lois conversationnelles sont fréquentes car la scène expose ces ratés pour être observés par le spectateur.
  • La loi d’économie réduit les redoublements et les énoncés trop polis, ce qui empêche des échanges longs centrés sur des banalités.
  • L’échange théâtral vise aussi à montrer qu’on communique, pas seulement à transmettre une information, ce qui met en scène réussites et maladresses.
  • La règle de quantité est souvent bafouée car la mise en scène exige plus d’informations que dans une conversation ordinaire.
  • La violation de la quantité peut servir à souligner la posture ou les sentiments du personnage, comme dans un discours amoureux qui en dit trop.
  • La règle de qualité est difficile à appliquer au théâtre car le mensonge devient un outil dramaturgique, et le spectateur sait qu’il ment (ex. quiproquos).

💡 Astuce mémo

Théâtre = lois visibles : économie coupe le bavardage, quantité et qualité deviennent des outils de jeu.

📖 11. Formes de l’échange : monologue et aparté

🔑 Notions clés & Définitions

  • Monologue : Le monologue est une forme théâtrale où un personnage parle seul en apparence, mais avec un destinataire muet et une structure interne qui le rend dialogique.
  • Destinataire muet : Le destinataire muet est la présence implicite à laquelle le discours du personnage s’adresse, même si aucun autre personnage ne répond.
  • Division interne : La division interne désigne le fait que le monologue comporte plusieurs instances énonciatives à l’intérieur du même personnage.
  • Adresse à un absent : L’adresse à un absent correspond au monologue dirigé vers une personne absente, morte ou imaginaire.
  • Aparté : L’aparté est une réplique prononcée par un personnage censée être inaudible pour les autres personnages, tout en visant le spectateur.

📝 Points essentiels

  • Dans la vie réelle, un discours sans réponse est jugé invraisemblable, alors qu’au théâtre l’échange dépend du statut de l’énonciateur et de la situation des parlants.
  • Le monologue n’est pas une aberration : il reste une forme dialogique grâce à un destinataire muet présent et à une division interne de l’énonciation.
  • Le monologue sert souvent à révéler une solitude : le spectateur devient une instance universelle devant laquelle la conscience individuelle s’explique.
  • Le monologue peut viser un absent (mort ou imaginaire), un moi (passé ou en devenir) ou une instance supérieure (Dieu, des Dieux, ou encore devoir/honneur chez Corneille).
  • L’aparté est une convention qui manifeste la double destination du théâtre : les autres personnages ne l’entendent pas, mais le spectateur le reçoit.
  • L’aparté est utile surtout en comédie : il permet de prendre le spectateur à parti, de jouer sur l’énonciation double et de produire des effets comiques de situation ou de mots, tout en faisant connaître le personnage.

💡 Astuce mémo

Monologue = conscience qui parle à un destinataire muet ; Aparté = phrase que les autres n’entendent pas, mais le spectateur oui.

📖 12. Dialogues conflictuels, parallèles et chorales

🔑 Notions clés & Définitions

  • Aparté : Réplique prononcée par un personnage que les autres ne sont pas censés entendre, révélant la double destination du théâtre.
  • Faux dialogue : Dialogue apparent entre un personnage et un confident, où le confident sert surtout à écouter afin de transmettre au public les éléments clés.
  • Duo d’amour : Forme de dialogue où deux personnages se répondent comme s’ils étaient réciproquement objets d’amour, avec alternance équilibrée et thème futil.
  • Affrontements affectifs : Dialogue entre personnages liés par des rapports émotionnels qui produit des assertions affectives et des énoncés conflictuels plutôt que le consensus amoureux.
  • Croisement des conflits : Construction conflictuelle à deux faces, affective d’un côté et objective (enjeu politique, prise de pouvoir) de l’autre.

📝 Points essentiels

  • L’aparté manifeste la double destination du théâtre car il vise à la fois la scène et le spectateur.
  • L’aparté est souvent jugé artificiel mais reste utile, surtout en comédie, pour prendre le spectateur à parti et jouer sur l’énonciation double.
  • L’aparté sert à mieux faire connaître le personnage au spectateur et peut justifier une péripétie ou souligner un moment capital de l’action.
  • Dans un dialogue à deux, l’analyse porte sur qui parle à qui, qui ouvre le dialogue, qui est présent ou silencieux, et comment le volume de parole est réparti.
  • Le faux dialogue est fréquent dans la tragédie classique avec le confident, car il permet au public de comprendre la situation grâce aux informations délivrées.
  • Le duo d’amour repose sur une parole en écho : alternance, répétitivité des énoncés et unité du thème pour mettre en valeur leur rapport.

💡 Astuce mémo

Aparté = « le public entend ce que les autres ignorent » ; Faux dialogue = « le confident écoute pour informer » ; Duo d’amour = « écho symétrique » ; Affrontements = « émotion + conflit » ; Croisement = « cœur contre pouvoir ».

📅 Repères chronologiques

DateÉvénement
17è siècleRavissement du spectateur : transport dans l’action et importance de la persuasion/argumentation au théâtre
première moitié du 17eRepérage temporel dans Cyrano de Bergerac via un personnage se disant contemporain de Corneille
CorneilleRéférence aux instances supérieures (devoir/honneur) dans le monologue

📊 Tableaux de synthèse

Imitation : récit vs représentation

Mode d’imitationProcédéEffet
Imitation indirecteRécit des actions (diégésis)Décalage avec les faits, présence du narrateur
Imitation directeReprésentation des êtres humains en action (mimesis)Adhésion du public, illusion du vrai pendant la représentation

Illusions théâtrales : référentielle vs spontanéité

IllusionMoyensBut
Illusion référentielleDéictiques et langage théâtral ; interpellations des personnages (nom/prénom/qualité)Faire croire que ce qui est raconté est vrai (illusion du réel)
Illusion de la spontanéitéTexte appris mais rendu immédiat ; art du naturel (discours adapté aux sujets et personnages) ; source première dissimuléeDonner une impression d’immédiateté sans percevoir la fabrication

⚠️ Pièges & confusions fréquents

  1. Confondre diégésis et mimesis : la diégésis est un récit qui installe un décalage, la mimesis donne à voir immédiatement et vise l’adhésion.
  2. Croire que l’illusion du vrai dépend seulement des décors : au théâtre elle concerne aussi les objets évoqués mais non présents et l’immédiateté produite par les mots.
  3. Mélanger locuteur et énonciateur : le locuteur prend la parole, l’énonciateur est la source de l’énoncé (même si ce n’est pas lui qui parle).
  4. Penser que le dialogue théâtral est un échange “normal” : ses distorsions doivent être perçues comme violations fonctionnelles des échanges conversationnels.
  5. Oublier la double énonciation/destination : les répliques visent d’abord la scène (personnages) mais adressent aussi le public (destinataire second).
  6. Dire qu’un monologue est impossible au théâtre : le monologue existe comme forme dialogique (destinataire muet présent + division interne).
  7. Confondre présupposition et sous-entendu : la présupposition est tenue pour acquise par l’énoncé, le sous-entendu passe par des inférences indirectes.

✅ Checklist Examen

  1. Identifier les deux modes d’imitation d’Aristote et associer diégésis au récit (décalage/narrateur) et mimesis à la représentation (adhésion/illusion du vrai).
  2. Expliquer pourquoi le théâtre impose une adhésion du public et en quoi l’illusion du vrai inclut objets évoqués non présents et effet d’immédiat.
  3. Décrire l’illusion référentielle : rôle des déictiques et des adresses (nom/prénom/qualité) pour accréditer la situation.
  4. Décrire l’illusion de la spontanéité : texte appris mais rendu immédiat par le “naturel” et dissimulation de la source première.
  5. Distinguer locuteur, énonciateur et catégories d’énonciataires : allocutaire, destinataire indirect, récepteur additionnel.
  6. Analyser le dialogue théâtral comme énonciation dialogique : vraisemblance + dimension esthétique, distorsions à interpréter comme violations fonctionnelles.
  7. Maîtriser le cadre grammatical du théâtre : présent de l’énonciation, système pronominal je/tu et nous/vous, et rôle des déictiques pour reconstruire la situation.
  8. Expliquer la double énonciation et la double destination : auteur (via texte) vers lecteur/spectateur et personnages (via scène) vers le public ; repérer la visibilité via didascalies et passages adressés au public.
  9. Savoir caractériser l’énonciateur 2 et la “voix du personnage” : identité instable, accessible au spectateur, et indices à observer (vocabulaire, syntaxe, rythme, injures/jurons, hyperboles/maximes).
  10. Relier les enjeux de l’échange à la parole-acte : la parole fait avancer les rapports et l’action, et le sens dépend de la situation d’énonciation (fiction + scénique).
  11. Présenter l’art oratoire au théâtre : discours délibératif vs démonstratif, preuves objectives (déduction/exemple) vs preuves subjectives (éthos/pathos) et rôle de la créance.
  12. Expliquer les règles de l’échange : présupposition vs sous-entendu vs implicite, puis lois conversationnelles (quantité/qualité/relation/modalité) et pourquoi elles sont fréquemment violées au théâtre.
  13. Reconnaître les formes de l’échange : monologue (destinataire muet + division interne), aparté (double destination), faux dialogue (confident), duo d’amour (parole en écho), affrontements affectifs, croisement des confli
  14. Identifier les formes à plus de deux personnages : chorale (ressentiment collectif) et trilogue (répartition de la parole : qui parle/monopolise/qui apporte quoi).

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1. Quel énoncé distingue correctement l’imitation indirecte de l’imitation directe au théâtre ?

2. Dans le théâtre, la double énonciation implique que le discours est destiné à la fois à la fiction et au public, permettant une communication à deux niveaux. Quel est l'effet principal de cette double destination sur la perception du spectateur ?

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Imitation directe — définition ?

Représentation immédiate des actions humaines.

Imitation directe

Représentation immédiate des êtres humains en action.

Illusion du vrai — rôle ?

Faire accepter comme réel ce qui est montré sur scène.

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