Subjectivation : Processus par lequel un individu devient sujet, c’est-à-dire un agent façonné par des pratiques, des discours et des institutions, plutôt qu’une donnée stable ou innée.
Philosophie classique du sujet : Approche qui conçoit le sujet comme un principe donné, stable, universel, considéré comme le point de départ et d’arrivée de la réflexion, avec une identité supposée préexister à toute analyse.
La philosophie classique du sujet voit ce dernier comme un principe fondamental, une origine et un socle, qui constitue le centre de cohérence de l’individu. Elle suppose que le sujet est une donnée préalable, existant avant toute réflexion ou processus historique. En revanche, Foucault déplace cette conception en s’intéressant à la manière dont le sujet devient ce qu’il est, à travers des processus de subjectivation. Il refuse l’idée d’un sujet comme une essence universelle, stable dans le temps, et met en lumière que le sujet est le résultat de transformations historiques. La question n’est plus « Qu’est-ce que le sujet ? » mais « Comment devient-on sujet ? », soulignant ainsi la dimension dynamique et processuelle de la subjectivation.
Le sujet n’est pas une donnée fixe ou naturelle, mais un résultat en constante évolution, façonné par des processus historiques et sociaux.
Âme : Principe vital et intellectuel qui anime le sujet, considéré comme distinct du corps et porteur de la connaissance et de la moralité.
Corps : Dimension matérielle et sensible du sujet, liée aux sensations et aux passions, opposée à l’âme dans la conception platonicienne.
Distinction âme/corps : Séparation structurante dans la philosophie antique, où l’âme rationnelle est séparée du corps sensible, cette dualité étant fondamentale pour comprendre la nature du sujet.
Immortalité de l’âme : Caractéristique attribuée à l’âme dans la pensée antique, qui continue d’exister après la mort du corps, soulignant sa supériorité et sa permanence.
Tripartition de l’âme : Division de l’âme en trois parties selon Platon, généralement associée à la rationalité, la volonté et les passions, structurant la psychologie du sujet.
Chez Platon, le sujet repose sur une distinction fondamentale entre l’âme rationnelle et le corps sensible. La connaissance de soi implique la conscience d’être d’abord une âme, ce qui influence directement la conduite politique. La séparation entre l’âme et le corps constitue une clé pour comprendre la nature du sujet dans la philosophie antique, en particulier dans la conception platonicienne où l’âme possède une dimension immortelle et tripartite.
La philosophie antique définit le sujet par une dualité essentielle entre l’âme et le corps, cette distinction étant à la base d’une vision éthique et politique centrée sur la primauté de l’âme rationnelle.
Passions : aspects liés aux désirs corporels, aux émotions et aux illusions sensibles, associés au corps et à la mortalité.
Principe rationnel : caractéristique de l’âme, qui permet la connaissance, la recherche du vrai et la maîtrise de soi.
Maîtrise de soi : victoire de la raison sur les désirs corporels, condition essentielle pour atteindre la vérité et la vertu.
Mort et séparation âme/corps : conception selon laquelle la mort consiste en la dissociation de l’âme immortelle du corps mortel.
Vérité pure : connaissance qui n’est accessible que lorsque l’âme est libérée des influences du corps, permettant une connaissance authentique.
Le corps est associé aux passions, au devenir, aux illusions sensibles et à la mortalité, soulignant sa nature liée au changement et à la finitude. En revanche, l’âme est considérée comme un principe rationnel, capable de connaissance, orienté vers la recherche du vrai, et immortel. La distinction entre ces deux entités constitue une ligne de partage fondamentale : le véritable « soi » n’est pas le corps mais l’âme. Dans l’Alcibiade, Socrate insiste sur le fait que « se connaître soi-même » implique de prendre conscience que l’on est d’abord une âme, ce qui conditionne la conduite politique. Dans le Gorgias, la maîtrise de soi apparaît comme la victoire de la raison sur les désirs corporels, renforçant la supériorité de l’âme rationnelle. Enfin, dans le Phédon, la mort est vue comme la séparation de l’âme et du corps, la connaissance pure étant accessible uniquement lorsque l’âme est libérée du corps.
La distinction entre âme et corps fonde une vision anthropologique où l’âme rationnelle, immortelle, est la véritable essence de l’humain, tandis que le corps, lié aux passions et à la mortalité, représente l’attachement au devenir et aux illusions sensibles.
Hiérarchie des fonctions : organisation structurée selon une hiérarchie où la raison doit dominer les passions, justifiant la place des sages en tant que gouvernants.
Gouvernance par la raison : principe selon lequel la maîtrise de la raison doit guider les conduites individuelles et collectives, en opposition aux passions ou désirs.
Ordre social : organisation hiérarchique de la cité, fondée sur la tripartition de l’âme, qui établit une hiérarchie des fonctions et des rôles.
Tripartition de l’âme appliquée à la cité : modèle selon lequel la structure de l’âme (rationnelle, courageuse, désirante) sert de référence pour organiser la société en classes ou fonctions correspondantes.
Conduites prescrites : règles de comportement qui découlent de la distinction entre âme et corps, orientant le sujet à se détacher du corps pour accéder à la vérité et gouverner.
La supériorité de l’âme justifie que la raison gouverne les passions, établissant une hiérarchie où ceux qui maîtrisent la raison doivent diriger la cité.
La structure tripartite de l’âme, composée de parties rationnelle, courageuse et désirante, sert de modèle à l’organisation politique hiérarchique dans La République.
L’ordre social naît de la ligne de partage entre âme et corps, ce qui va au-delà d’une simple vérité anthropologique pour prescrire des conduites concrètes.
Le sujet antique se définit par sa capacité à se détacher du corps, à accéder à la vérité et à gouverner, ce qui oriente la structuration des institutions et des normes sociales.
La conception antique du sujet, centrée sur la hiérarchie de l’âme, influence directement l’organisation des institutions et la hiérarchie sociale, en privilégiant la raison comme guide suprême.
Discours : système de règles qui détermine ce qu’il est possible de dire, de penser ou de voir à une époque donnée, considéré comme un élément constitutif d’un dispositif plus large.
Dispositif : ensemble organisé de dispositifs, comprenant des discours, qui participe à la production de normes et d’exclusions sociales.
Règles discursives : normes implicites ou explicites qui encadrent la production et la circulation du discours, influençant la façon dont le sujet est construit.
Rapports de pouvoir : relations structurantes qui stabilisent ou renforcent certaines normes, exclusions ou hiérarchies à travers le discours et le dispositif.
Exclusion sociale : processus par lequel certains groupes ou individus sont marginalisés ou rejetés en raison des normes et des rapports de pouvoir instaurés par le discours.
Foucault analyse la distinction âme/corps comme un effet d’un discours qui produit des normes et des exclusions. Il ne s’intéresse pas à la réalité de l’âme, mais à la façon dont cette distinction apparaît à un moment précis, ses effets et ses implications. La distinction n’est pas neutre : elle participe d’un dispositif plus large qui organise des conduites telles que vivre selon l’âme, maîtriser ses désirs ou accepter une hiérarchie sociale. Le sujet n’est pas une réalité préalable au discours ; il est produit par lui. Le « soi » platonicien résulte d’une opération discursive, non d’une essence naturelle.
Foucault montre que le sujet est une construction discursive, façonnée par des mécanismes de pouvoir et de contrôle social, et non une réalité naturelle ou stable.
| Date | Événement |
|---|---|
| 1789 | — |
| mai 1968 | — |
| IIIe siècle | — |
| Sujet | Notions clés & Définitions | Points essentiels | Concepts ou modèles | Auteur |
|---|---|---|---|---|
| Déplacement du sujet | Subjectivation : processus de devenir sujet, façonné par pratiques, discours et institutions. La philosophie classique voit le sujet comme une donnée stable, tandis que Foucault insiste sur la transformation historique. | Le sujet n’est pas une donnée fixe, mais un résultat en évolution, façonné par l’histoire et la société. | Processus de subjectivation, conception dynamique du sujet. | — |
| Philosophie antique du sujet | Âme : principe vital et intellectuel, immortel, séparé du corps. La dualité âme/corps est centrale. La tripartition de l’âme selon Platon structure la psychologie du sujet. | La distinction âme/corps fonde une vision éthique et politique centrée sur la primauté de l’âme rationnelle. | Dualité âme/corps, tripartition platonicienne. | — |
| Distinction âme/corps | Passions : désirs corporels liés au corps. Principe rationnel : caractéristique de l’âme. La maîtrise de soi est essentielle pour accéder à la vérité. La mort sépare l’âme du corps. | Le corps est lié aux passions et à la mortalité, l’âme à la connaissance et à l’immortalité. La véritable identité est l’âme. | Séparation âme/corps, connaissance pure, mort comme dissociation. | — |
| Organisation éthique et politique | Hiérarchie des fonctions : raison doit dominer passions. La tripartition de l’âme guide l’organisation sociale et politique. La cité doit refléter cette hiérarchie pour assurer la justice. | La raison gouverne la cité par la hiérarchie des classes ou fonctions selon la tripartition de l’âme. | Hiérarchie sociale, modèle tripartite appliqué à la cité. | — |
| Lecture foucaldienne du discours | Discours : système de règles qui détermine ce qu’il est possible de dire ou penser à une époque. Dispositif : ensemble organisé influençant normes et exclusions sociales. Les rapports de pouvoir stabilisent ces normes et peuvent exclure certains groupes. | La distinction âme/corps résulte d’un discours qui produit normes et exclusions sociales, non d’une réalité essentielle. | Dispositif, normes discursives, rapports de pouvoir, exclusion sociale. | — |
Dernier item : Relier chaque notion ou modèle à son impact sur l’organisation éthique ou politique ou sur la construction discursive du sujet selon Foucault.
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1. Quelle est la fonction principale de l'organisation hiérarchique basée sur la maîtrise de la raison dans l'organisation éthique et politique ?
2. Quelle est la caractéristique principale du sujet selon la perspective de Foucault ?
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Subjectivation — définition ?
Processus par lequel un individu devient sujet.
Philosophie classique du sujet — conception ?
Sujet comme principe stable, préexistant à l’analyse.
Âme — rôle ?
Principe vital, immortel, séparé du corps.
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