📋 Plan du Cours
- Développement typique du langage écrit
- Troubles spécifiques et non spécifiques du langage écrit
- Bilan orthophonique et profil fonctionnel
- Recommandations de bonne pratique en orthophonie
- Cohérence bilan intervention et objectifs
- Modes interventionnels curatif compensatoire adaptatif
- Mode curatif : procédures et conditions d’efficacité
- Mode compensatoire : appui sur les points forts
- Procédures graphophonologiques et recodage phonologique
- Mémoire orthographique et recodage orthographique
- Conscience phonémique avec support écrit
- Contrôle du sens et articulation lecture production écrite
📖 1. Développement typique du langage écrit
🔑 Notions clés & Définitions
- Langage écrit : Ensemble des compétences permettant de comprendre et produire du texte écrit, en s’appuyant sur des habiletés de lecture et d’écriture.
- Identification des mots écrits : Compétence de lecture qui consiste à reconnaître rapidement et correctement les mots à partir de leur forme écrite.
- Compétences pré-alphabétiques : Ensemble d’habiletés qui préparent l’entrée dans la lecture, avant la maîtrise complète des correspondances graphème-phonème.
- Compétences alphabétiques : Ensemble des habiletés qui permettent d’utiliser les correspondances entre unités écrites et sons pour décoder les mots.
- Habiletés préalables : Ensemble des fonctions nécessaires au développement de la lecture, notamment le langage oral, la conscience phonologique, la mémoire, l’attention et les fonctions exécutives.
📝 Points essentiels
- Le développement typique du langage écrit progresse de la compréhension des étapes vers l’identification des habiletés préalables puis l’émergence des compétences pré-alphabétiques et alphabétiques.
- Les habiletés préalables soutiennent l’entrée dans la lecture, avec un rôle central du langage oral et de la conscience phonologique.
- La trajectoire attendue inclut une phase où l’enfant développe des compétences pré-alphabétiques avant de consolider les compétences alphabétiques.
- Les compétences alphabétiques permettent d’accéder au décodage des mots en reliant la forme écrite aux sons.
- Le repérage des troubles de l’identification des mots écrits s’appuie sur la comparaison entre le profil observé et le développement attendu.
- Le cours prépare la suite du parcours en reliant ce qui se développe à ce qui dysfonctionne, afin de pouvoir ensuite agir de façon raisonnée.
💡 Astuce mémo
Pré-Alpha puis Alpha : Prépare (oral + conscience phonologique) → Reconnaît (décodage).
📖 2. Troubles spécifiques et non spécifiques du langage écrit
🔑 Notions clés & Définitions
- Trouble de l’identification des mots écrits : Le trouble de l’identification des mots écrits correspond à une difficulté à reconnaître rapidement et correctement les mots pendant la lecture.
- Déficit phonologique central : Le déficit phonologique central désigne une faiblesse des traitements phonologiques qui perturbe la mise en correspondance sons et graphèmes.
- Faible automatisation des procédures de lecture : La faible automatisation des procédures de lecture correspond à des processus de lecture peu automatisés, rendant la lecture lente et coûteuse.
- Mode curatif : Le mode curatif vise à améliorer les procédures de lecture et les fonctions cognitives sous-jacentes impliquées dans le trouble.
- Mode compensatoire : Le mode compensatoire contourne les difficultés en s’appuyant sur les points forts du lecteur pour améliorer la fonctionnalité.
📝 Points essentiels
- Plusieurs modes d’intervention peuvent être mobilisés, car leur efficacité dépend de la cible, du mode choisi et du profil de l’enfant.
- Deux enfants avec une lecture lente peuvent nécessiter des réponses différentes : remédiation curative du décodage ou compensation fonctionnelle selon leur profil.
- Le choix clinique doit s’appuyer sur le bilan : analyse du profil fonctionnel, hypothèses étiologiques et orientation thérapeutique issue du bilan.
- La question centrale est de déterminer, pour un enfant donné, le mode d’intervention et les axes d’entraînement pertinents, efficaces et cohérents avec son profil.
- Dans la vignette de Lucas, la lecture lente et coûteuse s’accompagne d’erreurs d’identification des mots, d’un évitement de la lecture à voix haute et d’un retentissement scolaire.
- Le profil de Lucas associe un décodage déficitaire (erreurs phonémiques, confusions graphémiques, pseudo-mots) à une conscience phonologique déficitaire et à des difficultés visuo-attentionnelles avec fatigabilité et une
💡 Astuce mémo
Curatif = réparer les procédures ; Compensatoire = contourner avec les forces ; Adaptatif = alléger le coût via l’environnement.
📖 3. Bilan orthophonique et profil fonctionnel
🔑 Notions clés & Définitions
- Mode interventionnel curatif : Mode d’intervention visant à traiter les causes du trouble, avec des effets d’autant plus solides que l’entraînement est fréquent, intense et régulier.
- Mode interventionnel compensatoire : Mode d’intervention qui s’appuie sur les points forts pour soutenir rapidement la fonctionnalité et l’accès aux tâches de lecture.
- Mode interventionnel adaptatif : Mode d’intervention qui fournit des outils et aménagements pour réduire le coût cognitif et préserver l’accès aux apprentissages.
- Plasticité cérébrale : Capacité du cerveau à se modifier avec l’âge, utile pour justifier un démarrage précoce d’interventions curatives.
- Coût cognitif : Charge mentale nécessaire pour réaliser une tâche écrite, que les adaptations cherchent à diminuer pour améliorer l’autonomie.
📝 Points essentiels
- Les effets d’un entraînement curatif dépendent de la fréquence, de l’intensité et de la régularité, sinon ils restent faibles et peu durables.
- Le mode compensatoire vise à mobiliser les points forts, stimuler des compétences opérationnelles et améliorer rapidement la fonctionnalité.
- Le mode compensatoire est souvent choisi quand l’automatisation des conversions est difficile et quand l’enfant présente un sentiment d’échec ou une faible estime de soi.
- Le compensatoire peut soutenir l’entrée dans les textes mais ne traite pas la cause du trouble, et peut figer des stratégies coûteuses.
- Le mode compensatoire peut limiter l’évolution des procédures de lecture et ne remplace pas un remédiation causale.
- Le mode adaptatif propose des outils techniques (aides informatisées, outils d’aide à la lecture et à l’écriture) et des aménagements scolaires pour réduire le coût cognitif des tâches écrites.
💡 Astuce mémo
Curatif = Cœur (cause) + Conditions (fréquence/intensité/régularité) ; Compensatoire = Compas (points forts) ; Adaptatif = Adapt (outils + aménagements) pour baisser le coût cognitif.
📖 4. Recommandations de bonne pratique en orthophonie
🔑 Notions clés & Définitions
- Décodage graphophonologique : Procédure de lecture qui permet d’identifier des mots nouveaux en s’appuyant sur les correspondances graphème-phonème.
- Recodage phonologique : Entraînement qui transforme les sons produits par le décodage en une forme phonologique plus stable et plus automatisée.
- Mémoire orthographique : Système qui stocke des formes écrites de mots pour permettre une reconnaissance rapide et une lecture moins coûteuse.
- Compétences sémantiques : Capacités liées au sens qui soutiennent l’accès lexical et l’anticipation pendant la lecture.
- Outils numériques : Supports informatisés utilisés pour accompagner les entraînements et réduire la charge cognitive, sans remplacer la finalité thérapeutique.
📝 Points essentiels
- La procédure graphophonologique aide à identifier des mots nouveaux et soutient la mémoire orthographique, même chez l’enfant plus âgé.
- L’objectif du travail graphophonologique est d’augmenter la précision, réduire la lenteur et diminuer le coût cognitif.
- Le recodage phonologique est indispensable dans un mode curatif, à condition d’être fréquent, intensif et progressif.
- La mémoire orthographique ne se développe pas par exposition passive ni indépendamment du décodage, car elle dépend de l’apprentissage des correspondances.
- Le travail orthographique doit s’appuyer sur le décodage, une répétition contrôlée et viser la stabilisation des formes écrites.
- Les compétences sémantiques soutiennent l’accès lexical et la stabilisation orthographique, mais ne doivent pas se substituer au décodage.
💡 Astuce mémo
Décodage → Recodage → Mémoire orthographique : sans décodage, pas de stockage rapide ; sans recodage, pas d’automatisation.
📖 5. Cohérence bilan intervention et objectifs
🔑 Notions clés & Définitions
- Décision partagée : La décision de soin se construit avec le patient et son entourage en discutant plainte, préférences et engagement avant et pendant le traitement.
- Plainte du patient : La plainte est le point de départ de l’intervention, car elle décrit ce que le patient vit et ce qu’il attend du soin.
- Préférences du patient : Les préférences et attentes du patient (ou de sa famille) orientent le choix des objectifs et des modalités de prise en charge.
- Interventions curatives : Les interventions curatives visent à traiter les processus déficitaires du langage écrit en agissant sur l’identification des mots et les bases cognitives associées.
- Interventions compensatoires : Les interventions compensatoires renforcent les stratégies naturelles du lecteur pour soutenir la lecture malgré les déficits.
📝 Points essentiels
- La décision de soin orthophonique s’appuie sur une discussion initiale explicite portant sur la plainte et les préférences du patient avant de commencer les soins.
- Le sens du soin doit être rappelé et reformulé tout au long du traitement pour soutenir l’adhésion et l’implication dans les entraînements.
- La décision n’est pas figée : elle s’actualise au fil du suivi selon l’engagement réel et l’évolution du patient.
- Le traitement répond d’abord à un dysfonctionnement des processus de lecture et de production écrite, pas directement aux résultats scolaires.
- Le choix curatif, compensatoire et/ou adaptatif dépend du profil des déficits et des préférences du patient, dans une perspective neurodéveloppementale.
- Les orientations remédiatives ne sont ni exclusives ni figées : elles peuvent être alternées et/ou cumulées pendant le suivi.
💡 Astuce mémo
Décision partagée = Plainte + Préférences + Sens répété (et décision qui bouge).
📖 6. Modes interventionnels curatif compensatoire adaptatif
🔑 Notions clés & Définitions
- Mode curatif : Le mode curatif vise à agir sur les processus déficitaires, notamment via des entraînements ciblant le fonctionnement de lecture.
- Mode compensatoire : Le mode compensatoire ajoute des aides ponctuelles pour contourner temporairement les difficultés et réduire l’impact sur les performances.
- Mode adaptatif : Le mode adaptatif ajuste les modalités de prise en charge pour limiter la charge cognitive et tenir compte des contraintes du patient.
- Alliance thérapeutique : L’alliance thérapeutique est la relation de soin fondée sur la confiance, le respect et la sécurité affective, qui conditionne l’adhésion au traitement.
- Lignes de base : Les lignes de base sont des mesures répétées sur un même objectif, utilisées pour suivre l’efficacité au fil du suivi.
📝 Points essentiels
- Le soin cible les processus de lecture plutôt que les notes scolaires, afin d’agir sur le mécanisme en cause.
- En cas de déficit phonologique, de lenteur d’identification et de faible automatisation, la priorité revient au mode curatif graphophonologique et phonémique.
- Les modes compensatoire et adaptatif sont des compléments : ils servent à limiter le coût cognitif et à soutenir le fonctionnement pendant l’entraînement.
- Toute intervention orthophonique s’inscrit dans une approche globale incluant éducation à la santé, aide aux aidants et relation thérapeutique de qualité.
- La mesure de l’efficacité ne se limite pas aux bilans de renouvellement : elle doit être répétée grâce à des lignes de base selon les objectifs et la rotation des entraînements.
- La décision de soin s’appuie sur une question clinique structurée (PICO ou PESICO) intégrant plainte, préférences, anamnèse, données chiffrées/qualitatives, bilans d’autres professionnels et niveau scolaire, en tenant la
💡 Astuce mémo
Curatif = réparer le mécanisme ; Compensatoire = aider sur le moment ; Adaptatif = alléger la charge ; Alliance = éviter l’abandon ; Lignes de base = mesurer souvent.
📖 7. Mode curatif : procédures et conditions d’efficacité
🔑 Notions clés & Définitions
- Lignes de base : Les lignes de base sont des mesures initiales sur un objectif précis, utilisées pour suivre l’évolution au fil du suivi.
- Mesure en continu : La mesure en continu consiste à évaluer l’efficacité tout au long du suivi, pas seulement lors des bilans de renouvellement.
- Indicateurs observables : Les indicateurs observables sont des critères concrets, quantifiables et/ou qualifiables, choisis pour juger l’efficacité d’un objectif.
- Autoévaluation du patient : L’autoévaluation du patient regroupe des retours subjectifs (ressenti, perception des progrès) recueillis via des outils simples.
- Décision partagée de soin : La décision partagée de soin est le moment où les modalités d’entraînement sont discutées avec le patient et/ou la famille pour favoriser l’adhésion.
📝 Points essentiels
- L’efficacité de l’intervention orthophonique se suit de façon continue, et pas uniquement au moment des bilans de renouvellement.
- L’évaluation de l’efficacité est intégrée au processus de soin, avec des ajustements fondés sur les résultats observés.
- Les lignes de base permettent de suivre l’évolution sur un objectif précis, avec une fréquence de mesure dépendante des objectifs et de la rotation des entraînements.
- Une mesure répétée soutient les ajustements thérapeutiques en temps réel, plutôt que d’attendre un bilan ultérieur.
- Pour chaque objectif, définir des indicateurs observables et mesurables, puis recueillir régulièrement des données quantitatives et/ou qualitatives.
- En complément des données chiffrées, l’efficacité peut être évaluée qualitativement avec des outils type grilles d’autoévaluation (échelles de Likert).
💡 Astuce mémo
Lignes de base = repère; Mesure en continu = pilotage; Autoévaluation = ressenti; Décision partagée = adhésion.
📖 8. Mode compensatoire : appui sur les points forts
🔑 Notions clés & Définitions
- Répétition ciblée : La répétition d’une même tâche, pour un objectif donné, consolide les apprentissages et rend le progrès plus lisible.
- Automatisation : L’automatisation correspond à la diminution de l’effort nécessaire pour réaliser une tâche grâce à l’entraînement répété.
- Surcharge cognitive : La surcharge cognitive désigne une charge mentale trop élevée qui freine l’apprentissage quand les tâches sont trop variées ou trop nombreuses.
- Disponibilité du patient : La disponibilité du patient est la capacité réelle à participer activement aux séances, condition essentielle pour débuter ou poursuivre un soin en langage écrit.
- Processus d’identification des mots écrits : Les processus d’identification des mots écrits regroupent les mécanismes qui permettent de reconnaître les mots à partir du code écrit et de la mémoire.
📝 Points essentiels
- Pour un objectif donné, il est plus efficace de limiter le nombre de tâches différentes tout en gardant des tâches répétées et ciblées.
- Multiplier les tâches pour un même objectif peut diluer les apprentissages et rendre le progrès moins net.
- La répétition d’une même tâche favorise l’automatisation, la consolidation des processus travaillés et une meilleure lisibilité du progrès.
- La cohérence des entraînements est essentielle, en séance comme à domicile, pour stabiliser les apprentissages.
- En pratique clinique, sélectionner 1 à 2 tâches centrales par objectif et maintenir des formats d’exercices identiques sur plusieurs séances.
- Avant de suspendre des soins, se demander si la poursuite en langage écrit reste pertinente au regard de la disponibilité réelle du patient.
💡 Astuce mémo
Moins de variété, plus de répétition : 1–2 tâches centrales → automatisation et progrès visible.
📖 9. Procédures graphophonologiques et recodage phonologique
🔑 Notions clés & Définitions
- Conversion graphophonologique : La conversion graphophonologique est le processus qui relie un graphème à son équivalent phonologique pour décoder les mots écrits.
- Mémoire orthographique : La mémoire orthographique est le système qui stocke des représentations stables des formes écrites des mots pour faciliter leur reconnaissance.
- Recodage phonologique : Le recodage phonologique est l’opération qui transforme l’information phonologique en une forme utilisable pour l’identification et l’accès à l’écrit.
- Conscience phonémique : La conscience phonémique correspond à la capacité de manipuler les phonèmes en les reliant à leurs représentations graphémiques.
- Conscience phonologique : La conscience phonologique regroupe des tâches de manipulation des sons de la parole (comme fusion et segmentation) sans exigence de support écrit.
📝 Points essentiels
- Les entraînements centrés uniquement sur les pseudomots ne sont pas validés comme efficaces pour traiter un déficit du processus graphophonologique d’identification des mots écrits.
- Les entraînements sur des mots dits « irréguliers » ne sont pas validés pour traiter la mémoire orthographique en français.
- En français, les « mots irréguliers » reflètent surtout une inconsistance élevée liée à l’opacité orthographique, pas une irrégularité phonographique réelle.
- L’efficacité d’un entraînement dépend de sa capacité à modifier le processus cognitif déficitaire, pas seulement de la réussite à une tâche.
- En pratique, face à des difficultés de décodage, l’orthophoniste évite les séances basées principalement sur la lecture répétée de pseudomots ou de listes de mots irréguliers et privilégie des activités ciblant les mécan
- La décision de soin ne se base pas sur les sous-types diagnostiques, mais sur l’identification des processus déficitaires et des compétences cognitives sous-jacentes à cibler.
💡 Astuce mémo
Cible d’abord le « mécanisme » : pseudomots/irréguliers = souvent test, pas cible; conscience phonémique = son + lettre (graphème).
📖 10. Mémoire orthographique et recodage orthographique
🔑 Notions clés & Définitions
- Représentations orthographiques stables : Les représentations orthographiques stables désignent des connaissances écrites suffisamment consolidées pour guider l’identification des mots.
- Entraînement phonologique sans support écrit : Un entraînement phonologique sans support écrit regroupe des tâches de conscience phonologique réalisées sans appui sur l’écrit.
- Support écrit : Le support écrit correspond à l’utilisation de lettres, graphèmes et traces écrites pendant l’entraînement.
- Correspondance phonème–graphème : La correspondance phonème–graphème relie un son entendu à sa forme écrite correspondante.
- Recodage phonologique et orthographique : Le recodage phonologique et orthographique désigne la transformation des informations entre codes sonores et codes écrits lors de la lecture/écriture.
📝 Points essentiels
- Les tâches de conscience phonémique avec support écrit sont à privilégier pour améliorer l’identification des mots écrits.
- Les tâches de conscience phonologique (fusion, segmentation) sont fortement corrélées au niveau de lecture.
- Les entraînements sans support écrit peuvent être bénéfiques seulement si les représentations orthographiques sont déjà stables.
- Chez les enfants à risque ou avec un trouble du langage écrit et de faibles représentations orthographiques, le support écrit est indispensable pour que l’entraînement soit efficace.
- Il est recommandé d’associer systématiquement phonème–graphème dans les tâches de conscience phonémique.
- En pratique, pour la segmentation phonémique, l’orthophoniste peut utiliser des lettres mobiles, des cartes graphémiques ou l’écrit au tableau et faire le lien explicite son→forme écrite, en évitant les exercices pureme
💡 Astuce mémo
Sans écrit : pas d’ancrage. Avec écrit : son→lettre, donc transfert vers la lecture.
📖 11. Conscience phonémique avec support écrit
🔑 Notions clés & Définitions
- Apprentissage sans erreur : Approche d’apprentissage qui vise à réduire au maximum la production d’erreurs afin d’éviter l’encodage de formes erronées en mémoire.
- Encodage d’erreurs : Mécanisme par lequel une réponse incorrecte peut être stockée en mémoire, au même titre qu’une réponse correcte, qu’elle soit explicite ou implicite.
- Feedback correctif immédiat : Intervention qui corrige la réponse du patient dès qu’une erreur apparaît, pour guider l’ajustement avant la stabilisation de la forme erronée.
- Feedback implicite : Type de correction qui guide vers la réponse correcte sans verbaliser l’erreur produite, afin de limiter la répétition et le renforcement mnésique de la forme erronée.
- Adaptation et contrôle des items : Sélection de mots à entraîner selon les compétences réelles du patient et selon des caractéristiques des items (fréquence, longueur, consistance, voisinage, graphies complexes).
📝 Points essentiels
- L’apprentissage sans erreur consiste à limiter la production d’erreurs pendant l’entraînement pour réduire l’encodage de traces incorrectes.
- L’objectif est d’empêcher que des erreurs difficiles à distinguer du correct soient mémorisées lors du rappel.
- Les erreurs peuvent être encodées en mémoire explicite et en mémoire implicite, ce qui justifie la prévention dès l’apprentissage.
- En cas d’erreur en lecture ou en production écrite, un feedback correctif immédiat est recommandé pour permettre une modification de la réponse grâce à l’étayage.
- Le feedback doit être non explicite : ne pas verbaliser l’erreur, car l’explicitation augmente le risque de reproduire le même type d’erreur.
- L’étayage correctif oriente vers la réponse correcte et favorise l’auto-correction plutôt qu’une analyse verbale de l’erreur.
💡 Astuce mémo
Sans erreur = pas de trace : corriger tout de suite, guider sans nommer l’erreur.
📖 12. Contrôle du sens et articulation lecture production écrite
🔑 Notions clés & Définitions
- Mémoire sémantique : La mémoire sémantique est le système qui stocke le sens des mots et permet de les relier à des connaissances.
- Connaissance du sens des mots : La connaissance du sens des mots correspond à la capacité du patient à expliquer et utiliser correctement un mot.
- Contrôle des caractéristiques des items : Le contrôle des caractéristiques des items consiste à sélectionner des mots selon des propriétés lexicales et infralexicales ciblées.
- Consistance graphème–phonème : La consistance graphème–phonème décrit la stabilité des correspondances entre graphies et sons dans les mots proposés.
- Voisinage orthographique : Le voisinage orthographique regroupe les mots proches visuellement ou orthographiquement qui peuvent influencer l’identification et l’encodage.
📝 Points essentiels
- Le choix des items doit tenir compte du niveau de lecture et/ou de la compétence en orthographe lexicale, pas seulement de l’âge.
- Les items sont à sélectionner en contrôlant la fréquence lexicale, la longueur des mots, la consistance graphème–phonème, le voisinage orthographique et la fréquence des graphies complexes.
- L’âge chronologique ne doit pas être le critère principal de sélection des items, car il ne reflète pas forcément le niveau de traitement du langage écrit.
- Avant de travailler lecture ou orthographe, il est recommandé de contrôler systématiquement la connaissance du sens du mot (mémoire sémantique).
- Un mot dont le sens est inconnu ne peut pas être correctement encodé ni stabilisé en mémoire orthographique.
- Si le sens n’est pas maîtrisé, on propose d’abord reformulation, image ou mise en contexte, puis on enchaîne seulement vers lecture, écriture et mémorisation orthographique.
💡 Astuce mémo
Sens d’abord, orthographe ensuite : sans sens, pas de stabilité (encodage fragile).
📊 Tableaux de synthèse
Modes interventionnels (curatif / compensatoire / adaptatif)
| Mode | Cible | But principal |
|---|
| Curatif | Processus déficitaires d’identification des mots écrits (conversion graphophonologique/orthographique, mémoire orthographique, recodage phonologique/orthographique) et déficits cognitifs sous-jacents (phonologiques, visuo-attentionnels, intermodalitaires) | Améliorer le fonctionnement des procédures de lecture (automatisation, diminution du coût cognitif) |
| Compensatoire | Points forts du lecteur et stratégies naturelles | Contourner les difficultés pour améliorer rapidement la fonctionnalité (soutenir l’entrée dans les textes), sans traiter la cause |
| Adaptatif | Fonctions cognitives déficitaires via outils et aménagements | Réduire le coût cognitif et préserver l’accès aux apprentissages (outils numériques, aides à la lecture/écriture, aménagements scolaires) |
⚠️ Pièges & confusions fréquents
- Confondre cible et résultat scolaire : viser les notes au lieu des processus de lecture/production écrite déficitaires.
- Croire qu’un seul mode suffit : oublier que les modes peuvent être alternés ou combinés selon le profil et la réponse aux entraînements.
- Choisir des exercices “au hasard” sans question clinique structurée (PICO/PESICO) ni lignes de base pour mesurer l’efficacité.
- Penser que la fréquence/intensité/régularité n’est pas déterminante pour le curatif : oublier que sans ces conditions, les effets sont faibles et peu durables.
- Travailler la lecture uniquement par exposition massive au texte au lieu de cibler explicitement la conversion graphophonologique/phonologique.
- Focaliser les entraînements sur les pseudomots ou les mots dits “irréguliers” comme cibles thérapeutiques principales en français, alors que ce n’est pas validé pour les processus visés.
- Faire des tâches de conscience phonologique sans support écrit chez un enfant à risque ou avec faibles représentations orthographiques, alors que le support écrit est recommandé pour l’efficacité.
✅ Checklist Examen
- Décrire le développement typique du langage écrit : habiletés préalables (langage oral, conscience phonologique, mémoire, attention, fonctions exécutives) puis émergence pré-alphabétique et alphabétique.
- Expliquer comment repérer un trouble de l’identification des mots écrits en comparant le profil observé au développement attendu.
- Distinguer trouble spécifique vs non spécifique et relier les profils symptomatologiques aux hypothèses étiologiques et à l’orientation thérapeutique.
- Justifier le choix d’un mode interventionnel (curatif/compensatoire/adaptatif) à partir du bilan et de la question clinique, en tenant compte des préférences et de l’âge/sévérité/comorbidités.
- Expliquer les principes d’efficacité du mode curatif : fréquence, intensité, régularité, et objectif d’automatisation/diminution du coût cognitif.
- Décrire ce que le mode compensatoire permet et ses limites : amélioration rapide de la fonctionnalité mais absence de traitement causal et risque de figer des stratégies coûteuses.
- Décrire ce que le mode adaptatif permet et ne permet pas : outils/aménagements pour réduire la charge et préserver l’accès, sans supprimer le trouble.
- Expliquer la logique de décision partagée : plainte + préférences + sens du soin reformulé, décision non figée et ajustée au suivi.
- Définir et utiliser les lignes de base et la mesure en continu : indicateurs observables, fréquence de mesure selon rotation des entraînements, ajustements en temps réel.
- Décrire l’évaluation qualitative complémentaire (autoévaluation type échelle de Likert) et son rôle dans l’adhésion et la perception des progrès.
- Donner les recommandations d’entraînement : 3 à 5 fois/semaine, 10 à 20 minutes/jour, minimum 3 semaines, et limiter le nombre de tâches différentes par objectif (1–2 tâches centrales).
- Choisir et justifier les items et tâches : contrôle du niveau réel (pas l’âge), caractéristiques infralexicales/lexicales (fréquence, longueur, consistance, voisinage, graphies complexes), contrôle systématique du sens (
- Vérifier les recommandations sur les tâches : conscience phonémique avec phonème+graphème (support écrit), apprentissage sans erreur, feedback correctif immédiat implicite, et coordination lecture-production écrite.
- Expliquer les limites des entraînements centrés sur pseudomots/mots irréguliers et pourquoi l’efficacité dépend de la capacité à modifier le processus cognitif déficitaire, pas seulement de la réussite à une tâche.
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