Revision sheet: Principes fondamentaux du droit du travail

Plan du Cours

  1. Normes supranationales du travail
  2. Sources nationales du droit du travail
  3. Sources professionnelles et statut collectif
  4. Articulation des sources et faveur
  5. Juridictions du travail et prud’hommes
  6. Libertés de recrutement
  7. Formation du contrat et clauses
  8. Contrat de travail et CDD
  9. Suspension du contrat de travail
  10. Modification et transfert du contrat
  11. Licenciement et procédures

1. Normes supranationales du travail

Notions clés & Définitions

  • Conventions de l’OIT : Conventions internationales Ă©laborĂ©es par l’Organisation internationale du travail pour fixer un socle commun de droits sociaux dans les États membres.
  • DĂ©claration OIT 19 juin 1988 : DĂ©claration qui rend impĂ©ratives certaines conventions fondamentales du travail pour tous les États liĂ©s par l’OIT, mĂȘme sans ratification.
  • CEDH 4 novembre 1950 : Convention europĂ©enne des droits de l’homme dont la jurisprudence a nourri des droits sociaux appliquĂ©s en droit du travail.
  • Charte sociale europĂ©enne : Texte du Conseil de l’Europe qui consacre de nombreux droits sociaux et prĂ©voit un mĂ©canisme de rĂ©clamations collectives.
  • Charte des droits fondamentaux de l’UE : Texte de l’Union europĂ©enne dĂ©sormais contraignant depuis son intĂ©gration au traitĂ© de Lisbonne, mobilisable par les juges nationaux.

Points essentiels

  • En cas de conflit, les conventions internationales priment sur la loi française et sont directement applicables dans l’ordre interne en vertu de l’article 55 de la Constitution.
  • Les conventions de l’OIT deviennent obligatoires aprĂšs ratification, et l’État doit les prĂ©senter Ă  ses organes compĂ©tents dans un dĂ©lai d’1 an, en indiquant les motifs de refus s’il n’y procĂšde pas.
  • Depuis la dĂ©claration du 19 juin 1988, l’OIT rend impĂ©ratives les conventions jugĂ©es fondamentales (libertĂ© syndicale, nĂ©gociation collective, interdiction du travail forcĂ©, interdiction du travail des enfants, Ă©limination des discriminations).
  • La CEDH (4 novembre 1950) et la jurisprudence de la Cour ont dĂ©duit du droit syndical un droit Ă  la nĂ©gociation collective et un droit de grĂšve (art. 11).
  • La Charte sociale europĂ©enne (18 octobre 1961, rĂ©visĂ©e en 1996) a une portĂ©e peu contraignante car les rĂ©clamations sont collectives et les particuliers ne peuvent pas l’invoquer directement devant le comitĂ© europĂ©en des droits sociaux.
  • Depuis l’entrĂ©e en vigueur du traitĂ© de Lisbonne en 2009, la charte des droits fondamentaux de l’UE (proclamĂ©e Ă  Nice en 2001) a une force juridique contraignante permettant sa rĂ©fĂ©rence par les juges nationaux.

Astuce mémo

OIT = 1919 + 19/06/1988 (fondamentales obligatoires), CEDH = art 11 (syndicat → nĂ©gociation + grĂšve), UE = 2009 (charte contraignante).

2. Sources nationales du droit du travail

Notions clés & Définitions

  • Bloc de constitutionnalitĂ© : Ensemble des textes constitutionnels qui imposent des principes directement invocables dans le droit du travail et qui s’imposent au lĂ©gislateur.
  • Article 34 de la Constitution : Dispositif constitutionnel qui rĂ©serve Ă  la loi la dĂ©termination des principes fondamentaux du droit du travail, du droit syndical et de la sĂ©curitĂ© sociale.
  • Article 37 de la Constitution : RĂšgle constitutionnelle selon laquelle les matiĂšres qui ne relĂšvent pas du domaine de la loi ont un caractĂšre rĂ©glementaire.
  • Jurisprudence en droit du travail : DĂ©cisions des juridictions qui complĂštent les textes, prĂ©cisent leur sens et peuvent dĂ©gager des rĂšgles utiles pour qualifier ou trancher les litiges.

Points essentiels

  • Toute personne peut soulever une question de conformitĂ© d’une loi Ă  la Constitution pour contester une atteinte aux principes constitutionnels du droit du travail.
  • Depuis la loi du 31 janvier 2007, un projet de loi en droit du travail (hors urgence) doit ĂȘtre prĂ©cĂ©dĂ© d’une concertation avec les organisations syndicales (art. L1 al. 1 CT).
  • En principe, la loi fixe les principes fondamentaux (art. 34 C) et le reste relĂšve du rĂšglement (art. 37 C), ce qui structure la rĂ©partition loi/rĂšglement.
  • En droit du travail, la jurisprudence peut complĂ©ter les textes, modifier leur interprĂ©tation et crĂ©er des rĂšgles, par exemple en matiĂšre de qualification du contrat de travail.
  • Les juridictions administratives peuvent intervenir pour le contentieux de l’administration du travail, ce qui participe au rĂŽle global du juge au-delĂ  du seul code du travail.

Astuce mémo

34 = la LOI fixe les PRINCIPES fondamentaux ; 37 = le RÈGLEMENT fixe le reste.

3. Sources professionnelles et statut collectif

Notions clés & Définitions

  • Sources professionnelles : Les sources professionnelles sont des rĂšgles issues des acteurs du monde du travail, notamment syndicats professionnels, employeurs et reprĂ©sentants des salariĂ©s.
  • Statut collectif : Le statut collectif regroupe l’ensemble des rĂšgles issues des sources professionnelles, notamment conventionnelles et pratiques, qui complĂštent le droit commun.
  • Convention collective : La convention collective est un acte normatif nĂ©gociĂ© entre employeurs (ou groupements) et syndicats reprĂ©sentatifs pour fixer les conditions d’emploi et garanties sociales.
  • Accord collectif : L’accord collectif est un acte normatif nĂ©gociĂ© entre employeurs (ou groupements) et syndicats reprĂ©sentatifs sur des thĂšmes particuliers ou pour certaines catĂ©gories professionnelles.
  • Usages professionnels : Les usages professionnels sont des pratiques rĂ©pĂ©tĂ©es donnant une force obligatoire, souvent utilisĂ©s pour fixer certains dĂ©lais comme le prĂ©avis en lien avec l’anciennetĂ©.

Points essentiels

  • Les conventions et accords collectifs ont un effet normatif qui s’applique aux salariĂ©s relevant de leur champ, mĂȘme s’ils ne sont pas membres du syndicat signataire.
  • Le critĂšre d’application principal d’une convention collective tient Ă  l’appartenance de l’employeur au groupement signataire, ce qui peut crĂ©er un double encadrement loi + convention.
  • L’extension d’une convention collective se fait par arrĂȘtĂ© du ministĂšre du travail pour imposer la convention Ă  tous les employeurs de la branche ou du champ territorial concernĂ©s.
  • Les conventions collectives sont contrĂŽlĂ©es dans leur application par les inspecteurs du travail, et le juge prud’homal doit vĂ©rifier l’applicabilitĂ© du texte conventionnel au litige.
  • L’usage professionnel peut s’appliquer aux prĂ©avis de licenciement pour les salariĂ©s avec moins de 6 mois d’anciennetĂ© (art L1234-1) et au prĂ©avis de dĂ©mission (art L1237-1).
  • La dĂ©nonciation d’un usage d’entreprise irrĂ©gulier ne l’empĂȘche pas seulement: elle doit respecter la constance et la procĂ©dure (Ă©crit, consultation du CSE et dĂ©lai de prĂ©venance), sinon elle cesse sans effet Ă  l’échĂ©ance prĂ©vue.

4. Articulation des sources et faveur

Notions clés & Définitions

  • Article L1154-1 : RĂšgle probatoire en matiĂšre de harcĂšlement selon laquelle le salariĂ© apporte des Ă©lĂ©ments laissant supposer le harcĂšlement puis l’employeur prouve l’absence de harcĂšlement par des Ă©lĂ©ments objectifs.
  • Faute grave : Qualification disciplinaire correspondant Ă  des faits rendant impossible le maintien du salariĂ© dans l’entreprise et entraĂźnant son Ă©viction immĂ©diate.
  • Doute au salariĂ© : Principe selon lequel, en cas d’incertitude, la solution profite au salariĂ© pour statuer sur la rĂ©alitĂ© du motif invoquĂ©.
  • Preuve dĂ©loyale en matiĂšre civile : MĂ©canisme issu d’un revirement oĂč une preuve obtenue de façon dĂ©loyale n’est pas automatiquement Ă©cartĂ©e et doit ĂȘtre apprĂ©ciĂ©e au regard de l’équitĂ© du procĂšs.

Points essentiels

  • En cas de litige relatif Ă  un harcĂšlement, le salariĂ© produit des Ă©lĂ©ments laissant supposer un harcĂšlement puis le dĂ©fendeur doit prouver l’absence de harcĂšlement et une justification objective Ă©trangĂšre Ă  tout harcĂšlement.
  • La faute grave prive le salariĂ© des indemnitĂ©s de rupture (indemnitĂ© de licenciement et prĂ©avis) car elle conduit Ă  une rupture immĂ©diate sans prĂ©avis.
  • Selon la jurisprudence, la charge de la preuve des faits justifiant la faute grave pĂšse sur l’employeur qui doit Ă©tablir la rĂ©alitĂ© des agissements reprochĂ©s.
  • En matiĂšre disciplinaire (dont licenciement pour faute grave), le doute profite au salariĂ© en application de l’article L1235-1 du CDT.
  • Depuis l’arrĂȘt de l’assemblĂ©e plĂ©niĂšre du 22 dĂ©cembre 2023 (n°20-20648), une preuve obtenue ou produite de maniĂšre dĂ©loyale n’est Ă©cartĂ©e que si elle porte une atteinte non proportionnĂ©e Ă  l’équitĂ© de la procĂ©dure dans son ensemble.
  • Par arrĂȘt du 10 juillet 2024 (n°23-14900), la preuve du harcĂšlement moral ne pĂšse pas sur le salariĂ© et des enregistrements clandestins n’entraĂźnent pas automatiquement l’exclusion des dĂ©bats.

Astuce mémo

HarcĂšlement : SalariĂ© → “laisser supposer”, Employeur → “prouver l’absence” (L1154-1).

5. Juridictions du travail et prud’hommes

Notions clés & Définitions

  • Chambre sociale de la Cour de cassation : La chambre sociale est la juridiction suprĂȘme compĂ©tente pour contrĂŽler l’application du droit du travail et la qualification des situations.
  • Juge prud’homal : Le juge prud’homal statue sur les litiges individuels entre employeur et salariĂ© et exerce un contrĂŽle concret des conditions de travail et des clauses.
  • Bureau de jugement : Le bureau de jugement est la formation saisie prĂ©vue dans certains cas pour trancher un litige relevant du contentieux prud’homal.

Points essentiels

  • La qualification de contrat de travail dĂ©pend des conditions rĂ©elles d’exĂ©cution, mĂȘme si les parties parlent de test, de pĂ©riode d’essai ou de prestation ponctuelle, la Cour de cassation vĂ©rifiant l’existence d’une vĂ©ritable prestation sous subordination.
  • Pour une clause de non-concurrence, le juge prud’homal contrĂŽle la proportionnalitĂ© en examinant notamment la limitation dans le temps et dans l’espace et la possibilitĂ© pour le salariĂ© d’exercer une activitĂ© conforme Ă  ses compĂ©tences.
  • L’existence d’une prestation de travail peut conduire Ă  requalifier une relation prĂ©sentĂ©e comme stage ou autre convention, et la saisie du bureau de jugement est prĂ©vue dans ce cas pour obtenir cette requalification.
  • La Cour de cassation peut casser une dĂ©cision et retenir l’existence d’un lien de subordination lorsque les modalitĂ©s de travail rĂ©vĂšlent un pouvoir de direction, de contrĂŽle et de sanction, par exemple via une plateforme numĂ©rique.

6. Libertés de recrutement

Notions clés & Définitions

  • Clause d’exclusivitĂ© : Une clause d’exclusivitĂ© interdit au salariĂ© de travailler pour un autre employeur pendant la relation de travail.
  • Clause de garantie d’emploi : Une clause de garantie d’emploi limite la possibilitĂ© de rupture du contrat Ă  l’initiative de l’employeur pendant une durĂ©e fixĂ©e.
  • Clause de dĂ©dit formation : Une clause de dĂ©dit formation oblige le salariĂ©, en cas de dĂ©mission avant une durĂ©e prĂ©vue, Ă  verser une somme forfaitaire liĂ©e aux frais de formation.

Points essentiels

  • La clause d’exclusivitĂ© n’est valable que si elle protĂšge des intĂ©rĂȘts lĂ©gitimes de l’entreprise, est justifiĂ©e par la nature de la tĂąche et reste proportionnĂ©e au but recherchĂ©.
  • En cas de nullitĂ© d’une clause d’exclusivitĂ©, le salariĂ© doit demander la rĂ©paration de son prĂ©judice sur le fondement de la responsabilitĂ© civile, sans que la requalification en temps plein soit automatique (arrĂȘt ch soc du 24 mars 2021 n°19-16418).
  • La clause de garantie d’emploi relĂšve d’un domaine qui peut amĂ©liorer la situation du salariĂ©, et sa violation n’entraĂźne pas automatiquement l’absence de causes rĂ©elles et sĂ©rieuses de la rupture.
  • En cas de violation de la clause de garantie d’emploi, l’employeur doit en principe verser le solde des salaires dus jusqu’à l’expiration de la garantie, sauf si une clause pĂ©nale s’applique.
  • La clause de dĂ©dit formation n’est valable que si l’employeur supporte des frais rĂ©els de formation au-delĂ  des dĂ©penses imposĂ©es par la loi, et l’indemnitĂ© doit ĂȘtre proportionnĂ©e Ă  ces frais.
  • Seuls les coĂ»ts liĂ©s Ă  la formation peuvent servir au calcul de l’indemnitĂ© de dĂ©dit formation, Ă  l’exclusion des rĂ©munĂ©rations versĂ©es pendant la formation (arrĂȘt du 23 octobre 2013).

7. Formation du contrat et clauses

Notions clés & Définitions

  • Principe de rĂ©alitĂ© : Principe selon lequel l’existence d’une relation de travail dĂ©pend des conditions d’exĂ©cution de l’activitĂ©, et non du nom donnĂ© au contrat par les parties.
  • PrĂ©somption de non-salariat : PrĂ©somption selon laquelle certaines personnes sont rĂ©putĂ©es ne pas ĂȘtre liĂ©es par un contrat de travail avec le donneur d’ordre, sauf preuve contraire du lien de subordination.
  • Subordination juridique permanente : Lien qui se caractĂ©rise par un pouvoir de direction et de sanction durable du donneur d’ordre, permettant de renverser la prĂ©somption de non-salariat.
  • PrĂ©somption de salariat : PrĂ©somption selon laquelle certaines catĂ©gories (notamment journalistes, artistes du spectacle, mannequins et VRP) sont considĂ©rĂ©es comme salariĂ©es, sous rĂ©serve des rĂšgles applicables.

Points essentiels

  • La Cour de cassation rappelle que la qualification du contrat ne dĂ©pend ni de la volontĂ© affichĂ©e ni de l’étiquette contractuelle, mais des conditions rĂ©elles d’exercice de l’activitĂ© (arrĂȘt Labbane du 19 dĂ©cembre 2000).
  • L’article 12 CPC impose au juge de donner la correcte qualification aux faits et actes litigieux sans s’arrĂȘter Ă  la dĂ©nomination proposĂ©e par les parties.
  • L’article L.8221-6 du Code du travail pose une prĂ©somption simple de non-salariat pour les personnes relevant de certaines immatriculations (notamment RCS/registre national/URSSAF) qui peut ĂȘtre dĂ©truite par la preuve d’une subordination juridique permanente.
  • Dans l’affaire Take Eat Easy (28 novembre 2018, n°17-20.079), la Cour a retenu un lien de subordination Ă  partir du gĂ©olocalisation permettant le suivi en temps rĂ©el, d’un contrĂŽle de l’exĂ©cution et d’un pouvoir de sanction, conduisant Ă  la requalification en contrat de travail.
  • Dans l’affaire Uber France (14 mars 2020, n°19-13.316), la Cour a jugĂ© fictif le statut d’indĂ©pendant au vu des directives, du contrĂŽle de l’exĂ©cution et du pouvoir de sanction exercĂ©s via la plateforme, requalifiant la relation en contrat de travail.
  • L’avocat ne peut conclure un contrat de travail qu’avec un autre avocat, et la preuve d’un contrat de travail avec une entreprise privĂ©e est impossible (ch. soc., 21 janvier 2015).

Astuce mémo

RĂ©alitĂ© d’abord : la forme du contrat ne compte pas, c’est le pouvoir (direction/sanction) qui rĂ©vĂšle le salariĂ©.

8. Contrat de travail et CDD

Notions clés & Définitions

  • Requalification du CDD : ProcĂ©dure par laquelle le juge transforme un CDD irrĂ©gulier en CDI, avec des effets financiers et un rĂ©gime applicable aux consĂ©quences de la rupture.
  • IndemnitĂ© de requalification : IndemnitĂ© due en cas de requalification judiciaire d’un CDD en CDI, dont le montant minimum est fixĂ© par le Code du travail.
  • Transmission du contrat sous 2 jours : Obligation de l’employeur de transmettre le contrat au salariĂ© dans le dĂ©lai lĂ©gal, avec un rĂ©gime de sanction modifiĂ© en 2017.
  • Action en requalification : Demande introduite devant le conseil de prud’hommes pour obtenir la requalification, soumise Ă  une rĂšgle de prescription et Ă  des conditions particuliĂšres en cas de CDD successifs.

Points essentiels

  • Seul le salariĂ© peut solliciter la requalification du CDD, avec une procĂ©dure accĂ©lĂ©rĂ©e devant le bureau du conseil des prud’hommes pour fixer rapidement le rĂ©gime applicable.
  • En cas de requalification prononcĂ©e par le juge (CDD en CDI), l’employeur doit verser une indemnitĂ© de requalification au moins Ă©gale Ă  1 mois de salaire brut (art L.1245-2 CT).
  • Depuis l’ordonnance de 2017, la mĂ©connaissance de l’obligation de transmettre le contrat dans les 2 jours n’entraĂźne plus la requalification mais reste sanctionnĂ©e par une indemnitĂ© plafonnĂ©e Ă  1 mois de salaire (art L.1245-1 CT).
  • La requalification a un impact financier rĂ©troactif, et en pratique la rupture du CDD est traitĂ©e comme une rupture de CDI pour calculer indemnitĂ© de licenciement, prĂ©avis et indemnitĂ© selon le barĂšme de l’art L.1235-3 CT.
  • En cas de CDD successifs irrĂ©guliers, seule la requalification du premier CDD doit ĂȘtre prononcĂ©e, le reste de la relation de travail formant une unique relation de travail.
  • La prescription de l’action en requalification est de 2 ans (art L.1471-1 CT) et court Ă  compter du terme du contrat, ou du dernier contrat en cas de succession (arrĂȘt du 29 janvier 2020 n°18-15.359).

Astuce mémo

“L1245-2 = 1 mois minimum” : si le CDD devient CDI, l’employeur paie au moins 1 mois, quelle que soit la durĂ©e du CDD.

9. Suspension du contrat de travail

Notions clés & Définitions

  • Certificat d’arrĂȘt de travail : Acte mĂ©dical qui constate l’arrĂȘt et doit ĂȘtre transmis Ă  l’employeur dans un dĂ©lai de 48 heures sauf force majeure.
  • Accident du trajet : Accident survenu au parcours domicile–travail qui est pris en charge comme un accident du travail, sans donner la mĂȘme protection contre le licenciement.
  • Obligation de loyautĂ© : Obligation du salariĂ© en arrĂȘt qui interdit notamment d’exercer une activitĂ© pour son compte ou pour le compte d’une autre entreprise pendant la suspension.
  • Visite de reprise : Consultation mĂ©dicale qui est le seul acte mettant fin Ă  la pĂ©riode de suspension et conditionne les suites (aptitude ou inaptitude).

Points essentiels

  • Le certificat d’arrĂȘt doit ĂȘtre transmis Ă  l’employeur sous 48 heures (sauf force majeure), et un retard peut constituer une faute grave ou faire perdre le maintien de salaire si l’employeur n’a pas Ă©tĂ© informĂ© dans les dĂ©lais.
  • En cas d’accident du trajet, l’incapacitĂ© est prise en charge comme un accident du travail mais l’employeur applique le rĂ©gime normal de la suspension, donc sans protection particuliĂšre contre le licenciement.
  • Pour un arrĂȘt liĂ© Ă  un accident du travail ou une maladie professionnelle, si l’employeur a reçu le certificat dans les dĂ©lais et si le salariĂ© a plus d’un an d’anciennetĂ©, l’employeur doit verser un surplus d’indemnitĂ© correspondant Ă  80% du salaire brut.
  • Pendant les pĂ©riodes de suspension liĂ©es Ă  l’accident du travail ou la maladie professionnelle, l’employeur ne peut rompre le contrat que pour faute grave du salariĂ© ou impossibilitĂ© de maintenir le contrat pour un motif Ă©tranger Ă  l’accident ou Ă  la maladie.
  • Le salariĂ© en arrĂȘt reste tenu Ă  la loyautĂ© et est notamment censĂ© ne pas ĂȘtre en Ă©tat de travailler, ce qui interdit notamment d’exercer une activitĂ© pour une autre entreprise.
  • En cas de grĂšve rĂ©guliĂšre au sens du droit du travail, la participation suspend le contrat sans paiement du salaire, et les retenues doivent ĂȘtre strictement proportionnelles Ă  la durĂ©e rĂ©elle d’interruption du travail.

Astuce mémo

48h : arrĂȘt envoyĂ© vite, sinon faute grave ou perte de maintien ; Suspension = certificat + loyautĂ© + fin uniquement par la visite de reprise.

10. Modification et transfert du contrat

Notions clés & Définitions

  • Modification du contrat de travail : Modification du contenu mĂȘme du contrat, qui exige en principe l’accord exprĂšs du salariĂ© et dĂ©clenche un rĂ©gime protecteur en cas de refus.
  • Changement des conditions de travail : Modification relevant du pouvoir de direction, qui ne touche pas nĂ©cessairement le contrat lui-mĂȘme et n’impose donc pas toujours un accord du salariĂ©.
  • Accord de performance collective : Accord d’entreprise permettant, sous conditions, de faire Ă©voluer certains Ă©lĂ©ments du contrat sans que le salariĂ© puisse s’y opposer dans les formes prĂ©vues par la loi.
  • Transfert lĂ©gal du contrat de travail : Transmission automatique du contrat au nouvel employeur lors d’une modification de la situation juridique de l’employeur respectant les critĂšres lĂ©gaux du transfert.

Points essentiels

  • Depuis l’arrĂȘt Raquin (8 octobre 1987), la poursuite du contrat aprĂšs une modification unilatĂ©rale ne vaut pas acceptation tacite, et l’employeur doit assumer la rupture si le salariĂ© refuse.
  • Depuis l’arrĂȘt Le Berre (10 juillet 1996), on distingue la modification du contrat (accord requis) des changements des conditions de travail (pouvoir de direction).
  • La proposition de modification ne vaut changement du contrat que si le salariĂ© accepte de façon claire et non Ă©quivoque, faute de quoi l’employeur doit renoncer ou engager une procĂ©dure de licenciement.
  • En modification disciplinaire, une modification du contrat ne peut pas ĂȘtre imposĂ©e au salariĂ© et la sanction ne se confond pas avec une suppression du droit d’accepter la modification proposĂ©e.
  • En modification Ă©conomique, la proposition est faite par lettre recommandĂ©e avec AR (L1222-6) avec un dĂ©lai de refus d’1 mois ou 15 jours en redressement/liquidation, le silence valant acceptation.
  • Lors d’un transfert lĂ©gal (L1224-1), les contrats en cours suivent automatiquement le nouvel employeur si une entitĂ© Ă©conomique autonome conserve son identitĂ© et si l’activitĂ© est poursuivie ou reprise.

Astuce mémo

Raquin = Pas d’accord tacite ; Le Berre = Contrat vs Conditions ; L1222-6 = Silence = Acceptation ; L1224-1 = EntitĂ© autonome = Contrat suit.

11. Licenciement et procédures

Notions clés & Définitions

  • Entretien prĂ©alable : Acte de la procĂ©dure de licenciement oĂč l’employeur convoque le salariĂ© avant toute dĂ©cision afin de lui prĂ©senter l’enjeu du licenciement envisagĂ© et de recueillir ses explications.
  • Lettre de licenciement motivĂ©e : Courrier qui notifie le licenciement et Ă©nonce les motifs, lesquels fixent ensuite les limites du litige prud’homal.
  • Sanction disciplinaire : Mesure prise par l’employeur aprĂšs un agissement jugĂ© fautif, susceptible d’affecter immĂ©diatement ou non la prĂ©sence du salariĂ©, sa fonction, sa carriĂšre ou sa rĂ©munĂ©ration.
  • Cause rĂ©elle et sĂ©rieuse : Exigence selon laquelle le licenciement doit reposer sur des faits vĂ©rifiables, exacts et suffisamment sĂ©rieux pour justifier la rupture du CDI.

Points essentiels

  • L’employeur doit convoquer le salariĂ© par Ă©crit avant toute dĂ©cision, avec un entretien qui ne peut pas se tenir avant l’expiration d’un dĂ©lai de 5 jours ouvrables aprĂšs la prĂ©sentation de la lettre ou sa remise en main propre.
  • La convocation doit prĂ©ciser notamment le lieu, la date et l’heure de l’entretien, et la lettre doit informer le salariĂ© de la possibilitĂ© d’assistance lors de l’audition.
  • AprĂšs l’entretien prĂ©alable, la notification de la lettre de licenciement doit intervenir dans un dĂ©lai de 2 jours ouvrables, par recommandĂ© avec accusĂ© de rĂ©ception ou par signification d’huissier.
  • Le licenciement ne peut pas reposer devant le juge sur des motifs non mentionnĂ©s dans la lettre, et l’absence ou l’imprĂ©cision des motifs prive le licenciement de cause rĂ©elle et sĂ©rieuse sous conditions de demande de prĂ©cisions dans les 15 jours.
  • Le licenciement disciplinaire doit ĂȘtre notifiĂ© dans un dĂ©lai d’un mois Ă  compter de l’entretien, et l’employeur doit engager la procĂ©dure dans un dĂ©lai maximal de 2 mois aprĂšs le dĂ©clenchement de la procĂ©dure.
  • En cas de doute, il profite au salariĂ©, et le juge apprĂ©cie Ă  la fois la rĂ©gularitĂ© de la procĂ©dure et le caractĂšre rĂ©el et sĂ©rieux des motifs au vu des Ă©lĂ©ments fournis par les parties.

Astuce mémo

Entretien → 2 jours pour notifier, Motifs → limites du juge, Doute → avantage salariĂ©.

RepĂšres chronologiques

DateÉvĂ©nement
1919CrĂ©ation de l’OIT
19 juin 1988Déclaration OIT rendant impératives certaines conventions fondamentales
4 novembre 1950Adoption de la CEDH
18 octobre 1961Adoption de la Charte sociale européenne
1957Traité de Rome : libre circulation des travailleurs
1970ÉchĂ©ance d’adoption/assurance de l’égalitĂ© de rĂ©munĂ©ration entre les sexes
1992TraitĂ© de Maastricht : institution de l’UE et politique sociale
1997TraitĂ© d’Amsterdam : transfert de l’accord sur la politique sociale dans le traitĂ©
2009Entrée en vigueur du traité de Lisbonne : charte des droits fondamentaux contraignante

Tableaux de synthĂšse

HarcĂšlement et preuve

ActeurCharge de preuveCe que doit apporter/faire
Salariécharge initiale aménagéeprésenter des éléments laissant supposer un harcÚlement
Employeurcharge de rĂ©ponseprouver l’absence de harcĂšlement et une justification objective Ă©trangĂšre Ă  tout harcĂšlement
Référenceart. L1154-1 CDTmécanisme probatoire spécial en cas de harcÚlement

PiÚges & confusions fréquents

  1. Confondre l’effet des conventions OIT : seules les fondamentales sont rendues impĂ©ratives par la dĂ©claration du 19 juin 1988, tandis que les autres deviennent obligatoires aprĂšs ratification.
  2. Croire que la Charte sociale europĂ©enne a un effet direct devant les prud’hommes : elle est jugĂ©e peu contraignante car les rĂ©clamations de particuliers ne sont pas invoquables (mĂȘme si la Cour de cassation y fait rĂ©fĂ©rence).
  3. Penser que la qualification du contrat dĂ©pend de la volontĂ© ou de l’étiquette : elle dĂ©pend des conditions rĂ©elles d’exĂ©cution et du lien de subordination.
  4. MĂ©langer modification du contrat et changement des conditions de travail : seule la modification du contrat exige l’accord exprĂšs du salariĂ©, la seconde relĂšve du pouvoir de direction.
  5. Oublier que l’énoncĂ© des motifs dans la lettre de licenciement fixe les limites du litige : des motifs imprĂ©cis ou absents ne sont sanctionnĂ©s qu’aprĂšs demande de prĂ©cisions dans les 15 jours.
  6. Croire que l’absence d’écrit/transmission du CDD entraĂźne automatiquement la requalification : depuis l’ordonnance 2017, la mĂ©connaissance de la transmission dans les 2 jours n’entraĂźne plus la requalification mais une indemnitĂ© plafonnĂ©e Ă  1 mois.
  7. Rater la rĂšgle de preuve en prud’hommes : en harcĂšlement, le salariĂ© n’a pas la preuve pleine dĂšs le dĂ©part, il doit seulement laisser supposer, puis l’employeur doit prouver l’absence et l’objectivitĂ©.

Checklist Examen

  1. Identifier la nature et l’impact des sources supra-nationales (OIT, CEDH, Charte sociale europĂ©enne, Charte UE) et rappeler la primautĂ©/conflict rules (art 55 C) et l’applicabilitĂ© interne des conventions OIT.
  2. Expliquer la répartition loi/rÚglement en droit interne (art 34 C et art 37 C) et les conséquences pratiques pour le droit du travail, ainsi que le rÎle de la jurisprudence.
  3. DĂ©crire l’effet normatif des conventions/accords collectifs sur les salariĂ©s relevant du champ, le critĂšre d’application (appartenance employeur au groupement signataire) et l’extension par arrĂȘtĂ©.
  4. MaĂźtriser l’usage professionnel et l’usage d’entreprise : conditions de force obligatoire, dĂ©nonciation rĂ©guliĂšre (CSE, Ă©crit, constance) et effets (prĂ©avis notamment via art L1234-1 et L1237-1).
  5. Appliquer les rĂšgles d’articulation et de faveur : en cas de conflit de normes, donner application au plus favorable (ordre public social), et distinguer preuve en matiĂšre de harcĂšlement (art L1154-1) et preuve dĂ©loyale (22 dĂ©c. 2023).
  6. ReconnaĂźtre les juridictions compĂ©tentes en droit du travail (CPH/ordre judiciaire) et le chemin procĂ©dural (conciliation, bureau de jugement) ainsi que la rĂšgle d’accĂšs Ă  l’instance (demande par salariĂ©, compĂ©tence CPH art L1411-1).
  7. Savoir qualifier une relation de travail : rappeler le principe de réalité, le rÎle du lien de subordination (ordre/contrÎle/sanction) et les décisions sur plateformes (Take Eat Easy, Uber).
  8. Distinguer contrat de travail et prĂ©somptions (non-salariat art L8221-6, prĂ©somption de salariat) et savoir quand elles peuvent ĂȘtre renversĂ©es par la preuve de la subordination.
  9. Expliquer la formation et la rupture des CDD : conditions formelles (écrit, motif, mentions utiles), conditions substantielles (cas de recours) et sanctions (requalification, indemnité de requalification, transmission 2 jours).
  10. Maßtriser la procédure de licenciement (entretien préalable art L1232-2 et R1232-1, délais de notification, motifs dans la lettre, demande de précisions sous 15 jours, sanctions procédurales).
  11. Appliquer le rĂ©gime disciplinaire et la faute grave/faute lourde (conditions, interdiction des amendes, dĂ©lai d’un mois pour notifier la sanction disciplinaire, preuve des faits sur l’employeur).

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Test your knowledge on Principes fondamentaux du droit du travail with 22 multiple-choice questions with detailed corrections.

1. Quelle évolution impose, pour un projet de loi en droit du travail hors urgence, une concertation préalable avec les organisations syndicales ?

2. Par quel moyen la prĂ©somption de non-salariat peut-elle ĂȘtre renversĂ©e ?

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Normes supranationales du travail — dĂ©finition ?

Conventions, déclarations et chartes internationales ou européennes.

Conventions de l’OIT — rîle ?

Fixent un socle commun de droits sociaux dans les États membres.

DĂ©claration OIT 1988 — portĂ©e ?

Rend impĂ©ratives les conventions fondamentales, mĂȘme non ratifiĂ©es.

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