📋 Plan du Cours
- Pourquoi la crise écologique
- Thèse de Lynn White et Genèse
- Modernité et domination de la nature
- Bacon, Descartes et Galilée
- Changement des valeurs morales et Mandeville
- Capitalisme, désenchantement et rationalité
- Anthropocène, grande accélération et Trente Glorieuses
- Capitalocène et choix politiques du fossile
- Changer de cadre intellectuel et pluralité des ontologies
- Éthique de la terre et biocentrisme
- Alternatives spirituelles et éthique du care
- Principe responsabilité, précaution et limites de croissance
📖 1. Pourquoi la crise écologique
🔑 Notions clés & Définitions
- Crise écologique : La crise écologique désigne la dégradation durable des milieux naturels causée par les activités humaines, au point de menacer l’équilibre de l’habitat.
- Causes profondes : Les causes profondes sont des facteurs culturels, philosophiques, religieux et économiques qui expliquent les comportements à l’origine des dégâts écologiques.
- Lynn White : Lynn White est un historien qui a proposé en 1967 une explication centrée sur les croyances et les représentations humaines du monde.
- Tradition judéo-chrétienne : La tradition judéo-chrétienne regroupe des références religieuses issues du judaïsme et du christianisme, souvent mobilisées pour analyser le rapport à la nature.
- Livre de la Genèse : Le livre de la Genèse est un texte biblique utilisé ici pour discuter l’idée d’une domination de l’être humain sur la terre.
📝 Points essentiels
- La question centrale est d’expliquer comment l’humanité a détruit son propre habitat.
- Pour comprendre la crise, il ne suffit pas d’étudier réchauffement et pollution : il faut remonter aux causes profondes.
- Lynn White (1967) soutient que la technique et la science ne sont pas les causes principales.
- Lynn White met en avant le rôle des croyances et des représentations dans le rapport de l’homme à la nature.
- White formule une thèse provocatrice : les racines de la crise seraient dans la tradition judéo-chrétienne.
- Dans la Genèse, Dieu demande à l’homme d’assujettir la terre et de dominer les êtres vivants.
💡 Astuce mémo
White = « croyances d’abord » : la crise vient de la vision du monde, pas de la technique.
📖 2. Thèse de Lynn White et Genèse
🔑 Notions clés & Définitions
- Lynn White : Historien des religions qui avance que la crise écologique s’explique en partie par des racines judéo-chrétiennes.
- Genèse : Livre biblique où le récit de la création fonde des injonctions adressées à l’humain vis-à-vis de la terre.
- Anthropocentrisme chrétien : Idée selon laquelle le christianisme place l’humain au centre et justifie sa domination sur le reste du vivant.
- Laudato si' : Encyclique du pape François (2015) proposant une lecture alternative de la Bible concernant la relation à la création.
- Modernité (XVIIe siècle) : Période à partir du XVIIe siècle où la vision du monde change et où les textes bibliques trouvent une traduction concrète.
📝 Points essentiels
- White soutient que la crise écologique a des racines dans la tradition judéo-chrétienne, notamment dans la Genèse.
- Dans la Genèse, l’humain reçoit une injonction d’assujettir la terre et de dominer les êtres vivants.
- White qualifie le christianisme d’historiquement très anthropocentrique, séparant radicalement l’humain du reste de la création.
- White affirme que la domination n’a pas seulement été une interprétation : c’est la version dominatrice qui s’est imposée culturellement en Occident.
- Dans Laudato si' (2015), le pape François propose une lecture où l’humain doit garder et cultiver le jardin d’Éden comme un jardinier.
- White répond que, historiquement, ce n’est pas la lecture “idéale” qui compte, mais celle qui a réellement structuré les comportements.
💡 Astuce mémo
Cause→effet : Genèse (dominer) → anthropocentrisme → modernité (traduction en actes) → exploitation de la nature.
📖 3. Modernité et domination de la nature
🔑 Notions clés & Définitions
- Science et technique : En modernité, la science et la technique sont étroitement liées, car les découvertes servent directement à agir sur le monde.
- Progrès illimité : Le progrès illimité est l’idée que l’avancement humain n’a pas de limites et peut toujours s’étendre vers l’avenir.
- Sapere aude : Sapere aude est la formule de Kant qui résume l’esprit moderne : oser utiliser son propre entendement.
- Scientia potentia est : Scientia potentia est est la thèse de Bacon reliant la connaissance à la capacité d’agir et de dominer la nature.
- Dualisme cartésien : Le dualisme cartésien sépare radicalement l’esprit et la matière, comme deux réalités distinctes et indépendantes.
📝 Points essentiels
- Le temps moderne est orienté vers le futur et le progrès, avec une confiance dans l’amélioration continue.
- L’idée de progrès illimité affirme qu’il n’existe pas de bornes à l’avancement humain.
- Kant résume l’attitude moderne par Sapere aude, qui encourage l’autonomie de la pensée.
- Bacon formule Scientia potentia est : connaître permet d’obtenir un pouvoir d’action sur le monde.
- Le projet de Bacon est de reculer les bornes de l’empire humain, en étendant la domination des humains sur la nature.
- Pour Bacon, la nature n’est plus un monde vivant habité : elle devient un objet manipulable et exploitable, permettant de reconstruire un paradis terrestre.
💡 Astuce mémo
Bacon = savoir→pouvoir ; Descartes = esprit séparé→matière-mécanique à contrôler ; Kant = ose penser par toi-même.
📖 4. Bacon, Descartes et Galilée
🔑 Notions clés & Définitions
- Progrès illimité : Croyance selon laquelle la raison humaine peut connaître toujours plus et donc exercer un contrôle toujours plus grand sur le monde.
- Domination de la nature : Idée selon laquelle la connaissance permet de maîtriser la nature et d’en tirer des avantages sans effort.
- Nature écrite en langage mathématique : Thèse selon laquelle le monde se comprend entièrement en maîtrisant les mathématiques, comme si la nature était un livre.
- Déréalisation de la nature : Transformation du rapport au monde où la nature perd son caractère vivant et porteur de sens pour devenir un objet de calcul.
- Étendue vide : Vision où la nature est réduite à un espace mesurable, totalement connaissable et destiné à être dominé.
📝 Points essentiels
- Descartes associe la technique au fait de tirer des commodités de la nature sans peine.
- Descartes fonde l’idée de contrôle sur la capacité de la raison à tout connaître.
- Galilée affirme que la nature se lit comme un livre dont le langage est mathématique.
- Si le monde est entièrement connaissable, la conséquence logique est qu’il devient entièrement contrôlable.
- L’approche mathématique peut conduire à une déréalisation : la nature n’est plus perçue comme un milieu vivant mais comme des chiffres et des mesures.
- Selon Méda, la nature devient une étendue vide, connaissable et à dominer.
💡 Astuce mémo
Maths = lecture du monde (Galilée) ; connaître → contrôler ; contrôle → nature réduite en chiffres (déréalisation).
📖 5. Changement des valeurs morales et Mandeville
🔑 Notions clés & Définitions
- Mandeville : Auteur associé à l’idée que des vices individuels peuvent produire des bénéfices collectifs via l’activité économique.
- Cupidité : Vice moral centré sur la recherche du gain, présenté comme moteur possible de l’économie dans la lecture de Mandeville.
- Luxe : Consommation ostentatoire autrefois condamnée comme vice, décrite comme carburant de la prospérité dans cette perspective.
- Désenchantement du monde : Processus moderne où le monde perd ses significations religieuses ou magiques et devient un objet contrôlable par des lois scientifiques.
- Rationalité en valeur : Type de rationalité où l’action est guidée par des principes ou valeurs morales, indépendamment de l’efficacité attendue.
📝 Points essentiels
- Chez Mandeville, la cupidité, l’ambition et le luxe, jugés vices par la morale traditionnelle, sont décrits comme moteurs de la prospérité collective.
- La « corruption individuelle » est requalifiée comme « force de richesse collective » dans cette logique.
- L’économie néoclassique traite la nature comme un réservoir de ressources exploitable sans limite.
- Dans l’économie standard, la nature est souvent considérée comme une externalité, donc secondaire dans les calculs.
- Le problème mis en avant est l’oubli de la matérialité de la nature : les flux physiques (matière, énergie, eau) ne sont pas intégrés aux flux monétaires.
- L’économie écologique cherche à réintroduire la dimension physique de la nature dans l’analyse économique.
💡 Astuce mémo
Mandeville : « vice privé → richesse publique » ; Weber : « magie en moins → calcul en plus ».
📖 6. Capitalisme, désenchantement et rationalité
🔑 Notions clés & Définitions
- Rationalité en valeur : La rationalité en valeur juge une action à partir de principes moraux ou de critères de “juste” et de “bien”, indépendamment de ses résultats.
- Rationalité en finalité : La rationalité en finalité cherche le moyen le plus efficace pour atteindre un objectif donné, sans se focaliser sur la justesse morale.
- Désenchantement du monde : Le désenchantement décrit une perte de sens sacré ou caché attribué au monde, qui réduit les raisons de se retenir d’agir.
- Nature-ressource : La nature-ressource correspond à l’idée que le monde naturel devient un stock exploitable comme les autres, sans limite morale intrinsèque.
- Anthropocène : L’Anthropocène désigne une nouvelle ère géologique où l’activité humaine constitue une force majeure comparable à des processus naturels.
📝 Points essentiels
- Dans la modernité, on délaisse de plus en plus la question “est-ce juste ? est-ce bien ?” au profit de “quel est le meilleur moyen ?”.
- Le basculement décrit une montée de la rationalité en finalité : l’efficacité devient le critère principal d’action.
- Si le monde est désenchanté, la perte de valeur sacrée ou de sens caché affaiblit les freins à l’exploitation.
- La conséquence directe est que la nature est traitée comme une ressource ordinaire, donc mobilisable sans limite.
- L’Anthropocène est proposé par Paul Crutzen au début des années 2000 comme cadre pour penser l’impact humain sur la Terre.
- Le début de l’Anthropocène est généralement placé à la Révolution industrielle et à l’invention de la machine à vapeur (fin du XVIIIe siècle).
💡 Astuce mémo
Valeur = “c’est juste ? c’est bien ?” ; Finalité = “c’est efficace ?” ; Désenchantement = plus de frein sacré → nature = ressource.
📖 7. Anthropocène, grande accélération et Trente Glorieuses
🔑 Notions clés & Définitions
- Anthropocène : Concept désignant une époque où l’impact humain sur la Terre devient déterminant, en attribuant la responsabilité à l’ensemble de l’humanité.
- Capitalocène : Concept qui attribue la responsabilité principale au système capitaliste et aux classes qui le dirigent, notamment en Europe et en Amérique du Nord.
- Plantationocène : Concept qui met en cause les plantations coloniales et l’esclavage, en reliant exploitation de la nature et exploitation des corps humains.
- Fossil Capital : Ouvrage d’Andreas Malm (2016) qui défend l’idée que la transition vers les énergies fossiles relève d’un choix politique plutôt que d’une nécessité technique.
📝 Points essentiels
- Les Trente Glorieuses sont présentées comme une prospérité, mais elles s’accompagnent d’une dégradation environnementale massive (pollution, extraction intensive, déchets et CO2).
- Le concept d’Anthropocène pose un problème de justice : il tend à rendre toute l’humanité également responsable, alors que les responsabilités sont inégales.
- Le Capitalocène déplace la cause vers le système capitaliste et les classes dominantes, surtout en Europe et en Amérique du Nord.
- Le Plantationocène relie l’exploitation coloniale de la nature à l’exploitation des corps humains via les plantations et l’esclavage.
- Dans Fossil Capital, Andreas Malm explique qu’au XIXe siècle en Angleterre, l’énergie hydraulique existait sans CO2, mais le charbon et la vapeur ont été choisis.
- La machine à vapeur est présentée comme un choix politique : elle permettait de concentrer les usines en ville, de rassembler les ouvriers et de mieux les contrôler, contrairement aux moulins dispersés.
💡 Astuce mémo
Anthropocène = « tout le monde » ; Capitalocène = « capital/dirigeants » ; Plantationocène = « colonies/plantations » ; Malm : fossiles = choix politique pour contrôler, pas contrainte technique.
📖 8. Capitalocène et choix politiques du fossile
🔑 Notions clés & Définitions
- Capitalocène : Concept désignant une ère où le capitalisme façonne les crises écologiques, notamment via l’usage massif des énergies fossiles.
- Civilisation fossile : Notion décrivant une société fondée sur la combustion du charbon, du pétrole et du gaz, rendue possible par des choix politiques.
- Crise écologique : Phénomène global où les atteintes à l’environnement résultent à la fois de représentations du monde et de systèmes économiques.
- Représentations du monde : Ensemble de façons de comprendre la réalité qui orientent les décisions collectives et peuvent soutenir des pratiques destructrices.
- Ontologie : Cadre de pensée qui définit comment humains et non-humains se distinguent ou se relient dans une culture.
📝 Points essentiels
- La civilisation fossile repose sur un choix politique, pas sur une nécessité technique, donc d’autres trajectoires sont possibles.
- Si la crise vient des représentations et des systèmes économiques, alors l’innovation technique seule ne suffit pas à la résoudre.
- Les techniques sont nécessaires mais insuffisantes si elles ne s’accompagnent pas d’un changement des représentations collectives.
- La « raison moderne » est décrite comme très efficace techniquement tout en perdant de vue valeurs et limites à ne pas dépasser.
- Philippe Descola montre que notre vision du monde n’est pas universelle et dépend d’une ontologie propre à chaque culture.
- Descola distingue quatre ontologies principales : naturalisme, animisme, totémisme et analogisme, chacune répondant différemment à la question des différences entre humains et non-humains.
💡 Astuce mémo
Choix politique → pas fatalité technique ; Représentations → technique seule = insuffisante ; Descola = 4 ontologies (corps, esprit, essence, correspondances).
📖 9. Changer de cadre intellectuel et pluralité des ontologies
🔑 Notions clés & Définitions
- Animisme : Vision où la différence entre êtres vient surtout de l’intériorité ou de l’esprit, même si les corps se ressemblent.
- Totémisme : Vision où humains et non-humains partagent la même essence, sans séparation ontologique nette.
- Analogisme : Vision où le monde est un réseau de correspondances, chaque élément ayant une place dans des relations structurées.
- Éthique de la terre : Courant éthique proposé par Aldo Leopold qui étend la considération morale à l’ensemble du vivant, y compris sols et plantes.
- Biocentrisme : Position morale centrée sur la valeur du vivant dans son ensemble, plutôt que sur l’utilité humaine.
📝 Points essentiels
- Dans les ontologies, la séparation nature/culture n’est pas une fatalité : d’autres cultures relient autrement humains et non-humains.
- Animisme : même intériorité possible avec des corps différents, ou inversement, la différence porte sur l’esprit plutôt que sur le corps.
- Totémisme : humains et non-humains sont de même essence, donc pas de frontière ontologique de type “nature vs culture”.
- Analogisme : tout est relié par des correspondances, chaque élément est compris via sa place dans un réseau relationnel.
- Leopold (1949) propose d’élargir la communauté morale à tous les êtres vivants, pas seulement aux humains.
- Règle de conduite de l’éthique de la terre : une action est juste si elle préserve l’intégrité, la stabilité et la beauté de la communauté biotique, pas si elle sert l’humain directement.
💡 Astuce mémo
Animisme = esprit différent ; Totémisme = même essence ; Analogisme = correspondances en réseau.
📖 10. Éthique de la terre et biocentrisme
🔑 Notions clés & Définitions
- Lynn White : Lynn White est un auteur qui critique le rapport humain à la nature et propose des pistes spirituelles pour le transformer.
- Saint François d'Assise : Saint François d'Assise est un moine chrétien du XIIIe siècle dont la vision des êtres vivants peut inspirer un rapport non destructeur à la nature.
- Shintôisme japonais : Le shintôisme japonais est une tradition spirituelle où la nature est habitée par des divinités, ce qui soutient une attitude de révérence.
- Éthiques du care : Les éthiques du care sont des approches morales centrées sur le soin, l’attention et la responsabilité envers ce qui est vulnérable ou précieux.
- Principe responsabilité : Le principe responsabilité est une idée associée à Hans Jonas, formulée pour guider l’action face aux effets durables de nos choix.
📝 Points essentiels
- Lynn White (1967) ne se limite pas à critiquer : il cherche des alternatives spirituelles pour fonder un rapport moins destructeur à la nature.
- Saint François d'Assise voyait les êtres vivants, y compris des éléments comme le soleil et la lune, comme des égaux de l’humain devant Dieu.
- La vision franciscaine attribue une relation fraternelle aux êtres vivants, ce qui peut soutenir une éthique de co-existence avec la nature.
- Le shintôisme japonais attribue une présence sacrée aux éléments naturels, ce qui favorise la révérence plutôt que la domination.
- La question centrale est de savoir s’il faut concevoir une nature « habitée », dotée d’une valeur propre indépendamment de son utilité pour les humains.
- Les éthiques du care remplacent la logique de domination par une logique de soin envers la nature, comme on prend soin d’un être vulnérable ou d’une chose précieuse.
💡 Astuce mémo
White → « François » (fraternité) ; shintô → « kami » (nature sacrée) ; care → « soin » (pas domination).
📖 11. Alternatives spirituelles et éthique du care
🔑 Notions clés & Définitions
- Renoncement à la propriété : Attitude spirituelle et éthique qui refuse de traiter la nature comme un bien que l’on possède.
- Acceptation des limites : Principe selon lequel nos usages du monde doivent tenir compte de contraintes réelles et non négociables.
- Sensibilité éthique aux non-humains : Orientation morale qui inclut animaux, plantes et écosystèmes dans le champ de la considération éthique.
- Hans Jonas : Philosophe allemand du XXe siècle, auteur de Le Principe Responsabilité (1979), influent pour l’éthique écologique.
- Principe responsabilité : Impératif moral de Hans Jonas qui impose d’agir en tenant compte de la compatibilité avec la permanence d’une vie humaine authentique.
📝 Points essentiels
- Renoncer au rapport de propriété revient à ne plus considérer la nature comme une chose que l’on détient.
- Accepter des limites signifie reconnaître que nos usages du monde ne peuvent pas être illimités.
- Développer une sensibilité éthique aux non-humains élargit la responsabilité au-delà des seuls humains.
- Hans Jonas (1979) part du constat d’une capacité humaine nouvelle à détruire irréversiblement la vie sur Terre.
- L’impératif de Jonas exige que les effets de l’action soient compatibles avec la permanence d’une vie humaine authentiquement humaine.
- Le principe de précaution découle de l’idée que nos capacités techniques peuvent dépasser notre capacité à prévoir toutes les conséquences, donc l’incertitude appelle l’abstention face au risque d’irréversibilité.
💡 Astuce mémo
Jonas = « compatibilité avec la vie humaine durable » : si l’action peut rendre la vie irréversible, on s’arrête.
📖 12. Principe responsabilité, précaution et limites de croissance
🔑 Notions clés & Définitions
- Principe de responsabilité : Principe éthique et politique qui impose d’anticiper les conséquences de ses actes et d’en assumer les effets, surtout quand ils peuvent être graves ou irréversibles.
- Principe de précaution : Principe de décision qui conduit à limiter ou encadrer une action lorsqu’il existe un risque de dommages graves, même si l’incertitude scientifique n’est pas totalement levée.
- Limites de croissance : Idée selon laquelle l’activité humaine ne peut pas augmenter indéfiniment sans dépasser des seuils écologiques pouvant causer des dommages irréversibles.
- Croissance verte : Concept qui affirme qu’on peut continuer à faire croître l’économie tout en réduisant son impact environnemental grâce à des technologies plus propres.
- Économie stationnaire : Modèle d’économie qui vise à stabiliser la taille de l’activité plutôt qu’à la faire croître, dans le respect des limites écologiques.
📝 Points essentiels
- Le cadre de pensée vise à ne pas dépasser durablement des seuils qui provoqueraient des dommages irréversibles.
- La « croissance verte » est critiquée car elle conserverait le même paradigme d’accumulation et d’expansion, sans résoudre le problème de fond.
- L’économie stationnaire (Herman Daly) cherche une stabilité de la taille économique à l’intérieur des limites écologiques.
- La décroissance et la « prospérité sans croissance » (Tim Jackson) défendent l’idée de bien vivre sans production et consommation toujours plus.
- Les alternatives sont jugées difficiles à intégrer car elles remettent en cause le paradigme moderne de l’enrichissement, considéré comme un fondement solide.
- La crise écologique est présentée comme d’abord culturelle, philosophique et morale, donc pas seulement technique.
💡 Astuce mémo
Précaution = « risque grave même incertain » ; Responsabilité = « assumer l’irréversible » ; Croissance verte = « même moteur, nouveaux filtres » ; Stationnaire/Décroissance = « changer l’objectif : taille stable ou baisse ».
📅 Repères chronologiques
| Date | Événement |
|---|
| 1967 | Lynn White pose les bases de la réflexion sur les causes profondes de la crise écologique |
| 2015 | Encyclique Laudato si' du pape François proposant une autre lecture de la Bible |
| 1714 | Publication de La Fable des abeilles de Bernard Mandeville |
| XVIIe siècle | Traduction en actes du rapport biblique à la nature au moment de la modernité |
| 2005 | Parution de Par-delà nature et culture de Philippe Descola |
| 1949 | Publication de Almanach d'un comté des sables d’Aldo Leopold |
| 1979 | Publication de Le Principe Responsabilité de Hans Jonas |
| 2016 | Andreas Malm publie Fossil Capital |
| 1945 | Début de la grande accélération après la Seconde Guerre mondiale |
| fin du XVIIIe siècle | Début généralement placé de l’Anthropocène avec la Révolution industrielle et la machine à vapeur |
📊 Tableaux de synthèse
Rationalités chez Max Weber
| Type | Définition | Question |
|---|
| Rationalité en valeur | On agit selon des valeurs morales ou des principes, indépendamment du résultat | Est-ce juste ? Est-ce bien ? |
| Rationalité en finalité | On calcule le moyen le plus efficace pour atteindre un objectif | Quel est le meilleur moyen ? |
Ontologies selon Philippe Descola
| Ontologie | Différence entre humains et non-humains | Idée centrale |
|---|
| Naturalisme | Différence par le corps | Séparation nature/culture |
| Animisme | Différence par l’intériorité/l’esprit | Corps similaires, esprits différents |
| Totémisme | Pas de différence | Humains et non-humains partagent la même essence |
| Analogisme | Tout est relié par des correspondances | Chaque élément a sa place dans un réseau de relations |
⚠️ Pièges & confusions fréquents
- Confondre causes profondes et causes immédiates : le cours insiste sur les croyances/représentations, pas seulement sur réchauffement et pollution.
- Croire que White dit que technique et science sont les causes principales : il affirme au contraire que ce sont nos croyances et représentations.
- Opposer à tort White et François : le cours dit que la lecture « jardinier » existe (Laudato si') mais que c’est la version dominatrice qui s’est imposée historiquement.
- Penser que la modernité change seulement la technique : elle change aussi les valeurs morales (enrichissement/croissance) et la manière d’évaluer l’action.
- Mélanger rationalité en valeur et rationalité en finalité : la première juge par le juste/le bien, la seconde par l’efficacité.
- Réduire l’Anthropocène à une responsabilité « égale » : le cours explique que c’est un problème de justice et propose Anthropocène/Capitalocène/Plantationocène.
- Croire que la croissance verte résout le problème : le cours la critique car elle conserve le paradigme d’accumulation/expansion.
✅ Checklist Examen
- Expliquer la question centrale : pourquoi l’humanité détruit son habitat, et pourquoi il faut chercher des causes profondes plutôt que seulement réchauffement/pollution.
- Présenter la thèse de Lynn White (1967) : rôle des croyances et représentations et critique de la tradition judéo-chrétienne via la Genèse (assujettir/dominER).
- Comparer la lecture de Laudato si' (2015) et la réponse de White : « garder et cultiver » vs domination historiquement dominante.
- Décrire la révolution de la modernité (XVIIe siècle) : sortie de la nature, monde comme objet, et les idées clés (Raison, mesurable/contrôlable, science-technique, futur/progrès, progrès illimité).
- Maîtriser Sapere aude et le lien modernité/attitude moderne : autonomie de la pensée et confiance dans la connaissance.
- Expliquer Francis Bacon : Scientia potentia est, projet de « reculer les bornes », et conséquence sur la nature (objet manipulable, paradis terrestre).
- Expliquer Descartes : dualisme (Res cogitans/Res extensa) et conséquences pratiques (maîtres et possesseurs, jouir sans peine, progrès illimité).
- Expliquer Galilée : « nature écrite en langage mathématique », conséquence logique (contrôlable) et effet pervers déréalisation/« étendue vide ».
- Présenter le changement moral : idéal de tempérance vers idéal d’enrichissement/croissance, et la thèse de Mandeville (La Fable des abeilles, 1714) « vices privés → bénéfices publics ».
- Expliquer comment l’économie standard traite la nature (réservoir/externalité) et pourquoi l’économie écologique réintroduit la matérialité (flux physiques).
- Définir le désenchantement du monde (Weber) et distinguer rationalité en valeur vs rationalité en finalité, puis relier cela à la nature comme ressource.
- Définir Anthropocène (Crutzen) et situer : début (fin du XVIIIe siècle) et grande accélération (1945), puis rappeler le rôle des Trente Glorieuses (1945-1975) et la dégradation environnementale.
- Comparer Anthropocène, Capitalocène et Plantationocène (responsabilités inégales) et expliquer l’argument de Malm (Fossil Capital, 2016) : choix politique du charbon/vapeur pour contrôler/concentrer.
- Expliquer pourquoi « plus de technique ne suffira pas » : représentations + systèmes économiques, et la « raison folle » (efficace techniquement, perd valeurs/limites).
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