📋 Plan du Cours
- Enjeux et méthode de l’histoire de la folie
- Folie antique : violence divine et fureur
- Hippocrate : folie et dérèglement des humeurs
- Folie au Moyen Âge et apparition du terme
- Asile et rétention : traitement collectif
- Pinel et classification des formes de folie
- Esquirol : monomanies et folie à la norme
- Idiots et enfants arriérés : enfermement et éducabilité
- Eugénisme et criminel-né chez Lombroso
- DSM et pouvoir médical : uniformisation des diagnostics
- Éthique de la rencontre et institutions ouvertes
- Santé mentale OMS : norme sociale et pression
📖 1. Enjeux et méthode de l’histoire de la folie
🔑 Notions clés & Définitions
- Histoire sociale : Champ d’étude qui relie les représentations de la folie aux transformations des sociétés et des normes collectives.
- Histoire culturelle : Approche qui examine comment l’art, les images et les discours façonnent la manière de voir et de nommer la folie.
- Histoire religieuse : Perspective qui analyse le rôle des croyances et du sacré dans l’explication et la prise en charge de la folie.
- Histoire du droit : Domaine qui étudie comment les règles juridiques définissent qui est considéré comme fou et quelles conséquences sociales en découlent.
- Définitions changeantes : Idée selon laquelle les notions de folie varient selon les époques et les disciplines qui les utilisent.
📝 Points essentiels
- Retracer l’histoire de la folie revient à croiser histoire sociale, culturelle, religieuse, médecine et droit, car la folie circule entre plusieurs cadres de définition.
- La folie n’est pas une entité unique : elle se décline en formes différentes selon les époques, les mots employés et les critères retenus.
- Les préoccupations autour du fou existent depuis longtemps, mais la place sociale et les traitements évoluent sans suivre une trajectoire unique.
- L’histoire de la folie interroge les mécanismes d’inclusion et d’exclusion : on cache, on ignore, on terrifie, on enferme ou on traite selon les périodes.
- Les déterminismes attribués à la folie changent : causes invoquées, explications (divines, morales, médicales) et façons de décrire les troubles se transforment.
- L’histoire de la folie n’est pas linéaire : les regards et pratiques font des allers-retours, et le fou n’occupe pas toujours la même position ni n’est jugé de la même manière.
💡 Astuce mémo
Croiser 4 cartes (sociale, culturelle, religieuse, droit) + accepter des mots qui bougent = pour comprendre une folie jamais figée.
📖 2. Folie antique : violence divine et fureur
🔑 Notions clés & Définitions
- Possession démoniaque : Interprétation antique où la folie est causée par des forces extérieures, rompant l’équilibre entre corps, dieu, âme et monde.
- Papyrus Ebers : Document égyptien décrivant des affections et des traitements mêlant remèdes, rituels religieux et détournement de l’origine divine.
- Incubation onirique : Pratique de lecture des rêves après un sommeil rituel, pour en saisir le sens et guider la thérapie dans les sanctuaires.
- Mania : Folie d’inspiration divine, pouvant être vue comme positive, liée à un excès et parfois à des états de transe.
- Théorie des humeurs : Modèle hippocratique reliant troubles mentaux et corporels à des déséquilibres de quatre fluides et de leurs qualités.
📝 Points essentiels
- Dans les débuts de l’Antiquité, la frontière entre maladies du corps et troubles de l’esprit n’est pas nette, avant une séparation avec les traditions médico-philosophiques dualistes.
- Dans les premiers empires, la folie est surtout attribuée à une possession démoniaque, avec rupture de l’équilibre corps–dieu–âme–monde.
- La folie n’est pas unique : plusieurs états peuvent être apparentés, souvent liés à perte de contrôle, comportements incohérents, tristesse inconsolable ou troubles de la parole.
- Le Papyrus Ebers (-1550) propose environ 700 remèdes, incluant rituels religieux, incantations et aussi des consommations comme alcool et miel, pour détourner l’origine des maladies physiques ou mentales.
- En Égypte, la folie est soignée dans sanctuaires et centres oraculaires, avec deux savoirs combinés : médecine “apothicaire” prescrivant des émotions et médecine “devin” utilisant incantations.
- Dans la tradition greco-romaine, la folie est traitée dans les mêmes lieux que les maladies du corps, avec décoctions, incantations, musique et régimes, sans spécialisation ni site dédié unique à la folie.
💡 Astuce mémo
Possession→Temple→Rêve→Humeurs : du divin au corps, la folie se “lit” puis se “traite”.
📖 3. Hippocrate : folie et dérèglement des humeurs
🔑 Notions clés & Définitions
- Fou errant : Figure sociale du Moyen Âge où la folie est associée à une déviance qui pousse à l’exclusion hors de la cité et à l’errance.
- Nef des fous : Bateau médiéval où des personnes dites folles sont transportées, chaque individu servant à dénoncer un vice social.
- Possession : Interprétation religieuse de la folie où un agent extérieur, assimilé au diable, trouble la raison et pousse aux actes déraisonnables.
- Sorcellerie : Interprétation religieuse de la folie où une influence démoniaque extérieure agit sur la personne sans qu’elle maîtrise ce qui la rend déraisonnable.
- Théorie des humeurs : Modèle médical antique reliant la folie à un déséquilibre corporel des fluides, qui perturbe l’équilibre de l’âme.
📝 Points essentiels
- Au Moyen Âge, la folie est souvent perçue comme liée au mal, ce qui alimente la contention et l’exclusion des fous hors de l’espace social.
- La folie peut aussi être mise en scène dans des transports collectifs, comme la Nef des fous, où chaque fou incarne un vice à dénoncer.
- La délimitation de la folie reste difficile car les critères varient selon les époques et les cadres d’interprétation.
- Deux grandes explications s’opposent : une lecture religieuse (possession/sorcellerie) et une lecture médicale (déséquilibre somatique).
- Dans la possession, la raison étant un don divin, le déraisonnable est attribué à une intrusion démoniaque qui parle à travers le fou.
- Dans la sorcellerie, l’agent diabolique est aussi conçu comme extérieur et non maîtrisé par la personne affectée.
💡 Astuce mémo
Religieux = diable dehors (possession/sorcellerie) ; Médical = humeurs dedans (déséquilibre).
📖 4. Folie au Moyen Âge et apparition du terme
🔑 Notions clés & Définitions
- Traitement moral : Traitement de la folie qui utilise des moyens moraux et relationnels pour aider le patient à reprendre le contrôle de ses passions.
- Aliéniste : Médecin spécialisé dans la prise en charge de l’aliéné, qui cherche à comprendre la rationalité du délire et à agir par la parole.
- Asile : Lieu présenté comme thérapeutique puis progressivement transformé en espace d’encadrement, notamment par le travail et la discipline.
- Colonies familiales : Forme d’accueil hors asile où des personnes considérées incurables mais inoffensives vivent au sein de petites communautés.
- Nosographie : Classement médical des formes de troubles mentaux, qui relie la description des symptômes à une manière de comprendre la folie.
📝 Points essentiels
- Le traitement moral repose sur l’idée que la folie n’est pas une perte totale de la raison : l’aliéné peut écouter, parler et argumenter.
- Le dialogue sert à repérer la passion dominante à l’origine de la folie, puis à aider le sujet à reprendre le contrôle sur cette passion.
- Pinel introduit une articulation inédite entre médecine et raisonnement philosophique pour élucider la rationalité du délire.
- Le traitement moral est individualisé et relationnel : les injonctions et moyens du médecin varient selon le patient.
- L’asile est d’abord justifié par l’éloignement du fou de son environnement et par l’idée que le travail favorise le retour à la raison et à la société.
- La discipline et le manque de personnel font basculer vers un traitement collectif, où le travail devient un principe appliqué à tous, avant même la loi de 1838 (selon le cours).
💡 Astuce mémo
Parole→passion→contrôle : le traitement moral cherche la passion dominante, puis reconstruit l’autonomie du sujet.
📖 5. Asile et rétention : traitement collectif
🔑 Notions clés & Définitions
- Grand Renfermement : Le Grand Renfermement désigne la vague d’enfermements collectifs organisée à l’âge classique pour contrôler les populations jugées déviantes.
- Hôpital général : L’hôpital général est une institution d’enfermement qui ne vise pas d’abord à soigner, mais à réduire un « mal » social par la mise au travail et le tri.
- Folie morale : La folie morale est une forme de folie définie et traitée à partir d’une faute ou d’un manquement moral, ce qui brouille la frontière entre déraison et immoralité.
- Asile : L’asile est l’espace créé pour accueillir spécifiquement les fous, avec un traitement moral présenté comme humaniste mais encadré par le savoir médical.
- Traitement moral de Pinel : Le traitement moral de Pinel est une pratique d’asile qui prétend améliorer la condition du patient par une conduite encadrée, tout en renforçant le pouvoir du médecin.
📝 Points essentiels
- Au XVIIe siècle, la raison gagne et la folie est pensée comme exclue de la possibilité d’un sujet raisonnable, ce qui renforce l’idée d’une responsabilité du fou.
- Le brouillage entre folie et amoralité fait que la folie se dissout dans une déraison générale, notamment via l’enfermement à l’hôpital général avec d’autres libertins.
- Le Grand Renfermement répond à deux objectifs : nettoyer les villes et mettre au travail ceux qui ne travaillent pas, dans une logique de productivité.
- Les enfermements sont décidés par le roi et exécutés par le directeur de l’hôpital général, qui peut aussi aller chercher des personnes dans la rue.
- Foucault décrit une complicité entre médecine et morale : l’hôpital général sert à vaincre un mal, et la médecine récupère un vécu subjectif pour l’objectiver.
- La sortie du Moyen Âge au XVIIe siècle marque le passage d’une exclusion du lépreux vers celle du fou, en réutilisant des lieux et des fonctions sociales de rejet.
💡 Astuce mémo
Raison→responsabilité : si la raison exclut la folie, alors le fou devient « coupable » ; hôpital général = tri + travail, puis asile = traitement moral sous pouvoir médical.
🔑 Notions clés & Définitions
- Internement des enfants : Régime d’internement qui place les enfants aliénés au même niveau que les adultes, sans traitement juridique distinct.
- Idiotie et imbécilité congénitales : Catégories de troubles considérées comme présentes dès l’origine et réputées incurables, ce qui oriente les pratiques d’accueil.
- Autonomisation de la psychiatrie infantojuvénile : Processus qui organise progressivement des soins dédiés aux enfants et adolescents, notamment via une circulaire en 1972.
- Clinique empirique de l’enfance : Construction progressive d’une pratique psychiatrique centrée sur l’enfance dans certains établissements dédiés.
- Éducabilité de l’enfant idiot : Idée selon laquelle l’enfant classé comme idiot peut progresser grâce à une prise en charge médico-pédagogique sur la durée.
📝 Points essentiels
- En 1838, le texte est précisé comme applicable aux enfants, ce qui met fin à l’idée d’un régime distinct pour eux.
- À la fin du XIXe siècle, peu d’établissements réservent un quartier spécifique aux enfants, ce qui retarde l’organisation par rapport à la médecine générale.
- Jusqu’à la fin du siècle, le traitement légal et institutionnel des enfants reste confondu avec celui des adultes, sans séparation dédiée.
- En 1972, une circulaire tente d’organiser un réseau de soins pour enfants et adolescents, marquant une autonomisation fonctionnelle de la psychiatrie infantojuvénile.
- Les établissements dédiés aux enfants aliénés se concentrent en région parisienne (Bicêtre, fondation Vallée à Gentilly, asile de Vaucluse pour jeunes garçons, Salpêtrière).
- Les asiles continuent d’accueillir l’« enfance aliénée » avec des pratiques de punition et d’isolement, même quand l’idée d’éducabilité progresse.
💡 Astuce mémo
Confusion juridique puis spécialisation : 1838 (enfants comme adultes) → 1972 (réseau dédié).
📖 7. Esquirol : monomanies et folie à la norme
🔑 Notions clés & Définitions
- Monomanie : Catégorie psychiatrique qui isole une forme de folie centrée sur un domaine précis plutôt qu’une altération globale de l’esprit.
- Folie morale : Notion utilisée pour décrire une forme de dérèglement psychique associée à des conduites jugées dangereuses ou immorales.
- Criminel né : Idée selon laquelle certains individus porteraient une prédisposition innée au crime, liée à une tare constitutionnelle.
- Fossette occipitale : Anomalie crânienne mise en avant comme signe « atavistique » dans l’approche lombrosienne du criminel.
- Handicapisation : Processus par lequel des différences et souffrances singulières sont regroupées sous une catégorie unique, au prix d’une perte de spécificité.
📝 Points essentiels
- La théorie phrénologique et les approches biologisantes ont servi à classer et surveiller des populations plutôt qu’à soigner.
- Lombroso relie déviance et crime à des phénomènes biologiques et cherche des signes précoces pour prédire le destin social.
- Dans L’homme criminel, Lombroso décrit des signes physiques et comportementaux (indiscipline, mensonge, cruauté) comme indices de prédisposition.
- Lombroso compare criminel né, fou moral et figure du sauvage, en rapprochant leurs caractéristiques physiques et comportementales.
- Lombroso attribue à l’épilepsie, à l’arrêt de développement, à l’atavisme et à certains usages (tatouage, argot) des caractères dominants.
- La méthode lombrosienne s’appuie sur une étude anthropométrique portant sur 3 839 criminels et sur des comparaisons crâniens avec des « crânes normaux ».
💡 Astuce mémo
Criminel né = crâne + conduite : Lombroso lit le destin social dans l’anatomie (fossette) et les comportements (folie morale).
📖 8. Idiots et enfants arriérés : enfermement et éducabilité
🔑 Notions clés & Définitions
- Récupération du diagnostic : Processus où un diagnostic autrefois dévalorisant est réapproprié par la personne pour renforcer son identité.
- Handicap social : Forme de reconnaissance qui passe surtout par le statut de handicap, sans garantir la prise en compte de la singularité du sujet.
- Nosographie : Classification des maladies utilisée pour regrouper et nommer des troubles afin de rendre le diagnostic plus cohérent entre praticiens.
- Traitement moral : Approche associée à Pinel où le diagnostic suppose que le “fou” n’est pas totalement coupé de la raison et où la prise en charge vise la moralité.
- Anamnèse : Recherche de l’histoire du trouble ou de la souffrance afin de repérer des éléments discrets liés à la “folie”.
📝 Points essentiels
- Le diagnostic peut devenir un support identitaire, ce qui déplace la question du handicap vers le contenu même du trouble.
- Pour être reconnu avec différence ou souffrance, l’accès au statut d’handicap est présenté comme de plus en plus nécessaire, notamment pour obtenir des droits.
- La reconnaissance par le handicap reste partielle car elle ne reconnaît pas pleinement la singularité de la personne porteuse d’une déficience.
- Dans la logique décrite, il n’existe pas d’autre voie de reconnaissance sociale que le handicap social pour ces individus.
- La nosographie sert à simplifier, universaliser le vocabulaire médical et orienter les possibilités de traitement tout en affinant le diagnostic.
- Pinel vise à “désaliéner” l’aliéné via une prise en charge qui écoute le sujet, mais l’objectivation de la folie peut aussi déposséder la personne de son expérience.
💡 Astuce mémo
Diagnostic→Identité : ce qui dévalorise peut être récupéré pour se construire, mais la reconnaissance reste souvent “par le handicap” plutôt que par la singularité.
📖 9. Eugénisme et criminel-né chez Lombroso
🔑 Notions clés & Définitions
- Uniformisation diagnostique : Notion désignant le fait que des catégories médicales standardisées tendent à rendre les diagnostics plus comparables et moins dépendants des contextes.
- DSM : Manuel de classification psychiatrique qui propose des catégories diagnostiques standardisées pour décrire et regrouper les troubles mentaux.
- Pouvoir médical : Notion décrivant l’influence institutionnelle et clinique des médecins sur la définition des troubles, des critères et des prises en charge.
- Psychothérapie institutionnelle : Courant centré sur l’organisation de l’institution soignante, où les pratiques collectives et le cadre participent au soin.
📝 Points essentiels
- La standardisation diagnostique peut renforcer l’autorité médicale en orientant la lecture des symptômes vers des catégories prédéfinies.
- Les approches de psychothérapie institutionnelle et de psychiatrie de secteur cherchent au contraire à éviter que le soin se réduise à un diagnostic posé dans un cadre fermé.
- La question éthique centrale est la présence réelle du soignant dans la rencontre, car une tête « ailleurs » empêche une relation authentique.
- Le principe de « pathogénicité » de l’hôpital (lieu qui aggrave) conduit à penser le soin à partir de l’institution et de ceux qui la font fonctionner.
- La psychiatrie de secteur vise une offre continue et accessible, pour limiter les ruptures (notamment familiales) plutôt que de s’enfermer dans un modèle hospitalo-centré.
- La continuité des soins repose sur des liens entre lieux et sur un référent capable de suivre l’histoire du patient, ce qui s’oppose à une prise en charge limitée dans le temps.
💡 Astuce mémo
Standardiser = classer ; institutionnel = rencontrer : si le cadre devient fermé, la rencontre se perd.
📖 11. Éthique de la rencontre et institutions ouvertes
🔑 Notions clés & Définitions
- Orientation sexuelle : Notion désignant une manière durable de se sentir attiré par un sexe ou un autre, qui n’est pas équivalente à la sexualité comme pratique.
- Représentations de la sexualité : Ensemble des images et discours d’une époque sur le sexuel, qui révèlent les normes en vigueur (ce qui est montré ou tu).
- Sexualité phalocentrée : Modèle ancien où la sexualité est pensée autour de la figure de l’homme dominant, avec une dynamique pénétrant/pénétré liée au statut.
- Hétérosexualité matrimoniale : Norme médiévale structurée autour du mariage et de la reproduction, renforcée par la morale chrétienne et la condamnation de l’érotisme.
- Homosexualité : Catégorie construite historiquement, d’abord traitée comme déviante par la psychiatrie puis progressivement sortie de la psychiatrisation.
📝 Points essentiels
- Pendant longtemps, la sexualité est surtout comprise comme pratique, tandis que l’orientation n’est pas pensée comme catégorie centrale.
- Les représentations (textes, images, discours) servent d’indicateurs des normes d’une époque, mais elles peuvent créer un écart avec la réalité vécue.
- À l’Antiquité, la norme dominante s’organise autour du statut social de l’homme libre et d’une sexualité phalocentrée, où le pénétrant ne peut pas être un homme libre.
- Le rapport pénétrant/pénétré rejoue des rapports de pouvoir et de domination dans l’intimité, même quand des pratiques entre hommes existent.
- Dans l’Empire romain, il n’y a pas de police des mœurs : ce qui se passe à l’intérieur de la propriété n’est pas jugé par la loi.
- Au Moyen Âge, la norme se rigidifie autour de l’hétérosexualité matrimoniale, avec une opposition centrée sur le péché originel et une méfiance envers le corps et l’érotisme.
💡 Astuce mémo
Représentations → normes ; statut → domination ; mariage → péché ; médecine → déviance ; DSM → bascule.
📖 12. Santé mentale OMS : norme sociale et pression
🔑 Notions clés & Définitions
- Santé mentale : Concept de santé centré sur un état de bien-être permettant de fonctionner, de travailler et de contribuer, au-delà de l’absence de maladie.
- Hygiène mentale : Ancienne approche visant à préserver la santé physique et psychique via des comportements jugés corrects, portée par des normes morales et sociales.
- Santé mentale OMS 2010 : Définition de la santé mentale comme capacité à se réaliser, surmonter les tensions ordinaires, travailler et contribuer à la communauté.
- New Public Management : Courant de gestion des institutions publiques qui transpose des logiques d’entreprise (efficience, rentabilité, indicateurs) aux services de santé.
- DSM-III : Classification diagnostique publiée dans les années 1980 qui standardise les troubles et influence fortement les pratiques de soin et de remboursement.
📝 Points essentiels
- La santé mentale implique une norme de « bonne » santé mentale, ce qui fabrique des critères de conformité plutôt qu’un simple constat clinique.
- La définition OMS (bien-être complet physique, mental et social) transforme l’absence de maladie en insuffisance et rend la complétude un horizon à atteindre.
- La pression sociale augmente car le bien-être devient une exigence utile à la société : produire, travailler et créer du lien social.
- Les définitions de santé mentale tendent à évacuer la part tragique de l’existence en promettant une vie maîtrisable par la volonté, ce qui peut produire de l’anxiété en cas d’échec.
- La santé mentale devient une priorité de santé publique avec un cadrage économique : résoudre des « troubles » pour maintenir la productivité et réduire les coûts sociaux.
- La logique de prévention précoce et de dépistage s’accompagne de dispositifs type « centres experts » et de diagnostics exhaustifs, orientés vers la prise en charge rapide.
💡 Astuce mémo
OMS = Bien-être total → norme à atteindre → pression sociale (travailler, produire, contribuer).
📅 Repères chronologiques
| Date | Événement |
|---|
| -1550 | Papyrus Ebers : environ 700 remèdes, rituels et détournement de l’origine divine |
| -3300, 476 | Période de l’invention de l’écriture à la chute de l’empire romain (repère du cours) |
| 476 - 1472 | Moyen Âge : période étudiée pour la folie (repère du cours) |
📊 Tableaux de synthèse
Explications religieuses vs médicales de la folie (Moyen Âge)
| Cadre | Cause invoquée | Traitement |
|---|
| Religieux | Possession ou sorcellerie (diable extérieur, intrusion dans l’âme/raison) | Exorcisme et pèlerinage (délivrance) |
| Médical | Théorie des humeurs (causalité somatique interne, déséquilibre) | Diminuer l’excès de fluide (air, nourriture, mouvement, repos, état de veille) |
⚠️ Pièges & confusions fréquents
- Confondre folie et maladie : le cours insiste que la folie est aussi une construction culturelle et pas une entité unifiée.
- Croire que la folie a une trajectoire linéaire de “sauvage” vers “humaniste” : le cours dit qu’il y a des allers-retours et des dérives.
- Mélanger possession et sorcellerie : dans les deux cas l’agent est extérieur, mais la possession est pensée comme intrusion qui trouble raison/imagination et la sorcellerie comme influence démoniaque non maîtrisée.
- Réduire Hippocrate à une simple “théorie des humeurs” : il n’y a pas de dichotomie âme/corps et la folie relie les deux via des déséquilibres humoraux.
- Penser que le traitement moral de Pinel est seulement “parole” : il repose sur l’abandon des traitements physiques et la recherche de la passion dominante par le dialogue.
- Confondre asile et hôpital général : l’hôpital général vise surtout à réduire un mal social par travail/tri, tandis que l’asile est présenté comme thérapeutique mais bascule vers la rétention collective.
- Croire que DSM = description neutre : le cours insiste sur l’uniformisation, le pouvoir médical et l’effet sur les pratiques (diagnostic/traitement/remboursement).
✅ Checklist Examen
- Expliquer pourquoi l’histoire de la folie se situe au croisement histoire sociale, culturelle, religieuse, médecine et droit, et pourquoi il faut accepter des définitions changeantes.
- Décrire l’iconographie antique : folie comme violence extérieure (dieux, Lyssa), ambivalence (mania positive vs possession dangereuse) et lien avec la fureur.
- Présenter les fondements nosologiques antiques : phrénitis, mélancolie, mania, et la logique interne (corps/âme) chez Platon vs Aristote/Hippocrate.
- Expliquer comment, au Moyen Âge, la folie est définie par rupture avec l’ordre social et comment elle entraîne exclusion/intégration ambivalente (fou du roi, marges).
- Comparer les deux théories d’origine de la folie au Moyen Âge (religieuse : possession/sorcellerie ; médicale : humeurs) et en déduire les traitements correspondants.
- Expliquer le rôle du dispositif de l’âge classique (hôpital général) dans le brouillage folie/amoralité et la logique de tri/travail, puis le “geste mythique” de Pinel.
- Décrire l’aliénisme : folie comme exagération de phénomènes normaux, possibilité de traitement et de réversibilité, et le traitement moral (abandon physique + dialogue sur passion dominante).
- Maîtriser la logique des asiles et la loi de 1838 : placement, certificats, avis médical, dépossession des biens/droits, et bascule vers discipline collective.
- Connaître la classification des formes de folie (Pinel : manie, mélancolie, idiotie, démence ; Esquirol : monomanies ; Falret : critique ; Kraepelin : destins évolutifs).
- Expliquer comment l’enfance “irrégulière” se construit au XIXe : idiotie/imbécilité, confusion institutionnelle, et la question éducabilité vs incurabilité (Itard, Pinel, Bourneville).
- Présenter les approches de la déviance juvénile : colonies pénitentiaires agricoles et logique de régénération morale par travail/discipline, puis l’essor de la phrénologie et du criminel-né (Gall, Lombroso).
- Expliquer le rapprochement folie/handicap : variabilité sociale des catégories, modèles médical vs social du handicap, et la critique du brouillage via “handicap psychique”.
- Décrire la méthode de Foucault : “expérience” de la folie (institutions/discours), archéologie des discours, et construction du normal/pathologique avec effets d’enfermement.
- Expliquer l’enjeu de la psychothérapie institutionnelle : après-guerre, critique de l’entropie asilaire, principes de circulation/décloisonnement et constellation transférentielle (Tosquelles, Oury).
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