📋 Plan du Cours
- Définition de l’art brut chez Dubuffet
- Formation artistique et quête d’une voie
- Rupture avec la ressemblance dans Les Gardes du corps
- Expositions controversées et anti-culture de Dubuffet
- Paysages mentaux et oscillation paysage concret
- Texturologies et Matériologies : machines à rêver
- L’Hourloupe et l’invention du mot
- Dubuffet et l’art des fous avant 1945
- Adolf Wölfli : épopée et création en asile
- Louis Soutter : peinture au doigt en institution
- Art chez les fous et paradoxe de la création
- Psychothérapie institutionnelle et transformation des asiles
📖 1. Définition de l’art brut chez Dubuffet
🔑 Notions clés & Définitions
- Art brut : L’art brut désigne les productions artistiques réalisées par des personnes qui ne sont pas formées à la culture artistique.
- Jean Dubuffet : Jean Dubuffet est un peintre, sculpteur et plasticien français qui a théorisé et nommé l’art brut.
- Personnes exemptes de culture artistique : Cette catégorie regroupe des créateurs qui n’ont pas reçu d’influences ou de codes issus de la culture artistique dominante.
- Inspiration de Dubuffet : Dubuffet reconnaît s’être largement inspiré des œuvres de marginaux et de personnes souffrant de troubles mentaux.
📝 Points essentiels
- Dubuffet emploie le terme « art brut » pour qualifier des créations issues de personnes sans culture artistique.
- L’art brut vise notamment des productions de marginaux et de malades mentaux.
- Les œuvres concernées peuvent prendre plusieurs formes : peintures, sculptures et calligraphies.
- Dubuffet présente l’art brut comme un style qu’il a nommé et qu’il a contribué à théoriser.
- Dubuffet affirme s’être inspiré de ces productions pour nourrir sa propre démarche artistique.
- Jean Dubuffet est né le 31 juillet 1901 au Havre et mort le 12 mai 1985 à Paris 6e.
💡 Astuce mémo
Art brut = « brut » parce que sans culture artistique : créations faites hors codes savants.
🔑 Notions clés & Définitions
- Jean Paulhan : Jean Paulhan est un ami et intermédiaire qui fait sortir Dubuffet de sa clandestinité et signe la préface de son catalogue.
- Les Gardes du corps : Les Gardes du corps est le premier tableau vraiment marquant de Dubuffet, considéré comme le point de départ de son œuvre.
- Galerie René Drouin : La galerie René Drouin est le lieu d’expositions personnelles et d’événements qui rendent Dubuffet visible à partir de 1944.
- Clandestinité artistique : La clandestinité artistique désigne la période où Dubuffet se consacre presque en secret à la peinture avant d’être présenté au public.
- Anti-culture : L’anti-culture est la posture de Dubuffet qui refuse les codes du savoir-faire convenu et revendique une démarche opposée à la culture académique.
📝 Points essentiels
- En 1937, Dubuffet reprend son activité commerciale après un découragement, puis épouse Émilie Carlu en 1937.
- En 1939, il est mobilisé au ministère de l’Air à Paris, puis envoyé à Rochefort pour indiscipline, avant de se réfugier à Céret lors de l’exode.
- Dès 1942, Dubuffet se consacre exclusivement à la peinture pour la troisième fois, ce qui le rend « quasi clandestin ».
- Les Gardes du corps (huile sur toile, 113 × 89 cm, collection privée) marque une rupture avec le souci de ressemblance des tableaux précédents.
- À la fin de 1944, la première exposition personnelle à la galerie René Drouin réunit 55 huiles et 24 lithographies, avec une préface signée Jean Paulhan.
- Entre 1944 et 1947, les expositions à la galerie Drouin sont controversées : une partie du public crie à la provocation et à l’imposture, tandis que certains amateurs s’enthousiasment.
💡 Astuce mémo
Picon→« seuil » : Les Gardes du corps annoncent l’esprit de l’œuvre, comme une porte qui s’ouvre.
📖 3. Rupture avec la ressemblance dans Les Gardes du corps
🔑 Notions clés & Définitions
- Scandale de la galerie Drouin : Événement de 1945 où l’exposition de Dubuffet, jugée maladroite, déclenche un tollé public à Paris libéré.
- Déconditionnement : Processus recherché par Dubuffet pour se libérer des influences et reconstruire à partir de “rien”.
- Table rase : Idée associée au Sahara, où l’artiste cherche un point de départ neutre pour poursuivre son déconditionnement.
- Matières magiques : Notion de Prospectus aux amateurs de tous genres où certaines matières semblent agir par elles-mêmes, au-delà des intentions.
- Paysages mentaux : Série de peintures (à partir de 1951) pensée comme une oscillation entre paysage concret et paysage mental.
📝 Points essentiels
- Le 20 octobre 1945, la première exposition marquante à Paris libéré (galerie Drouin) est celle d’un artiste inconnu, Dubuffet, dont la maladresse délibérée provoque un scandale et des réactions hostiles (lettres anonymes
- Dubuffet conçoit la création en refusant l’idée de don et la logique de vocation-privilège, et il remplace cela par une conception particulière du « travail ».
- Il valorise la « main heureuse » : le résultat peut être plus efficace quand le pinceau laisse jouer des dessous plutôt que quand on combine longuement des nuances.
- Entre 1947 et 1949, Dubuffet effectue trois voyages au Sahara (notamment El Goléa) pour trouver une « table rase » et « parachèver » son déconditionnement.
- Le désert lui offre le « rien » sur lequel il peut construire, car ses recherches de libération se heurtent encore aux limites révélées par les scandales de ses expositions.
- Dans Prospectus aux amateurs de tous genres, il décrit des « matières magiques » qui semblent avoir leur propre volonté et dépasser la simple intention concertée de l’artiste.
💡 Astuce mémo
Table rase = départ sans repères ; matières magiques = la matière “travaille” à ta place.
📖 4. Expositions controversées et anti-culture de Dubuffet
🔑 Notions clés & Définitions
- Texturologies : Série de travaux de Dubuffet qui pousse l’abstraction en jouant sur le regard et la matérialité perçue.
- Matériologies : Série de travaux de Dubuffet qui met en avant les qualités du concret élémentaire.
- Musée des arts décoratifs (Paris, 1961) : Lieu et date d’une exposition parisienne présentant des œuvres de Dubuffet, dont celles de ses périodes antérieures.
- L’Hourloupe : Ensemble de travaux de Dubuffet réalisé de 1962 à 1974, poursuivi jusqu’en 1983, fondé sur un mot inventé par l’artiste.
- Art brut : Courant auquel Dubuffet est rattaché, et qui inspire ensuite des artistes cherchant un « art autre ».
📝 Points essentiels
- Les Texturologies et les Matériologies sont décrites comme les séries les plus contestées, suscitant défiance et moqueries.
- Dubuffet est présenté comme ayant atteint un point culminant de ses expériences sur le regard et sur les choses avec ces séries.
- L’exposition de 1961 au Musée des arts décoratifs à Paris réunit des œuvres de périodes antérieures et relance le scandale autour de Dubuffet.
- Devant la rétrospective de 1961 (environ quatre cents œuvres), le public et une partie de la critique hésitent entre charlatan et génie.
- Dubuffet devient un modèle pour des artistes adeptes de « l’art autre », variante de l’art brut, après la mise en avant par la rétrospective.
- L’Hourloupe regroupe des peintures, encres de couleur, sculptures et assemblages, et comprend des travaux poursuivis jusqu’en 1983, deux ans avant sa mort.
💡 Astuce mémo
Texturologies = sommet aride/poétique ; Matériologies = vertus du concret ; Hourloupe = 1962→1974 puis jusqu’à 1983.
📖 5. Paysages mentaux et oscillation paysage concret
🔑 Notions clés & Définitions
- L’Hourloupe : L’Hourloupe : ensemble des toiles, encres, sculptures et assemblages de Jean Dubuffet, regroupés sous un même nom.
- Stylobille rouge : Stylobille rouge : outil de dessin utilisé par Jean Dubuffet au téléphone, qui déclenche des tracés semi-automatiques.
- Trois couleurs essentielles : Trois couleurs essentielles : palette structurante de L’Hourloupe, centrée sur le rouge, le bleu et le blanc.
- Art brut : Art brut : terme forgé par Jean Dubuffet pour désigner un art issu notamment des fous et des marginaux.
- Hans Prinzhorn : Hans Prinzhorn : psychiatre et historien d’art allemand dont Dubuffet s’intéresse aux œuvres de malades mentaux dès 1922.
📝 Points essentiels
- L’Hourloupe associe des dessins semi-automatiques à partir de tracés au stylobille, puis des figures découpées et posées sur fond noir.
- La série produit aussi un « petit livre » de vingt-six pages, où chaque page combine texte jargonant et dessin au stylo à bille.
- L’Hourloupe évolue vers des formats plus grands tandis que les couleurs se réduisent, et les rayures/hachures deviennent plus marquées.
- Les œuvres de L’Hourloupe présentées à Venise au Palazzo Grassi sur le Grand Canal en 1964 couvrent huiles, dessins, praticables, assemblages, sculptures et architectures.
- La marque graphique de Dubuffet se renforce avec des rayures et hachures jusqu’à sa mort en 1985.
- Le terme « art brut » est baptisé par Dubuffet le 28 août 1945 pour un art lié à l’art des fous et à des marginaux (prisonniers, reclus, mystiques, anarchistes, révoltés).
💡 Astuce mémo
Oscillation : du « téléphone → tracé semi-automatique » (mental) vers « fond noir + découpe → composition » (concret).
📖 6. Texturologies et Matériologies : machines à rêver
🔑 Notions clés & Définitions
- Art brut : Courant qui valorise des productions créées hors des circuits artistiques classiques, en mettant en avant la valeur des objets conservés.
- Adolf Wölfli : Artiste et patient psychiatrique suisse dont l’œuvre foisonnante mêle dessins, écrits, collages et partitions musicales.
- Clinique psychiatrique de Waldau : Établissement psychiatrique près de Berne où Adolf Wölfli est interné et où il meurt en 1930.
- Morgenthaler : Psychiatre qui s’intéresse à l’œuvre de Wölfli et lui consacre un ouvrage en 1921.
- Jean Dubuffet : Artiste qui redécouvre l’œuvre de Wölfli en 1945 et contribue à sa reconnaissance internationale.
📝 Points essentiels
- L’art brut reconnaît tôt l’intérêt des objets archivés en clinique, ce qui alimente ensuite des expositions temporaires du musée actuel.
- En 1914, Morgenthaler découvre le talent artistique d’Adolf Wölfli.
- Wölfli naît à Bowil en 1864, son père abandonne la famille en 1872, et sa mère décède environ trois mois avant qu’il l’apprenne.
- En 1890, Wölfli est incarcéré pour attentat à la pudeur, puis il est interné à Waldau près de Berne cinq ans plus tard.
- Wölfli élabore dès 1899 l’épopée de St Adolf II, un univers utopique qui colonise l’espace et l’oblige à étendre son système numérique.
- Le système numérique inclut une valeur dont le nom le plus élevé est colère, et l’ensemble produit un corpus d’environ 25 000 pages mêlant dessins, écritures, collages et portées musicales.
💡 Astuce mémo
Wölfli = « St Adolf II » : 25 000 pages pour coloniser l’espace, avec un système numérique dont le sommet s’appelle colère.
📖 7. L’Hourloupe et l’invention du mot
🔑 Notions clés & Définitions
- Grand-Grand-Dieu : Nom inventé par Dubuffet pour désigner une figure de son univers imaginaire.
- Doufi : Surnom donné à un personnage chétif, perdu dans un monde effrayant et enfermé dans une spirale sans fin.
- Marche funèbre : Œuvre musicale personnelle de Dubuffet commencée en 1928, conçue comme un requiem très long.
- Photographie spirite : Pratique photographique visant à produire des images liées à la présence d’esprits et à la survie après la mort.
- Fédération spirite internationale : Organisation créée en 1923 pour promouvoir la fraternité et l’étude du spiritisme, y compris les sciences psychiques.
📝 Points essentiels
- Dubuffet multiplie les noms pour ses figures, dont « Grand-Grand-Dieu », « Génie » et « Adolf II », afin de peupler son monde imaginaire.
- Le personnage « Doufi » est décrit comme un être chétif, allongé dans son cercueil au centre d’un labyrinthe, dans une spirale sans fin.
- En 1928, Dubuffet commence à composer une « Marche funèbre » présentée comme un requiem de plusieurs milliers de pages, interrompu par sa mort.
- En 1923, Dubuffet découvre les cahiers illustrés de Clémentine R. (Clémentine Ripoche) pendant son service militaire au service météorologique de la tour Eiffel.
- En 1923 à Liège, la Fédération spirite internationale est créée pour organiser la fraternité entre spirites et diffuser des faits liés aux sciences psychiques.
- La photographie spirite devient très populaire à partir des années 1890 et produit des images fantomatiques, notamment dans des travaux futuristes et chez Edvard Munch cités dans le texte.
💡 Astuce mémo
Doufi = « du fi » : petit être chétif coincé dans un labyrinthe sans fin ; Marche funèbre = 1928, requiem interrompu.
📖 8. Dubuffet et l’art des fous avant 1945
🔑 Notions clés & Définitions
- Photographie spirite : Technique photographique utilisée pour produire des images présentées comme liées aux disparus, dont l’essor culmine dans les années 1870–1880.
- Double exposition : Procédé photographique qui superpose deux images pour créer un effet de transparence ou de présence fantomatique.
- Louis Soutter : Artiste interné en hospice à partir de 1923, dont l’œuvre est découverte par Jean Dubuffet en 1945.
- Joseph Rogues de Fursac : Médecin auteur d’un ouvrage de 1905 sur les écrits et dessins produits dans les maladies nerveuses et mentales.
- Auguste Marie : Médecin-chef de l’asile de Villejuif, auteur en 1905 d’un article sur l’intérêt psychiatrique des œuvres de patients.
📝 Points essentiels
- La guerre civile américaine des années 1860 entraîne une forte demande de communication avec les disparus, ce qui alimente l’apogée de la photo spirite dans les années 1870–1880.
- Les séances spirites commencent souvent par une mise en transe ou un endormissement, jugée favorable aux manipulations.
- Le trucage peut passer par l’ajout d’objets ou de personnages en arrière-plan, ou par la double exposition pour superposer deux images.
- La fabrication de ces images repose aussi sur des informations préalables sur les caractéristiques physiques du défunt, obtenues via complices, puis sur le choix de plaques ou de figurants.
- En 1923, Louis Soutter est interné dans un hospice pour vieillard (canton de Vaud) où il produit pendant environ 20 ans des figures noires à partir de moyens rudimentaires.
- Avant l’internement, Soutter a une formation d’ingénieur et d’architecte, peint et pratique le violon, puis revient en Suisse après une dépression grave en 1903 et change radicalement de production en asile après 1923.
💡 Astuce mémo
Guerre → deuil → photo spirite; Transe → trucage; Soutter: 1923 asile, 1945 découverte par Dubuffet.
📖 9. Adolf Wölfli : épopée et création en asile
🔑 Notions clés & Définitions
- Auguste Marie : Médecin-chef d’un asile qui défend l’intérêt psychiatrique des œuvres produites par ses patients et cherche à les présenter.
- Musée de la folie : Projet de présentation d’œuvres de patients psychiatriques, pensé comme outil thérapeutique et comme questionnement de la frontière entre « fous » et « normaux ».
- Paul Meunier : Psychiatre et poète auteur de L’Art chez les fous, qui étudie dessins, prose et poésie produits par des personnes internées.
- Marcel Réja : Nom sous lequel Paul Meunier publie L’Art chez les fous, et développe une lecture du paradoxe de la création.
- Art brut : Notion associée à des productions d’« artistes » non professionnels, rapprochées de la création mise à nu par des « fous-artistes ».
📝 Points essentiels
- En 1905, Auguste Marie publie un article sur l’intérêt psychiatrique des œuvres de patients et formule un projet de musée.
- Le projet de musée de Marie n’est pas une ouverture au public en 1905 : il aboutit seulement à la fin des années 1920 sous forme de deux expositions.
- Marie aménage des espaces d’exposition dans les combles de l’hôpital, entretenus et enrichis par les patients, sans ouverture au public.
- Pour Marie, la collection vise à ramener les malades vers des activités rationnelles et à montrer que la différence entre « fous » et autres relève du degré.
- En 1906, paraît L’Art chez les fous, étude sur le dessin, la prose et la poésie, écrite par Paul Meunier (Marcel Réja).
- Réja présente les œuvres des fous comme un moyen de comprendre le paradoxe de la création en « dénudant » l’acte artistique jusqu’à sa limite d’inscription.
💡 Astuce mémo
Marie = « musée fermé au public, mais ouvert à la raison » ; Réja = « paradoxe de la création mise à nu ».
📖 10. Louis Soutter : peinture au doigt en institution
🔑 Notions clés & Définitions
- Hans Prinzhorn : Historien d’art et psychiatre allemand, connu pour ses études sur l’« art des fous » et la constitution d’une grande collection d’œuvres issues d’asile.
- Expression de la folie : Ouvrage de Hans Prinzhorn publié en 1922, qui a profondément transformé la manière dont artistes et société regardent les productions des personnes internées.
- Art des fous : Ensemble d’œuvres produites en contexte psychiatrique, étudiées par Prinzhorn et ensuite requalifiées dans le débat artistique du XXe siècle.
- Art dégénéré : Catégorie et exposition utilisées par le régime nazi pour présenter des œuvres d’avant-garde et des productions de « fous » dans un objectif de disqualification.
- Art brut : Expression forgée par Jean Dubuffet en 1945 pour désigner des créations d’adultes autodidactes ou psychotiques découvertes en hôpitaux psychiatriques.
📝 Points essentiels
- Oldfield est mobilisé pour expliquer une lecture « enfantine » de la représentation (tête démesurée, difficulté à admettre une figure sans profondeur), ce qui sert à critiquer un regard trop européo-centré.
- Le livre de Hans Prinzhorn, publié en 1922, provoque un basculement dans les milieux artistiques en donnant une légitimité nouvelle aux productions issues de la folie.
- Les travaux de Prinzhorn nourrissent l’enthousiasme de Paul Klee et influencent Max Ernst, avec un relais vers les Surréalistes.
- La collection de Prinzhorn est incluse en 1937 dans l’exposition d’« art dégénéré » à Munich puis dans vingt-trois autres villes, où les œuvres sont exposées avec celles d’avant-garde pour les ridiculiser.
- En 1945, Dubuffet emploie le terme « art brut » lors de ses visites d’hôpitaux psychiatriques en Suisse avec Jean Paulhan, et l’expression apparaît par écrit dans une lettre datée du 28 août 1945.
- Dubuffet découvre des créations d’adultes autodidactes ou psychotiques grâce à Jean Paulhan et Raymond Queneau, puis réalise un premier voyage de prospection de trois semaines en Suisse avec Paulhan.
💡 Astuce mémo
Prinzhorn = 1922 (révolution du regard) ; Dubuffet = 1945 (art brut) ; 1937 = art dégénéré (ridiculiser).
📖 11. Art chez les fous et paradoxe de la création
🔑 Notions clés & Définitions
- Marguerite Burnat-Provins : Artiste dont la création singulière est marquée par la maladie, des hallucinations et une production picturale née de chocs.
- « Ma ville » : Série d’œuvres picturales produites pendant la Première Guerre mondiale, dictées et inspirées par des visions.
- Jean Dubuffet : Découvreur d’œuvres de patients qui intègre des dessins à sa collection et contribue à leur reconnaissance.
- Hôpital psychiatrique de Saint-Alban : Établissement où des artistes et écrivains découvrent des créations de patients, dans un cadre lié à la psychothérapie institutionnelle.
- Auguste Forestier : Patient sculpteur et dessinateur interné après un incident ferroviaire, qui fabrique des statuettes avec des matériaux de rebut.
📝 Points essentiels
- Marguerite Burnat-Provins grandit dans un milieu encouragé à la culture et à l’art, mais connaît très tôt des ennuis de santé et un sens durable du tragique.
- En 1906, elle divorce puis épouse un ingénieur, et le couple s’installe à Bayonne avant que la Première Guerre mondiale ne déclenche un choc créatif.
- Pendant la guerre, elle produit la série « Ma ville » sous dictée, en étant en proie à des hallucinations, avec des personnages parfois hybrides mi-humains mi-animaux.
- En 1945, Jean Dubuffet découvre son œuvre et intègre des dessins dans sa collection, tandis qu’elle poursuit sa création jusqu’à son décès en 1952.
- En novembre 1943, Paul Éluard se réfugie à Saint-Alban dirigé par Lucien Bonnafé et François Tosquelles, et y découvre des œuvres de patients.
- Auguste Forestier, interné après un déraillement provoqué en 1914, fabrique des médailles et sculpte des figures avec des matériaux récupérés, puis aménage un petit atelier dans un couloir de l’hôpital.
💡 Astuce mémo
Choc → dessin : guerre ou internement déclenche une production, puis reconnaissance par Dubuffet (Burnat-Provins) ou par la découverte à Saint-Alban (Forestier).
🔑 Notions clés & Définitions
- Psychothérapie institutionnelle : Type de psychothérapie en institution psychiatrique qui s’appuie sur la dynamique de groupe et sur la relation entre soignants et soignés.
- Dynamique de groupe : Notion centrale où les interactions collectives au sein de l’institution participent au soin et à la transformation des relations.
- Soignants et soignés : Paires relationnelles au cœur du dispositif, dont la qualité conditionne l’humanisation du fonctionnement de l’établissement.
- Secteur psychiatrique français : Organisation du soin en psychiatrie, fondée dans les années 1970 par des acteurs de la psychothérapie institutionnelle pour rompre avec l’asile.
- François Tosquelles : Psychiatre associé à l’origine de Saint-Alban-sur-Limagnole, connu pour avoir transformé la pratique médicale et l’organisation des soins.
📝 Points essentiels
- La psychothérapie institutionnelle vise à soigner le collectif soignant et à humaniser l’établissement pour améliorer la qualité des soins aux patients.
- Le secteur psychiatrique français est fondé dans les années 1970 pour rompre avec les pratiques asiliaires et développer des soins ambulatoires dans la Cité.
- Saint-Alban-sur-Limagnole (Lozère) est souvent présenté comme une origine du mouvement, avec François Tosquelles comme fondateur.
- Tosquelles est décrit comme républicain marxiste de sensibilité libertaire et comme ayant déjà transformé la pratique médicale en Espagne pendant la guerre civile.
- Condamné à mort par Franco, Tosquelles se réfugie en France à Saint-Alban-sur-Limagnole avec deux livres : Hermann Simon et Jacques Lacan.
- Le déclic fondateur est la prise de conscience que certains soignants traitent les malades comme des gardiens traiteraient des prisonniers, ce qui conduit à modifier l’institution elle-même.
💡 Astuce mémo
Institution = traitement : changer l’organisation pour changer les rapports soignants/soignés.
📅 Repères chronologiques
| Date | Événement |
|---|
| 31 juillet 1901 | Naissance de Jean Dubuffet au Havre |
| 12 mai 1985 | Mort de Jean Dubuffet à Paris 6e |
| 28 août 1945 | Dubuffet baptise « art brut » (lettre où l’expression apparaît) |
📊 Tableaux de synthèse
Repères chronologiques des œuvres et expositions majeures
| Période | Événement/œuvre | Lieu |
|---|
| 1939 | Dubuffet mobilisé au ministère de l’Air puis envoyé à Rochefort | Paris / Rochefort |
| 1942 | Dubuffet se consacre exclusivement à la peinture (quasi clandestin) | — |
| octobre 1944 | Première exposition personnelle à la galerie René Drouin (55 huiles, 24 lithographies) | Galerie René Drouin |
| 20 octobre 1945 | Scandale de la première exposition marquante à Paris libéré | Galerie Drouin (Paris libéré) |
| 1961 | Exposition au Musée des arts décoratifs (Texturologies/Matériologies et œuvres antérieures) | Musée des arts décoratifs (Paris) |
| 1962-1974 | L’Hourloupe (ensemble de travaux) | — |
| 1964 | Présentation des travaux récents à la Biennale de Venise | Palazzo Grassi sur le Grand Canal |
⚠️ Pièges & confusions fréquents
- Confondre « art brut » (terme de Dubuffet pour des productions exemptes de culture artistique) avec l’idée que l’art brut serait seulement un style « naïf » ou « enfantin ».
- Croire que Dubuffet découvre l’art des fous uniquement en 1945 : le cours montre aussi des intérêts antérieurs (Prinzhorn, Morgenthaler, Wölfli).
- Mélanger la « table rase » (déconditionnement via le « rien » du Sahara) avec une simple recherche de nouveauté formelle sans enjeu de libération des influences.
- Réduire la photographie spirite à un simple effet visuel : le cours insiste sur la transe/endormissement, le trucage (arrière-plan, double exposition) et les informations préalables sur le défunt.
- Prendre « L’Hourloupe » pour un seul type d’œuvre : c’est un ensemble (toiles, encres, sculptures, assemblages, architectures) avec une méthode liée au stylobille.
- Confondre la psychothérapie institutionnelle avec une simple amélioration du confort : l’enjeu central est la modification des rapports soignants/soignés et de la dynamique de groupe.
- Croire que le projet de « Musée de la folie » de 1905 est une ouverture au public : le cours précise qu’il aboutit seulement à la fin des années 1920 sous forme de deux expositions.
✅ Checklist Examen
- Définir « art brut » comme terme de Dubuffet et expliquer ce que signifie « personnes exemptes de culture artistique », en citant les formes d’œuvres mentionnées.
- Retracer la trajectoire de Dubuffet vers la peinture : reprise commerciale en 1937, mobilisation en 1939, refuge à Céret, puis décision de peindre exclusivement dès 1942.
- Expliquer pourquoi Les Gardes du corps marque une rupture avec le souci de ressemblance et rappeler son rôle de point de départ de l’œuvre.
- Décrire la première exposition personnelle à la galerie René Drouin (octobre 1944) et caractériser l’accueil controversé entre 1944 et 1947.
- Raconter le scandale du 20 octobre 1945 à Paris libéré : réactions du public, lettres anonymes/insultes, et la logique de création (refus du don, importance de la « main heureuse »).
- Expliquer le déconditionnement et relier la « table rase » au Sahara (trois voyages de 1947 à 1949, notamment El Goléa) ainsi qu’aux « matières magiques » de Prospectus aux amateurs de tous genres.
- Décrire Paysages mentaux : à partir de 1951, l’oscillation entre paysage concret et paysage mental, et le contexte de travail (Paris puis New York).
- Présenter Texturologies et Matériologies comme séries contestées, et rappeler l’exposition de 1961 au Musée des arts décoratifs avec la question « charlatan ou génie ? ».
- Expliquer ce qu’est L’Hourloupe : période 1962-1974 puis poursuite jusqu’en 1983, méthode du téléphone/stylobille, rayures/hachures, et les trois couleurs essentielles.
- Relier l’invention du mot « art brut » au 28 août 1945 et préciser qu’il s’agit d’un art collectionné depuis plusieurs années incluant art des fous et marginaux.
- Expliquer l’intérêt de Dubuffet pour l’art des fous avant 1945 : Prinzhorn (1922), Morgenthaler (Waldau) et Wölfli (St Adolf II, système numérique, « colère », 25 000 pages).
- Décrire la photographie spirite : contexte (années 1890, apogée 1870-1880), mécanismes (transe, trucage, double exposition) et lien avec la guerre civile américaine.
- Présenter Louis Soutter : internement en 1923, production « au doigt » en hospice, et découverte par Dubuffet en 1945 (via Jean Giono).
- Expliquer les étapes scientifiques et muséales : Rogues de Fursac (1905), Auguste Marie et le « Musée de la folie » (projet non ouvert au public en 1905, aboutissement fin des années 1920), puis L’Art chez les fous (1906
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