Crise des vocations : Phénomène de déclin du nombre de jeunes souhaitant devenir enseignants, lié à la complexification et à l’allongement de la formation, qui impacte le recrutement et la pérennité du métier.
Effondrement des candidats aux concours : Diminution significative du nombre de personnes se présentant aux concours d’enseignants depuis les années 1990, rendant plus difficile le recrutement de nouveaux enseignants.
Masterisation des concours : Processus engagé en 2010 visant à allonger la formation des futurs enseignants de deux ans, en intégrant un master, ce qui a réduit le nombre de candidats potentiels en limitant l’accès au concours.
Session exceptionnelle de concours 2014 : Organisation d’une session supplémentaire de concours en 2014 pour pallier le manque d’enseignants, suite à la baisse du nombre de candidats et à la crise des vocations.
Depuis les années 1990, le nombre de candidats aux concours d’enseignants s’effondre, ce qui témoigne d’une crise des vocations. La masterisation, instaurée en 2010, a allongé la formation de deux ans, ce qui a limité l’accès au concours en réduisant le nombre de personnes pouvant se présenter. En conséquence, cette réduction du flux de candidats a contribué à la difficulté de recruter suffisamment d’enseignants. Face à cette pénurie, une session exceptionnelle de concours a été organisée en 2014 pour répondre à la demande croissante en enseignants. Par ailleurs, le taux de départ des enseignants dans la première année a considérablement augmenté, passant de 2 % en 2012 à 12 % en 2022, illustrant une difficulté accrue à fidéliser les nouveaux enseignants, phénomène directement lié à la crise des vocations et à la complexification de la formation.
La crise des vocations enseignants résulte principalement de la complexification et de l’allongement de la formation, qui ont réduit le nombre de candidats et fragilisé le recrutement, mettant en péril la pérennité du métier.
Écoles normales (EN) : Institutions chargées de la formation initiale des instituteurs, fonctionnant sous un régime de pensionnat strict, combinant formation disciplinaire et pédagogique. Elles ont formé les enseignants pendant plus d’un siècle.
Institut Universitaire de Formation des Maîtres (IUFM) : Structures créées dans les années 1990 pour remplacer les écoles normales, formant en deux ans après le niveau licence, intégrées ensuite aux universités.
École Supérieure du Professorat et de l’Éducation (ESPE) : Nouvelle étape de la réforme de la formation, succédant aux IUFM, intégrée aux universités, avec une formation plus théorique.
Institut National Supérieur du Professorat des Écoles (INSPE) : Institution qui remplace les ESPE à partir de 2020, poursuivant la formation universitaire des enseignants.
Mastérisation de la formation : Passage du diplôme de niveau licence ou DEUG à un master 2 (MEEF), avec une montée progressive du niveau requis pour passer le concours.
Régime du pensionnat : Mode de fonctionnement des écoles normales, où les élèves étaient nourris, logés et blanchis, favorisant une promotion sociale pour les classes populaires.
Les écoles normales ont assuré la formation des instituteurs pendant plus d’un siècle, avec un régime de pensionnat strict, mêlant formation disciplinaire et pédagogique. Leur recrutement était sélectif, privilégiant les familles modestes, offrant une opportunité de promotion sociale.
À partir de 1940, la possibilité de passer le bac permettait d’accéder à la formation d’enseignant, avec un diplôme de DEUG d’enseignement à partir de 1979, après deux ans de formation. La période 1979-1984 voit l’entrée à l’EN avec un bac, avec sortie en DEUG.
Dans les années 1990, les écoles normales sont remplacées par les IUFM, formant en deux ans, recrutant d’abord au niveau DEUG, puis à la licence. La réforme de 2011 introduit la mastérisation, avec un recrutement à bac+5, et la possibilité de passer le concours en externe.
Les IUFM sont intégrés dans les universités, ce qui donne plus de liberté académique aux enseignants, mais réduit la formation pratique professionnelle. La formation devient plus théorique, moins professionnalisante.
Le régime du pensionnat et le recrutement sélectif ont historiquement favorisé l’ascension sociale des classes populaires, notamment via le métier d’instituteur. La montée du niveau de formation et la réforme des structures ont modifié la composition sociale des candidats, avec une augmentation de la proportion de femmes et de profils bourgeois, puis un retour à une plus grande diversité avec la crise des vocations.
L’évolution de la formation des enseignants, passant d’un régime cloisonné et disciplinaire à une formation universitaire plus théorique, reflète une transformation institutionnelle majeure, avec une montée du niveau requis et une diversification sociale des futurs enseignants.
Morphologie sociale : Ensemble des caractéristiques sociales d’un groupe, notamment sa composition, ses origines, ses évolutions et ses structures internes. Elle permet d’étudier la transformation du corps enseignant en termes de profils sociaux et de mobilité.
Capital culturel : Selon Bourdieu (1979), ensemble des connaissances, compétences, diplômes, et dispositions culturelles accumulés par un individu, transmis par l’éducation et la famille, qui favorisent l’ascension sociale et la reconnaissance dans un groupe social.
Ascension sociale : Mouvement par lequel un individu ou un groupe progresse dans la hiérarchie sociale, souvent par accumulation ou transmission de capital culturel, économique ou social. Dans le cas des enseignants, cette ascension s’est traduite par une mobilité vers les classes supérieures.
Origine populaire : Provenance d’un individu ou d’un groupe des classes populaires, telles que les ouvriers ou employés, caractérisées par un capital économique et culturel modeste. Historiquement, une part importante des enseignants venait de ces milieux.
Classes moyennes cultivées : Segment de la société comprenant des individus issus de la classe moyenne ayant un capital culturel élevé, souvent grâce à une formation scolaire ou universitaire, mais avec un capital économique modeste. Ce groupe constitue aujourd’hui la majorité du corps enseignant.
Historiquement, une majorité d’enseignants provenait des classes populaires, notamment des ouvriers et employés. Cependant, la morphologie sociale du corps enseignant a évolué, avec une majorité actuelle appartenant aux classes moyennes cultivées, caractérisées par un capital culturel élevé mais un capital économique modeste. Cette transformation s’est effectuée par un processus d’ascension sociale, principalement par accumulation et transmission du capital culturel. Les enfants issus de milieux populaires migrent vers les classes supérieures à 60 % dans les années 1990, grâce à la naturalisation du capital culturel transmis par leurs parents via l’école. La formation des enseignants, notamment dans les écoles normales, a fortement contribué à cette évolution. Ces écoles, inspirées des monastères, imposaient une discipline stricte, une vie régulée, et visaient à forger des dispositions sociales telles que la discipline, le devoir et la rigueur, favorisant ainsi une ascension sociale par la transmission du capital culturel. La majorité des enseignants actuels appartient donc à une classe moyenne cultivée, avec une forte conscience de leur unité collective, renforcée par un « esprit de corps » issu de leur formation et de leur appartenance à des institutions collectives comme l’Éducation nationale ou les syndicats.
La transformation du corps enseignant, passant d’origines populaires à une majorité issue des classes moyennes cultivées, reflète une dynamique d’ascension sociale par accumulation et transmission du capital culturel, renforcée par une forte conscience collective et un « esprit de corps » spécifique à leur formation.
Esprit de corps : Sentiment d’appartenance collective fort, manifesté par une démarcation nette entre « eux » et « nous », renforçant la cohésion et la solidarité au sein du groupe. AUTEUR (date) : concept.
Sentiment d’unité : Sentiment partagé par les membres d’un groupe, renforçant leur cohésion face à une identité commune, notamment par des rituels, des valeurs ou des symboles. AUTEUR (date) : concept.
Régularité recluse : Discipline stricte et routine rigoureuse imposée dans la vie quotidienne, visant à instaurer une organisation stable et à renforcer l’esprit collectif. AUTEUR (date) : concept.
Discipline stricte : Règles rigoureuses et sanctions appliquées pour maintenir l’ordre, la rigueur et l’adhésion aux valeurs collectives, notamment dans le cadre des écoles normales. AUTEUR (date) : concept.
Uniforme : Vêtement symbolisant l’appartenance à un groupe ou à un rôle spécifique, renforçant l’identité collective et l’entre-soi. AUTEUR (date) : concept.
Éducation de la volonté : Processus visant à développer la discipline, la maîtrise de soi et la droiture morale chez les aspirants enseignants, par des privations, une vie monastique et un emploi du temps minuté. AUTEUR (date) : concept.
L’esprit de corps se manifeste par un fort sentiment d’appartenance collective, créant une démarcation nette entre « eux » et « nous ». Les écoles normales ont forgé cet esprit par un régime de vie monacal, avec un emploi du temps minuté, une discipline stricte et une vie en internat. La discipline et les privations étaient pédagogiquement justifiées pour incarner l’idéal républicain et laïque, en faisant des maîtres des modèles à suivre. Le port de l’uniforme symbolisait l’adoption d’un nouveau rôle, renforçant l’entre-soi et la cohésion. La vie en école normale, marquée par la rigueur, la privation et la routine, visait à constituer une élite dévouée, reconnaissante et prête à se donner à l’idéal républicain. La sélection sur la base de dispositions morales et la promesse d’une vie nouvelle après réussite au concours renforçaient cet engagement. La hiérarchie professionnelle, le syndicat et des codes moraux comme le « code soleil » entre 1932 et 1982, consolidèrent cet esprit de corps, en valorisant la solidarité et la morale collective. La formation et la vie en école normale ont ainsi construit un esprit collectif fort, fondé sur la discipline, la rigueur et l’adhésion à un idéal républicain.
L’esprit de corps enseignant, façonné par une discipline stricte, une vie monastique et un uniforme, a permis de constituer une élite dévouée et solidaire, profondément liée à l’idéal républicain et laïque, renforçant ainsi la cohésion professionnelle et l’engagement collectif.
Syndicalisation
Processus par lequel les enseignants adhèrent à un syndicat ou à une organisation collective pour défendre leurs intérêts professionnels, renforcer leur solidarité et participer à la gestion de leur corps professionnel.
Institution collective
Organisation ou ensemble d’organisations qui regroupent les enseignants, comme l’Éducation nationale ou les syndicats, permettant la reconnaissance d’une identité commune et la défense d’intérêts partagés.
Corps enseignant homogène
Regroupement d’enseignants partageant des caractéristiques professionnelles, sociales ou idéologiques, qui favorise un sentiment d’unité et facilite la construction d’une identité collective.
Appartenance professionnelle
Sentiment d’appartenance à un groupe ou une institution, renforcé par l’organisation collective, la solidarité et la reconnaissance mutuelle entre membres du corps enseignant.
Environ 30 % des enseignants sont syndiqués, un taux élevé comparé à la moyenne salariale de 8 %, ce qui témoigne d’un fort engagement collectif. Les enseignants se reconnaissent dans des institutions collectives telles que l’Éducation nationale et les syndicats, qui jouent un rôle central dans la structuration de leur identité professionnelle. L’organisation professionnelle contribue à renforcer le sentiment d’unité parmi les enseignants, en créant une frontière claire entre eux et les non-enseignants. Cette organisation constitue un facteur clé dans la construction de l’identité professionnelle enseignante, en favorisant la solidarité, la cohésion et la défense collective des intérêts.
Les organisations professionnelles et syndicales jouent un rôle central dans la consolidation de l’identité collective des enseignants et dans la défense de leurs intérêts, en renforçant leur sentiment d’appartenance et leur unité face aux enjeux professionnels.
Idéal républicain
Appel au don de soi
AUTEUR (date) : principe selon lequel les enseignants, en particulier l’instituteur républicain, étaient perçus comme des missionnaires de la République, investis d’une vocation altruiste visant à transmettre les valeurs républicaines et à former la jeunesse pour la société. Cet appel renforçait leur engagement moral et social.
Instruction laïque
AUTEUR (date) : principe selon lequel l’éducation doit être indépendante de toute influence religieuse, garantissant une formation neutre, accessible à tous, et conforme aux valeurs républicaines. La laïcité était un pilier de l’idéal républicain dans l’école.
Modèle éducatif républicain
AUTEUR (date) : modèle basé sur la discipline, la rigueur, et la moralité, visant à inculquer aux élèves un sens du devoir, de la discipline et de la droiture morale, en lien avec l’idéal républicain. Il valorisait l’exemplarité de l’instituteur et la transmission de valeurs civiques.
Historiquement, l’instituteur était perçu comme un missionnaire de la République, incarnant l’idéal laïque et républicain. Sa formation visait à lui transmettre un sens du devoir, de la discipline et de la droiture morale, en lien étroit avec cet idéal. La reconnaissance sociale et culturelle de la profession renforçait cet engagement, notamment par l’appel au don de soi à l’institution. La discipline stricte et la rigueur éducative étaient justifiées comme des modèles à suivre pour les élèves, afin de faire vivre l’idéal républicain à travers l’école. La figure de l’instituteur, souvent considéré comme la « hussard noir » de la République, symbolisait cette mission civique et éducative, assurant la transmission des valeurs républicaines dans toutes les campagnes. La fin de cet idéal s’accompagne d’un affaiblissement progressif de cette conception, marqué par la remise en cause du corps professionnel, la transformation des pratiques éducatives, et la dévalorisation de la vocation initiale.
L’idéal républicain a longtemps structuré la formation et la vocation des enseignants, faisant de l’instituteur un vecteur essentiel des valeurs civiques et laïques. Sa remise en cause depuis les années 1990 a profondément modifié la perception et la pratique du métier, contribuant à l’affaiblissement de cette mission civique.
Prolétarisation : Selon Friedmann, la prolétarisation désigne la dépossession de l’expertise professionnelle, la subordination du travail et la précarisation des carrières. Dans le contexte des enseignants, cela correspond à une situation où ils deviennent des salariés contrôlés par des prescriptions administratives, avec une perte d’autonomie et de reconnaissance professionnelle, tout en étant soumis à une précarité accrue.
Recrutement contractuel : Pratique consistant à embaucher des enseignants sous contrat, souvent au niveau bac, plutôt qu’en tant que titulaires. Ce mode de recrutement, accru depuis les années 1970, modifie le profil social et professionnel des enseignants, favorisant des profils plus populaires et souvent en reconversion.
Femmes en reconversion : Profil majoritaire parmi les recrutés contractuels, ces femmes issues des classes moyennes ou supérieures, souvent en reconversion professionnelle, participent à la transformation sociale du corps enseignant vers un profil plus féminin et socialement diversifié.
Niveau bac dans l’enseignement : Recrutement souvent effectué au niveau du baccalauréat, ce qui implique un profil social et culturel différent de celui des enseignants recrutés par concours ou niveau universitaire, contribuant à une certaine déqualification.
Crise du recrutement : Difficulté persistante à attirer et former suffisamment de candidats pour les postes d’enseignants, accentuée par la montée du niveau de formation requis (universitaire) et la baisse de la sélectivité des concours, ce qui réduit l’accès à la profession pour certains profils et alimente la crise des vocations.
Depuis les années 1970, le manque d’enseignants a conduit à un recours accru au recrutement de contractuels souvent au niveau bac, modifiant ainsi le profil social des enseignants. Ce recrutement a profité à un nouveau profil féminin, majoritairement issu des classes moyennes et supérieures, souvent en reconversion, ce qui a contribué à une transformation sociale du corps enseignant.
Par ailleurs, la montée du niveau de recrutement universitaire a réduit l’accès aux concours pour certains profils, ce qui a accentué la crise des vocations. La diminution de la sélectivité a permis un retour relatif de profils populaires dans le corps enseignant, souvent issus de milieux moins favorisés.
Ce contexte a entraîné une prolétarisation partielle des enseignants, caractérisée par une précarisation des carrières, une baisse du salaire réel malgré l’augmentation du niveau de diplôme, et une arrivée massive de contractuels. La déqualification s’accompagne d’une dépossession de l’expertise professionnelle, avec une montée de la prescription, de la division verticale du travail, et de tâches de reporting, qui fragilisent la culture professionnelle collective. La détérioration de cette culture, dans un contexte mouvant, affaiblit les collectifs de travail, essentiels à la cohésion et à la qualité du métier.
La transformation sociale du corps enseignant vers une prolétarisation partielle résulte des évolutions du recrutement, de la précarisation des carrières et des tensions sur les vocations, ce qui fragilise la profession et modifie le profil social des enseignants.
| Thème | Notions clés | Évolution / Particularités | Auteur / Référence |
|---|---|---|---|
| Crise des vocations | Déclin du nombre de candidats, crise du recrutement | Allongement formation (masterisation), session exceptionnelle 2014, augmentation départs (2% en 2012 à 12% en 2022) | - |
| Formation des enseignants | Écoles normales, IUFM, ESPE, INSPE, mastérisation | Transition d’un régime de pensionnat à une formation universitaire plus théorique, montée du niveau requis (bac+5), diversification sociale | Connaître la définition de PERROUX sur la croissance |
| Évolution sociale | Morphologie sociale, capital culturel, ascension sociale | Passage d’une majorité d’enseignants issus des classes populaires à une majorité de classes moyennes cultivées, rôle des écoles normales dans cette évolution | Bourdieu (1979) |
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Crise des vocations — définition ?
Déclin du nombre de jeunes souhaitant devenir enseignants.
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Déclin du nombre de jeunes souhaitant devenir enseignants.
Formation des enseignants — institutions clés ?
Écoles normales, IUFM, ESPE, INSPE.
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