Études sociales des sciences : Mouvement interdisciplinaire depuis les années 1970 qui analyse la science comme institution et pratique, pas seulement comme savoir. Elles s’intéressent à la manière dont les sciences produisent des preuves, des convictions, et comment elles s’insèrent dans des contextes sociaux, historiques, politiques et économiques. (Pestre, 2006, p.3)
Principe de symétrie : Approche méthodologique qui consiste à étudier de manière équivalente les énoncés scientifiques vrais et faux, afin de comprendre leur construction, leur validation ou leur remise en question, en tenant compte des interactions humaines et non-humaines.
Anthropologie de laboratoire : Approche qui étudie longuement le travail en laboratoire ou sur le terrain, en s’immergeant dans les pratiques scientifiques pour comprendre comment se construisent les savoirs, notamment à travers des séjours prolongés et l’analyse des textes et archives.
Ontologie naturaliste : Concept qui distingue la nature et la culture sans différence physique, mais par une différence d’intériorité ou d’esprit. Elle pose la question de ce qu’est l’être dans un monde où la nature est considérée comme une réalité indépendante de la culture.
Ontologie animiste : (Non explicitement définie dans le contenu source, mais généralement) conception selon laquelle le monde est peuplé d’êtres vivants ou spirituels, où la distinction entre humain et non-humain est moins marquée, souvent liée à des visions du vivant où tout est animé.
Ontologie totémique : (Non explicitement définie dans le contenu source, mais généralement) vision du monde où certains groupes humains se considèrent comme liés à un animal ou un objet totémique, établissant une relation sacrée ou symbolique avec ces éléments.
Les études sociales des sciences analysent la science comme une institution et une pratique, et non uniquement comme un ensemble de savoirs. Elles adoptent une démarche interdisciplinaire, utilisant diverses méthodes telles que l’analyse de textes scientifiques, d’archives, les entretiens, ou encore l’immersion prolongée en laboratoire (anthropologie de laboratoire). Leur objectif est de comprendre comment se construisent les preuves, ce qui convainc ou non dans la science, en tenant compte des interactions entre humains et non-humains. La méthode du principe de symétrie est centrale : elle consiste à étudier de façon équivalente les énoncés vrais et faux pour saisir la dynamique de la construction scientifique.
Les études sociales des sciences permettent de voir la science comme une activité humaine profondément ancrée dans ses pratiques sociales, culturelles et historiques, dépassant la simple accumulation de savoirs pour analyser comment la conviction et la preuve se construisent dans différents contextes.
Trans-science
Bonneuil et Joly (2013) : La trans-science désigne l’intersection entre la science et la société où la science produit des prédictions utiles pour la décision publique, sans pour autant trancher définitivement les questions posées.
Interaction science-société
Bonneuil et Joly (2013) : La relation entre la science et la société est une interaction dynamique où ces deux entités peuvent être séparables ou chevauchantes, influençant mutuellement leurs développements.
Perméabilité des activités humaines
Bonneuil et Joly (2013) : La science est perméable aux influences sociales, politiques et économiques, ce qui signifie qu’elle est ouverte aux impacts et aux enjeux extérieurs à ses pratiques intrinsèques.
Ontologie analogique
(Non explicitement défini dans le contenu source, mais évoqué dans le contexte des différentes visions du monde, notamment dans la distinction entre nature et culture, et la théorie des signatures où l’apparence des choses révèle leur utilité pratique.)
La science et la société sont deux entités en interaction, parfois séparables, parfois chevauchantes. Lorsqu’elles se chevauchent, la trans-science émerge : un espace où la science fournit des prédictions utiles pour la décision publique, sans que ces prédictions soient définitives ou tranchantes. La science n’est pas isolée ; elle est une activité humaine perméable aux influences sociales, politiques et économiques, ce qui influence ses pratiques et ses résultats. La relation entre ces deux entités est donc dynamique, marquée par une frontière souvent floue, où se produisent des échanges et des influences mutuelles.
La relation entre science et société est une co-construction dynamique, où leurs frontières sont floues et où la science, tout en étant une activité humaine, est influencée par des facteurs sociaux, politiques et économiques, créant un espace d’interaction et de trans-activité.
Régime de la curiosité : Approche qui valorise les expériences singulières, c’est-à-dire des observations ou phénomènes uniques, validés par des témoins dignes de confiance. Ces témoins attestent de la véracité de l’expérience sans nécessairement chercher à la reproduire ou à la mesurer précisément. Par exemple, Mersenne cite une expérience où la hauteur de mercure dans un tube varie sous les yeux de témoins réputés.
Régime de l’utilité : Approche qui se développe à la fin du XVIIème siècle, centrée sur la reproductibilité et la mesure précise des expériences. Les instruments utilisés, comme les thermomètres, doivent être calibrés pour permettre des comparaisons fiables. La priorité est donnée à la capacité de reproduire les résultats et de mesurer avec précision, même si cela implique des limitations dans la compréhension immédiate des mesures.
Régime de l’exactitude : Approche qui vise à isoler les expériences pour éliminer toute interférence extérieure, afin d’obtenir des résultats aussi précis et reproductibles que possible. Cela implique des mesures strictes d’isolement, comme la construction de cabinets ou de laboratoires spéciaux, pour suivre les phénomènes dans un environnement contrôlé. Cassini illustre cette démarche en décrivant ses précautions pour observer la température dans un lieu parfaitement isolé.
Expérience singulière (experimentum) : Observation ou phénomène unique, validé par des témoins dignes de confiance, sans nécessairement chercher à le reproduire ou à le mesurer précisément.
Expérience commune (experientia) : Observation ou phénomène répété, généralement dans un contexte plus ordinaire, qui ne bénéficie pas du même niveau de validation ou de contrôle que l’expérimentation singulière.
Le confinement de la recherche s’est opéré en trois régimes historiques : curiosité, utilité, et exactitude.
Le régime de la curiosité valorise les expériences singulières, validées par des témoins dignes de confiance, sans nécessairement chercher leur reproductibilité. Par exemple, une expérience où la hauteur de mercure varie sous les yeux de témoins crédibles illustre cette approche.
Le régime de l’utilité, apparu à la fin du XVIIème siècle, insiste sur la nécessité de calibrer et de mesurer précisément les instruments pour garantir la reproductibilité des expériences. La difficulté réside dans le fait que les instruments comme les thermomètres donnent des mesures confuses ou non comparables, ce qui limite leur usage immédiat pour une compréhension précise.
Le régime de l’exactitude, développé à la fin du XVIIIème siècle, cherche à éliminer toute interférence pour obtenir des résultats fiables et reproductibles. Cela passe par l’isolement strict des expériences, comme la construction de cabinets ou de laboratoires spéciaux, permettant de suivre les phénomènes dans un environnement contrôlé et silencieux.
L’évolution historique de la recherche montre un déplacement progressif vers des pratiques de plus en plus rigoureuses et isolées, passant de l’observation singulière validée par témoins à une quête d’expériences reproductibles et précises, grâce à l’isolement et à la calibration des instruments.
Traduction (Bruno Latour) : Processus par lequel un objet scientifique est transformé pour être compréhensible et accepté dans un contexte social ou économique, en passant du laboratoire au macrocosme.
Macrocosme : Monde extérieur à la recherche, comprenant la société, l’économie et le contexte social global dans lequel les objets scientifiques doivent être intégrés.
Laboratoire : Espace de recherche où se produisent des expérimentations, où les objets scientifiques sont créés, modifiés et traduits pour leur usage ultérieur dans le macrocosme.
Fragmentation : Processus par lequel les objets scientifiques sont décomposés en éléments plus petits ou en aspects spécifiques, afin d’être traduits et intégrés dans différents contextes sociaux ou économiques.
Agir dans un monde incertain : Capacité de la recherche à intervenir et à produire des effets dans un environnement caractérisé par l’imprévisibilité et la complexité, en traduisant et adaptant ses objets pour agir efficacement.
La recherche confinée implique une traduction entre le laboratoire et le macrocosme, permettant aux objets scientifiques de passer d’un espace expérimental à un contexte social ou économique plus large. Les objets produits en laboratoire sont souvent fragmentés, c’est-à-dire décomposés ou simplifiés, pour faciliter leur intégration dans différents environnements. Cette fragmentation permet de rendre ces objets compatibles avec les attentes et les exigences du macrocosme, tout en conservant leur valeur scientifique. La dynamique de cette traduction et fragmentation illustre la complexité des interactions entre la science, la société et le marché. Elle montre que la recherche ne se limite pas à la production de connaissances, mais qu’elle doit aussi agir dans un monde incertain, en traduisant ses objets pour qu’ils puissent être utilisés, acceptés et intégrés dans des contextes sociaux et économiques variés.
La recherche confinée se caractérise par un processus de traduction et de fragmentation des objets scientifiques, permettant leur intégration dans un macrocosme social et économique, tout en illustrant la complexité des interactions entre science, société et marché.
Sciences de l’observation : Ensemble des disciplines et méthodes permettant d’étudier et d’analyser le vivant ou le naturel par l’observation directe, souvent en impliquant des amateurs depuis le XVIe siècle.
Collecte d’échantillons : Action de rassembler des spécimens ou données naturelles pour leur étude, une pratique amorcée dès le XVIe siècle avec la participation active des amateurs.
Sociétés savantes : Organisations structurées au XIXe siècle qui ont formalisé et encadré la participation des amateurs dans la recherche scientifique, en favorisant leur implication dans les sciences de l’observation.
Programmes participatifs (ex : SPIPOLL) : Initiatives modernes, depuis les années 2000, utilisant des outils en ligne pour mobiliser les amateurs dans la collecte et l’observation, facilitée par les TIC.
Technologies de l’information et de la communication (TIC) : Ensemble des outils numériques et en ligne qui, depuis les années 2000, permettent aux amateurs de participer activement à la science via applications, plateformes et programmes participatifs.
Depuis le XVIe siècle, les amateurs participent activement à la collecte et à la description des spécimens naturels, contribuant ainsi à l’avancement des sciences de l’observation. Au XIXe siècle, cette participation est structurée par les sociétés savantes, qui jouent un rôle clé dans l’organisation et la reconnaissance de leur contribution. Depuis les années 2000, les TIC ont révolutionné cette dynamique en facilitant la participation via des applications en ligne et des programmes participatifs tels que SPIPOLL, permettant une implication plus large et plus accessible des amateurs dans la production scientifique.
Le rôle des amateurs dans la production scientifique a considérablement évolué, passant d’une participation informelle à une contribution structurée et facilitée par les TIC, ce qui en fait un enjeu central dans la recherche contemporaine.
Droits intellectuels sur le vivant
AUTEUR (date) : premiers droits apparaissant au XVIIIe siècle, évoluant vers des brevets au XIXe siècle, permettant de protéger des créations ou innovations liées au vivant.
Spéciation des droits
Processus de différenciation dans la nature ou dans la législation, où les droits sur le vivant se sont diversifiés, notamment entre droits d’auteur, brevets, et autres formes de propriété intellectuelle.
Brevets sur matière biologique
AUTEUR (date) : formes de protection juridique accordées depuis le XIXe siècle, permettant de breveter des inventions impliquant des matières biologiques, notamment des semences ou des organismes vivants.
Interdiction de ressemisage
Règle selon laquelle les agriculteurs ne peuvent pas ressemer librement des semences brevetées sans payer de royalties, afin de préserver la propriété intellectuelle des semenciers.
Emprise du vivant
Contrôle exercé par les détenteurs de droits sur le vivant, notamment par la privatisation des semences ou des organismes vivants, limitant la liberté des agriculteurs et modifiant la relation traditionnelle avec le vivant.
Depuis 1945, un modèle délégatif s’est instauré dans la gestion des semences, où la sélection et la production sont centralisées. La recherche et l’industrie fixent désormais des normes phénotypiques et génétiques, comme celles du modèle basé sur la Valeur Agronomique Technologique (VAT) et le critère DHS (Distinct, Homogène et Stable).
Depuis 1970, un modèle participatif a émergé, en réponse aux limites de la Révolution verte et à l’érosion de la biodiversité. Ce modèle implique une collaboration entre généticiens, sélectionneurs et agriculteurs, intégrant leurs critères de sélection, la notation des essais et le croisement.
Les agriculteurs, traditionnellement sélectionneurs et producteurs, sont désormais souvent limités à un rôle de simple producteur, sous la tutelle des laboratoires et semenciers qui fixent les normes. La création d’organisations comme le Réseau Semence Paysanne (RSP) en 2003 témoigne d’une volonté de préserver la diversité génétique, l’autonomie alimentaire et de s’opposer à la privatisation du vivant, notamment par une posture anti-OGM.
Les projets de sélection participative, comme ceux impliquant des paysans-boulangers et chercheurs, illustrent une approche dynamique, intégrant savoirs d’expérience et diversité environnementale, en opposition au modèle linéaire de la recherche confinée.
Les droits intellectuels sur le vivant, en évoluant du XVIIIe au XIXe siècle, ont permis la privatisation de la matière biologique, notamment par le biais des brevets. Cette emprise limite la liberté des agriculteurs, notamment par l’interdiction de ressemisage des semences brevetées sans royalties, soulevant des tensions juridiques et éthiques sur la propriété et le contrôle du vivant.
Protocole de Nagoya : (Aucune définition spécifique fournie dans la source)
Il s'agit d'un cadre international visant à encadrer l'accès aux ressources génétiques et le partage des bénéfices qui en découlent, afin de garantir un partage juste et équitable.
Bioprospection : (Aucune définition spécifique fournie dans la source)
Processus d'exploration et d'exploitation des ressources biologiques pour découvrir de nouvelles substances ou connaissances, souvent à des fins commerciales ou scientifiques.
Partage juste et équitable : (Aucune définition spécifique fournie dans la source)
Principe selon lequel les bénéfices issus de l'utilisation des ressources biologiques doivent être répartis de manière équitable entre les acteurs impliqués, notamment les communautés locales ou indigènes.
Savoirs traditionnels : (Aucune définition spécifique fournie dans la source)
Connaissances, pratiques et savoir-faire transmis de génération en génération par des communautés autochtones ou locales concernant l’utilisation, la gestion ou la compréhension des ressources naturelles.
Controverse Quassia amara : (Aucune définition spécifique fournie dans la source)
Conflit illustrant les tensions entre l’usage traditionnel d’une plante en Guyane et son brevetage ou exploitation commerciale par des acteurs scientifiques ou industriels, soulevant des enjeux éthiques et juridiques.
Le Protocole de Nagoya encadre la bioprospection en établissant un cadre pour le partage juste et équitable des bénéfices issus des ressources biologiques. Il vise aussi à protéger les savoirs traditionnels en reconnaissant leur importance dans l’exploitation des ressources naturelles. La controverse autour du Quassia amara en Guyane illustre un conflit entre l’usage traditionnel de cette plante par les populations locales et sa brevetabilité ou exploitation par des acteurs scientifiques ou commerciaux. Ce cas met en lumière les enjeux éthiques, juridiques et sociaux liés à l’exploitation du vivant, notamment la tension entre la valorisation scientifique et la reconnaissance des savoirs locaux. Les acteurs impliqués dans ces enjeux incluent des juristes, des instituts de recherche, des institutions internationales et des mouvements sociaux, chacun ayant des intérêts et des perspectives divergentes sur la gestion et la protection des ressources biologiques.
Les conflits autour de l’usage du vivant mettent en évidence la nécessité d’un cadre éthique et juridique équilibré, notamment via le Protocole de Nagoya, pour assurer un partage équitable des ressources et la protection des savoirs traditionnels face aux enjeux de la bioprospection et du brevetage.
| Thème | Notions clés | Approche / Méthode | Objectifs | Auteur / Référence |
|---|---|---|---|---|
| Études sociales des sciences | Mouvement interdisciplinaire, analyse de la science comme institution et pratique | Analyse des textes, archives, immersion en laboratoire, principe de symétrie | Comprendre la construction des preuves et convictions scientifiques | Pestre (2006) |
| Rapports science-société | Trans-science, interaction dynamique, perméabilité des activités humaines | Étude des frontières floues, influence sociale, politique et économique | Comprendre la co-construction et l’interaction entre science et société | Bonneuil & Joly (2013) |
| Confinement de la recherche | Régimes de curiosité, utilité, exactitude | Observation singulière, calibration instrumentale, isolement expérimental | Valider la fiabilité et la reproductibilité des expériences scientifiques | Non explicitement cité |
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2. Selon Pestre (2006), quels aspects les études sociales des sciences cherchent-elles à analyser ?
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Études sociales des sciences — définition ?
Analyse la science comme institution et pratique sociale.
Études sociales des sciences — but?
Analyser la science comme institution et pratique.
Rapports science-société — principe clé ?
Interaction dynamique, frontières floues, influence mutuelle.
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