Lernzettel: Création, Voix et Symbolique

📋 Plan du Cours

  1. Incatatio et création
  2. Voix venue d’ailleurs
  3. Rythme et répétition
  4. Langage futur et incantation
  5. Prophéties sibyllines
  6. Représentation des sibylles
  7. Symbolique et origine du langage
  8. Panthère de Dante
  9. Le réel en art
  10. L’œuvre comme anticipation
  11. L’art comme oracle
  12. Intime et création artistique

📖 1. Incatatio et création

🔑 Notions clés & Définitions

  • Incatatio : Ensorcellement de soi-même par le pouvoir magique des mots et des rythmes, selon Hugo Von Hofmannsthal (date), qui désigne une sortie événementielle dans un présent corporel et intellectuel, où l’artiste se laisse emporter par une force créatrice qui le dépasse.
  • Création artistique comme sortie événementielle : Processus où l'œuvre surgit dans un moment précis, mêlant corps et esprit, comme une rupture avec le passé et une ouverture vers l’avenir, dans une expérience intense et immédiate.
  • Tension vers la forme : Condition fondamentale de l'œuvre, où l’artiste cherche à réactiver la forme originelle, en tension constante avec le langage, la matière et le rythme, pour atteindre une expression pure.
  • Origine romaine du terme incantatio : Racines dans le rituel romain, où incantatio implique une invocation, un acte de parole qui agit comme un pouvoir magique, visant à produire un effet ou à transformer la réalité par la parole.
  • L’artiste jette les dés (alea iacta est) : Métaphore de l’acte créatif où l’artiste, dans un état d’abandon, engage son destin en prenant un risque, en lançant l’action sans garantie de résultat, dans une confiance en la force du processus.

📝 Points essentiels

L’incatatio, selon Hugo Von Hofmannsthal, représente un ensorcellement intérieur, une immersion dans un pouvoir magique des mots et rythmes qui dépasse la simple technique. Elle est une sortie événementielle dans un présent corporel et intellectuel, où l’artiste se laisse emporter par une force qui le dépasse, comme une invocation. La notion trouve ses racines dans le terme romain incantatio, qui désignait une invocation rituelle, un acte de parole chargé de pouvoir. La tension vers la forme est essentielle, car elle incarne la condition fondamentale de l'œuvre : l’artiste doit réanimer la manie originelle, sans se reposer sur des vérités déjà établies ou sur un langage vérifié, mais en annonçant l’avenir par une parole qui se devance elle-même, comme un langage du futur. La métaphore des dés jetés (alea iacta est) souligne l’aspect de risque et de lâcher-prise dans le processus créatif, où l’artiste engage son destin dans un acte d’abandon confiant. La création devient ainsi une sortie événementielle, une expérience immédiate où corps et esprit se fusionnent dans une tension vers la forme, condition sine qua non de toute œuvre authentique.

💡 À retenir

L’incatatio est le processus d’ensorcellement intérieur par lequel l’artiste, en lançant son acte créatif, s’abandonne à une force magique des mots et rythmes, dans une tension vers la forme qui conditionne toute œuvre authentique, en lien avec ses racines romaines et le risque de l’acte.

📖 2. Voix venue d’ailleurs

🔑 Notions clés & Définitions

  • Voix venue d’ailleurs (Maurice Blanchot, date indéfinie) : voix qui émerge de l’intérieur de l’art, formant son intrinsèque, une présence qui dépasse la simple représentation pour devenir une force fondamentale et mystérieuse, une sagesse déraisonnable qui débute sans sourire ni parure.
  • Ostinato (Maurice Blanchot) : oscillation sensible de la répétition dans l’œuvre, un rythme ou une note obsédante qui s’obstine à prendre place réelle, créant une tension entre la répétition et l’innovation, une forme qui ne cesse de s’affirmer dans l’espace esthétique.
  • Œuvre enchâssée dans un à-venir (Maurice Blanchot) : conception selon laquelle chaque œuvre d’art contient en elle un futur soudain, un à-venir qui dialogue avec elle-même, lui conférant une dimension temporelle où l’art se donne dans une anticipation continue.
  • Langage comme langage futur (Maurice Blanchot) : langage qui ne s’appuie pas sur le déjà dit ou la vérité en cours, mais qui se devance lui-même, anticipant l’avenir, légitimant sa parole en allant de soi, un langage qui ouvre une voie vers l’inconnu.
  • Dialogue entre œuvre et avenir (Maurice Blanchot) : interaction dynamique où l’œuvre d’art, en étant enchâssée dans un à-venir, engage un dialogue silencieux avec son futur, révélant une dimension prophétique et créatrice, une communication qui dépasse la simple temporalité présente.

📖 3. Rythme et répétition

🔑 Notions clés & Définitions

  • Rythme et ostinato comme forme obstinée : Forme répétitive qui s’impose de manière persistante dans l’espace et le temps, prenant une place réelle dans l’œuvre, comme une présence obstinée qui détermine la structure et la dynamique de l’art (source : "Rythme obsédant dépris de lieu et d’espace").
  • Répétition sensible : Fondement esthétique basé sur la répétition qui sollicite la perception sensible, créant une expérience émotionnelle et sensorielle, plutôt qu’une simple reproduction mécanique (source : "Répétition sensible comme fondement esthétique").
  • Itération comme excommunication de l’œuvre précédente : Processus de répétition qui, en renouvelant la forme, exclut ou délaisse la version antérieure, permettant à chaque nouvelle itération de s’affirmer comme une rupture ou une différenciation de l’œuvre précédente (source : "Itération comme excommunication de l’œuvre précédente").
  • Rythme obsédant dépris de lieu et d’espace : Rythme qui, par sa nature répétitive, échappe à toute localisation spatiale ou temporelle précise, créant une obsession qui transcende le cadre géographique et temporel, renforçant la dimension universelle ou intemporelle de l’œuvre (source : "Rythme obsédant dépris de lieu et d’espace").
  • Rôle du rythme dans la formation de la forme artistique : Le rythme agit comme un vecteur structurant, organisant la composition et la perception de l’œuvre, en lui conférant une dynamique propre qui participe à sa cohérence et à son sens (source : "Rôle du rythme dans la formation de la forme artistique").

📝 Points essentiels

  • La forme obstinée du rythme et de l’ostinato s’inscrit dans une logique de présence réelle, où la répétition ne se limite pas à une simple récurrence, mais devient une force qui occupe l’espace artistique de façon tangible.
  • La répétition sensible, selon la conception esthétique, fonde l’expérience perceptive et émotionnelle, en insistant sur la dimension sensorielle plutôt que sur la reproduction mécanique.
  • L’itération, en excluant la version antérieure, permet à l’œuvre de se renouveler tout en conservant une tension avec ses formes passées, ce qui favorise la création d’un espace de dialogue entre différentes versions ou états de l’œuvre.
  • Le rythme obsédant, en étant dépris de lieu et d’espace, participe à une expérience de l’art qui dépasse la localisation concrète, renforçant son caractère universel ou intemporel.
  • Le rythme, en tant que principe organisateur, joue un rôle central dans la formation de la forme artistique, en structurant la composition et en orientant la perception vers une dynamique propre à chaque œuvre.

💡 À retenir

Le rythme et la répétition, en tant que formes obstinées et sensibles, structurent l’œuvre d’art en lui conférant une présence réelle et une dynamique qui dépassent le simple cadre spatial ou temporel, participant à la formation de sa forme et de son sens.

📖 4. Langage futur et incantation

🔑 Notions clés & Définitions

  • Langage futur : langage qui ne s’appuie pas sur le déjà dit ou la vérité en cours, mais qui anticipe et devance la parole en annonçant l’avenir, en étant lui-même comme un langage qui se légitime en allant de soi. (Source : cours 23/02)

  • Incantatio : selon **BUONARROTI (Michel Ange), c’est un ensorcellement de soi-même par le pouvoir magique des mots et des rythmes, opérant un condensé de sens et de sensations, qui recèle une tension vers la forme dans un événement corporel et intellectuel. (Source : cours 26/01)

  • Langage performatif : langage qui se devance, qui légitime en allant de soi, en annonçant ou en commençant, sans se baser sur une vérité ou un langage déjà dit, mais en étant lui-même une force créatrice anticipatrice. (Source : cours 23/02)

  • Relation entre incantation et langage poétique : l’incantation, en tant que forme de langage qui commence et annonce, est liée au langage poétique par sa capacité à ouvrir un futur, à légitimer par le dire lui-même, en étant une force créatrice qui précède et prépare la révélation. (Source : cours 26/01)

  • Langage comme force créatrice et anticipatrice : conception selon laquelle le langage ne se limite pas à représenter ou décrire, mais agit comme une force qui crée, qui devance le futur, en légitimant l’acte de création par sa capacité à anticiper ce qui doit venir. (Source : cours 23/02)

📝 Points essentiels

  • La notion de langage futur s’oppose à une conception du langage basée sur le déjà dit ou la vérité en cours, en insistant sur sa capacité à devancer et à légitimer l’avenir par sa propre force. (Source : cours 23/02)

  • L’incantatio, d’origine romaine, désigne un ensorcellement opérant sur soi-même par la magie des mots et rythmes, un acte qui recèle un condensé de sens et sensations, opérant dans un présent corporel et intellectuel. Elle implique une tension vers la forme, une réanimation de l’acte créatif originel. (Source : cours 26/01)

  • Le langage performatif, en tant que langage qui se devance, ne se fonde pas sur une vérité préexistante, mais sur sa capacité à commencer et à annoncer, en étant lui-même une force qui légitime l’acte créatif. (Source : cours 23/02)

  • La relation entre incantation et langage poétique est celle d’un acte qui ouvre un futur, qui annonce sans dévoiler, en légitimant la création par la parole elle-même, en étant une force anticipatrice. (Source : cours 26/01)

  • Le langage comme force créatrice et anticipatrice souligne que l’acte de dire ne se limite pas à la représentation, mais participe à la genèse du futur, à la projection d’un avenir qui se construit dans l’acte même de la parole. (Source : cours 23/02)

💡 À retenir

Le langage futur, à travers l’incantation et le langage performatif, agit comme une force créatrice qui devance et légitime l’avenir, en étant lui-même un commencement anticipateur.

📖 5. Prophéties sibyllines

🔑 Notions clés & Définitions

  • Oracles sibyllins : prophétesses réelles aux vertus divinatoires, incarnant la voix prophétique et annonciatrice de l’avenir, présentes dans la tradition antique et associées à la révélation (voir section 11).
  • Sibylles dans la Chapelle Sixtine : corps en tension, vivifiés, non regardant le spectateur, représentées comme des figures charnelles, associées à la création littéraire et à la révélation divine, symbolisant la puissance du langage élevé au rang de révélation silencieuse (voir section 11).
  • Différence entre sibylles réelles et pythies imaginaires : les sibylles sont des femmes réelles, dotées de vertus divinatoires, contrairement aux pythies qui sont des figures imaginaires ou mythologiques, soulignant leur authenticité historique et leur rôle de porteuses de vérité prophétique (voir section 11).

📝 Points essentiels

Les oracles sibyllins, issus d’une tradition antique, désignent des prophétesses réelles dotées de vertus divinatoires, qui annoncent le futur par leur parole inspirée. Dans la Chapelle Sixtine, Michel Ange représente ces sibylles comme des corps en tension, vivifiés, et non regardant le spectateur, renforçant leur altérité et leur rôle de voix prophétique. Ces figures sont souvent associées à la création littéraire, notamment à travers la lecture de textes ou rouleaux, symbolisant la relation entre la parole divine et l’écriture. La distinction fondamentale réside dans leur authenticité : elles sont des femmes réelles, contrairement aux pythies imaginaires, ce qui leur confère une légitimité historique et symbolique dans la transmission du savoir prophétique. La représentation de ces sibylles dans l’art, notamment chez Michel Ange, insiste sur leur nature de porteuses de vérité silencieuse, incarnant la puissance du langage élevé au rang de révélation divine. La figure de la sibylle érythrée, par exemple, illustre cette capacité à instruire des choses du monde et du langage, tout en étant une figure ancienne, liée à la tradition païenne et à la transmission du logos.

💡 À retenir

Les sibylles, en tant que prophétesses réelles, incarnent la voix prophétique authentique, reliant la révélation divine à la création artistique et littéraire, leur corps en tension symbolisant la puissance silencieuse du langage divin.

📖 6. Représentation des sibylles

🔑 Notions clés & Définitions

  • Représentation des sibylles avec livres, rouleaux, lecture comme découverte du monde : Les sibylles sont souvent représentées en train de lire ou de tenir des livres, symbolisant leur rôle de révélatrices du futur et de dépositaires du savoir, permettant la découverte et la compréhension du monde à travers la lecture (voir section 6).
  • Sibylle érythrée tournant la page : La sibylle d’Érythrée, représentée en train de tourner la page d’un livre ouvert sur un pupitre, symbolise le point d’origine du langage et de la forme artistique, évoquant la transition, la mémoire et la transmission du savoir (voir section 6).
  • Point d’origine du langage et de la forme artistique : Selon la réflexion sur les sibylles, ce point est celui où le langage et la forme artistique s’effacent ou se retirent dès qu’une représentation s’offre à nous, soulignant la nature éphémère et insaisissable de l’origine créative, comme le montre la symbolique de la sibylle érythrée (voir section 6).
  • Équation peinture-fresque-livre chez Michel-Ange : Michel-Ange établit une relation entre la peinture, la fresque et le livre, considérant ces éléments comme des supports de la révélation et de la création poétique, où la fresque devient un livre mural, supportant la transmission du savoir et de la révélation divine (voir section 6).
  • Sibylles comme soutien de la création poétique et artistique : Les sibylles incarnent la voix prophétique et le point d’origine de toute création artistique, soutenant la transmission du langage, de la poésie et de l’art en tant que vecteurs d’une révélation silencieuse et intemporelle (voir section 6).

📝 Points essentiels

  • La représentation des sibylles dans la Chapelle Sixtine met en scène des prophétesses réelles, souvent en tension, vivifiées, et non regardant le spectateur, incarnant la puissance du langage élevé au rang de révélation divine (voir section 6).
  • Les sibylles sont souvent représentées en train de lire ou de manipuler des livres ou rouleaux, symbolisant leur rôle de dépositaires du savoir et de la révélation, avec une forte connotation de découverte du monde par la lecture (voir section 6).
  • La sibylle d’Érythrée, en tournant la page d’un livre, évoque le point d’origine du langage, de la forme artistique, qui s’efface ou se retire dès qu’une représentation s’offre à nous, soulignant la nature éphémère de l’origine créative (voir section 6).
  • Michel-Ange établit une équation entre peinture, fresque et livre, soulignant que ces supports sont des vecteurs de révélation et de création poétique, où la fresque devient un livre mural, support de la parole divine (voir section 6).
  • Les sibylles, en tant que figures de la révélation, soutiennent la création poétique et artistique, incarnant la voix prophétique qui annonce et révèle, tout en restant silencieuse, dans une relation intime avec le langage et la forme (voir section 6).

💡 À retenir

Les sibylles, à travers leur représentation en lecture et leur lien avec la fresque et le livre, incarnent le point d’origine du langage et de la forme artistique, soutenant la révélation silencieuse et intemporelle de la création poétique et artistique.

📖 7. Symbolique et origine du langage

🔑 Notions clés & Définitions

  • Point d’origine du langage : Moment où le langage s’efface et se retire dès qu’une représentation apparaît, marquant la limite entre le symbolique et l’image. Selon Michel Ange, cette origine est un point de retrait où la représentation se dérobe, laissant place à la pure puissance du symbolique.
  • Symbolique du langage et vérité du désir : Le langage comme trame symbolique qui structure le désir et l’inconscient, révélant la vérité profonde du sujet. La parole devient un vecteur de vérité du désir, comme le souligne Blanchot avec "Une voix venue d’ailleurs".
  • Langage comme trame symbolique en relance constante : Le langage est une structure en perpétuelle relance, où chaque représentation ou parole s’inscrit dans une dynamique de retrait et de relance, permettant une ouverture infinie.
  • Relation entre symbolique, réel et langage : Le symbolique est le cadre dans lequel le réel échappe à toute assignation, tandis que le langage, en tant que trame, relance sans cesse cette relation, comme le montre Bernard Salignon : le réel ne se laisse pas entièrement saisir par le symbolique, mais s’y manifeste dans l’espace de son retrait.
  • Langage comme fondement de la création esthétique : La création artistique trouve ses racines dans cette origine du langage, qui s’efface pour laisser place à une représentation qui, tout en étant symbolique, porte en elle la trace d’un retrait originel, comme dans la Chapelle Sixtine avec les sibylles.

📝 Points essentiels

  • La crise des représentations et la question de l’origine du langage s’inscrivent dans une réflexion sur la limite entre la représentation et le retrait, notamment chez Michel Ange, qui cherche à atteindre un "nu" du langage, dénué de toute représentation superflue.
  • La notion d’incantatio (d’origine romaine) évoque un ensorcellement de soi-même par le pouvoir magique des mots et rythmes, soulignant que l’art ne peut exister que dans une tension vers la forme, sans s’appuyer sur une vérité déjà vérifiée.
  • La figure de la sibylle, notamment dans la Chapelle Sixtine, incarne cette origine du langage : une voix venue d’ailleurs, charnelle, silencieuse, qui annonce le futur tout en restant invisible, symbolisant le point de retrait où le langage se dérobe pour laisser place à la révélation.
  • La panthère de Dante illustre cette idée d’un langage odorant, invisible mais omniprésent, qui doit être poursuivi dans une dynamique de double retournement : du passé vers l’avenir, dans une traversée du langage poétique.
  • Le réel, en art, échappe à toute définition, étant un espace exclu du symbolique, mais il se manifeste dans la fréquentation des œuvres, où le langage ne peut tout dire, laissant place à une expérience sensible et ineffable.

💡 À retenir

L’origine du langage se situe dans un point de retrait et de retraitement symbolique, où la représentation s’efface pour laisser place à une trace de vérité du désir, faisant du langage un processus en relance constante, fondement de toute création esthétique.

📖 8. Panthère de Dante

🔑 Notions clés & Définitions

  • Panthère de Dante : métaphore de la langue poétique odorante mais invisible, symbolisant une présence insaisissable, toujours présente mais impossible à voir, évoquée par Franck Ducros pour illustrer la poésie comme une odeur qui imprègne tout sans se révéler visuellement.

  • Langage futur (Dante) : concept selon lequel la langue poétique ne se fonde pas sur le déjà dit ou la vérité en cours, mais se projette vers l’avenir, en étant toujours en mouvement, en trouant le langage pour ouvrir une voie nouvelle, comme le souligne la théorie de Dante et la métaphore de la panthère.

  • Double retournement de la parole poétique : processus selon lequel la parole poétique, en s’inscrivant dans le présent, se tourne simultanément vers le passé (ce qui n’est plus) et vers l’avenir (ce qui n’est pas encore), permettant à la poésie de transfigurer le temps en une dynamique de relance, évoquée par Franck Ducros.

  • Invention poétique comme trouée dans le langage : idée que la création artistique consiste à ouvrir une brèche ou trouée dans le langage, permettant à la poésie de s’échapper du cadre du langage établi, en s’appuyant sur la notion d’évanescence et de retrait du point d’origine, en lien avec la représentation de la sibylle et la figure de Béatrice.

  • Relation entre Béatrice, Éros et la langue : Dante associe Béatrice à l’Éros, symbolisant la force d’amour et de désir qui pousse à la trouée dans le langage, permettant à la poésie de se frayer un passage entre passé et futur, et de faire surgir une nouvelle forme de langage poétique, selon la conception de Dante et la métaphore de la panthère.

📝 Points essentiels

La métaphore de la panthère chez Dante, évoquée par Franck Ducros, représente une langue poétique odorante mais invisible, insaisissable, qui imprègne tout sans jamais être vue. La poésie dantesque doit poursuivre cette panthère, cette présence odorante, en étant toujours tournée vers le futur, car la langue poétique est toujours en devenir, jamais figée. La notion de double retournement est centrale : la parole poétique, dans son acte, doit revenir sur le passé pour le transformer, tout en se projetant vers l’avenir, ce qui permet à l’invention poétique de créer une trouée dans le langage, une ouverture vers l’inconnu. Dante théorise cette dynamique dans ses œuvres, notamment dans le De vulgari eloquentia, où il cherche à définir la nature de la langue poétique comme une transmutation entre passé et futur. La relation entre Béatrice, Éros et la langue incarne cette force d’amour qui motive la trouée, le frayage dans le langage, pour faire surgir une nouvelle forme d’expression poétique. La figure de la sibylle, avec son silence et sa représentation comme une voix venue d’ailleurs, illustre cette idée d’un langage qui se retire pour mieux ouvrir un espace de révélation. La poésie, selon Dante, doit être odorante, invisible, toujours en mouvement, et capable de faire revenir le langage à son point d’origine tout en le projetant vers l’avenir.

💡 À retenir

La « Panthère de Dante » symbolise une langue poétique odorante et invisible, toujours en mouvement vers l’avenir, qui se construit par un double retournement entre passé et futur, en ouvrant une trouée dans le langage pour révéler une nouvelle forme d’expression.

📖 9. Le réel en art

🔑 Notions clés & Définitions

  • Réel en art comme espace exclu du symbolique : Dimension du réel qui ne peut être intégré ou représenté dans le système symbolique, mais qui existe en dehors de lui, dans un espace où il n’est pas signifié ou codifié. Selon Bernard Salignon (cours 16/02), cet espace est antérieur au symbolique et échappe à toute définition précise dans l’art.

  • Réel non assignable physiquement ni esthétiquement : Le réel ne peut être relié ni à une présence matérielle tangible ni à une valeur esthétique déterminée. Il ne se laisse pas réduire à une représentation ou une image, échappant ainsi à toute assignation concrète ou perceptible.

  • Approche du réel par la fréquentation des œuvres : La connaissance du réel en art passe par la rencontre et la contemplation des œuvres, même si cet accès reste impossible à une compréhension totale. La fréquentation permet d’approcher ce qui échappe à toute définition, comme le souligne Bernard Salignon.

  • Exclusion du réel du système symbolique : Le réel en art ne peut être intégré dans le système de signes, de symboles ou de langages qui structurent la représentation. Il demeure en dehors de toute articulation symbolique, ce qui le rend inaccessible à une codification complète.

  • Réel échappant à toute définition dans l’art : Le réel en art ne peut être défini ou circonscrit par des concepts ou des mots, car il dépasse toute tentative de conceptualisation. Il est une présence qui ne se laisse pas enfermer dans un cadre discursif ou esthétique précis.

📖 10. L’œuvre comme anticipation

🔑 Notions clés & Définitions

  • Œuvre comme anticipation : Concept selon lequel une œuvre artistique projette un futur, en dialoguant avec ce qui n’est pas encore réalisé, en anticipant des formes, des sens ou des idées à venir. Elle agit comme un espace de dialogue entre le présent créatif et l’avenir potentiel.
  • Langage poétique projeté vers le futur : Selon Dante (divine comédie), le langage poétique ne se limite pas à ce qui est dit mais se déploie en avant, en trouant le présent pour atteindre l’avenir, en créant une ouverture vers ce qui n’est pas encore.
  • Invention et commencement dans l’acte artistique : La création artistique ne repose pas sur une vérité déjà dite mais sur un acte d’anticipation, un début qui annonce et légitime le futur, comme le souligne Blanchot avec la voix venue d’ailleurs.
  • Relation entre œuvre présente et œuvre à venir : La relation est dialectique, où l’œuvre présente s’inscrit dans un espace d’attente et de dialogue avec ses possibles futurs, enchâssée dans un à-venir soudain qui la dépasse, selon Blanchot.
  • Anticipation comme condition de la création : La création artistique suppose une capacité à prévoir, à projeter, à inventer ce qui n’existe pas encore, en étant en tension constante avec l’avenir, comme le montre la notion d’incantatio romaine, qui évoque une tension vers la forme et le futur.

📝 Points essentiels

  • La notion d’incantatio, définie par le monde romain, recèle un condensé des sens et sensations d’un artiste devenu esprit créatif, opérant un ensorcellement de soi-même par le pouvoir magique des mots et rythmes, dans un acte de sortie événementiel dans le présent (cours 26/01/2026).
  • Blanchot (date non précisée) évoque "une voix venue d’ailleurs" qui forme l’intrinsèque de l’art, cette ostinato sensible oscillant dans la répétition, qui ne cesse de s’obstiner à prendre place réelle, enchâssant l’œuvre dans un à-venir soudain en dialogue avec elle-même.
  • La création artistique est un acte d’annonce, où l’œuvre ne se limite pas à son présent mais s’inscrit dans une dynamique d’invention, en anticipant ce qui n’est pas encore manifeste, par exemple dans la représentation des sibylles ou la symbolique du langage.
  • La relation entre œuvre présente et œuvre à venir est marquée par la tension, la différenciation et la différance, où chaque œuvre devient un point d’origine pour une création future, comme le souligne la représentation des sibylles, qui incarnent la voix prophétique annonciatrice.
  • La condition fondamentale de la création repose sur cette anticipation, cette capacité à projeter dans l’avenir, en utilisant le langage poétique ou artistique comme un outil de légitimation et de commencement, illustrée par l’idée de Blanchot que l’œuvre se donne parce qu’elle enchâsse dans un à-venir.

💡 À retenir

L’œuvre comme anticipation est un acte de projection vers le futur, où la création projette, invente et dialogue avec ce qui n’est pas encore réalisé, faisant du processus artistique un espace de dialogue entre le présent et l’avenir.

📖 11. L’art comme oracle

🔑 Notions clés & Définitions

  • L’art comme oracle : L’art fonctionne comme un oracle en ce qu’il indique ou signale des vérités fondamentales sans pour autant tout dévoiler, laissant place à l’interprétation et à la transcendance. Il ne dévoile pas tout dans un étalage premier degré, mais suggère des indications sur l’être et le fondamental des choses. Héraclite (date) souligne que l’art touche à la transcendance en proposant une articulation même des choses, plutôt qu’un simple étalage de surface.

  • Transcendance des choses dans l’art : La capacité de l’art à toucher à ce qui dépasse la simple apparence, à révéler ou indiquer une réalité profonde et fondamentale, sans la réduire à une représentation immédiate. L’art devient ainsi une articulation qui ouvre vers l’au-delà du visible, en touchant à l’essence même des choses, comme le suggère Héraclite.

  • Art comme articulation : La conception que l’art ne se limite pas à une mise en spectacle ou à un étalage, mais qu’il constitue une articulation, une mise en relation subtile et profonde des éléments, permettant d’accéder à une compréhension du fondamental. Il s’agit d’un processus de relier, de faire sens, plutôt que de montrer tout de suite.

  • La citation d’Héraclite : « Ce que nous voyons et prenons, nous le laissons ; ce que nous ne voyons ni ne prenons, nous le gardons. » (date). Elle illustre que l’œil ne capte qu’une partie de la réalité, que l’essentiel échappe toujours à la perception immédiate, et que l’art doit indiquer ce qui est au-delà de ce que l’on voit, en laissant une part d’ombre et de mystère.

📝 Points essentiels

  • L’art comme oracle ne dévoile pas tout, mais indique, par des indications subtiles, ce qui touche au fondamental de l’être des choses, en laissant une part d’ombre et de mystère. Il fonctionne comme un avertissement ou une indication silencieuse, sans prétendre tout révéler, conformément à la conception héraclitéenne de la perception limitée de l’œil.
  • La transcendance dans l’art est liée à sa capacité à toucher au-delà de la surface, en articulant des éléments qui renvoient à une réalité plus profonde, souvent inaccessible dans sa totalité.
  • La conception de l’art comme articulation implique une relation complexe entre ce qui est montré et ce qui est suggéré, permettant une ouverture vers l’infini et le fondamental, sans étalage premier degré.
  • La référence à Héraclite souligne que l’œil ne capte qu’une partie de la réalité, que l’essentiel est souvent ignoré ou laissé dans l’ombre, ce qui confère à l’art une fonction d’indication plutôt que de dévoilement total.

💡 À retenir

L’art, en tant qu’oracle, indique sans tout dévoiler, touchant à la transcendance et à l’essence des choses par une articulation subtile, laissant place à l’interprétation et à la profondeur.

📖 12. Intime et création artistique

🔑 Notions clés & Définitions

  • Intime dans l’art contemporain : être au monde en le rendant érotisé dans un sens non sexuel, c’est-à-dire une expérience sensorielle et affective qui transcende la simple représentation, en révélant une profondeur sensible de l’existence (source : cours 23/02).
  • Relation intérieur/extérieur dans la création artistique : interaction entre le vécu intérieur de l’artiste et le monde extérieur, où l’œuvre devient un espace de dialogue entre ces deux dimensions, notamment à travers la sensibilité au rythme et au mouvement des choses (source : cours 23/02).
  • Style comme univers condensé de formes et temporalités : conception du style comme un espace autonome où se mêlent formes et temporalités, permettant à l’œuvre de devenir un univers à part entière, porteur de sens et de sensations (source : Maldiney).
  • Corps et terre nourricière dans la représentation féminine : la représentation féminine comme lien organique avec la terre, incarnant la chair comme terre nourricière, soulignant la dimension de la féminité comme force vitale et enracinée dans le monde naturel (source : cours 23/02).
  • Sensibilité au rythme et mouvement des choses du monde : capacité de l’artiste à percevoir et intégrer le rythme et le mouvement inhérents aux phénomènes du monde, afin de rendre cette dynamique dans l’œuvre, en évitant toute objectivation figée (source : cours 23/02).

📝 Points essentiels

  • L’intime dans l’art contemporain ne se limite pas à la sphère personnelle mais se manifeste par une érotisation du monde, c’est-à-dire une mise en relation sensible et affective avec l’environnement, sans connotation sexuelle (cours 23/02).
  • La relation intérieur/extérieur est au cœur de cette démarche, où l’artiste doit faire dialoguer ses sensations internes avec le mouvement et le rythme du monde, comme le souligne la sensibilité au rythme et mouvement des choses (cours 23/02).
  • Le style est conçu comme un univers condensé, où formes et temporalités se mêlent pour créer une expérience esthétique autonome, permettant à l’œuvre de porter une dimension sensible et poétique propre, selon Maldiney.
  • La représentation féminine, en lien avec la terre nourricière, évoque la chair comme un espace de vie, de croissance et de lien organique avec la nature, illustrant une conception de l’art comme prolongement du corps et du monde naturel (cours 23/02).
  • La sensibilité au rythme et mouvement des choses du monde implique que l’artiste doit percevoir et intégrer ces flux pour rendre la dynamique du réel, évitant ainsi toute fixation ou objectivation stérile (cours 23/02).

💡 À retenir

L’intime dans l’art contemporain se manifeste par une expérience sensorielle et affective du monde, où la relation entre intérieur et extérieur, le style comme univers, et la sensibilité au rythme du monde, créent une œuvre vivante, en dialogue constant avec la vie et la matière.

📊 Tableaux de Synthèse

ThèmeNotions clésAuteur / RéférencePoints essentiels
Incatatio et créationEnsorcellement intérieur, sortie événementielle, tension vers la forme, risque créatifHugo Von HofmannsthalLa création comme acte magique, abandon confiant, rupture avec le passé, origine romaine du terme, importance de la tension formelle
Voix venue d’ailleursVoix mystérieuse, présence au-delà de la représentation, langage futur, dialogue avec l’avenirMaurice BlanchotVoix qui dépasse l’art, répétition obsédante, œuvre dans un à-venir, langage anticipatif, dialogue prophétique
Rythme et répétitionRythme obstiné, répétition sensible, itération, rythme dépris de lieu, rôle dans la formeNon spécifiéLa répétition comme force tangible, expérience sensorielle, renouvellement par itération, universalité du rythme, structuration de l’œuvre
Langage futur et incantationLangage qui devance, incantatio, pouvoir magique des mots, langage performatifMichel Ange (BUONARROTI)Anticipation du futur, langage comme magie, tension vers la forme, légitimation par l’acte de parole

⚠️ Pièges & Confusions Fréquentes

  1. Confondre incatatio (ensorcellement intérieur) avec simple technique d’écriture ou de composition.
  2. Assimiler la voix venue d’ailleurs à une simple voix intérieure ou subjective, alors qu’elle dépasse la représentation.
  3. Confondre rythme obstiné et répétition mécanique, en oubliant leur dimension sensible et structurante.
  4. Confondre langage futur avec langage ordinaire ou descriptif, en négligeant sa fonction anticipative et performative.
  5. Croire que l’incantation est uniquement magique, sans lien avec la tension formelle et la création artistique.
  6. Confondre l’itération avec la simple répétition, en oubliant sa capacité à renouveler et différencier l’œuvre.
  7. Confondre la dimension prophétique de l’œuvre avec une simple prédiction ou prémonition.

✅ Checklist Examen

  1. Connaître la définition de l’incatatio selon Hugo Von Hofmannsthal, en insistant sur son aspect d’ensorcellement intérieur et de sortie événementielle.
  2. Expliquer la notion de voix venue d’ailleurs selon Maurice Blanchot, en précisant sa dimension mystérieuse et son rapport au futur.
  3. Définir le rôle du rythme et de la répétition dans la structuration de l’œuvre, en insistant sur leur aspect obstiné et sensible.
  4. Identifier la fonction du rythme dans la formation de la forme artistique, selon les sources évoquées.
  5. Connaître la différence entre répétition mécanique et répétition sensible.
  6. Expliquer la notion d’itération comme processus de renouvellement de l’œuvre, en excluant la simple reproduction.
  7. Définir le concept de langage futur, en précisant sa capacité à devancer la parole et à anticiper l’avenir.
  8. Connaître la définition de l’incantatio selon Michel Ange (BUONARROTI), en insistant sur son aspect magique et performatif.
  9. Comprendre le rôle de l’incantation dans la création artistique comme tension vers la forme.
  10. Identifier les liens entre incatatio, voix venue d’ailleurs, et langage futur dans la dynamique de création.
  11. Maîtriser la symbolique et l’origine romaine du terme incantatio.
  12. Vérifier la maîtrise du vocabulaire spécifique : ostinato, itération, performatif, prophétique, etc.

Teste dein Wissen

Teste dein Wissen zu Création, Voix et Symbolique mit 12 Multiple-Choice-Fragen mit detaillierten Korrekturen.

1. Quelle est la cause principale qui explique la conception du langage comme force créatrice et anticipation dans le contexte symbolique et originel ?

2. Quelle est la caractéristique essentielle du réel en art selon le cours ?

Quiz machen →

Mit Karteikarten lernen

Merke dir die Schlüsselkonzepte von Création, Voix et Symbolique mit 24 interaktiven Karteikarten.

Incatatio — définition ?

Ensorcellement intérieur par mots et rythmes.

Voix venue d’ailleurs — rôle ?

Force mystérieuse dépassant la simple représentation.

Rythme — fonction ?

Structurer et dynamiser l’œuvre.

Karteikarten ansehen →

Similar courses

Erstelle deine eigenen Lernzettel

Importiere deinen Kurs und die KI erstellt in 30 Sekunden Lernzettel, Quizze und Karteikarten.

Lernzettel-Generator