Revision sheet: Évolution et Diversité du Shintō Japonais

Plan du Cours

  1. Origines du Ryōbu Shintō
  2. Syncrétisme religieux japonais
  3. Idée Honji Suijaku
  4. Shintō supérieur
  5. Shintō autonome Watarai
  6. Yoshida Shintō et centralisation
  7. Rivalités et réformes du Shintō
  8. Shintō dans l’époque Edo
  9. Études sur l’ancien Japon
  10. Pratiques religieuses populaires

1. Origines du Ryōbu Shintō

Notions clés & Définitions

Ryōbu Shintō : syncrétisme religieux japonais qui combine le Shintō et le bouddhisme, apparaissant à l’époque Heian. Il s’agit d’une fusion doctrinale où les deux traditions coexistent et s’interpénètrent, notamment par une interprétation ésotérique des divinités. La formation de ce courant s’inscrit dans le contexte où le bouddhisme est déjà bien implanté au Japon, intégrant ses concepts et ses pratiques dans la religion native. Le terme "Ryōbu" fait référence à deux aspects fondamentaux issus de l’école bouddhique du Shingon, reflétés dans deux mandalas essentiels, qui influencent la représentation des divinités Shintō.

Époque Heian : période allant de 714 à 1185, durant laquelle le Ryōbu Shintō apparaît, marquée par la consolidation du bouddhisme au Japon et par une forte influence des doctrines ésotériques bouddhistes. C’est durant cette période que se développe une interprétation ésotérique des divinités, permettant leur fusion avec les concepts bouddhistes.

École Shingon : école bouddhique japonaise influente dans la formation du Ryōbu Shintō, qui met en avant deux mandalas fondamentaux. Ces mandalas, le mandala du monde de la matrice et le mandala du monde du diamant, sont des représentations symboliques de l’univers cosmique et de ses dimensions spirituelles. Leur influence se manifeste dans la conception que les divinités Shintō reflètent ces deux dimensions bouddhiques.

Mandala du monde de la matrice : un des deux mandalas fondamentaux de l’école Shingon, représentant la réalité originelle ou la matrice de l’univers. Il symbolise la dimension cosmique et la nature fondamentale de l’existence, influençant la vision ésotérique des divinités.

Mandala du monde du diamant : autre mandala clé de l’école Shingon, incarnant la pureté, la lumière et la nature ultime de la réalité. Il reflète une dimension de réalisation spirituelle et d’illumination, qui se retrouve dans l’interprétation ésotérique des divinités.

Honji Suijaku : principe central du syncrétisme japonais, selon lequel les kami (divinités shintō) sont des manifestations locales (Suijaku) des bouddhas et bodhisattvas (honji), qui en sont la véritable essence. Cette idée implique que les divinités shintō ne sont pas indépendantes mais dérivent des figures bouddhistes, permettant leur intégration dans une cosmologie commune. Par exemple, la déesse solaire Amaterasu est identifiée à Dainichi Nyorai, le bouddha central du Shingon, illustrant cette fusion doctrinale.

Points essentiels

Le Ryōbu Shintō, apparu à l’époque Heian, constitue une forme de syncrétisme religieux combinant le Shintō et le bouddhisme, qui s’est développé dans un contexte où le bouddhisme était déjà profondément enraciné au Japon. Son apparition marque la première grande fusion doctrinale entre ces deux traditions, fondée sur une interprétation ésotérique des divinités. La forte influence de l’école bouddhique du Shingon est manifeste, notamment à travers ses deux mandalas fondamentaux, le mandala du monde de la matrice et le mandala du monde du diamant, qui se reflètent dans la représentation des divinités shintō. La doctrine du Honji Suijaku joue un rôle central en affirmant que les kami sont des manifestations locales des bouddhas, ce qui permet leur intégration dans une cosmologie commune, tout en étant souvent illustrée par des exemples comme l’identification d’Amaterasu à Dainichi Nyorai.

À retenir

Le Ryōbu Shintō représente la première grande fusion doctrinale entre Shintō et bouddhisme, reposant sur une interprétation ésotérique des divinités, influencée par les mandalas du Shingon et la doctrine du Honji Suijaku. Il incarne une vision cosmologique où les kami et les bouddhas sont liés dans une unité spirituelle.

2. Syncrétisme religieux japonais

Notions clés & Définitions

Syncrétisme Shintō-Bouddhique : coexistence et fusion partielle entre le shintō et le bouddhisme dans la religion japonaise, caractérisée par une interaction complexe et une influence mutuelle.

Confucianisme-Jukyō : enseignement des lettrés japonais qui privilégie la piété filiale, les rites de dévotion et une morale structurée, souvent considéré comme une composante religieuse en raison de ses pratiques rituelles.

Sankyō : ensemble des trois grandes traditions religieuses du Japon, comprenant le Confucianisme, le Bouddhisme et le Taoïsme, qui cohabitent et s’influencent mutuellement dans le paysage religieux.

Amidisme : courant bouddhique visant à entraîner les foules illettrées vers la délivrance, en particulier par la foi en Amida, avec une forte dimension populaire et accessible.

Zen : école bouddhique centrée sur la méditation et la foi en la capacité de chacun à atteindre l’éveil par la pratique de la méditation assise, insistant sur la recherche de la vérité en soi-même.

Nihonshoki : chronique impériale de 720, qui constitue une source majeure pour l’histoire et la mythologie du Japon, intégrant des récits sur l’origine divine du pays.

Points essentiels

Le syncrétisme japonais intègre de manière complexe le shintō, le bouddhisme et le confucianisme, formant un paysage religieux où ces traditions coexistent, s’interpénètrent et parfois fusionnent. La diversité des écoles bouddhiques, telles que Tendai, Shingon, Amidisme et Zen, influence profondément la religion japonaise, chacune apportant ses pratiques et ses doctrines spécifiques.

Le Watarai Shintō, par exemple, met en avant la divinité Toyouke no Omikami, associée aux récoltes et aux ressources, tout en affirmant l’autonomie du shintō face à la fusion avec le bouddhisme, notamment contre le Ryōbu shintō, qui représente cette fusion. Le Watarai Shintō critique la vision syncrétique dominée par le bouddhisme, en insistant sur la primauté des kami.

Le Yoshida Shintō, fondé au XVe siècle par Yoshida Kanetomo, cherche à systématiser et à institutionnaliser le shintō comme une tradition religieuse autonome. Il revendique la primauté du shintō sur le bouddhisme et le confucianisme, rejetant le honji suijaku (l’idée que les kami seraient des manifestations des bouddhas). Il tente également de créer une théologie structurée, intégrant des éléments bouddhiques et confucéens, tout en insistant sur l’importance des rites, de la pureté et de la morale. La centralisation et l’autorité du Yoshida Shintō, notamment par la délivrance de licences aux prêtres, préparent l’émergence d’un shintō officiel et organisé.

Le concept des trois enseignements, ou Sankyō, rassemble le Confucianisme, le Bouddhisme et le Taoïsme, qui cohabitent et influencent la société japonaise. Le Bouddhisme, notamment à travers ses écoles comme Shingon et Tendai, vise l’élévation spirituelle et la sortie du cycle de réincarnation (samsara), en suivant des voies telles que la voie de l’octuple discipline. L’Amidisme, popularisé au 13e siècle, cherche à sauver les foules illettrées par la foi en Amida, tandis que le Zen insiste sur la méditation et la foi en la capacité individuelle à atteindre l’éveil.

Les textes fondamentaux du shintō, tels que le Nihonshoki (720) et le Kojiki (708), témoignent de l’importance de mythes, d’histoires et de récits mythologiques pour définir l’identité religieuse et nationale du Japon. La notion de « Shintō » elle-même apparaît tardivement, après avoir été longtemps considéré comme une religion d’État basée sur ces mythes et traditions anciennes.

À retenir

Le paysage religieux japonais se caractérise par une coexistence dynamique et une interaction constante entre shintō, bouddhisme et confucianisme, formant un syncrétisme pluriel où chaque tradition influence et enrichit les autres, tout en conservant des spécificités propres.

3. Idée Honji Suijaku

Notions clés & Définitions

Honji Suijaku : doctrine religieuse qui postule que les kami, divinités autochtones du shintō, sont des manifestations locales (suijaku) de bouddhas ou de bodhisattvas (honji). Elle établit une relation hiérarchique et symbolique entre les divinités indigènes et les figures bouddhiques, permettant leur coexistence et leur intégration dans un cadre syncrétique.

Kami : divinités ou esprits issus de la tradition shintō, considérés comme des manifestations ou des émanations de bouddhas ou de bodhisattvas selon la doctrine Honji Suijaku. Ils occupent une place centrale dans la religion indigène du Japon, souvent liés à des mythes et des histoires, et sont vénérés dans divers sanctuaires.

Bouddhas : figures centrales du bouddhisme, considérés comme des êtres éveillés et universels. Dans le contexte de l’Honji Suijaku, ils sont vus comme la réalité ultime ou la vérité fondamentale, dont les kami locaux sont des expressions ou des émanations.

Dainichi Nyorai : bouddha cosmique central du Shingon, considéré comme la vérité ultime. Selon la doctrine Honji Suijaku, Amaterasu est identifiée à Dainichi Nyorai, soulignant leur unité et leur rôle dans le syncrétisme religieux.

Amaterasu : déesse du soleil, divinité majeure du shintō, considérée comme l’ancêtre mythique de la lignée impériale japonaise. Elle est identifiée à Dainichi Nyorai dans la perspective du Honji Suijaku, illustrant la fusion entre divinités indigènes et figures bouddhiques.

Points essentiels

Le Honji Suijaku constitue la clé explicative du syncrétisme religieux au Japon, en reliant les divinités autochtones, appelées kami, aux figures bouddhiques universelles. Selon cette doctrine, les kami ne sont pas des entités indépendantes mais des manifestations ou des émanations locales (suijaku) de bouddhas ou de bodhisattvas (honji). Par exemple, Amaterasu, la déesse du soleil, est identifiée à Dainichi Nyorai, le bouddha central du Shingon, qui représente l’ultime réalité cosmique. Cette identification permet de justifier la coexistence et l’intégration des croyances shintō et bouddhistes, en donnant une hiérarchie où les kami sont des expressions locales de la vérité bouddhique. La doctrine s’appuie sur des textes originels, notamment ceux traitant du syncrétisme, et s’inscrit dans une évolution historique où le bouddhisme, utilisé par l’empereur, influence la perception des divinités indigènes. Elle favorise aussi une vision où les kami, en tant qu’émanations du Bouddha, participent à l’ordre cosmique et spirituel universel, renforçant ainsi la légitimité religieuse et politique du shintō bouddhisé.

À retenir

Le Honji Suijaku est la clé pour comprendre le syncrétisme religieux japonais, en montrant comment les divinités autochtones sont perçues comme des manifestations locales des bouddhas, notamment Dainichi Nyorai, ce qui favorise une union harmonieuse entre shintō et bouddhisme.

4. Shintō supérieur

Notions clés & Définitions

Shintō supérieur : courant religieux qui affirme la primauté et l’autonomie des kami, considérant leur rôle comme supérieur ou antérieur à celui des bouddhas, et critique le respect hiérarchique ou subordonné des autres formes de shintō.

Harae : pratique rituelle de purification visant à maintenir ou restaurer la pureté rituelle, essentielle dans le Shintō supérieur, qui insiste sur la nécessité de la pureté pour accéder à la dimension divine.

Nakatomi Harae Kunge : nom d’un rituel ou d’une pratique spécifique de purification, associée à la tradition du Shintō supérieur, intégrant des rites de purification et de vénération divine, souvent liés à la collecte d’informations sur les rites et divinités.

Shinkoku : concept fondamental du Shintō supérieur, qui conçoit le Japon comme une terre sacrée d’origine divine, renforçant la dimension cosmologique et nationale de la religion, en affirmant la relation privilégiée entre le pays et les kami.

Vision cosmologique propre : conception spécifique du cosmos dans le Shintō supérieur, où le Japon occupe une place centrale en tant que terre divine, avec une hiérarchie divine où les kami sont considérés comme antérieurs ou supérieurs aux bouddhas, contrastant avec d’autres formes de shintō ou de bouddhisme.

Points essentiels

Le Shintō supérieur critique le Honji Suijaku en rejetant l’idée que les kami soient des manifestations ou des incarnations de bouddhas, et considère parfois que les kami sont antérieurs ou supérieurs aux bouddhas. Il met en avant la primauté des kami dans la hiérarchie cosmologique, affirmant leur autonomie face au bouddhisme.

Il insiste fortement sur la pureté rituelle (harae), pratique essentielle pour accéder à la dimension divine et maintenir l’ordre cosmique. La pureté n’est pas seulement une question de comportement moral, mais une condition nécessaire pour la communion avec les kami.

Le Shintō supérieur conçoit le Japon comme une terre sacrée d’origine divine (Shinkoku), où la présence divine est intrinsèque au territoire national, renforçant la légitimité de la religion dans la sphère politique et culturelle.

Il s’inscrit dans une vision cosmologique propre, où la hiérarchie divine et la relation entre le pays, les kami et l’univers sont clairement affirmées, en opposition à d’autres formes de shintō ou de bouddhisme plus intégrées ou syncrétiques.

À retenir

Le Shintō supérieur se distingue par sa revendication de l’autonomie et de la primauté des kami, affirmant la nature divine du Japon et insistant sur la pureté rituelle comme fondement de la relation avec le divin, en opposition aux autres formes de religion ou de pratique religieuse.

5. Shintō autonome Watarai

Notions clés & Définitions

Watarai Shintō : courant religieux qui, développé par le clan Watarai, cherche à affirmer l’indépendance du Shintō en tant que religion autonome, distincte des autres influences et syncrétismes.

Sanctuaire extérieur d’Ise : lieu sacré central dans le Shintō, considéré comme le lieu où réside la divinité principale, Toyouke no Omikami, et qui occupe une place primordiale dans la doctrine et la pratique du Watarai Shintō.

Toyouke no Omikami : divinité originaire du sanctuaire extérieur d’Ise, considérée comme la divinité principale dans la tradition Watarai, incarnant la pureté et l’indépendance du Shintō face aux autres influences religieuses.

Shintō gobusho : expression désignant la doctrine ou la position doctrinale qui insiste sur la primauté et l’indépendance du Shintō, notamment dans le contexte du mouvement Watarai, en opposition au syncrétisme avec le bouddhisme ou le confucianisme.

Clan Watarai : famille ou groupe de familles qui ont développé et promu le Watarai Shintō, en insistant sur la nécessité de réaffirmer la spécificité et l’autonomie du Shintō, notamment à travers la valorisation du sanctuaire d’Ise et de ses divinités.

Points essentiels

Le Watarai Shintō, développé par le clan Watarai, vise à revaloriser le Shintō comme religion autonome, distincte des influences extérieures ou du syncrétisme. Il s’inscrit dans une démarche de résistance doctrinale, en affirmant la primauté des kami dans ses textes doctrinaux et en rejetant toute réduction des kami à des manifestations bouddhiques. Ce mouvement insiste sur la nécessité de préserver l’indépendance religieuse du Shintō, centrée sur le sanctuaire d’Ise et la divinité Toyouke no Omikami, en opposition aux influences confucéennes ou bouddhistes qui tendent à diluer cette spécificité. La doctrine Watarai cherche ainsi à réaffirmer la pureté et la souveraineté du Shintō face à un syncrétisme perçu comme une menace à son identité propre.

À retenir

Le Watarai Shintō se présente comme un mouvement de résistance doctrinale, réaffirmant l’indépendance religieuse du Shintō centré sur Ise, en opposition à toute forme de syncrétisme ou de réduction des kami à des manifestations d’autres traditions.

6. Yoshida Shintō et centralisation

Notions clés & Définitions

Yoshida Shintō : courant religieux qui, par la systématisation et l’institutionnalisation, affirme l’autonomie et la supériorité du Shintō par rapport aux autres traditions religieuses, notamment le bouddhisme. Il s’agit d’un mouvement qui cherche à structurer le Shintō en une doctrine cohérente, indépendante et hiérarchisée.

Yoshida Kanetomo : figure centrale du Yoshida Shintō, il est responsable de la mise en place d’un cadre doctrinal et institutionnel visant à faire du Shintō une religion autonome, distincte des influences extérieures. Son rôle est crucial dans la théologisation et la centralisation du courant.

Jingichōjo : terme désignant les rites et pratiques religieuses organisés sous l’autorité du Yoshida Shintō, notamment ceux qui sont contrôlés ou supervisés par la famille Yoshida. Ces rites participent à la centralisation du culte et à la légitimation de l’autorité religieuse.

Daibyojin : divinité majeure dans la hiérarchie du Yoshida Shintō, considéré comme une incarnation suprême ou une figure divine centrale. La vénération de cette divinité contribue à renforcer la cohésion doctrinale et institutionnelle du courant.

Licences aux prêtres : système de contrôle et de régulation des prêtres shintō, par lequel la famille Yoshida centralise l’autorité sacerdotale. La délivrance de licences constitue un moyen de garantir l’unité doctrinale, de contrôler la pratique religieuse et d’affirmer la primauté du Yoshida Shintō dans l’organisation religieuse du Japon.

Points essentiels

Le Yoshida Kanetomo joue un rôle déterminant dans la systématisation et l’institutionnalisation du Shintō en tant que tradition autonome et supérieure. Il établit un cadre doctrinal qui distingue clairement le Shintō des autres influences religieuses, notamment le bouddhisme, en affirmant son indépendance. Par cette démarche, il cherche à donner au Shintō une légitimité doctrinale et une autorité supérieure, en le plaçant au centre de la religion nationale.

Le clan Yoshida, en tant que famille sacerdotale, centralise le Shintō en contrôlant étroitement la pratique religieuse et en organisant les rites à la cour impériale. La délivrance de licences aux prêtres constitue un outil essentiel de cette centralisation, permettant de réguler la pratique sacerdotale, d’assurer l’unité doctrinale et de renforcer le pouvoir de la famille Yoshida. Par cette organisation, le clan impose une hiérarchie religieuse claire, consolidant ainsi le rôle du Yoshida Shintō comme religion officielle et institutionnalisée.

Ce mouvement s’inscrit dans une dynamique plus large de consolidation du pouvoir religieux et politique, en préparant le rôle officiel du Shintō dans la société japonaise. La centralisation et la théologisation du Shintō par le Yoshida Shintō participent à la construction d’un projet de religion nationale, qui s’affirme comme une tradition indépendante, structurée et hiérarchisée, prête à soutenir l’autorité impériale et shogunale.

À retenir

Le Yoshida Shintō apparaît comme un projet de centralisation et de théologisation du Shintō, visant à en faire une religion autonome et supérieure. En contrôlant les rites et en réglementant la pratique sacerdotale via les licences, il prépare le rôle officiel du Shintō dans la société japonaise, consolidant ainsi son influence religieuse et politique.

7. Rivalités et réformes du Shintō

Notions clés & Définitions

Shintō des domaines : courant religieux qui émerge au XVIIe siècle, caractérisé par la participation des domaines locaux à la réforme et à la reconnaissance officielle des sanctuaires shintō, notamment par l’adoption du Shiki Nai Sha et la création de sanctuaires reconnus tels que ceux d’Aizu, avec une organisation spécifique appelée Shintō Kata.

Patentes : système de reconnaissance officielle et de hiérarchisation des prêtres shintō, administré par les Yoshida, qui établit des rangs pour les prêtres de cour et autres officiants, et qui implique des procédures telles que les voyages à Kyoto pour obtenir des accords, renforçant ainsi la légitimité et la reconnaissance des sanctuaires.

Remise en cause des Yoshida : mouvement critique qui apparaît vers 1710, contestant la compétence et l’honnêteté des prêtres Yoshida, notamment leur prétendue descendance d’Ame no Yama, soupçonnée d’être une supercherie, et leur prétendue transmission de textes comme le Gobusho, ce qui entraîne une suspicion de fraude et une remise en question de leur autorité doctrinale.

Suika Shintō : courant fondé par Yamazaki Ansai (1618-1682), qui rejette le bouddhisme et s’appuie sur une synthèse confucéenne et shintō, en insistant sur la recherche de principes mythiques et confucéens appliqués à la tradition, avec une doctrine qui valorise la compréhension innée de la morale et la voie d’Amaterasu, menant à la légitimité de l’empereur comme divinité vivante.

Gobushō : texte moyenâgeux étudié par les critiques du système Yoshida, considéré comme une source de doute quant à la légitimité de la descendance des prêtres Yoshida, alimentant la suspicion de supercherie et de fraude dans la transmission doctrinale et généalogique.

Points essentiels

Au XVIIe siècle, les domaines locaux jouent un rôle crucial dans la réforme du Shintō en s’appuyant sur le Yoshida Shintō, tout en critiquant son autorité. Ces réformes s’inscrivent dans une volonté de clarifier la tradition et de renforcer la légitimité des pratiques shintō, notamment par la reconnaissance officielle des sanctuaires. Le mouvement du Shintō du principe de Razan, qui voit le Japon comme un pays béni, illustre cette orientation nationaliste et métaphysique.

Le Suika Shintō, fondé par Yamazaki Ansai, constitue une réponse aux courants traditionnels en proposant une synthèse confucéenne et shintō, rejetant le bouddhisme et insistant sur la transmission ésotérique et la morale innée. Son influence se manifeste dans la recherche de principes mythiques et confucéens appliqués strictement, ainsi que dans la valorisation de la voie d’Amaterasu, qui légitime l’empereur comme divinité vivante.

Les Patentes, système de reconnaissance des prêtres et sanctuaires, ont permis de renforcer la hiérarchie religieuse, en établissant des rangs et en organisant des procédures officielles pour la reconnaissance des sanctuaires, notamment par des voyages à Kyoto pour obtenir des accords. Ce système a connu un pic d’activité entre 1691 et 1710, témoignant de l’importance de la légitimation officielle dans la structuration du Shintō.

Vers 1710, un mouvement de remise en cause des Yoshida apparaît, alimenté par les critiques des disciples du Suika Shintō, qui dénoncent la compétence douteuse des prêtres Yoshida et leur prétendue descendance d’Ame no Yama. La suspicion s’étend à leur transmission de textes comme le Gobusho, considéré comme un texte moyenâgeux, ce qui remet en question leur autorité doctrinale et généalogique. Ce mouvement anti-Yoshida s’intensifie, aboutissant à une réduction des titres et à une crise de légitimité pour la famille Yoshida.

À retenir

Les rivalités internes au sein du Shintō, notamment entre les courants traditionnels comme celui des Yoshida et les mouvements de réforme tels que le Suika Shintō, illustrent un processus dynamique de réforme doctrinale et de clarification de la tradition à l’époque pré-moderne, marqué par des luttes pour la légitimité et la légalité des pratiques religieuses.

8. Shintō dans l’époque Edo

Notions clés & Définitions

Kinchu Narabini Kuge Shohatto : règle ou ordonnance qui régit la relation entre la cour impériale (Kuge) et le shogunat, illustrant la tentative de structurer l’autorité politique et religieuse dans le cadre du Shintō durant l’époque Edo.

Dajōsai : cérémonie ou rituel impérial visant à renforcer la légitimité divine de l’empereur, souvent associé à la purification et à la reconnaissance de la souveraineté du Japon selon le Shintō, dans un contexte où le pouvoir politique et religieux sont étroitement liés.

Tōshō Daigongen : divinité shintō personnifiant Tokugawa Ieyasu, divinisé et vénéré comme un kami protecteur de la nation, illustrant l’usage politique du culte dans la stabilisation du pouvoir shogunal. Son culte sert à légitimer la domination du shogunat en associant la figure de Ieyasu à une puissance divine.

  • Shinkoku : voir section 4

Hanryō Shintō : forme de Shintō pratiquée dans les domaines féodaux (Hanryō), souvent adaptée aux contextes locaux et aux intérêts politiques des seigneurs locaux, tout en restant fidèle aux principes fondamentaux du Shintō.

Points essentiels

L’époque Edo voit la pacification du pays, marquée par une stabilité politique imposée par le shogunat, qui s’accompagne d’une rationalisation du Shintō par l’intermédiaire du confucianisme. Cette période voit une mise en ordre du culte shintō, notamment par la codification de ses pratiques et la centralisation de son culte autour de figures divines telles que Tōshō Daigongen. La divinisation de Tokugawa Ieyasu, à travers le culte de Tōshō Daigongen, illustre parfaitement l’usage politique du Shintō comme instrument de légitimation du pouvoir shogunal. Ce culte sert à renforcer la légitimité divine du régime, en associant la figure du shogun à une puissance divine protectrice de la nation.

Par ailleurs, le concept de Shinkoku, ou « vraie nation », est utilisé pour souligner la singularité divine du Japon, renforçant l’idée que le pays possède une identité divine et une mission particulière. La pratique du Hanryō Shintō, adaptée aux contextes locaux, montre également comment le Shintō s’intègre dans la gouvernance locale tout en restant fidèle à ses principes fondamentaux. L’ensemble de ces éléments témoigne de l’utilisation du Shintō comme un instrument idéologique au service de la stabilité politique et de la légitimation du pouvoir durant cette période.

À retenir

Le Shintō de l’époque Edo apparaît comme un outil essentiel pour renforcer la stabilité politique et légitimer le pouvoir, notamment par la divinisation de figures politiques et la promotion de l’idée d’une nation divine. Son rôle dépasse la simple pratique religieuse pour devenir un instrument idéologique central dans la consolidation du régime shogunal.

9. Études sur l’ancien Japon

Notions clés & Définitions

Koretari Yoshikawa : figure majeure du shintō qui a structuré cette religion en un système cohérent intégrant une morale confucéenne, en insistant sur l’interprétation des mythes fondateurs comme principes moraux et cosmologiques.

Yamazaki Ansai : penseur ayant contribué à cette synthèse, en particulier par ses lectures confucéennes appliquées au shintō, renforçant le lien entre souveraineté divine et morale.

Suika Shintō : courant ou école qui, selon la tradition, s’inscrit dans cette démarche de systématisation du shintō, en intégrant notamment des éléments de morale confucéenne.

Ame-no-nuhoko : symbole ou objet mythologique, considéré comme un outil divin ayant une importance cosmologique et religieuse dans la tradition shintō, notamment dans l’interprétation des mythes fondateurs.

Kuni-no-Tokotachi : divinité ou principe cosmologique, considéré comme une figure fondamentale dans la mythologie shintō, incarnant l’origine divine et la création du monde, renforçant le lien entre mythologie et ordre moral.

Points essentiels

Koretari Yoshikawa et Yamazaki Ansai ont structuré le shintō en un système cohérent, en intégrant une morale confucéenne qui donne une dimension éthique à la religion. Leur approche consiste à interpréter les mythes fondateurs non seulement comme des récits cosmogoniques, mais aussi comme des principes moraux et cosmologiques, ce qui permet de renforcer le lien entre la souveraineté divine et la moralité. Cette intellectualisation du shintō vise à faire du savoir religieux une base pour la conduite morale et l’organisation politique, en valorisant la tradition mythologique tout en y intégrant des valeurs confucéennes. Leur œuvre contribue ainsi à une vision cohérente où mythologie, morale et politique s’entrelacent, permettant d’apprécier le shintō comme une doctrine structurée et rationnelle, accessible à tous, et non ésotérique.

À retenir

Ces études représentent une synthèse intellectuelle du shintō, fusionnant mythologie, morale confucéenne et enjeux politiques, et ont permis de donner au shintō une dimension cohérente, morale et accessible, tout en renforçant le lien entre la divinité et la souveraineté.

10. Pratiques religieuses populaires

Notions clés & Définitions

Pèlerinage à Ise : Pratique religieuse populaire consistant en un déplacement collectif vers le sanctuaire d’Ise, qui connaît un regain de popularité, avec des millions de pèlerins chaque année, notamment lors de pèlerinages rituels comme l’Okage Mairi. Ce pèlerinage est organisé selon un calendrier précis, avec des étapes et des villes étapes, et implique souvent des rites de gratitude envers la déesse. La pratique est soutenue par une culture de voyage et de transmission culturelle, comprenant guides, auberges, et accompagnement culturel.

Rites funéraires Shintō : Cérémonies de funérailles qui marquent la transition post-mortem, souvent associées à l’apothéose du défunt, intégrant des pratiques spécifiques telles que l’apothéose post mortem. Ces rites structurent la vie religieuse et sociale, en assurant la continuité entre la vie et l’au-delà selon la tradition shintō.

Sanctuaires historiques : Lieux de pratique religieuse et de diffusion des pratiques populaires, tels que ceux liés aux pèlerinages ou aux cultes locaux, qui jouent un rôle central dans la transmission du shintō. Ces sanctuaires sont souvent liés à des pèlerinages majeurs ou à des cultes locaux spécifiques, et ils participent à la vie religieuse quotidienne et communautaire.

Patentes sacerdotales : Statuts ou titres administratifs et religieux conférés aux prêtres ou aux figures religieuses, qui structurent l’encadrement administratif et la hiérarchie dans la pratique shintō. Ces patentes permettent de réguler la vie religieuse et de légitimer l’autorité des prêtres dans la société.

Rites de purification : Pratiques visant à purifier le corps, l’esprit ou les lieux, essentielles dans la tradition shintō, notamment lors des pèlerinages ou des cérémonies. Ces rites assurent l’harmonie et la conformité avec l’ordre sacré, et sont souvent réalisés à l’aide de talismans ou de gestes spécifiques.

Points essentiels

Le pèlerinage à Ise s’affirme comme un pilier des pratiques religieuses et sociales, mêlant traditions bouddhiques et shintōistes, ce qui témoigne de la vitalité des pratiques populaires dans la transmission et la régulation du shintō au quotidien. La pratique du pèlerinage, en particulier celui d’Ise, devient un phénomène de masse, avec des millions de pèlerins chaque année, renforçant le rôle du sanctuaire comme centre de diffusion culturelle et religieuse. La ville d’Edo, en tant que centre urbain et économique, joue un rôle clé dans cette dynamique, en fournissant un accompagnement culturel via des guides comme le Meishozue, des auberges, et des villes étapes. La diffusion de savoirs religieux se fait aussi par la publication de livres, guides, et almanacs, qui décrivent les lieux de culte, les divinités, et les pratiques rituelles, permettant à un large public, y compris les paysans, d’accéder aux connaissances religieuses. La pratique du pèlerinage est également encadrée par des figures comme le prêtre Kitooshi, qui parcourt le Japon pour donner des talismans et promouvoir la culture d’Ise, et par des groupes comme l’Oshi, qui organisent des pèlerinages en fraternité pour financer ces voyages. La participation massive à ces rites, comme l’Okage Mairi tous les 60 ans, témoigne de leur importance dans la vie religieuse et sociale, consolidant la vitalité du shintō populaire.

À retenir

Les pratiques populaires telles que le pèlerinage à Ise illustrent la vitalité du shintō dans la société japonaise, en étant à la fois un vecteur de transmission culturelle et un moyen de régulation religieuse quotidienne, renforçant ainsi la cohésion sociale et religieuse.

Repères chronologiques

DateÉvénement
714-1185Époque Heian, apparition du Ryōbu Shintō
720Récit du Nihonshoki
708Récit du Kojiki

Tableaux de Synthèse

Notions clés / DéfinitionsDescriptionSource / Exemple
Ryōbu ShintōSyncrétisme japonais combinant Shintō et bouddhisme, apparu à l’époque Heian, basé sur une interprétation ésotérique et influencé par l’école Shingon.Fusion doctrinale avec deux mandalas fondamentaux, Honji Suijaku.
Honji SuijakuPrincipe selon lequel les kami sont des manifestations locales des bouddhas, intégrant shintō et bouddhisme dans une cosmologie commune.Amaterasu identifiée à Dainichi Nyorai.
École ShingonÉcole bouddhique influente dans la formation du Ryōbu Shintō, utilisant deux mandalas pour représenter l’univers.Mandala du monde de la matrice, Mandala du monde du diamant.
Notions clés / DéfinitionsDescriptionSource / Exemple
Syncrétisme shintō-bouddhiqueCoexistence et fusion partielle entre shintō et bouddhisme dans la religion japonaise.Influence mutuelle des écoles Tendai, Shingon, Amidisme, Zen.
Confucianisme-JukyōEnseignement prônant piété filiale, rites et morale structurée, considéré comme une composante religieuse.Influence sur la société japonaise.
SankyōEnsemble des trois grandes traditions religieuses : Confucianisme, Bouddhisme, Taoïsme.Cohabitation dans le paysage religieux japonais.

Pièges & Confusions Fréquentes

  1. Confondre le rôle du Honji Suijaku avec une simple hiérarchie de divinités.
  2. Croire que le Ryōbu Shintō est une religion entièrement indépendante sans influence bouddhiste.
  3. Confondre les mandalas du Shingon avec d’autres représentations symboliques.
  4. Assimiler tous les courants bouddhiques japonais comme étant identiques ou équivalents.
  5. Confondre l’autonomie du Watarai Shintō avec la fusion doctrinale du Ryōbu.
  6. Oublier que le Nihonshoki (720) est une source mythologique et historique majeure.
  7. Mélanger les concepts de syncrétisme avec une fusion totale ou uniformisée.

Checklist Examen

  1. Connaître la définition et l’origine du Ryōbu Shintō.
  2. Identifier les deux mandalas fondamentaux de l’école Shingon.
  3. Expliquer le principe d’Honji Suijaku avec un exemple précis.
  4. Situer chronologiquement l’apparition du Ryōbu Shintō dans l’Époque Heian.
  5. Définir le syncrétisme shintō-bouddhique et ses caractéristiques principales.
  6. Nommer au moins deux écoles bouddhiques influentes dans le Japon ancien.
  7. Comprendre la différence entre le shintō autonome (Watarai, Yoshida) et le syncrétisme.
  8. Connaître la fonction des textes Nihonshoki et Kojiki dans la religion japonaise.
  9. Identifier les idées principales de la doctrine du Honji Suijaku.
  10. Reconnaître les éléments qui montrent la centralisation et la réforme du shintō (ex : Yoshida Shintō).
  11. Maîtriser les notions liées aux pratiques religieuses populaires au Japon ancien.
  12. Savoir que le concept de « Shintō » apparaît tardivement dans l’histoire religieuse japonaise.

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1. Quelle est la définition de l'idée Honji Suijaku ?

2. Quelle est la caractéristique principale du Watarai Shintō selon sa définition ?

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Ryōbu Shintō — définition ?

Syncrétisme japonais combinant shintō et bouddhisme, apparu à l’époque Heian.

Origines du Ryōbu — époque ?

Heian, 714-1185.

École Shingon — influence ?

Influente dans la formation du Ryōbu, utilisant deux mandalas.

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