Revision sheet: Introduction à la sociologie des sciences

📋 Plan du Cours

  1. Sciences en société : enjeux et débats
  2. Quand commence la science : repères historiques
  3. Origines sociales de la connaissance scientifique
  4. Science comme système de croyance
  5. Controverses scientifiques et relativisme
  6. Savoirs scientifiques et conditions de production
  7. Collectifs de pensée et styles de pensée
  8. Normes et institutions de la communauté scientifique
  9. Science comme espace hiérarchisé et inégalitaire
  10. Interdisciplinarité et réseaux de circulation des savoirs
  11. Réseaux scientifiques et formes de collaboration
  12. Coordination marchande et profils de chercheurs

📖 1. Sciences en société : enjeux et débats

🔑 Notions clés & Définitions

  • Sociologie des sciences : La sociologie des sciences étudie comment les savoirs scientifiques se construisent, circulent et s’inscrivent dans des contextes sociaux et institutionnels.
  • Sociologie de l’éducation : La sociologie de l’éducation analyse les rapports entre école, savoirs, inégalités et socialisation, en lien avec la production et la transmission des connaissances.
  • Économie de la connaissance : L’économie de la connaissance désigne une organisation sociale où la production et l’usage des savoirs deviennent des ressources centrales pour l’activité économique et politique.
  • Loi des trois états : La loi des trois états est une théorie d’Auguste Comte qui décrit l’évolution des façons de penser, de l’explication théologique vers l’explication scientifique.
  • Big science : La Big science correspond à une période où la recherche scientifique mobilise de grands moyens, des organisations lourdes et des projets à grande échelle.

📝 Points essentiels

  • La science peut être définie de façon restrictive comme activité théorique rationnelle, ou de façon plus large comme ensemble d’activités humaines de contrôle de l’environnement.
  • Des repères historiques situent des formes de savoirs avant la science moderne : connaissances préhistoriques, écriture et arithmétique en Mésopotamie et en Égypte, puis institutions et échanges à partir de l’Antiquité.
  • La science est une activité sociale car elle mobilise des collectifs, des institutions, des pratiques partagées et des conditions matérielles de production.
  • La période 1945-1975 est décrite comme la Big science, puis 1975-1990 comme une crise de la science, avant l’idée d’une émergence d’une économie de la connaissance depuis 1990.
  • Les débats sur l’origine sociale de la connaissance opposent plusieurs thèses : Comte relie l’évolution des modes de pensée à une loi, Marx relie les idéologies aux rapports sociaux, et d’autres auteurs insistent sur la/

📖 2. Quand commence la science : repères historiques

🔑 Notions clés & Définitions

  • Auguste Comte : Penseur du XIXe siècle qui propose une lecture historique de l’évolution des connaissances via une loi en trois étapes.
  • Loi des trois états : Idée selon laquelle l’esprit humain passe par trois phases successives pour expliquer le monde, du religieux au scientifique.
  • Karl Marx : Auteur du XIXe siècle qui relie les idées dominantes à des intérêts et à des conditions sociales, notamment via les idéologies.
  • Karl Mannheim : Sociologue qui soutient que les visions du monde varient selon les appartenances sociales, comme les générations ou les groupes.
  • Émile Durkheim : Sociologue qui défend l’idée que des catégories de pensée ont une origine sociale, même si cela ne se transfère pas mécaniquement à la science.

📝 Points essentiels

  • La science peut être décrite comme une activité sociale : elle dépend de groupes, d’institutions, de controverses et de pratiques partagées.
  • L’origine sociale de la connaissance scientifique est discutée par plusieurs auteurs, mais sans impliquer une application directe et automatique à tous les savoirs scientifiques.
  • Comte explique l’histoire des connaissances par une progression en trois états, qui sert de repère pour situer l’émergence du mode scientifique.
  • Marx interprète les idéologies comme liées à des déterminations sociales, ce qui permet de questionner l’origine des idées présentées comme universelles.
  • Mannheim affirme que des visions du monde dépendent de formes sociales (générations, sectes, écoles), ce qui relativise l’uniformité des perspectives.
  • Durkheim relie l’origine des catégories de pensée à la société, tout en laissant ouverte la question de la transposition directe aux savoirs scientifiques.

💡 Astuce mémo

Comte = 3 états (religieux→métaphysique→scientifique) ; Marx = idéologies liées au social ; Mannheim = visions du monde par groupes ; Durkheim = catégories socialement formées.

📖 3. Origines sociales de la connaissance scientifique

🔑 Notions clés & Définitions

  • Laboratoire : Un laboratoire est un lieu où des acteurs, des objets, des inscriptions et des ressources matérielles se combinent pour produire des résultats scientifiques.
  • Inscriptions scientifiques : Les inscriptions sont des traces écrites ou graphiques qui transforment des activités de recherche en éléments mobilisables et discutables.
  • Cycle de crédibilité : Un cycle de crédibilité désigne l’enchaînement social qui rend un résultat jugé plus solide par accumulation d’acceptations et de preuves.
  • Collectif de pensée : Un collectif de pensée est un groupe social qui stabilise un style de pensée et rend certaines idées plus recevables que d’autres.
  • Communauté scientifique : Une communauté scientifique est un ensemble organisé d’acteurs qui partagent des normes et des institutions pour évaluer et diffuser les savoirs.

📝 Points essentiels

  • Dans un laboratoire, on trouve des personnes (patrons, chercheurs, techniciens, administratifs, étudiants), des locaux, des produits, des équipements et des inscriptions.
  • Les inscriptions vont des carnets de laboratoire jusqu’aux articles publiés, ce qui permet de faire circuler et comparer les résultats.
  • Les échanges au laboratoire participent à un cycle de crédibilité, présenté comme plutôt linéaire et uniforme dans l’analyse de Latour et Woolgar.
  • La hiérarchie interne influence les formes de recherche : juniors centrés sur des résultats locaux et la méthodologie, seniors orientés modèles et efficacité, directeur et professeur davantage tournés vers la généralité,
  • La notion de collectif de pensée (Fleck) explique que l’acte cognitif dépend d’une activité sociale, car l’état des connaissances dépasse ce qu’un individu peut produire seul.
  • Les collectifs de pensée fonctionnent avec des cercles et une solidarité d’état d’esprit, soutenue par la circulation des mots, des idées, des publications et des citations.

💡 Astuce mémo

Laboratoire = Personnes + Objets + Inscriptions + Argent → Crédibilité ; Fleck : Individu pense, Collectif valide.

📖 4. Science comme système de croyance

🔑 Notions clés & Définitions

  • Universalité : Principe selon lequel les productions scientifiques doivent pouvoir circuler et être évaluées indépendamment des caractéristiques sociales de leurs auteurs.
  • Communalisme : Norme scientifique imposant que les résultats validés soient traités comme des biens collectifs, issus d’un effort commun.
  • Désintéressement : Valeur qui exige que l’évaluation des travaux vise la validité des résultats plutôt que l’intérêt personnel de l’auteur.
  • Scepticisme organisé : Principe de contrôle collectif où les résultats sont soumis à une vérification critique systématique avant d’être acceptés.
  • Humilité : Attitude consistant à reconnaître publiquement les limites de ses connaissances et à rester modeste face à l’incertitude.

📝 Points essentiels

  • Les normes scientifiques visent l’indépendance par rapport aux attributs sociaux des personnes qui énoncent les idées.
  • Les produits de la science sont conçus comme un patrimoine public, car ils résultent d’un effort collectif.
  • Le communalisme s’oppose à l’appropriation personnelle des résultats et favorise leur libre circulation dans la communauté.
  • Le désintéressement est soutenu par des dispositifs comme les revues à comité de lecture et la relecture critique par les pairs.
  • Le scepticisme organisé combine production d’idées inédites et contrôle par validation avant acceptation.
  • L’humilité se manifeste par une reconnaissance publique des limites et une posture modeste face aux résultats.

💡 Astuce mémo

U-D-S-H : Universalité, Désintéressement, Scepticisme organisé, Humilité.

📖 5. Controverses scientifiques et relativisme

🔑 Notions clés & Définitions

  • Homophilie dans les citations : L’homophilie dans les citations désigne le fait que des auteurs citants citent plus souvent des auteurs qui leur ressemblent (ici, notamment par genre) que des auteurs différents.
  • Liens forts : Les liens forts sont des relations de citation entre auteurs qui correspondent à des connexions plus étroites, souvent associées à une meilleure connaissance mutuelle.
  • Liens faibles : Les liens faibles sont des relations de citation entre auteurs plus distantes, associées à une connaissance moins systématique et à des disparités plus marquées.
  • Construction sociale des disciplines : La construction sociale des disciplines renvoie à l’idée que les disciplines et spécialités se forment aussi par des facteurs sociaux et institutionnels, pas seulement par des découvertes scientifiques.

📝 Points essentiels

  • Les disciplines des sciences sociales comptent davantage d’autrices, mais les humanités restent majoritairement dominées par des hommes.
  • Dans les relations décrites (N=11532), la connaissance des références est inégale : « ne connait pas » atteint 38% et « connait physiquement » 4%.
  • Les femmes connaissent moins systématiquement les références des autres que les hommes, avec des disparités plus grandes parmi les femmes.
  • Dans l’échantillon (N=144 articles), la question « qui connait plus les autres, hommes ou femmes ? » montre 81,2% pour les hommes citants contre 18,8% pour les femmes citantes, et 77,1% contre 22,9% selon le sens de la “
  • Dans les relations citant·es–cité·es (N=3838, hors chimie et hors inconnus), l’homophilie varie selon les disciplines : la part de citations entre femmes et entre hommes n’est pas la même en biologie, économie, mathémath
  • Le modèle des « nouvelles disciplines » propose que l’hybridation des rôles de chercheurs crée de nouvelles façons de poser des questions et de repérer des objets scientifiques (Ben-David, 1991 [1968]).

💡 Astuce mémo

Homophilie = même genre qui cite plus souvent ; Liens forts = connaissance plus régulière ; Construction sociale = disciplines façonnées aussi par le social.

📖 6. Savoirs scientifiques et conditions de production

🔑 Notions clés & Définitions

  • Paradigme : Le paradigme est le noyau d’une théorie qui organise ses problèmes, ses méthodes et ses critères de validité.
  • Rupture paradigmatique : Une rupture paradigmatique correspond au moment où une théorie est remise en cause puis remplacée par une autre.
  • Groupe paradigmatique : Le groupe paradigmatique désigne une phase où une communauté partage un cadre commun de pensée et de recherche.
  • Réseau de communication : Le réseau de communication est une phase où la circulation des idées dépend surtout des échanges entre membres et collectifs.
  • Collèges invisibles : Les collèges invisibles sont des communautés informelles de chercheur·es qui interagissent régulièrement autour d’un même intérêt, sans contrainte institutionnelle stricte.

📝 Points essentiels

  • Le passage d’une théorie à une autre se fait souvent par des ruptures, quand un paradigme est remis en question puis remplacé.
  • L’étude de la dynamique d’un groupe ou d’un phénomène d’émergence mobilise des facteurs techniques, sociaux et contextuels, cognitifs et institutionnels.
  • Le modèle du branching décrit des bifurcations entre spécialités, en reliant l’évolution des domaines à des dynamiques de groupe.
  • Le cas PAREX (années 70) illustre l’analyse de la dynamique via des migrations de scientifiques et un modèle de bifurcations (Mulkay & Edge, 1973).
  • L’histoire de la biologie moléculaire combine chance et charisme, mais aussi des conditions de compétition académique aux États-Unis.
  • L’interdisciplinarité peut être une opportunité d’extension des compétences et de l’autorité scientifique, sans refondre entièrement les logiques disciplinaires.

💡 Astuce mémo

Paradigme→Rupture→Remplacement : le cœur change, la théorie bascule.

📖 7. Collectifs de pensée et styles de pensée

🔑 Notions clés & Définitions

  • Réseau structure de recueil : Un réseau scientifique centré sur la collecte de données ou d’échantillons pour alimenter la recherche.
  • Réseau étoilé autour d’un équipement centralisé : Un réseau organisé autour d’une ressource matérielle commune, souvent un équipement partagé.
  • Réseau forum : Un réseau qui fonctionne comme un espace d’échange où de petits collectifs discutent et confrontent leurs idées.
  • Réseau harmonisation des pratiques de recherche : Un réseau visant à aligner méthodes, instruments ou protocoles afin de rendre les pratiques comparables.
  • Réseau structure de projets : Un réseau qui regroupe temporairement des acteurs autour d’un objectif de recherche ou d’un financement précis.

📝 Points essentiels

  • Les collaborations scientifiques peuvent prendre des formes distinctes selon la fonction dominante du réseau (collecte, équipement, discussion, standardisation, projet).
  • Les réseaux « structure de projets » rassemblent des collectifs de manière temporaire autour d’un objectif ou d’un financement spécifique.
  • Les relations entre groupes se combinent avec des relations en réseaux, interpersonnelles et cognitives pour structurer la collaboration.
  • Deux composantes dominantes peuvent organiser l’entourage relationnel : recherche organisée et recherche autonome, avec des dynamiques de lecture/surveillance et de discussions/confrontation.
  • La recherche peut être pluridisciplinaire et structurée par des cliques de tailles variables, avec des profils de relations allant de « connus de nom » à des « inconnus » et des ancrages géographiques variables.
  • La communauté scientifique est une organisation complexe de normes partagées, de hiérarchies sociales et disciplinaires, structurée par des rapports de pouvoir et des processus d’institutionnalisation.

💡 Astuce mémo

Recueillir → Équipement → Forum → Harmoniser → Projets (RE-FH-P).

📖 8. Normes et institutions de la communauté scientifique

🔑 Notions clés & Définitions

  • Vision critique de la science : Approche critique qui questionne l’usage social de la science et ses effets dans la société, notamment à partir des années 1980.
  • Mode 1 et Mode 2 : Théorie distinguant deux façons de produire des connaissances, l’une disciplinaire et l’autre transdisciplinaire avec des contextes d’application.
  • Objets-frontière : Notion désignant des objets ou concepts utilisés par des groupes différents, qui circulent et changent de sens selon les acteurs.
  • Théorie de la traduction : Cadre expliquant comment des intérêts convergent via une série d’étapes reliant acteurs et demande sociale autour d’une même entité.
  • Université entrepreneuriale : Modèle décrivant la transformation des universités vers la capitalisation du savoir et des logiques proches de l’industrie et du management.

📝 Points essentiels

  • Habermas est mobilisé pour une critique de l’application de la science dans la société, formulée dans les années 1980.
  • Schäfer (dir., 1983) propose une réflexion sur la finalisation de la science et l’orientation sociale du progrès scientifique.
  • La place de la science dans la société est analysée à travers les conditions de vie dans un monde scientifico-technique, avec des critiques de généralité et de focalisation sur la science appliquée.
  • Le Mode 1 se caractérise par un contexte disciplinaire, des intérêts académiques, une évaluation par les pairs et une autonomie relative, avec une organisation hiérarchisée et institutionnalisée.
  • Le Mode 2 se caractérise par un contexte transdisciplinaire, des contextes d’application, une hétérogénéité des sites et des pratiquants, une responsabilité sociale et une réflexivité (auto-analyse).
  • Des critiques adressent la théorie : le Mode 1 n’aurait pas réellement existé, le Mode 2 aurait toujours existé, la preuve empirique serait insuffisante et la démarche serait politiquement engagée (Gibbons et al., 1994).

💡 Astuce mémo

Mode 1 = pair + discipline ; Mode 2 = social + transdisciplinaire (pair vs responsabilité).

📖 9. Science comme espace hiérarchisé et inégalitaire

🔑 Notions clés & Définitions

  • Terry Shinn : Chercheur associé à l’analyse des transformations des activités scientifiques et de leurs effets sur les connaissances et produits.
  • Cassier 1995 : Référence à une approche reliant transformation des connaissances et modes de régulation des liens entre acteurs de la science.
  • Louvel 2011 : Référence à l’idée d’une gouvernance de la science de plus en plus structurée par des logiques managériales.
  • Musselin 2017 : Référence à une lecture de la gestion politique de la recherche en France comme territorialisée et orientée vers la compétition.
  • Fièvre bibliométrique : Expression désignant l’emballement des usages d’indicateurs quantitatifs pour piloter la recherche et ses acteurs.

📝 Points essentiels

  • La science s’organise comme un espace hiérarchisé où universités, industrie et État ne jouent pas des rôles équivalents dans la production et la régulation des activités scientifiques.
  • Les transformations des activités scientifiques portent à la fois sur les connaissances produites et sur les produits de la science, avec des modes de régulation des liens entre acteurs.
  • La gouvernance de la science tend vers des logiques managériales, ce qui modifie les critères et les façons de piloter la recherche.
  • En France, la gestion politique de la recherche est décrite comme territorialisée et structurée par un modèle de compétition.
  • Le recours à des benchmarks internationaux comme le classement de Shanghai sert d’argument à des réformes, même lorsque leurs orientations avaient déjà été controversées en 2003.
  • La fièvre bibliométrique correspond à la montée d’une culture de pilotage par indicateurs, notamment bibliométriques, qui peut produire des effets pervers.

💡 Astuce mémo

Hiérarchie = acteurs différents (universités/industrie/État) + pilotage par indicateurs (fièvre bibliométrique).

📖 10. Interdisciplinarité et réseaux de circulation des savoirs

🔑 Notions clés & Définitions

  • Slow science : Approche qui défend une recherche à rythme plus lent, avec du temps pour comprendre, digérer et réduire les malentendus entre disciplines.
  • Fast science : Approche qui privilégie la production rapide et l’évaluation par des indicateurs, ce qui peut dégrader la qualité et la reproductibilité.
  • Science homéopathique : Critique d’un système où la valeur du dossier dépend surtout du volume de publications, même si le contenu scientifique réel est moindre.
  • Open science : Ensemble de pratiques visant à rendre la recherche plus ouverte (données, méthodes, calendrier), pour améliorer le contrôle et la vérification des résultats.

📝 Points essentiels

  • La slow science réclame du temps pour l’imprévisibilité de la recherche (instabilités, saccades, bonds) et pour donner justice aux démarches non planifiables.
  • Elle insiste sur la nécessité de protéger la science lente contre la surcharge et contre les moyens insuffisants (laboratoires en difficulté).
  • Les malentendus entre SHS et SNT exigent un temps de digestion et de clarification, car on ne sait pas toujours à quoi servira la recherche.
  • L’appel « slow science » lancé le 17 juillet 2011 (slowscience.fr) porté notamment par Joël Candau a été signé par plus de 4600 chercheur.es.
  • Les effets de surenchère (Candau 2023) incluent l’augmentation du nombre d’articles attendus et la pression à publier malgré un contenu réel plus faible.
  • La fast science, via « publish or perish », favorise des articles « corrects mais ennuyeux » et peut augmenter les cas de résultats non reproductibles et de fraude ou rétractations.

💡 Astuce mémo

Slow = temps + justice ; Fast = vitesse + indicateurs (publish) → risque de qualité.

📖 11. Réseaux scientifiques et formes de collaboration

🔑 Notions clés & Définitions

  • Big science : La big science désigne une recherche à grande échelle, portée par de gros équipements et des dispositifs de mutualisation des ressources.
  • Collaboration internationale : La collaboration internationale correspond aux échanges et coopérations entre chercheurs situés dans différents pays, souvent renforcés par des programmes et des outils de communication.
  • Prééminence des échanges nationaux : La prééminence des échanges nationaux indique que, malgré la mondialisation, les interactions scientifiques restent majoritairement structurées à l’échelle des pays.
  • Démocratisation de l’activité scientifique : La démocratisation de l’activité scientifique signifie que la production devient moins dépendante des seules villes mondiales, avec un renforcement relatif des territoires moins centraux.
  • Chercheurs Janus : Les chercheurs Janus sont des chercheurs qui organisent des allers-retours entre logique scientifique et logique économique, sans réduire l’une à l’autre.

📝 Points essentiels

  • La hausse de la collaboration est associée à la big science via le partage d’équipements, l’amélioration des (télé)communications et des incitations internationales (NSF, Europe).
  • L’idée d’une « fin des frontières nationales » est nuancée : la science reste fortement structurée par des échanges nationaux, même quand la collaboration internationale progresse.
  • À l’échelle mondiale, l’activité scientifique tend à se « démocratiser » : elle devient moins dépendante des villes dites mondiales.
  • Le même mouvement apparaît à l’échelle nationale en France, avec davantage de collaborations internationales et plus de citations en province qu’en 1985, notamment entre Île-de-France et province.
  • En France, la recherche en chimie illustre des modes de coordination marchande : chercheurs académiques, pionniers et Janus.
  • La synergie entre monde académique et monde marchand augmente quand le chercheur est moins mercantilisé, tout en maintenant une différence entre académique et marché (Lamy et Shinn, 2006).

💡 Astuce mémo

Big science = gros équipements + réseaux de communication + incitations → plus de collaborations, mais frontières nationales encore dominantes.

📖 12. Coordination marchande et profils de chercheurs

🔑 Notions clés & Définitions

  • Coordination marchande : Ensemble des interactions où des acteurs économiques orientent la production et la diffusion de connaissances scientifiques pour servir des intérêts de marché.
  • Position d’expert : Rôle social où un chercheur parle au nom d’un savoir spécialisé pour influencer l’action publique ou les décisions, parfois au-delà du laboratoire.
  • Judiciarisation : Processus par lequel des activités de recherche et d’encadrement deviennent davantage soumises à des règles juridiques, pouvant modifier les pratiques scientifiques.
  • Managérialisation : Transformation des pratiques de recherche sous l’effet de logiques de gestion, d’évaluation et de pilotage administratif.
  • Éthique de la recherche : Cadre de protection des enquêtés et de prise en compte des risques, qui redéfinit les responsabilités du chercheur.

📝 Points essentiels

  • Les rapports entre État, action publique et sciences sociales, ainsi qu’entre sciences et crises (ex. Covid), montrent comment l’expertise circule dans l’espace politique.
  • Des acteurs économiques peuvent promouvoir une « bonne » science via des stratégies de communication, visant à conquérir l’information scientifique et à soutenir leurs marchés.
  • Les savants peuvent chercher à ériger la « vérité » ou la « défense de la science » en argument politique, mobilisé différemment selon les générations et les contextes.
  • Les chercheurs sont pris dans des interdépendances institutionnelles, financières, de terrain et éditoriales qui influencent leurs marges de manœuvre.
  • La judiciarisation et la managérialisation tendent à produire une bureaucratisation des pratiques de recherche.
  • La prise en compte des risques du chercheur et des droits des enquêtés renforce l’éthique de la recherche et modifie les conditions d’enquête.

💡 Astuce mémo

Marché + droit + gestion = science sous contraintes : les intérêts et les procédures encadrent ce qui devient « parole autorisée ».

📅 Repères chronologiques

DateÉvénement
3500 av.JCMésopotamie : écriture et arithmétique
600 à 400 av. JCGrèce ancienne : les philosophes
1945-1975The big science

📊 Tableaux de synthèse

Normes scientifiques (Merton)

NormeIdée centraleExemple d’institution/effet
UniversalitéÉvaluer indépendamment des attributs sociaux des auteursLibre circulation des productions
CommunalismeRésultats validés comme biens collectifsPatrimoine public / effort collectif
DésintéressementÉvaluer la validité plutôt que l’intérêt personnelRelecture critique par les pairs
Scepticisme organiséContrôle collectif avant acceptationRevues à comité de lecture
HumilitéReconnaître publiquement les limitesPosture modeste face à l’incertitude

Mode 1 vs Mode 2 (Gibbons et al., 1994)

ModeContexteCaractéristiques
Mode 1Contexte disciplinaireIntérêts académiques, évaluation par les pairs, autonomie relative, organisation hiérarchisée et institutionnalisée
Mode 2Contexte transdisciplinaireContextes d’application, hétérogénéité des sites et des pratiquants, responsabilité sociale, réflexivité (auto-analyse)

⚠️ Pièges & confusions fréquents

  1. Confondre science « restrictive » (pensée rationnelle) et science « large » (contrôle de l’environnement) : le cours oppose explicitement les deux définitions.
  2. Croire que l’« origine sociale » de la connaissance implique une application directe et automatique aux savoirs scientifiques : le cours précise que ce n’est pas le cas.
  3. Prendre le relativisme comme une absence de causalité ou de réflexivité : les limites du relativisme sont discutées (causalité et réflexivité, problème d’échelle).
  4. Réduire la « communauté scientifique » à un groupe homogène : le cours insiste sur une organisation complexe, hiérarchisée et traversée par des rapports de pouvoir.
  5. Interpréter les normes (universalité, communalisme, désintéressement, scepticisme organisé, humilité) comme des descriptions empiriques sans institutions : elles sont liées à des dispositifs (revues, relecture, anonymat,

✅ Checklist Examen

  1. Définir la science selon la conception restrictive et la conception large, et expliquer ce que cela change pour la question « quand commence la science ? ».
  2. Citer au moins 3 repères historiques (préhistoire, Mésopotamie/Égypte, Grèce, Rome, monde arabe, Moyen Âge, Renaissance, XVIIe-XIXe, fin XIXe-mi XXe, 1945-1975, 1975-1990, depuis 1990) et associer chacun à l’idée du plan
  3. Expliquer la thèse de Comte (loi des trois états) et la relier à la question de l’émergence du mode scientifique.
  4. Expliquer comment Marx relie les idéologies à des déterminations sociales, puis distinguer avec Mannheim (visions du monde dépendantes de formes sociales) et Durkheim (origine sociale des catégories).
  5. Décrire la science comme système de croyances : distinguer « connaissances scientifiques » et « connaissances vraies/objectives/universelles » et donner l’idée de Barnes/Bloor.
  6. Analyser une controverse comme exemple de science située : rappeler l’exemple Yule–Pearson (eugénisme, coefficient, origines sociales) et ce que l’analyse cherche à montrer.
  7. Expliquer la controverse Pasteur–Pouchet (génération spontanée) et rappeler le rôle du contexte politique et religieux dans l’issue.
  8. Lister ce qu’on trouve dans un laboratoire (individus, locaux, produits, équipements, inscriptions, argent, événements, relations) et relier cela au cycle de crédibilité.
  9. Expliquer Fleck : collectif de pensée, style de pensée, cercles et solidarité d’état d’esprit, et pourquoi l’acte cognitif est social.
  10. Présenter les normes de Merton (anonymat des évaluateurs, universalité, communalisme, désintéressement, scepticisme organisé, humilité) et donner pour chacune l’idée centrale.
  11. Expliquer la science comme espace hiérarchisé et inégalitaire : rappeler l’idée de lutte pour le crédit scientifique et l’effet Matthieu (avantage cumulatif).
  12. Maîtriser la partie « sciences en société » : distinguer Mode 1/Mode 2, expliquer objets-frontière et théorie de la traduction (problématisation, intéressement, enrôlement, mobilisation), puis relier évaluation (Shanghaï
  13. fièvre bibliométrique
  14. h-index) et science lente/fast science (slow science, appel du 17 juillet 2011, publish or perish, effets pervers).

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1. Quel concept désigne une organisation sociale où la production et l’usage des savoirs deviennent des ressources centrales pour l’activité économique et politique ?

2. Quelle idée d’Auguste Comte décrit le passage progressif de l’explication religieuse à l’explication scientifique ?

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Sociologie des sciences — rôle ?

Étudie la construction et circulation des savoirs.

Repère historique — Mésopotamie ?

Connaissances en écriture et arithmétique.

Origine sociale — Durkheim ?

Catégories de pensée issues de la société.

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