Lernzettel: La tension de la forme en art

📋 Plan du Cours

  1. Incatatio et création
  2. Voix venue d’ailleurs
  3. Rythme et répétition
  4. Langage futur et incantation
  5. Prophéties sibyllines
  6. Symbolique et origine du langage
  7. Corps en mouvement Michel Ange
  8. Nudité et représentation
  9. Intime et sensation en art
  10. Relation corps et langage
  11. Forme inaccessible et dépassement

📖 1. Incatatio et création

🔑 Notions clés & Définitions

  • Incatatio (monde romain) : Concept désignant l’acte de faire appel à un pouvoir supérieur ou magique par le biais de mots et de rythmes, afin d’engendrer ou de transformer la réalité. Selon le contexte romain, c’est une invocation qui possède une force ensorcelante sur soi-même et sur le monde.
  • L’incantatio comme ensorcellement de soi : Processus par lequel l’artiste, par le pouvoir magique des mots et rythmes, se transforme ou se libère, opérant une sortie événementielle dans un présent où il réanime la condition fondamentale de l'œuvre. Hugo Von Hofmannsthal évoque cette idée dans ses essais, soulignant la dimension magique et auto-ensorcelante de cette pratique.
  • L’artiste comme esprit créatif dans un événement corporel et intellectuel : L’artiste est perçu comme un être qui, par l’incantatio, active un processus à la fois corporel et mental, où la création devient un acte d’engagement total, mêlant le corps, la parole et la pensée dans un moment d’émergence.
  • Tension vers la forme : Condition essentielle de l'œuvre, cette tension désigne l’effort constant de l’artiste pour atteindre une forme idéale ou ultime, en évitant la simple reproduction ou la vérification d’une vérité déjà dite. Elle traduit une aspiration vers la perfection et la nouveauté.
  • Le lancer des dés (alea iacta est) : Métaphore de l’engagement créatif, illustrant l’acte de prendre un risque, d’entrer dans l’incertitude de la création, où l’artiste, comme César, jette les dés et accepte le hasard comme partie intégrante de l’acte de création.

📝 Points essentiels

  • L’incantatio, selon le monde romain, est une invocation qui possède une force magique, permettant de transformer ou de faire advenir une réalité par le pouvoir des mots et rythmes. Elle recèle un condensé de sens et de sensations, opérant un ensorcellement de soi-même.
  • Hugo Von Hofmannsthal insiste sur la dimension auto-ensorcelante de l’incantatio, où l’artiste, par ses mots et rythmes, opère une sortie événementielle dans le présent, réanimant la condition fondamentale de l'œuvre.
  • La pratique de l’incantatio implique une tension vers la forme, qui n’est pas une simple reproduction mais une aspiration à une forme ultime, en évitant de s’appuyer sur une vérité déjà vérifiée ou sur le langage déjà dit. Elle annonce, elle devance, elle indique l’avenir, comme un langage du futur.
  • La métaphore du lancer des dés (alea iacta est) illustre l’engagement total de l’artiste dans le processus créatif, où le hasard et la décision se mêlent pour donner naissance à l’œuvre, soulignant la dimension risquée et incertaine de la création.
  • La représentation des prophétesses sibyllines dans la Chapelle Sixtine, en tant que figures charnelles et divinatoires, incarne cette idée d’incantatio comme force de révélation et de mise en mouvement du langage et de la forme.

💡 À retenir

L’incantatio, dans le contexte romain et artistique, désigne un acte magique et créatif où l’artiste, par la puissance des mots et rythmes, opère un ensorcellement de soi-même, en tension constante vers la forme ultime, tout en acceptant le risque et l’incertitude de l’engagement créatif.

📖 2. Voix venue d’ailleurs

🔑 Notions clés & Définitions

  • Maurice Blanchot (date indéterminée) : La « voix venue d’ailleurs » désigne une origine intrinsèque et mystérieuse de l’art, une voix qui émerge de l’inconnu, du sol océanique de l’art, et qui se manifeste dans l’œuvre sans être totalement audible ou compréhensible dans l’immédiat. Elle incarne la dimension de l’invisible et du non-dit dans la création artistique.

  • L’œuvre à venir (Blanchot, date indéterminée) : Concept selon lequel l’œuvre future dialogue avec l’œuvre présente, en la remplaçant ou en la dépassant par une relation d’itération et de différance. Elle témoigne de l’incessante ouverture de l’art vers un avenir qui ne cesse de se construire dans le présent.

  • Excommunication de l’œuvre précédente (Blanchot, date indéterminée) : Processus par lequel chaque nouvelle itération ou création artistique exclut ou délaisse l’œuvre antérieure, dans une dynamique d’éloignement et de différenciation, permettant à l’art de se renouveler sans se répéter.

  • Ostinato comme oscillation sensible de la répétition (Blanchot, date indéterminée) : Oscillation perceptible dans la répétition qui ne se limite pas à la simple répétition mécanique, mais qui oscille entre présence et absence, permettant à la forme de s’obstiner à prendre place dans un espace sensible, tout en restant en mouvement.

📝 Points essentiels

  • La « voix venue d’ailleurs » selon Maurice Blanchot (date indéterminée) représente une origine mystérieuse et fondamentale de l’art, une voix qui ne se laisse pas entièrement saisir, mais qui habite l’invisible, le sol océanique de l’œuvre. Elle évoque la dimension de l’inconnu, du non-dit, et de l’indicible dans la création artistique.

  • La relation entre l’œuvre présente et l’œuvre à venir est dialectique : l’œuvre à venir dialogue avec l’œuvre présente, en la remplaçant ou en la dépassant par une itération qui maintient l’œuvre dans un état d’ouverture constante. Cette dynamique permet à l’art de ne jamais se figer, mais de toujours se renouveler dans un mouvement d’excommunication de l’œuvre précédente.

  • La notion d’ostinato, selon Blanchot, désigne cette oscillation sensible de la répétition, qui oscille entre présence et absence, permettant à la forme de s’obstiner à prendre place dans l’espace sensible tout en restant en mouvement. Elle traduit la tension entre la répétition et la différance, entre la stabilité et la fluctuation.

  • La répétition dans cette perspective n’est pas mécanique, mais sensible et dynamique, elle participe à la construction d’un espace où l’œuvre peut continuer à dialoguer avec elle-même et avec l’au-delà de sa forme immédiate.

💡 À retenir

La « voix venue d’ailleurs » selon Blanchot incarne l’origine mystérieuse et infinie de l’art, où chaque œuvre est un dialogue avec un avenir toujours en devenir, marqué par une oscillation sensible de la répétition qui déplace et excommunie l’œuvre précédente.

📖 3. Rythme et répétition

🔑 Notions clés & Définitions

  • Ostinato : rythme ou note obsédante résonnant hors lieu et espace, qui persiste de manière insaisissable, formant une oscillation sensible de la répétition selon Blanchot (voir section 2). Il s’agit d’une forme qui ne cesse de s’obstiner à prendre place réelle, évoquant une présence intemporelle et hors contexte spatial.

  • Répétition : principe esthétique dans l’œuvre d’art, qui consiste à faire revenir certains éléments, motifs ou rythmes, afin de créer une dynamique de différence et de dialogue avec l’œuvre précédente, notamment par l’itération (voir Blanchot). La répétition n’est pas une simple duplication, mais une oscillation sensible qui ouvre à une nouvelle lecture ou perception.

  • Rythme : élément structurant l’ostinato et la forme, qui organise la temporalité et la spatialité de l’œuvre. Il agit comme un fil conducteur, une force dynamique qui relie la répétition à la prise de place réelle de la forme, en lui conférant une cadence propre et une tension interne.

📝 Points essentiels

  • L’ostinato, en tant que rythme obsédant, est une oscillation sensible qui résonne hors lieu et espace, évoquant une présence qui échappe à la localisation précise (Blanchot). Il s’inscrit dans une dynamique de répétition qui ne se limite pas à la simple duplication, mais qui oscille entre présence et absence, entre ici et hors-lieu.

  • La répétition dans l’art n’est pas une reproduction mécanique mais une principe esthétique qui permet à l’œuvre de dialoguer avec elle-même et avec l’espace esthétique, en introduisant une différence par l’itération. Elle participe à la prise de place réelle de la forme en lui conférant une dimension temporelle et spatiale.

  • Le rythme, en tant qu’élément structurant, organise la forme et l’espace de l’œuvre, en lui donnant une cadence qui peut être obsédante ou fluide. Il relie la répétition à la forme en lui conférant une dynamique interne, essentielle à la constitution de l’œuvre d’art.

  • La relation entre répétition et prise de place réelle de la forme est fondamentale : la répétition, par son rythme, permet à la forme de s’inscrire dans un espace-temps qui lui confère une présence concrète, tout en conservant une dimension d’oscillation et de différenciation.

💡 À retenir

La répétition, articulée autour de l’ostinato et du rythme, n’est pas une simple duplication mais une oscillation sensible qui permet à l’œuvre d’art de prendre une place réelle dans l’espace-temps, en dialoguant avec elle-même et avec l’espace esthétique.

📖 4. Langage futur et incantation

🔑 Notions clés & Définitions

  • Langage comme commencement et tension vers la forme : Concept selon lequel le langage poétique ou artistique ne se fonde pas sur une vérité établie mais se présente comme un point de départ dynamique, en tension constante vers une forme encore à venir, toujours en devenir.
  • Double retournement de la parole poétique (Ducros) : Processus où la parole poétique, en se tournant vers le passé non plus et l’avenir pas encore, opère une inversion qui permet de faire revenir le langage dans le présent, en transformant la mémoire en anticipation.
  • Invention du langage poétique selon Dante et la métaphore de la panthère : La conception selon Dante que la langue poétique doit se frayer un chemin à travers un espace de retrait et de retrait, symbolisé par la panthère odorante, qui incarne la recherche d’un langage qui se devance lui-même, en perpétuelle quête d’un point d’origine insaisissable.
  • Langage futur comme langage qui se devance : Idée que le langage poétique ou artistique ne se limite pas à exprimer ce qui est, mais anticipe et annonce ce qui doit venir, en se projetant vers l’avenir sans s’appuyer sur une vérité déjà dite ou vérifiée.
  • Invention du langage poétique selon Dante : La conception que la poésie doit ouvrir une trouée dans le langage, permettant une traversée du présent vers l’avenir, en s’appuyant sur une origine effacée mais fondamentale, incarnée par la figure de Béatrice et la métaphore de la panthère.

📝 Points essentiels

  • Le langage poétique ou artistique ne repose pas sur une vérité ou une représentation déjà dite, mais se présente comme un commencement, une tension vers la forme encore à venir, toujours en devenir (Ducros).
  • La double opération du retournement, selon Ducros, consiste à faire revenir le langage du passé vers le présent, puis à le projeter vers l’avenir, permettant à la parole poétique de se transformer en un acte créatif en mouvement constant.
  • Dante, à travers la métaphore de la panthère odorante, illustre cette idée d’un langage qui se devance, qui cherche à atteindre une origine insaisissable, tout en étant en perpétuelle évolution. La panthère symbolise l’odeur de la poésie qui ne se voit jamais mais qui guide la recherche de la forme.
  • La notion d’incantatio, issue du monde romain, évoque un ensorcellement de soi par le pouvoir magique des mots et des rythmes, soulignant la dimension performative et créative du langage poétique comme un acte qui annonce l’avenir sans s’y fixer.
  • La voix venue d’ailleurs, selon Blanchot, évoque cette origine mystérieuse et insaisissable du langage, qui ouvre une durée et une ouverture vers l’inconnu, en lien avec la tension vers la forme et l’invention poétique.

💡 À retenir

Le langage futur, selon cette conception, est un acte créatif qui se devance lui-même, opérant un double retournement entre passé et avenir, pour ouvrir un espace de création toujours en mouvement, incarné par l’invention poétique et la métaphore de la panthère.

📖 5. Prophéties sibyllines

🔑 Notions clés & Définitions

  • Sibylles réelles : Femmes véritables, inspirées par le divin, qui annoncent le futur dans l’Antiquité, incarnant la voix prophétique dans les décors sculpturaux de Michel Ange. Selon Eraclyte, elles sont des créatures vivantes, dotées de vertus divinatoires, distinctes des pythies imaginaires.
  • Représentation des sibylles dans la Chapelle Sixtine : Michel Ange dépeint neuf sibylles, souvent en tension, en train de lire ou de s’occuper de rouleaux ou livres, symbolisant la révélation et la transmission du langage prophétique, intégrant la cosmologie biblique à travers leur posture et leur regard.
  • Sibylles associées à la révélation et au langage prophétique : Elles incarnent la puissance du langage élevé au rang de révélation silencieuse, où la parole prophétique dépasse la simple communication pour ouvrir une dimension de vérité divine, comme le souligne Blanchot avec la "voix venue d’ailleurs".
  • Lecture des textes et rouleaux par les sibylles : Les sibylles sont représentées en train de lire ou de manipuler des livres ou rouleaux, symboles du point d’origine du langage et de la création poétique, qui s’effacent dès qu’une représentation s’offre à nous, rappelant Dante avec la panthère.
  • Différence entre sibylles réelles et pythies imaginaires : Les sibylles sont des femmes authentiques, incarnant la divination dans le réel, contrairement aux pythies, créatures imaginaires ou mythologiques, souvent associées à des figures oraculaires fictives ou mythiques.

📝 Points essentiels

  • Les sibylles, présentes dans la Chapelle Sixtine, sont des prophétesses réelles, incarnant la voix divine dans un contexte de révélation silencieuse, avec une forte présence charnelle et une posture de détachement du spectateur, illustrant leur altérité.
  • Leur représentation en train de lire ou de manipuler des rouleaux ou livres souligne leur rôle de transmettrices du langage prophétique, qui est à la fois un point d’origine et un espace de retrait, évoquant Dante et la métaphore de la panthère, symbole de la langue poétique toujours en devenir.
  • La distinction fondamentale entre sibylles réelles et pythies imaginaires repose sur leur existence concrète et leur lien avec le divin, alors que les pythies sont des figures mythologiques ou fictives, souvent symboliques.
  • La "voix venue d’ailleurs" selon Blanchot (date non précisée) désigne cette parole prophétique qui, dans sa nudité, ouvre la durée et la révélation, sans parure ni artifices, soulignant la dimension silencieuse et mystérieuse de la prophétie.
  • La représentation de la sibylle d’Érythrée, notamment, évoque la sagesse ancienne et la capacité à annoncer la fin du monde, soulignant leur rôle dans la transmission d’un savoir divin et poétique, en lien avec la création artistique de Michel Ange.

💡 À retenir

Les sibylles, en tant que prophétesses réelles, incarnent la voix divine silencieuse et mystérieuse, dont la lecture et la représentation soulignent le point d’origine du langage prophétique, distinct des figures mythologiques imaginaires.

📖 6. Symbolique et origine du langage

🔑 Notions clés & Définitions

  • Point d’origine du langage : Concept selon Dante et Blanchot, désignant le lieu initial où la parole poétique ou artistique émerge, caractérisé par un vide ou un retrait qui permet la genèse du sens. Chez Dante, illustré par la métaphore de la panthère, il s’agit d’un espace invisible, odorant, en perpétuel devenir, où la langue se fraye un chemin vers l’avenir (Dante, Ducros).
  • Symbolique du retrait et de l’effacement de la forme : Idée que la forme artistique ou linguistique doit se retirer ou s’effacer pour laisser place à la création ou à la révélation. Michel Ange, par exemple, sculpte dans le marbre en laissant transparaître l’intérieur du corps, comme une peau palimpseste, où la forme se dérobe pour révéler l’essence même (Michel Ange).
  • Métaphore de la panthère chez Dante : La panthère odorante, insaisissable, symbolise la langue poétique en son état de devenir, toujours future, qui ne se laisse jamais totalement voir ou saisir. Elle incarne la quête de la forme ultime, inaccessible, et le mouvement de la poésie vers l’au-delà du présent (Dante, Ducros).
  • Relation entre réel, symbolique et langage en art selon Bernard Salignon : Le réel est un espace exclu du symbolique, mais il demeure présent en art. Le symbolique, lui, se construit dans le langage et la représentation, tandis que le réel échappe à toute définition précise, résidant dans l’indicible et l’indéfinissable, accessible seulement par l’expérience sensible et l’œuvre (Salignon).
  • Le réel comme espace exclu du symbolique mais présent en art : Selon Salignon, le réel ne fait pas signe, il n’est ni de l’ordre de l’être ni du logos. Il demeure dans l’espace de l’indicible, hors du symbolique, mais sa présence se manifeste dans l’œuvre d’art, qui le fait apparaître par le retrait de la forme ou par l’effacement, laissant une trace invisible mais essentielle.

📝 Points essentiels

  • La création artistique et poétique naît d’un point d’origine qui se caractérise par un retrait ou un effacement de la forme, permettant l’émergence du sens. Chez Dante, cette origine est symbolisée par la métaphore de la panthère odorante, insaisissable, toujours en mouvement vers l’avenir.
  • La notion d’incantatio, issue du monde romain, évoque un ensorcellement de soi par le pouvoir magique des mots et rythmes, où l’artiste agit comme un magicien qui réanime la tension vers la forme, sans s’appuyer sur une vérité déjà dite ou sur le langage vérifié. La tension vers la forme est une condition fondamentale de l’art, qui annonce l’avenir sans le dicter.
  • La relation entre réel, symbolique et langage en art, selon Bernard Salignon, montre que le réel est un espace exclu du symbolique, mais qu’il demeure présent dans l’œuvre. La forme artistique doit faire le lien entre ces deux dimensions, en laissant une trace de l’indicible, de l’invisible, dans le retrait de la forme.
  • La métaphore de la panthère chez Dante illustre cette quête de la forme ultime, toujours en devenir, qui se dérobe à la perception immédiate, mais qui guide la poésie et l’art vers un au-delà du présent. La parole poétique doit effectuer un double retournement, du passé vers l’avenir, en s’ouvrant à l’infini de la création.
  • La représentation de la sibylle dans la Chapelle Sixtine, avec ses textes et rouleaux, symbolise le point d’origine du langage, de la forme, qui s’efface ou se retire dès qu’une représentation s’offre à nous, rappelant la relation entre la forme et le langage dans l’art. Michel Ange, en sculptant le David ou en peignant les prophètes, cherche à révéler cette origine invisible, cette peau palimpseste où se joue la tension entre intérieur et extérieur.

💡 À retenir

L’origine du langage et de la forme artistique se trouve dans un espace de retrait, d’effacement, où la forme se dérobe pour laisser apparaître l’indicible, guidée par la métaphore de la panthère, et où le réel, hors du symbolique, demeure présent dans l’œuvre comme une trace invisible mais essentielle.

📖 7. Corps en mouvement Michel Ange

🔑 Notions clés & Définitions

  • Corps en tension et vivifié (Michel Ange) : Représentation du corps humain comme un espace de tension dynamique, où la vitalité et l’énergie interne sont exprimées à travers la posture, le mouvement et la tension musculaire, donnant vie à la sculpture. Michel Ange cherche à rendre le corps comme un support de la parole esthétique, vibrant et chargé de sens.

  • Relation entre corps sculpté et matière (Michel Ange) : La sculpture n’est pas simplement une reproduction du corps, mais une interaction entre la forme sculptée et la matière (marbre, bronze). Michel Ange considère la matière comme un support actif, dans laquelle il libère la figure en la déliant de la masse brute, révélant la vie intérieure du corps à travers la tension et la vivacité.

  • Processus de création du David et enjeux esthétiques (Michel Ange) : La réalisation du David, commencée en 1501, implique une immersion totale de l’artiste dans le marbre, avec une obsession pour atteindre le bel idéal et la vivacité de la figure. Michel Ange sculpte dans une matière déjà travaillée par d’autres, mais il cherche à révéler une image vivante, incarnant la tension entre la pierre et la vie, entre l’idéal et la mouvement.

  • Mise en abîme du symbolique dans la sculpture (Michel Ange) : La sculpture devient une mise en abyme du symbolique, où le corps dénudé et en mouvement révèle l’intime de sa structure, comme une peau palimpseste. Michel Ange donne à voir la tension entre la figure et le langage, entre l’intérieur et l’extérieur du corps, comme un support de révélation.

  • Corps comme support de la révélation et de la parole esthétique (Michel Ange) : Le corps sculpté devient un vecteur de sens et de parole esthétique, où la tension, la vivacité et la nudité du corps expriment une vérité profonde. Michel Ange voit dans le corps une articulation entre anatomie, mouvement et langage, permettant une communication silencieuse mais puissante.

📖 8. Nudité et représentation

🔑 Notions clés & Définitions

  • Nudité comme représentation symbolique : La nudité dans l’art ne se limite pas à la représentation physique du corps nu, mais devient un symbole chargé de sens, évoquant des idées, des états ou des concepts (ex : pureté, vulnérabilité, révélation). Elle fonctionne comme un langage visuel qui dépasse la simple physicalité.
  • Virginité du monde dans la peinture : Concept selon Cézanne et Courbet, où la peinture cherche à représenter un monde vierge, intact, non encore défloré par la représentation ou la subjectivité, évoquant une pureté originelle à préserver ou à questionner.
  • Nudité et érotisation non sexuelle : Dans l’art contemporain, la nudité peut être détachée de toute connotation sexuelle, devenant une exploration de l’érotisme comme état d’être, de vulnérabilité ou de relation à la terre, sans visée pornographique ou sexuelle explicite (ex : Gaia).
  • Relation entre nudité, corps et terre (Gaia) : La nudité évoque souvent une union symbolique avec la terre, comme dans la figure de Gaia, où le corps devient un support de la vie, de la fertilité et de la connexion à la nature, soulignant une dimension originelle et nourricière.
  • Objectivation du corps féminin et enjeux en art : La représentation du corps féminin souvent objet d’objectivation, soulève des enjeux liés à la perception, au pouvoir, et à la question de l’intime. La critique porte sur la réduction du corps à un objet, ou au contraire, sur sa mise en mouvement pour révéler sa complexité et son devenir (ex : Cézanne, Catherine Gfeller).

📝 Points essentiels

  • La nudité dans l’art symbolise souvent plus qu’elle ne montre, incarnant des idées telles que la pureté, la vulnérabilité ou la révélation, comme le souligne la question de la virginité du monde dans la peinture selon Cézanne et Courbet. La peinture cherche à représenter un monde vierge, non encore défloré, en évitant la simple objectivation.
  • La nudité non sexuelle dans l’art contemporain, notamment à travers la figure de Gaia, met en avant une relation intime et symbolique entre le corps et la terre, soulignant une union originelle et nourricière. Elle questionne aussi l’érotisme comme état d’être, détaché de la sexualité.
  • La représentation de la nudité comme symbole peut aussi évoquer la relation entre corps et langage, où le corps devient un support d’expression et de sens, comme dans la mise en scène du corps féminin objectivé ou en mouvement. La critique de l’objectivation du corps féminin en art soulève la tension entre la réduction à un objet et la possibilité de révéler sa complexité.
  • La nudité symbolise enfin la quête d’un état originel, pur, ou d’une vérité profonde, en lien avec la relation à la terre et à l’être, comme le montre la figure de Gaia ou la représentation de corps en mouvement dans l’art de Michel Ange.

💡 À retenir

La nudité, dans l’art, dépasse la simple physicalité pour devenir un symbole chargé de sens, évoquant la pureté, la vulnérabilité ou la relation à la terre, tout en questionnant la représentation de l’intime et la condition du corps féminin.

📖 9. Intime et sensation en art

🔑 Notions clés & Définitions

  • Intime comme être au monde érotisé sans connotation sexuelle : Une expérience de l’être au monde qui privilégie la dimension sensorielle, affective et existentielle, sans recourir à la sexualité. Cézanne, par exemple, évoque la peinture de la virginité du monde, une manière d’accéder à une pureté sensible et à une relation profonde avec l’existence (voir section 9).

  • Sensation et émergence du monde dans la peinture : La perception immédiate et sensible qui permet à l’artiste de révéler la vitalité et la pureté du monde. Cézanne, en utilisant des tonalités de couleurs comme le bleu, dévoile une intensité énergiquement érotique du monde, qui surgit dans le regard et la sensation (voir section 9).

  • Relation intérieur/extérieur dans l’art contemporain : La dynamique entre le vécu intérieur de l’artiste et la représentation extérieure du corps ou du monde. Sézanne, par exemple, questionne cette relation en mettant en scène la chair comme terre nourricière, soulignant la porosité entre l’intérieur subjectif et l’extérieur perceptif (voir section 9).

  • Style comme univers condensé de formes et temporalités : La conception du style artistique comme un espace où se mêlent formes, sensations et temporalités, formant un univers propre. Maldiney insiste sur le fait que le style doit s’expliciter dans un espace et une temporalité, en relation avec le corps et la sensation (voir section 9).

  • Question de l’intime féminin au-delà de la sexualité : La réflexion sur la dimension sensible, affective et existentielle du féminin, déconnectée de la sexualité, mais liée à la perception, à la vulnérabilité et à la relation au monde. Catherine Gfeller, par exemple, met en lumière l’intime du féminin comme mouvement en devenir, en mouvement constant dans l’art (voir section 9).

📝 Points essentiels

  • La notion d’intime dans l’art contemporain dépasse la simple sexualité pour englober une expérience sensorielle et existentielle, comme le montre Cézanne qui veut peindre la virginité du monde, révélant ainsi une relation sensible et érotisée sans connotation sexuelle (voir Cézanne, réponse à Gasquet).

  • La sensation est centrale dans la révélation du monde en peinture, notamment par l’usage de couleurs comme le bleu, qui déploie et érotise le monde dans une expérience immédiate, en dehors de la représentation imaginaire ou idéalisée (voir Cézanne, baigneuses).

  • La relation intérieur/extérieur dans l’art contemporain s’incarne dans la manière dont le corps et la chair deviennent des terrains d’expériences sensibles, comme chez Sézanne ou Mendieta, où la corporalité devient une terre nourricière, en lien avec la terre (Gaia).

  • Le style doit s’inscrire dans un univers condensé de formes et de temporalités, permettant à l’œuvre de devenir un espace sensible, dynamique, et en devenir, comme l’affirme Maldiney.

  • La question de l’intime féminin dépasse la simple objectivation ou sexualisation, pour évoquer une vulnérabilité, une dynamique de mouvement et de devenir, en lien avec la sensibilité et la perception du corps en mouvement (Gfeller, Mendieta).

💡 À retenir

L’intime en art est une expérience sensorielle et existentielle qui dépasse la sexualité pour révéler la relation profonde entre l’être, le monde et la sensation, en insistant sur la dynamique du corps, du style et du mouvement.

📖 10. Relation corps et langage

🔑 Notions clés & Définitions

  • Relation entre corps et langage dans la création artistique : La manière dont le corps en mouvement, en tension ou en action devient le support et l’expression du langage artistique, révélant la structure même de l’être et de la création (Michel Ange). Le corps en représentation n’est pas seulement physique mais porteur d’un sens, d’un rythme, d’une tension qui participe à la signification de l’œuvre.

  • Langage comme logos et dialogue poétique : Le langage n’est pas uniquement un système de signes mais un dialogue poétique qui ouvre à une dimension symbolique et mystérieuse. Selon Blanchot (date), le langage poétique est une voix venue d’ailleurs, une parole silencieuse qui déchire le temps et annonce l’avenir, inscrivant l’œuvre dans une dimension de révélation et de mystère.

  • Singularité du sujet humain dans le langage : Le sujet humain se manifeste dans le langage par sa capacité à s’effacer, à se retirer, laissant place à une création qui dépasse la simple représentation. Dante (date) évoque la trouée dans le langage, une ouverture vers l’indéfini, où la parole poétique doit s’ouvrir en un double retournement : vers le passé et vers l’avenir, soulignant la singularité de l’humain dans cette dynamique.

  • Importance du rythme et mouvement dans la rencontre avec le monde : Le rythme, le mouvement et la tension corporelle sont essentiels pour saisir la rencontre avec le monde. Michel Ange (date) met en scène des corps en tension, en mouvement, qui parlent par leur anatomie même, révélant une relation dynamique entre le corps et la création.

  • Langage insuffisant pour tout dire : La parole, même poétique, ne peut tout exprimer. Blanchot (date) insiste sur la nudité de la parole, qui doit ouvrir à un au-delà, à une révélation silencieuse, car le langage ne peut saisir la totalité de l’être ni de l’expérience.

  • Art saisissant une particularité : L’art, dans cette relation, ne cherche pas à tout représenter mais à saisir une particularité, une singularité. Sartre (date) souligne qu’il faut privilégier la forme qui porte en elle une tension, une particularité, plutôt qu’une représentation exhaustive.

📝 Points essentiels

  • La relation corps et langage dans l’art repose sur la capacité du corps à exprimer par sa tension, son mouvement et sa posture une forme de langage non verbal mais signifiant, comme chez Michel Ange avec ses corps en tension dans la Chapelle Sixtine. La sculpture du David illustre cette articulation entre anatomie et signification, où chaque corps en mouvement devient un langage en soi.

  • Le langage comme logos et dialogue poétique, selon Blanchot, est une voix venue d’ailleurs, une parole silencieuse qui déchire le temps et ouvre à l’indicible. La parole poétique ne dit pas tout, elle ouvre un espace de silence et de mystère, où l’au-delà du langage se manifeste dans la forme et le rythme.

  • La singularité du sujet humain dans le langage se manifeste dans la capacité à s’effacer, à laisser place à une création qui dépasse la simple représentation. Dante évoque la trouée dans le langage, un point d’origine où la parole doit s’ouvrir en un double retournement, vers le passé et l’avenir, pour révéler la profondeur de l’humain.

  • L’importance du rythme et mouvement dans la rencontre avec le monde est centrale : le corps en tension, en mouvement, en action, comme chez Michel Ange, devient un support de la signification, une articulation dynamique entre l’être et la création.

  • Le langage est insuffisant pour tout dire, car il ne peut saisir la totalité de l’expérience ou de l’être. La parole poétique et l’art doivent ouvrir à un au-delà, à une révélation silencieuse, laissant place à l’indicible.

  • L’art saisit une particularité, une singularité, plutôt qu’une représentation totale. La forme artistique porte en elle une tension, une particularité qui la rend unique, comme le souligne Sartre.

💡 À retenir

La relation entre corps et langage dans l’art révèle que le corps en mouvement et la parole poétique sont des supports d’un langage mystérieux, insuffisant mais porteur d’une singularité profonde, où l’art devient une articulation entre l’indicible, le rythme et la tension de l’être.

📖 11. Forme inaccessible et dépassement

🔑 Notions clés & Définitions

  • Forme inaccessible : Concept selon lequel la forme artistique ne peut jamais être totalement atteinte ou pleinement dévoilée, elle dépasse la représentation immédiate et s’inscrit dans une dynamique de retrait et de dépassement (voir aussi "Transcendance des choses dans l’art selon Héraclite").
  • Transcendance des choses : Selon Héraclite (date inconnue), la capacité de l’art à indiquer ou suggérer ce qui dépasse la simple apparence, touchant à l’essence même des choses sans les réduire à leur représentation immédiate.
  • Art comme oracle : Idée que l’œuvre d’art fonctionne comme un oracle, indiquant sans dévoiler totalement, laissant place à l’invisible et au non-dit, révélant une vérité voilée ou partielle (voir aussi "Nécessité de laisser place au non-dit et à l’invisible").
  • Dynamique entre dévoilement et retrait : Processus où l’art oscille entre révélation partielle et retrait, permettant à la forme de se déployer tout en restant en partie inaccessible, favorisant le mystère et la transcendance.
  • Nécessité de laisser place au non-dit : Concept selon lequel l’œuvre doit intégrer l’invisible, le silence ou le non-dit pour atteindre une dimension supérieure ou transcendante, évitant la complétude totale de la forme.
  • Dépassement de la représentation immédiate : Idée que la véritable forme artistique dépasse la simple imitation ou représentation visible, s’inscrivant dans une logique de dépassement qui ouvre vers l’invisible et le non-dit, en lien avec la transcendance (voir aussi "Dynamique entre dévoilement et retrait dans la forme artistique").

📝 Points essentiels

  • La forme en art ne peut jamais être totalement saisie ou dévoilée, elle se situe dans une tension entre présence et retrait, entre dévoilement et invisibilité, ce qui constitue sa nature inaccessible.
  • Selon Héraclite, l’art indique la transcendance des choses, touchant à leur essence profonde sans jamais la réduire à une simple représentation. La forme dépasse la simple apparence pour atteindre une dimension de dépassement, de dépassement de la représentation immédiate.
  • La conception d’art comme oracle, notamment chez Michel Ange et dans la symbolique des sibylles, illustre cette idée d’un langage ou d’une forme qui indique sans tout révéler, laissant une part d’invisible ou de non-dit.
  • La dynamique artistique repose sur un équilibre subtil : dévoiler tout en laissant une part de mystère, permettant à l’œuvre de continuer à dialoguer avec l’invisible, le non-dit, et le futur.
  • La nécessité de laisser place à l’invisible et au non-dit est essentielle pour atteindre une forme qui transcende la simple représentation, favorisant une expérience esthétique qui dépasse la compréhension immédiate.

💡 À retenir

L’art vise à dépasser la simple représentation pour atteindre une forme inaccessible, oscillant entre dévoilement et retrait, afin d’ouvrir vers la transcendance et l’invisible.

📊 Tableaux de Synthèse

ThèmeNotions clésConcepts principauxAuteur / Référence
Incatatio et créationInvocation magique, tension vers la formeActe de faire appel à un pouvoir supérieur par mots et rythmes, risque créatif (alea iacta est)Hugo Von Hofmannsthal, Monde romain
Voix venue d’ailleursOrigine mystérieuse, dialogue avec l’avenirVoix invisible, oscillation sensible, différance, excommunication de l’œuvre précédenteMaurice Blanchot
Rythme et répétitionOstinato, oscillation sensibleRythme obsédant hors lieu, répétition comme principe dynamique, oscillation entre présence et absenceMaurice Blanchot

⚠️ Pièges & Confusions Fréquentes

  1. Confondre l’incantatio romaine avec une simple invocation verbale sans dimension magique ou ensorcelante.
  2. Assimiler la « voix venue d’ailleurs » à une voix audible ou compréhensible immédiate, alors qu’elle est mystérieuse et indicible.
  3. Croire que la répétition est mécanique ; elle est en réalité une oscillation sensible entre présence et absence.
  4. Confondre l’ostinato avec une simple répétition de motifs sans dimension sensible ou oscillatoire.
  5. Oublier que l’incantatio implique une tension vers la forme ultime, évitant la reproduction simple.
  6. Confondre la dynamique de l’œuvre à venir avec une simple succession d’œuvres sans lien dialectique.
  7. Négliger la distinction entre rythme et répétition : le rythme organise la temporalité, la répétition introduit la différence.

✅ Checklist Examen

  1. Connaître la définition de l’incatatio selon le monde romain et ses implications magiques et créatives.
  2. Expliquer la dimension auto-ensorcelante de l’incantatio, en citant Hugo Von Hofmannsthal.
  3. Décrire la tension vers la forme ultime dans la pratique de l’incantatio et son rapport à l’innovation.
  4. Illustrer la métaphore du lancer des dés (alea iacta est) dans le processus créatif.
  5. Définir la « voix venue d’ailleurs » selon Maurice Blanchot, en insistant sur son caractère mystérieux et non audible.
  6. Analyser la relation entre l’œuvre présente et l’œuvre à venir dans la perspective blanchotienne.
  7. Définir l’ostinato et expliquer son rôle dans la dynamique de la répétition sensible.
  8. Distinguer la répétition mécanique de la répétition oscillatoire et sensible.
  9. Décrire comment le rythme organise la forme dans l’œuvre d’art, notamment par l’ostinato.
  10. Connaître la différence entre rythme et répétition, et leur rôle dans la création artistique.
  11. Identifier les pièges courants liés à la compréhension de la répétition et du rythme.
  12. Maîtriser la relation entre corps, langage, et création dans la perspective de l’incantatio et de la voix venue d’ailleurs.

Teste dein Wissen

Teste dein Wissen zu La tension de la forme en art mit 11 Multiple-Choice-Fragen mit detaillierten Korrekturen.

1. Qu'est-ce que l'incatatio dans le contexte de la création artistique et magique ?

2. Quelle est la date précise associée à la notion de 'voix venue d’ailleurs' selon Maurice Blanchot ?

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Mit Karteikarten lernen

Merke dir die Schlüsselkonzepte von La tension de la forme en art mit 22 interaktiven Karteikarten.

Incatatio — définition ?

Invocation magique par mots et rythmes.

Voix venue d’ailleurs — rôle ?

Origine mystérieuse et indicible de l’art.

Rythme — fonction ?

Organise la temporalité et la tension.

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