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Pluie et vent sur Télumée Miracle

Simone Schwarz-Bart (1972)

Theme: “Weaving memories, inhabiting the world”

L’autrice et le contexte

Simone Schwarz-Bart, née en 1938, a grandi en Guadeloupe, dans ce monde rural des cases, des mornes et des champs de canne que le roman restitue. Encouragée par son mari, l’écrivain André Schwarz-Bart, elle publie en 1972 Pluie et vent sur Télumée Miracle, immédiatement reconnu comme un classique de la littérature antillaise de langue française.

Le roman s’inscrit dans un moment décisif : celui où les voix des Antilles — héritières de la négritude de Césaire, annonciatrices de la créolité — imposent dans le champ littéraire français une mémoire que l’histoire officielle avait tue : celle de l’esclavage, de ses lendemains, et de la vie des femmes qui en ont porté le poids. Schwarz-Bart choisit de la faire entendre non par le document, mais par la voix d’une conteuse : Télumée raconte elle-même sa vie, dans une langue française travaillée par le créole — proverbes, images, chansons, contes du soir.

Le livre s’ouvre sur une déclaration d’ancrage devenue célèbre : le pays dépend de la taille du cœur de qui l’habite, et c’est en Guadeloupe que la narratrice choisirait de « renaître, souffrir et mourir ». Tout le parcours du bac tient dans cet incipit.

Résumé détaillé

Première partie : « Présentation des miens ». Télumée remonte sa lignée, les femmes Lougandor. Minerve, née avec la liberté après l’abolition de 1848, fonde la lignée au village de L’Abandonnée. Sa fille Toussine connaît un bonheur éclatant avec Jérémie, puis un malheur absolu — l’incendie de sa maison, la mort de sa fille Méranée brûlée vive. Elle met des années à se relever ; quand elle reparaît, digne et inentamée, le village la surnomme « Reine Sans Nom » : aucun nom n’est assez grand pour tant de vaillance. Sa fille Victoire, à son tour, aura deux filles — dont Télumée.

L’enfance à Fond-Zombi. Quand Victoire suit un nouvel amant à l’autre bout de l’île, elle confie Télumée à sa grand-mère. Commencent les années lumineuses : la case de Reine Sans Nom, les contes du soir, les chansons, la rivière, l’école, l’amitié amoureuse avec Élie, et les visites à man Cia, la guérisseuse-sorcière qui enseigne à Télumée les plantes et les mystères — et lui transmet, avec Reine Sans Nom, la sagesse des anciennes : être « un tambour à deux faces », laisser la vie cogner sans jamais livrer la face du dessous.

L’épreuve du travail et le premier bonheur. Adolescente, Télumée se place comme domestique chez les Desaragne, des Blancs propriétaires : mépris, avances du maître, humiliations — elle apprend à « se faire absente », à protéger son royaume intérieur. Puis vient le bonheur avec Élie, devenu scieur de long : une case à eux, des années douces que le village regarde comme un modèle.

La descente. La misère frappe : plus de travail pour Élie, qui se défait — alcool, rage, violence. Il bat Télumée, l’humilie publiquement et la chasse pour Laetitia. Télumée sombre dans une folie douce, absente au monde ; c’est Reine Sans Nom, une dernière fois, qui la ramène du côté des vivants. La grand-mère meurt peu après, en léguant son ultime leçon : ne jamais renoncer au matin, si dure qu’ait été la nuit. Télumée quitte Fond-Zombi, s’installe sur le morne La Folie, et rejoint la condition la plus dure de l’île : amarreuse dans les champs de canne.

Amboise, la grève, la mort. Auprès d’elle vit Amboise, un homme mûr, taiseux et droit, qui a connu la France et en est revenu. Leur union tardive est le second bonheur de Télumée — jusqu’à la grande grève des coupeurs de canne : désigné porte-parole des ouvriers face à l’usine, Amboise meurt ébouillanté par un jet de vapeur. La mort la plus politique du roman : le corps noir broyé par la machine coloniale.

Télumée Miracle. Télumée se relève encore. Devenue guérisseuse à son tour, elle adopte une petite fille, Sonore — que lui vole la trahison d’un homme malfaisant qu’elle avait recueilli, « l’ange Médard », lequel meurt de sa propre violence. Installée à La Ramée, vieille femme respectée de tous, elle reçoit du peuple son vrai nom : Télumée Miracle. Le roman s’achève sur elle, debout dans son petit jardin, prête à y mourir « debout » — et déclarant que ce sera une joie.

Le parcours : « Tisser les mémoires, habiter le monde »

Tisser les mémoires. Le roman est construit comme un tissage : le récit de Télumée entrelace sa propre vie à celle de ses aïeules (la première partie s’appelle « Présentation des miens »), aux contes, proverbes et chansons transmis le soir, et à la mémoire collective de l’esclavage — jamais racontée directement, toujours présente dans les paroles, les lieux (les mornes des nègres marrons) et les rapports sociaux (la canne, l’usine, les Desaragne). La mémoire n’est pas ici une archive : c’est une parole vivante, féminine, qui se transmet de grand-mère en petite-fille comme un bien plus précieux que tout héritage.

Habiter le monde. Face à une histoire qui a arraché les siens à leur terre, le roman oppose un art d’habiter : la case (qu’on démonte et déplace, mais qu’on replante toujours), le jardin créole, le morne, la rivière — jusqu’à l’incipit, qui fait de la Guadeloupe entière le pays choisi du cœur. Habiter, c’est aussi tenir debout : la station verticale, motif récurrent (Reine Sans Nom, puis Télumée dans son jardin final), est la figure physique de la dignité.

Pour la dissertation, le couple du parcours se noue en une seule idée : c’est parce qu’elle a reçu les mémoires tissées par ses aïeules que Télumée peut habiter le monde — la transmission est la condition de l’ancrage. Et le roman lui-même, en écrivant cette parole orale, prolonge le tissage : le lecteur devient le maillon suivant.

Les thèmes majeurs pour la dissertation

La transmission féminine : une lignée de reines

Quatre générations de femmes Lougandor se passent le flambeau — sagesse, chansons, art de tenir. Les hommes passent (partent, sombrent, meurent) ; les femmes durent et transmettent. Le roman est un matrimoine : une généalogie de la force féminine.

La résilience : le tambour à deux faces

Le malheur revient par vagues (pluie et vent du titre), et à chaque fois Télumée se relève. Ni fatalisme ni révolte spectaculaire : une endurance active, apprise, transmise — garder intacte « la face du dessous ». À discuter : cette sagesse est-elle une résistance ou une résignation ?

La mémoire de l’esclavage sans le récit de l’esclavage

Aboli avant le début de l’action, l’esclavage structure pourtant tout : la terre aux Blancs, la canne, l’usine qui tue Amboise, les contes qui en gardent la trace. Le roman montre comment une mémoire interdite d’histoire se transmet par la parole.

L’oralité créole faite littérature

Proverbes, images, chansons, contes du soir : la phrase de Schwarz-Bart écrit l’oral. Ce style est un enjeu du parcours : tisser les mémoires, c’est aussi tisser deux langues — le français et le créole — en une seule voix.

Habiter : la case, le jardin, l’île

La case qu’on déplace et replante, le jardin créole nourricier, le morne refuge : autant de figures d’un ancrage conquis contre le déracinement historique. L’incipit et l’excipit (le jardin final) encadrent le roman par deux déclarations d’habitation.

Citations et passages clés à retenir

« Le pays dépend bien souvent du cœur de l’homme : il est minuscule si le cœur est petit, et immense si le cœur est grand. » (incipit)

La première phrase du roman — et sa thèse : habiter n’est pas une géographie mais une disposition du cœur. Incontournable pour le parcours, à l’écrit comme à l’oral.

« C’est ici même, en Guadeloupe, que je choisirais de renaître, souffrir et mourir. » (incipit)

La déclaration d’ancrage : malgré tout ce que le roman va raconter de souffrances, l’île est choisie. Le verbe « renaître » annonce aussi la structure du récit — une suite de renaissances.

Le conseil de Reine Sans Nom : être « un vrai tambour à deux faces » — laisser la vie frapper, cogner, mais garder toujours intacte la face du dessous.

L’image-matrice du roman : la résilience comme art de préserver un espace intérieur inentamable. Cite-la pour tout sujet sur l’épreuve, la dignité ou la transmission.

Les paroles des anciennes : le malheur revient par vagues — derrière une peine, une autre peine — mais le matin revient aussi.

La sagesse proverbiale transmise en chansons et dictons : le roman pense par images orales. Repère dans ton édition deux ou trois proverbes exacts à citer — ils sont la signature du style.

Le surnom « Reine Sans Nom », donné par le village à Toussine relevée de ses malheurs.

La communauté comme instance de consécration : ce sont les autres qui nomment la grandeur. Le mécanisme se répétera pour « Télumée Miracle » — la boucle de la lignée.

La mort d’Amboise, ébouillanté par la vapeur de l’usine pendant la grève des coupeurs de canne.

Le passage le plus ouvertement politique : la machine coloniale broie littéralement le corps du porte-parole ouvrier. À mobiliser pour tout sujet sur la dimension sociale ou historique du roman.

L’excipit : Télumée, vieille, debout dans son petit jardin — elle y mourra « debout », et ce sera une joie.

La dernière image répond à la première : le pays du cœur est devenu un jardin réel. « Debout » condense tout le roman — la dignité comme posture physique, léguée de femme en femme.

Réussir l’oral et l’écrit

Pour l’oral (lecture linéaire et entretien)

  • • Extraits les plus probables : l’incipit, le portrait de Reine Sans Nom, la leçon du tambour à deux faces, la mort d’Amboise, l’excipit du jardin.
  • • Sur chaque passage, montre le travail de l’oralité : rythme de la phrase, proverbes, images concrètes, adresse de la conteuse.
  • • Lecture cursive cohérente : Cahier d’un retour au pays natal de Césaire, ou un roman de Maryse Condé — pour situer l’œuvre dans les lettres antillaises.
  • • Pour l’entretien, aie une position sur la question classique : la sagesse de Télumée est-elle une forme de résistance ou d’acceptation ?

Pour l’écrit (dissertation)

  • • Ton stock d’exemples : la lignée Lougandor, le tambour à deux faces, les Desaragne, la chute d’Élie, la mort d’Amboise, le jardin final.
  • • Notions à maîtriser : oralité, conteuse, créolité/négritude, mémoire collective, roman-généalogie, incipit/excipit en miroir.
  • • Sujets types : « Raconter une vie, est-ce raconter une mémoire ? », « Habiter un lieu, est-ce l’affaire du cœur ? », « Le roman peut-il transmettre ce que l’histoire a tu ? ».
  • • Ouverture prête : le devoir de mémoire de l’esclavage dans la littérature et le débat public contemporains (loi Taubira, mémoriaux).

Quiz : 10 questions pour te tester

1.Comment s’appelle la lignée de femmes dont Télumée est la dernière ?

Les Lougandor : Minerve (née avec la liberté, après l’abolition de 1848), Toussine dite « Reine Sans Nom », Victoire, et enfin Télumée.

2.Pourquoi Toussine est-elle surnommée « Reine Sans Nom » ?

Parce qu’elle a surmonté des malheurs si grands (l’incendie de sa maison, la mort de sa fille Méranée) que sa dignité est devenue légendaire : aucun nom n’est assez grand pour elle, on la dit reine — sans nom.

3.Dans quel village Télumée grandit-elle, et auprès de qui ?

À Fond-Zombi, en Guadeloupe, auprès de sa grand-mère Reine Sans Nom, à qui sa mère Victoire l’a confiée. La case de la grand-mère, ses contes du soir et ses chansons forment l’éducation de Télumée.

4.Qui est man Cia ?

L’amie de Reine Sans Nom, guérisseuse et « sorcière » qui vit à l’écart. Elle initie Télumée aux plantes et aux mystères ; le roman raconte qu’à sa mort elle se serait changée en chien noir — le merveilleux créole assumé par le récit.

5.Quelle épreuve Télumée traverse-t-elle chez les Desaragne ?

Placée comme domestique chez ces Blancs propriétaires, elle subit le mépris de classe et de race et repousse les avances du maître — en apprenant l’art de « se faire absente », de protéger son for intérieur. Première mise en pratique du tambour à deux faces.

6.Qui est Élie et que devient son amour avec Télumée ?

Son amour d’enfance, scieur de long. Leur bonheur dans la case dure quelques années, puis Élie, brisé par le chômage et la misère, sombre : il humilie et bat Télumée, et la chasse pour une autre (Laetitia). Télumée en perd presque la raison — c’est Reine Sans Nom qui la ramène à la vie.

7.Qui est Amboise et comment meurt-il ?

Le second amour de Télumée, un homme mûr et digne qui a connu la France. Ils vivent heureux jusqu’à la grève des coupeurs de canne : porte-parole des grévistes, Amboise meurt ébouillanté par un jet de vapeur à l’usine. La mort la plus politique du roman.

8.Quel rôle jouent Sonore et l’ange Médard à la fin du roman ?

Télumée, devenue guérisseuse, adopte une petite fille, Sonore. Un homme malfaisant surnommé « l’ange Médard », qu’elle a recueilli, la trahit et détourne d’elle Sonore avant de mourir de sa propre violence. Dernière pluie, dernier vent — et dernière fois que Télumée se relève.

9.D’où vient le surnom « Télumée Miracle » ?

C’est le nom que lui donnent les gens de La Folie puis de La Ramée, en hommage à sa capacité à se relever de tous les malheurs et à soigner les autres : sa vie entière, traversée de pluies et de vents, est le « miracle ».

10.Sur quelle image le roman s’achève-t-il ?

Télumée, vieille femme, debout dans son petit jardin, déclarant qu’elle y mourra comme elle est, debout — et que ce sera une joie. La station debout, motif récurrent du roman, en est le dernier mot : la dignité comme posture.

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Questions fréquentes

De quoi parle Pluie et vent sur Télumée Miracle ?

Le roman (1972) raconte la vie de Télumée, dernière d’une lignée de femmes guadeloupéennes, les Lougandor, de la fin du XIXe siècle au XXe siècle. Élevée par sa grand-mère Reine Sans Nom à Fond-Zombi, Télumée traverse l’amour et sa perte, le travail dans les cannes, la misère et les deuils — et se relève de tout, jusqu’à gagner son surnom de « Télumée Miracle ». C’est un récit de transmission entre femmes et un chant d’ancrage à la Guadeloupe.

Qui est Simone Schwarz-Bart ?

Romancière française née en 1938, qui a grandi en Guadeloupe. Pluie et vent sur Télumée Miracle (1972), son premier roman signé seule, est immédiatement salué comme un classique : il donne voix à la mémoire des femmes antillaises dans une langue française irriguée de créole — proverbes, contes, chansons. Son entrée au programme du bac 2027 est la première pour une œuvre de la littérature antillaise dans cet objet d’étude.

Quel est le parcours associé au bac 2027 ?

« Tisser les mémoires, habiter le monde ». Deux fils à suivre : la transmission (Télumée raconte sa vie en la tissant à celle de ses aïeules et à la mémoire collective de l’esclavage) et l’ancrage (habiter, c’est faire pays — la case, le jardin créole, le morne, l’île entière). Le titre du parcours décrit exactement la structure du roman.

Que signifie l’image du « tambour à deux faces » ?

C’est le conseil le plus célèbre de Reine Sans Nom à Télumée : être un tambour à deux faces — laisser la vie frapper la face du dessus, mais garder toujours intacte la face du dessous. L’image dit toute la philosophie du roman : on ne peut empêcher le malheur de cogner, mais on peut préserver un espace intérieur inentamé. C’est la définition même de la résilience, trente ans avant que le mot soit à la mode.

Le roman parle-t-il de l’esclavage ?

L’esclavage n’est pas raconté directement — l’action commence après l’abolition de 1848 — mais il est partout en mémoire : dans les contes et récits transmis le soir, dans la figure des nègres marrons réfugiés dans les mornes, dans les rapports de travail sur les terres des Blancs et à l’usine. Le roman montre une mémoire qui se transmet par la parole, non par les archives : c’est un des cœurs du parcours.