Revision sheet: Introduction au droit administratif

Plan du Cours

  1. Nature du droit administratif
  2. Droit jurisprudentiel et droit écrit
  3. Mutation du pouvoir discrétionnaire
  4. Justice administrative constitutionnelle
  5. ContrÎle de conventionnalité des lois
  6. Pouvoir réglementaire général et spécialisé
  7. Service public et SPIC
  8. Principe d’égalitĂ© dans le service public
  9. Continuité du service public et grÚve
  10. Police administrative et ordre public

1. Nature du droit administratif

Notions clés & Définitions

  • IntĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral : L’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral dĂ©signe l’objectif collectif que l’action publique poursuit, distinct de la simple addition des intĂ©rĂȘts privĂ©s.
  • Administration publique : L’administration publique correspond aux organes qui gĂšrent et exĂ©cutent des activitĂ©s publiques poursuivant un but propre Ă  la collectivitĂ©.
  • PrĂ©rogatives de puissance publique : Les prĂ©rogatives de puissance publique sont des moyens d’action spĂ©cifiques permettant Ă  l’administration d’imposer sa volontĂ© pour atteindre l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral.
  • Conciliation intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral-libertĂ©s : Le droit administratif organise l’équilibre entre la poursuite de l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral et le respect des libertĂ©s individuelles.

Points essentiels

  • Le droit administratif est le droit des relations entre les puissances publiques et les autres personnes juridiques, publiques ou privĂ©es.
  • L’action des personnes privĂ©es vise en principe leur intĂ©rĂȘt propre, alors que l’administration poursuit l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral.
  • L’administration dispose, pour atteindre l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral, de prĂ©rogatives de puissance publique qui peuvent faire primer sa volontĂ© sur celle des administrĂ©s.
  • L’administration n’a pas toujours besoin d’utiliser ces prĂ©rogatives : elle peut aussi recourir au contrat, y compris Ă  des contrats de droit privĂ©.
  • Les enjeux du droit administratif sont politiques et concernent notamment des libertĂ©s et des choix collectifs (santĂ©, prostitution, monopoles, censure, reconduite Ă  la frontiĂšre, mesures sanitaires).

Astuce mémo

Administration = intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral avec moyens spĂ©ciaux (PPP) ; PrivĂ© = intĂ©rĂȘt personnel, Ă©quilibre imposĂ© par le juge administratif.

2. Droit jurisprudentiel et droit écrit

Notions clés & Définitions

  • Droit jurisprudentiel : Le droit jurisprudentiel est l’ensemble des rĂšgles Ă©laborĂ©es par le juge administratif au fil des affaires, souvent au moyen de dĂ©cisions de principe Ă  portĂ©e gĂ©nĂ©rale.
  • ArrĂȘt de principe : Un arrĂȘt de principe est une dĂ©cision du juge qui Ă©nonce une rĂšgle gĂ©nĂ©rale destinĂ©e Ă  ĂȘtre rĂ©utilisĂ©e pour trancher des litiges ultĂ©rieurs.
  • Codification Ă  droit constant : La codification Ă  droit constant consiste Ă  regrouper des textes Ă©pars dans un code sans modifier le droit existant, sauf ajustements rĂ©dactionnels nĂ©cessaires Ă  la cohĂ©rence.

Points essentiels

  • Le droit administratif reste fondamentalement jurisprudentiel car le juge devait produire des rĂšgles faute de texte Ă©crit au dĂ©part.
  • Les arrĂȘts de principe peuvent ĂȘtre ambigus entre dĂ©cision de portĂ©e gĂ©nĂ©rale et simple solution d’espĂšce, ce qui nuit Ă  la clartĂ©.
  • La jurisprudence dĂ©pend des faits et, en principe, s’applique de façon rĂ©troactive aux situations antĂ©rieures Ă  l’arrĂȘt, ce qui peut crĂ©er une insĂ©curitĂ© juridique.
  • Le Conseil d’État peut, Ă  titre exceptionnel, moduler dans le temps les effets de sa jurisprudence, notamment depuis l’arrĂȘt SociĂ©tĂ© Tropique Travaux (16 juillet 2007).
  • Ces derniĂšres annĂ©es, la rĂšgle Ă©crite a pris plus de place en droit administratif avec une multiplication des textes lĂ©gislatifs et rĂ©glementaires.
  • La codification est encadrĂ©e par la loi du 12 avril 2000 n°2000-321, qui impose la codification Ă  droit constant sous rĂ©serve de modifications nĂ©cessaires Ă  la cohĂ©rence et au respect de la hiĂ©rarchie des normes.

Astuce mémo

Juge = rÚgles évolutives (faits + rétroactivité) ; Code = tri et stabilité (codification à droit constant).

3. Mutation du pouvoir discrétionnaire

Notions clés & Définitions

  • Pouvoir discrĂ©tionnaire : Pouvoir discrĂ©tionnaire dĂ©signe la marge laissĂ©e Ă  l’administration pour dĂ©cider, sans que la rĂšgle ne fixe une solution unique.
  • LĂ©galitĂ© Ă©largie : La lĂ©galitĂ© Ă©largie fait contrĂŽler la dĂ©cision administrative au regard de toutes les normes supĂ©rieures, pas seulement la loi.
  • JuridicitĂ© : La juridicitĂ© dĂ©signe l’idĂ©e que l’action administrative est encadrĂ©e par l’ensemble des normes supĂ©rieures applicables, y compris constitutionnelles, europĂ©ennes et conventionnelles.

Points essentiels

  • Avec l’essor du droit de l’Union, la hiĂ©rarchie des normes devient plus dĂ©licate Ă  manier et rend le droit administratif plus complexe.
  • La « lĂ©galitĂ© » recouvre aujourd’hui le respect de normes supĂ©rieures au-delĂ  de la seule loi, notamment Constitution, droit de l’Union et exigences conventionnelles.
  • Des auteurs prĂ©fĂšrent l’expression de « juridicitĂ© » pour dĂ©crire cet encadrement global du pouvoir administratif par l’ensemble des normes supĂ©rieures.

Astuce mémo

Légalité 360° : Constitution + UE + CEDH (pas seulement la loi).

4. Justice administrative constitutionnelle

Notions clés & Définitions

  • Loi Ă©cran : Une loi Ă©cran est une disposition lĂ©gislative qui empĂȘche, en principe, le juge administratif de contrĂŽler la conformitĂ© d’un acte administratif au regard d’une norme supra-lĂ©gislative.
  • Loi transparente : Une loi est dite transparente lorsque, malgrĂ© son renvoi Ă  l’autoritĂ© rĂ©glementaire, elle ne fixe aucune rĂšgle de fond, ce qui permet au juge d’écarter l’écran et de contrĂŽler l’acte.
  • Question prioritaire de constitutionnalitĂ© : La QPC est une procĂ©dure a posteriori qui permet Ă  un justiciable de contester la conformitĂ© d’une disposition lĂ©gislative aux droits et libertĂ©s garantis par la Constitution.
  • Abrogation implicite : L’abrogation implicite est l’idĂ©e selon laquelle une norme antĂ©rieure devient rĂ©putĂ©e abrogĂ©e par une norme constitutionnelle postĂ©rieure incompatible, ce qui rend l’écran lĂ©gislatif inapplicable.

Points essentiels

  • Le Conseil d’État admet la thĂ©orie de la loi transparente notamment dans l’arrĂȘt SMANOR (19 nov. 1986), confirmĂ©e par l’arrĂȘt Quintin (17 mai 1991).
  • Quand une loi Ă©cran est Ă©cartĂ©e, le juge administratif peut contrĂŽler la conformitĂ© de l’acte administratif aux normes supra-lĂ©gislatives pertinentes.
  • En cas d’incompatibilitĂ© nette avec une disposition constitutionnelle postĂ©rieure, le juge peut regarder la loi antĂ©rieure comme abrogĂ©e sur le point concernĂ©, rendant l’écran sans vocation Ă  s’appliquer.
  • La QPC est instituĂ©e par l’article 61-1 de la Constitution (rĂ©vision de 2008) et complĂ©tĂ©e par la loi organique du 10 dĂ©cembre 2009.
  • La juridiction saisie transmet la QPC au Conseil d’État sous huit jours si les conditions sont remplies, et le Conseil d’État statue sur le renvoi au Conseil constitutionnel dans les trois mois suivant la rĂ©ception ; le Conseil constitutionnel rĂ©pond dans les trois mois.
  • Une QPC ne peut viser qu’une disposition lĂ©gislative (loi ordinaire ou organique, ou disposition rĂ©glementaire ratifiĂ©e), et elle ne peut pas viser une disposition rĂ©glementaire non ratifiĂ©e ni une loi rĂ©fĂ©rendaire ni les lois d’habilitation Ă  lĂ©gifĂ©rer par ordonnances.

Astuce mémo

Loi Ă©cran = barriĂšre ; loi transparente = fenĂȘtre : quand la loi ne fixe aucune rĂšgle de fond, le juge voit Ă  travers et contrĂŽle.

5. ContrÎle de conventionnalité des lois

Notions clés & Définitions

  • ConventionalitĂ© des actes : La conventionalitĂ© dĂ©signe la conformitĂ© d’un acte au regard des stipulations conventionnelles invoquĂ©es.
  • Conflit entre traitĂ©s : En cas d’incompatibilitĂ© entre deux traitĂ©s applicables, le juge tente d’abord de les concilier par une interprĂ©tation.
  • Exception d’inconstitutionnalitĂ© : L’exception d’inconstitutionnalitĂ© vise la confrontation d’une norme internationale au bloc de constitutionnalitĂ©, mais relĂšve d’un contrĂŽle rĂ©servĂ©.

Points essentiels

  • Le moyen tirĂ© de l’inconventionnalitĂ© d’un acte administratif peut ĂȘtre admis lorsque le droit de l’UE n’est pas en cause et qu’un rĂ©gime spĂ©cifique s’y prĂȘte, aprĂšs vĂ©rification par le juge.
  • Quand deux traitĂ©s sont en concurrence et qu’une conciliation est possible, le juge doit les appliquer en les interprĂ©tant afin d’assurer leur cohĂ©rence.
  • Si la conciliation est impossible et que les deux traitĂ©s doivent s’appliquer, le juge choisit le traitĂ© dans lequel la dĂ©cision administrative s’est placĂ©e et Ă©carte le moyen d’incompatibilitĂ© avec l’autre traitĂ©, ce qui expose la France Ă  une condamnation pour violation.
  • Le juge administratif ne statue pas sur la constitutionnalitĂ© d’une norme internationale confrontĂ©e au bloc de constitutionnalitĂ© : cette compĂ©tence appartient au Conseil constitutionnel, notamment avant ratification (art. 54) ou lors du contrĂŽle de la loi de ratification (art. 61).
  • Le Conseil d’État admet la responsabilitĂ© de la puissance publique du fait d’une loi contraire au droit conventionnel, depuis l’arrĂȘt Garde de dieu (8 fĂ©v. 2007).

Astuce mémo

Concilier d’abord, trancher ensuite : si 2 traitĂ©s s’opposent, le juge cherche la compatibilitĂ© (interprĂ©tation), puis applique celui choisi par l’acte—mais la France peut ĂȘtre condamnĂ©e.

6. Pouvoir réglementaire général et spécialisé

Notions clés & Définitions

  • DĂ©cret en Conseil des ministres : Acte rĂ©glementaire dĂ©libĂ©rĂ© en Conseil des ministres, dont la modification ou l’abrogation dĂ©pend en principe du niveau de signature requis.
  • Pouvoir rĂ©glementaire gĂ©nĂ©ral : CompĂ©tence normative du gouvernement pour prendre, sauf rĂšgles contraires, les mesures d’application ou de police applicables Ă  tout le territoire.
  • Habilitation rĂ©glementaire : Attribution par un texte du pouvoir de prendre des mesures rĂ©glementaires d’exĂ©cution Ă  une autoritĂ© autre que le gouvernement, sous conditions.
  • Pouvoir rĂ©glementaire interne (Jamart) : Pouvoir reconnu aux chefs de service pour organiser le fonctionnement du service, y compris par des mesures rĂ©glementaires, tant que la loi ou le dĂ©cret n’a pas fixĂ© les rĂšgles.

Points essentiels

  • Sauf disposition contraire, seul un acte signĂ© par le PrĂ©sident peut abroger ou modifier un dĂ©cret dĂ©libĂ©rĂ© en Conseil des ministres (CE Ass. 10 sept. 1992, Meyet).
  • Si le PrĂ©sident signe un dĂ©cret non dĂ©libĂ©rĂ© en Conseil des ministres, sa signature est sans effet utile et le Premier ministre peut modifier l’acte seul (CE 27 avr. 1962, Sicard).
  • Le pouvoir rĂ©glementaire de police Ă  l’échelle nationale a Ă©tĂ© historiquement reconnu au chef de l’État (CE 8 aoĂ»t 1919, Labonne), puis la Constitution conduit Ă  rĂ©server au gouvernement les mesures de police applicables Ă  tout le territoire (CE 4 juin 1975, Bouvet de la Maisonneuve).
  • D’autres autoritĂ©s peuvent exercer un pouvoir rĂ©glementaire d’exĂ©cution lorsqu’une habilitation le prĂ©voit, Ă  condition que les mesures soient limitĂ©es par leur champ et par leur contenu (CC dĂ©cision 17 janv. 1989).
  • Le chef de service peut prendre des mesures d’organisation par des actes Ă  portĂ©e gĂ©nĂ©rale (Jamart), mais ce pouvoir cesse dĂšs lors que la loi ou le dĂ©cret fixe les rĂšgles en cause.
  • L’administration est tenue d’abroger expressĂ©ment un acte rĂ©glementaire illĂ©gal ou dĂ©pourvu d’objet (CRPA art. L243-2) et ne doit pas l’appliquer (CE 14 nov. 1958, Ponard).

Astuce mémo

“Meyet : PrĂ©sident pour le Conseil ministres ; Sicard : hors Conseil, Premier ministre libre.”

7. Service public et SPIC

Notions clés & Définitions

  • ActivitĂ© d’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral : Une activitĂ© d’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral est celle qui relĂšve d’une utilitĂ© publique, mais elle ne suffit pas toujours Ă  elle seule Ă  qualifier un service public.
  • ContrĂŽle de la police des jeux : La police des jeux est prĂ©sentĂ©e comme une activitĂ© de service public lorsqu’elle sert Ă  encadrer et rĂ©guler le fonctionnement des jeux.
  • Service public industriel et commercial SPIC : Un SPIC est un service public dont le rĂ©gime se rapproche du fonctionnement d’une entreprise privĂ©e, ce qui oriente le contentieux vers le juge judiciaire.
  • Faisceau d’indices : Le faisceau d’indices est une mĂ©thode utilisĂ©e pour qualifier un service de SPIC ou de SPA quand aucun texte ne le qualifie expressĂ©ment.

Points essentiels

  • Une activitĂ© peut ĂȘtre qualifiĂ©e ou non d’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral selon le juge, par exemple l’organisation du LOTO n’est pas retenue comme intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral par CE 27 octobre 1999, M. Rolin.
  • La gestion du domaine privĂ© par l’administration n’est en principe pas un service public quand elle poursuit un objet financier similaire Ă  celui d’un particulier, comme dans TDC 18 juin 2001, Lelaidier contre ville de Strasbourg.
  • Le rattachement organique du service public suppose qu’une personne publique assure ou assume la mission, y compris parfois via une personne privĂ©e habilitĂ©e.
  • La qualification SPIC se fait in concreto par faisceau d’indices quand la loi ne tranche pas, en tenant notamment Ă  l’objet, aux modes d’organisation et de fonctionnement, et Ă  l’origine des ressources, mĂ©thode systĂ©matisĂ©e par CE ass. 16 novembre 1956, USIA.
  • Les litiges entre usagers et le service d’un SPIC relĂšvent du juge judiciaire, tandis que certains actes d’organisation et la tenue de PPP relĂšvent du droit administratif.
  • L’identification des SPIC a Ă©tĂ© construite Ă  partir de la jurisprudence, avec notamment TC 22 janvier 1921, SociĂ©tĂ© commerciale de l’ouest africain (bac d’Eloka), puis la systĂ©matisation par CE 23 dĂ©cembre 1921, SGA.

Astuce mémo

SPIC = “entreprise comme un privĂ©â€ + “ressources/organisation commerciales” ⇒ juge judiciaire pour les litiges usagers (faisceau d’indices USIA).

8. Principe d’égalitĂ© dans le service public

Notions clés & Définitions

  • Principe d’égalitĂ© : Principe imposant un traitement identique des usagers lorsque leurs situations sont comparables, sous rĂ©serve de justifications lĂ©gales.
  • NeutralitĂ© du service : Exigence de ne pas traiter les usagers diffĂ©remment selon des critĂšres comme l’opinion ou la religion, afin de garantir l’égalitĂ© d’accĂšs au service.
  • Situations comparables : CritĂšre qui limite l’égalitĂ© au fait de traiter pareil des personnes placĂ©es dans une mĂȘme situation au regard du but poursuivi par le service.
  • Disproportion manifeste : ContrĂŽle du juge qui sanctionne une diffĂ©rence de traitement si l’écart imposĂ© dĂ©passe manifestement ce que justifie la situation ou l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral invoquĂ©.
  • Quotient familial : MĂ©canisme de tarification modulĂ©e selon la situation familiale pour faciliter l’accĂšs Ă  certains services, sous conditions d’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral.

Points essentiels

  • Le principe d’égalitĂ© exige de traiter de la mĂȘme façon les personnes placĂ©es dans une situation comparable, sans obliger Ă  traiter diffĂ©remment des personnes dont la situation n’est pas comparable.
  • Une diffĂ©rence de traitement est admise si elle repose sur une diffĂ©rence de situation apprĂ©ciable et lĂ©gitime, lĂ©galement prise en compte, et en lien avec le but du service, sans disproportion manifeste.
  • Une diffĂ©rence de traitement peut aussi ĂȘtre admise mĂȘme sans diffĂ©rence de situation si des raisons impĂ©rieuses d’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral justifient la diffĂ©rence, Ă  condition qu’elle ne soit pas manifestement disproportionnĂ©e.
  • Le quotient familial n’est pas acceptĂ© lorsqu’il vise Ă  faire varier la tarification uniquement selon le niveau des ressources (CE 26 avril 1985 Ville de Tarbes), mais il est admis pour l’accĂšs Ă  des services sociaux avec des tarifs adaptĂ©s (CE 18 mars 1994 Mme Dejonckeere).
  • La neutralitĂ© religieuse ne s’applique pas de la mĂȘme maniĂšre aux usagers qu’aux agents : pour les Ă©lĂšves, le Conseil d’État a protĂ©gĂ© la libertĂ© de conscience (avis 27 novembre 1989) puis la loi du 15 mars 2004 a encadrĂ© plus strictement le port de signes discrets et a interdit les signes ostensibles (L141-5-1).
  • En dĂ©cisions individuelles, l’administration doit suivre sa propre ligne pour les cas similaires et ne peut s’en Ă©carter que pour un motif particulier ou une nĂ©cessitĂ© d’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral (CE 10 juillet 1995 Contremoulin).

Astuce mémo

Formule repĂšre : MĂȘme situation → mĂȘme traitement ; DiffĂ©rence justifiĂ©e (situation ou intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral) → mais sans disproportion manifeste.

9. Continuité du service public et grÚve

Notions clés & Définitions

  • Droit de grĂšve : Le droit de grĂšve permet aux agents de participer Ă  un mouvement collectif, tout en restant encadrĂ© par des exigences de continuitĂ© du service public.
  • Service minimum : Le service minimum correspond Ă  la mise en place d’exigences pendant la grĂšve afin d’éviter que l’arrĂȘt du service ne porte atteinte aux besoins essentiels, sans assurer le service normalement.
  • PrĂ©avis de grĂšve : Le prĂ©avis de grĂšve est la formalitĂ© imposĂ©e par le droit du travail applicable Ă  certains personnels, servant Ă  organiser l’anticipation de la grĂšve.
  • GrĂšve tournante : La grĂšve tournante dĂ©signe un type de dĂ©brayage alternĂ© qui est interdit par le rĂ©gime applicable Ă  certains personnels de services publics.

Points essentiels

  • En principe, l’autoritĂ© administrative ne peut pas interdire toute grĂšve, mais elle peut exiger une forme de service minimum sans conduire Ă  assurer le service public de maniĂšre normale, comme l’illustre CE 9 dĂ©cembre 2003 Mme Aguillon.
  • Dans l’affaire CE 6 juillet 2016 Syndicat CGT des cadres et techniciens parisiens, une note de service exigeant la dĂ©claration de grĂšve 48h avant le dĂ©but du prĂ©avis porte atteinte au droit de rejoindre un mouvement dĂ©jĂ  engagĂ©.
  • Le Conseil constitutionnel admet que le lĂ©gislateur peut limiter, encadrer voire interdire la grĂšve pour assurer la continuitĂ© du service public, jusqu’à l’interdiction d’agents dont la prĂ©sence est indispensable au fonctionnement des besoins essentiels du pays, dĂ©cision 25 juillet 1979 79105 DC.
  • Le code du travail prĂ©voit pour certains personnels des rĂšgles comme l’obligation de dĂ©poser un prĂ©avis de grĂšve et l’interdiction des grĂšves tournantes, ce qui n’empĂȘche pas que la prĂ©visibilitĂ© rĂ©elle puisse ĂȘtre faible en pratique.
  • Pour le SP de la communication audiovisuelle, la loi du 30 septembre 1986 impose des prĂ©avis transmis 5 jours francs avant le dĂ©but, prĂ©cisant lieu, date et heure de dĂ©but et durĂ©e, sans dĂ©pĂŽt pendant la durĂ©e d’un prĂ©avis prĂ©cĂ©dent.
  • Pour les transports terrestres rĂ©guliers de voyageurs, la loi du 21 aoĂ»t 2007 impose une phase de nĂ©gociation avant tout prĂ©avis, puis oblige Ă  dĂ©terminer Ă  l’avance les services prioritaires et prĂ©voit que les grĂ©vistes se dĂ©terminent 48h Ă  l’avance afin de communiquer un plan au moins 24h avant.

10. Police administrative et ordre public

Notions clés & Définitions

  • DignitĂ© de la personne humaine : Notion constitutionnelle mobilisĂ©e par le juge pour fonder certaines interdictions de police lorsque l’atteinte aux valeurs de dignitĂ© est en jeu.
  • Ordre public matĂ©riel : CatĂ©gorie de l’ordre public liĂ©e aux troubles concrets touchant les conditions extĂ©rieures de la vie sociale, et distinguĂ©e des autres finalitĂ©s possibles.
  • Police administrative gĂ©nĂ©rale : Pouvoir de police exercĂ© pour prĂ©venir les atteintes Ă  l’ordre public gĂ©nĂ©ral, limitĂ© Ă  ses finalitĂ©s reconnues par le juge.
  • Ordre public spĂ©cial : Ordre public propre Ă  des domaines encadrĂ©s par des polices administratives spĂ©ciales, fondĂ©es sur des textes lĂ©gislatifs explicites.

Points essentiels

  • Le juge rattache la dignitĂ© Ă  la police administrative gĂ©nĂ©rale en tant que finalitĂ© constitutionnelle, confirmĂ©e notamment par CE 9 mai 2017 Gisti n°406256.
  • La police gĂ©nĂ©rale ne vise que l’ordre public matĂ©riel et extĂ©rieur, rattachĂ© Ă  un triptyque restreint incluant notamment moralitĂ© et dignitĂ©, les autres buts Ă©tant Ă©cartĂ©s.
  • Une mesure ne peut pas ĂȘtre fondĂ©e sur la protection des relations internationales : CE sect. 12 novembre 1997 association CommunautĂ© tibĂ©taine de France.
  • Une mesure de police ne peut reposer exclusivement sur des motifs Ă©conomiques : CE 25 juillet 1975 Chaigneau.
  • La police gĂ©nĂ©rale ne peut plus se fonder sur la seule esthĂ©tique depuis CE 11 mars 1983 Commune de Bures-sur-Yvette, sauf si un texte autorise une police spĂ©ciale.

Astuce mémo

Ordre public (matériel) = Moralité + Dignité ; tout le reste (relations internationales, économie, simple esthétique) sort du champ de la police générale.

RepĂšres chronologiques

DateÉvĂ©nement
16 juillet 2007modulation dans le temps des effets de la jurisprudence (Société Tropique Travaux)
19 nov. 1986loi transparente admise (SMANOR)
17 mai 1991confirmation de la loi transparente (Quintin)
19 nov. 1971libertĂ© d’association reconnue comme PFRLR (dĂ©cision du Conseil constitutionnel citĂ©e)
22 fĂ©vrier 2007personne privĂ©e chargĂ©e d’un service public, synthĂšse (APREI)
8 fév. 2007responsabilité de la puissance publique pour loi contraire au droit conventionnel (Garde de dieu)
25 juillet 1979conciliation constitutionnelle grÚve/continuité du service public (79105 DC)

Tableaux de synthĂšse

Loi écran vs loi transparente

TechniqueEffet sur le contrÎleJurisprudence citée
Loi Ă©cranEmpĂȘche en principe le contrĂŽle du juge administratif de la conformitĂ© d’un acte aux normes supra-lĂ©gislativesSMANOR (loi transparente admise en fenĂȘtre, en miroir)
Loi transparenteLe juge peut â€œĂ©carter l’écran” et contrĂŽler la conformitĂ© de l’acte aux normes supra-lĂ©gislativesSMANOR (19 nov. 1986) ; Quintin (17 mai 1991)

SPA vs SPIC (logique de régime et juge compétent)

QualificationRégime contentieux (tendance)Indices
SPAMajoritĂ© de litiges relĂšvent du juge administratifService d’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral sans “commercialitĂ©â€
SPICLitiges usagers en principe devant le juge judiciaireFaisceau d’indices : objet/organisation/ressources (mĂ©thode systĂ©matisĂ©e par CE ass. 16 novembre 1956, USIA)

PiÚges & confusions fréquents

  1. Confondre administration et gouverne : gouverner relĂšve de la politique nationale, tandis qu’administrer est l’exĂ©cution concrĂšte, mĂȘme si des organes communs peuvent relever des deux.
  2. Croire que l’administration n’utilise jamais les prĂ©rogatives de puissance publique : elle peut aussi recourir au contrat, y compris Ă  des contrats de droit privĂ©.
  3. RĂ©duire la diffĂ©rence droit jurisprudentiel/droit Ă©crit Ă  une question de date : la jurisprudence dĂ©pend des faits et s’applique en principe avec rĂ©troactivitĂ©, d’oĂč une insĂ©curitĂ© juridique.
  4. Penser que la loi Ă©cran se “contourne” par n’importe quel motif : elle n’est Ă©cartĂ©e que dans les cas de “loi transparente”, sinon le juge ne contrĂŽle pas les normes supra-lĂ©gislatives pertinentes.
  5. MĂ©langer contrĂŽle de constitutionnalitĂ© et conventionalitĂ© : le juge administratif ne statue pas sur la conformitĂ© d’un traitĂ© au bloc de constitutionnalitĂ©, compĂ©tence attribuĂ©e au Conseil constitutionnel.
  6. Inverser SPA et SPIC : un SP “commercial” ne se devine pas par l’étiquette d’un Ă©tablissement (requalification possible), et la qualification se fait in concreto par faisceau d’indices.
  7. Confondre police administrative gĂ©nĂ©rale et police spĂ©ciale : la police gĂ©nĂ©rale est limitĂ©e au triptyque ordre public matĂ©riel/extĂ©rieur (sĂ©curitĂ©-tranquillitĂ©-salubritĂ©) et n’entre pas dans les champs rĂ©gis par une police spĂ©ciale.

Checklist Examen

  1. Savoir dĂ©finir l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral et la logique de conciliation avec les libertĂ©s, puis expliquer le rĂŽle des prĂ©rogatives de puissance publique et l’existence possible du contrat.
  2. MaĂźtriser la distinction droit jurisprudentiel/droit Ă©crit : arrĂȘts de principe, dĂ©pendance aux faits, rĂ©troactivitĂ© et modulation des effets (SociĂ©tĂ© Tropique Travaux).
  3. Expliquer la mutation du pouvoir discrĂ©tionnaire via la “lĂ©galitĂ© Ă©largie”/“juridicitĂ©â€ et l’idĂ©e de contrĂŽle au regard de normes constitutionnelles, europĂ©ennes et conventionnelles.
  4. ConnaĂźtre la thĂ©orie de la loi Ă©cran et de la loi transparente (SMANOR ; Quintin) et dĂ©crire quand le juge peut contrĂŽler la conformitĂ© de l’acte administratif Ă  des normes supra-lĂ©gislatives.
  5. MaĂźtriser la QPC : procĂ©dure a posteriori, filtres (renvoi CE), conditions de renvoi et limites d’objet (disposition lĂ©gislative seulement).
  6. Savoir organiser le contrĂŽle de conventionalitĂ© : conciliation entre traitĂ©s, inconventionnalitĂ© par exception des actes/lois, et limites (pas de contrĂŽle de constitutionnalitĂ© d’un traitĂ© par le juge administratif).
  7. ConnaĂźtre le pouvoir rĂ©glementaire gĂ©nĂ©ral et ses variantes (dĂ©crets en Conseil des ministres, Meyet/Sicard, police nationale Labonne/Bouvet) ainsi que Jamart et l’obligation d’abroger/ ne pas appliquer un rĂšglement illĂ©gal (Ponard, CRPA art. L243-2).
  8. Savoir qualifier un service public : intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral (critĂšre matĂ©riel), rattachement organique (critĂšre organique), et rĂŽle des PPP (indice/non dĂ©terminant, APREI) puis distinguer SPA/SPIC.
  9. Savoir la distinction SPA/SPIC : mĂ©thode in concreto (faisceau d’indices USIA), consĂ©quences contentieuses (juge judiciaire pour litiges usagers SPIC) et possibilitĂ© de requalification.
  10. Connaßtre les principes de fonctionnement du service public : égalité (situations comparables, justification, disproportion manifeste), continuité, mutabilité et articulation avec le droit de grÚve (service minimum, encadrement par le juge et par le législateur).
  11. Savoir les principes de police administrative : distinction police administrative/police judiciaire par finalitĂ©, notion d’ordre public (matĂ©riel/extĂ©rieur et bornes), exclusion des buts (relations internationales, Ă©conomie, simple esthĂ©tique) et contrĂŽle de proportionnalitĂ© (adaptĂ©e/nĂ©cessaire/proportionnĂ©e).
  12. Savoir situer l’extension exceptionnelle des pouvoirs : articles constitutionnels et rĂ©gimes (article 16, Ă©tat de siĂšge, Ă©tat d’urgence) et la logique gĂ©nĂ©rale des “circonstances exceptionnelles”.

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1. Quelle affirmation décrit le mieux la nature du droit administratif ?

2. Quel rĂŽle jouent les prĂ©rogatives de puissance publique dans l’action administrative ?

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IntĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral — dĂ©finition ?

Objectif collectif poursuivi par l’action publique

Administration publique — rîle ?

GĂ©rer et exĂ©cuter des activitĂ©s d’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral

PrĂ©rogatives de puissance publique — nature ?

Moyens spécifiques pour imposer la volonté administrative

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