đ Plan du Cours
- Droit de la filiation et identité
- Ătablissement non-contentieux de la filiation
- Modes non-contentieux et interdiction de lâinceste
- Filiation par lâeffet de la loi
- Présomption de paternité et désignation de la mÚre
- Actions relatives à la filiation et rÚgles générales
- Actions aux fins dâĂ©tablissement de la filiation
- Actions en contestation de la filiation
- Filiation adoptive et intĂ©rĂȘt de lâadoptĂ©
- Conditions du prononcĂ© et procĂ©dure dâadoption
- Conditions relatives Ă lâadoptant et Ă lâadoptĂ©
- AMP et gestation pour autrui : interdiction et transcription
đ 1. Droit de la filiation et identitĂ©
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Filiation charnelle : La filiation charnelle est le lien de filiation Ă©tabli Ă partir des relations biologiques entre lâenfant et ses parents.
- Adoption : Lâadoption est une filiation non biologique reconnue par la sociĂ©tĂ©, qui crĂ©e un lien juridique entre lâenfant et ses parents adoptifs.
- Assistance mĂ©dicale Ă la procrĂ©ation : Lâassistance mĂ©dicale Ă la procrĂ©ation est un ensemble de techniques permettant dâavoir un enfant, avec des effets sur lâĂ©tablissement de la filiation.
- VĂ©ritĂ© biologique : La vĂ©ritĂ© biologique est le principe selon lequel la filiation Ă©tablie doit, autant que possible, correspondre Ă lâorigine biologique de lâenfant.
- ĂgalitĂ© en matiĂšre de filiation : LâĂ©galitĂ© en matiĂšre de filiation est le principe selon lequel lâenfant ne doit pas ĂȘtre discriminĂ© selon la situation juridique de ses parents.
đ Points essentiels
- La filiation participe Ă lâidentitĂ© de la personne et fonde le droit de lâenfant dâavoir une filiation Ă©tablie.
- Le droit français reconnaĂźt trois sources de filiation : charnelle, adoption, et filiation liĂ©e Ă lâassistance mĂ©dicale Ă la procrĂ©ation.
- La loi n°72-3 du 3 janvier 1972 (Carbonnier) a profondément modernisé le droit de la filiation et a posé deux principes directeurs.
- Le principe de vĂ©ritĂ© biologique nâest pas absolu : lâenfant issu dâune relation incestueuse ne peut avoir une double filiation Ă©tablie.
- Le principe dâĂ©galitĂ© vise Ă Ă©viter les discriminations envers lâenfant, indĂ©pendamment du statut matrimonial des parents.
- Avant la rĂ©forme, lâenfant adultĂ©rin pouvait subir une discrimination successorale en recevant seulement la moitiĂ© de la part due aux enfants lĂ©gitimes, ce qui a conduit Ă une condamnation europĂ©enne.
đĄ Astuce mĂ©mo
VĂ©ritĂ© biologique = âau plus prĂšs du sangâ, ĂgalitĂ© = âpas de discrimination pour lâenfantâ.
đ 2. Ătablissement non-contentieux de la filiation
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Ătablissement non-contentieux : Mode dâĂ©tablissement de la filiation qui intervient sans litige entre les parents.
- Article 310-1 du code civil : Dispositif qui Ă©numĂšre les trois modes non-contentieux dâĂ©tablissement lĂ©gal de la filiation.
- Reconnaissance volontaire : Acte par lequel un parent reconnaĂźt volontairement lâenfant, produisant un effet sur la filiation.
- Possession dâĂ©tat : Situation de fait oĂč le lien parental est vĂ©cu et reconnu socialement, pouvant ĂȘtre constatĂ©e par acte de notoriĂ©tĂ©.
- Interdiction de lâinceste : Principe empĂȘchant lâĂ©tablissement de la filiation entre lâenfant et ses deux parents en cas de relation incestueuse.
đ Points essentiels
- La filiation est Ă©tablie non-contentieusement par lâeffet de la loi, par la reconnaissance volontaire ou par la possession dâĂ©tat constatĂ©e par acte de notoriĂ©tĂ© (art. 310-1).
- En cas de litige, lâĂ©tablissement de la filiation peut aussi rĂ©sulter dâun jugement, ce qui relĂšve dâune autre section du chapitre.
- Lâarticle 310-2 maintient lâinterdiction dâĂ©tablir le lien de filiation entre lâenfant et ses deux parents lorsque lâenfant est issu dâune relation incestueuse.
- La Cour de cassation (Cass. civ. 1re, 6 janvier 2004, n° 01-01.600) a censurĂ© une adoption intrafamiliale dâun enfant incestueux, pour Ă©viter un contournement dâune prohibition dâordre public.
- En prĂ©sence dâune premiĂšre filiation pour un enfant incestueux, lâofficier de lâĂ©tat civil doit refuser lâinscription dâune seconde filiation, et si elle est inscrite elle est sans effet.
đĄ Astuce mĂ©mo
Non-contentieux = 3 voies : Loi, Reconnaissance, Possession dâĂ©tat (acte de notoriĂ©tĂ©). Inceste = 1 seule filiation (refus de la 2e).
đ 3. Modes non-contentieux et interdiction de lâinceste
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Filiation non-contentieuse : La filiation non-contentieuse regroupe les modes dâĂ©tablissement de la filiation sans procĂšs, prĂ©vus par le code civil.
- Ătablissement par lâeffet de la loi : LâĂ©tablissement par lâeffet de la loi fait naĂźtre la filiation automatiquement Ă partir de situations prĂ©vues par le code civil.
- Reconnaissance volontaire : La reconnaissance volontaire est lâacte par lequel un parent dĂ©clare Ă©tablir sa filiation Ă lâĂ©gard de lâenfant.
- Possession dâĂ©tat : La possession dâĂ©tat correspond Ă une situation de fait durable traduisant un lien parent-enfant.
- Présomption de paternité : La présomption de paternité attribue la paternité au mari de la mÚre lorsque les conditions légales sont réunies.
đ Points essentiels
- La filiation non-contentieuse est organisĂ©e en trois modes : par lâeffet de la loi, par reconnaissance, et par possession dâĂ©tat.
- La filiation maternelle par lâeffet de la loi ne dĂ©pend pas de la situation civile de la mĂšre (mariĂ©e, cĂ©libataire, concubinage, PACS).
- La filiation paternelle par lâeffet de la loi est rĂ©servĂ©e au cas oĂč la mĂšre est mariĂ©e, car le mariage dĂ©clenche la prĂ©somption.
- En lâabsence de mariage, la filiation paternelle est le plus souvent Ă©tablie par reconnaissance volontaire.
- La filiation maternelle est Ă©tablie par la dĂ©signation de la mĂšre dans lâacte de naissance de lâenfant, ce qui fait de la mĂšre celle qui accouche.
- La filiation paternelle par lâeffet de la loi repose sur la prĂ©somption : lâenfant conçu ou nĂ© pendant le mariage a pour pĂšre le mari.
đĄ Astuce mĂ©mo
MÚre = acte de naissance ; PÚre = mariage (présomption).
đ 4. Filiation par lâeffet de la loi
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- PrĂ©somption de paternitĂ© : PrĂ©somption lĂ©gale qui attribue au mari de la mĂšre la paternitĂ© de lâenfant conçu ou nĂ© pendant le mariage.
- Pater is est quem nuptiae demonstrant : Adage latin reliant la paternitĂ© au mariage, selon lequel les noces permettent dâidentifier le pĂšre.
- Article 313 du Code civil : Disposition qui Ă©numĂšre les cas oĂč la prĂ©somption de paternitĂ© du mari est Ă©cartĂ©e.
- Article 314 du Code civil : Disposition qui prévoit le rétablissement automatique de la présomption de paternité aprÚs son écartement.
- Action en rétablissement (article 329) : Action permettant de demander en justice le rétablissement des effets de la présomption en prouvant que le mari est le pÚre.
đ Points essentiels
- La rĂšgle de base attribue la paternitĂ© au mari pour lâenfant conçu ou nĂ© pendant le mariage (art. 312 du Code civil).
- La prĂ©somption repose sur lâidĂ©e que la filiation paternelle est difficile Ă Ă©tablir et quâelle sâaccorde avec les devoirs du mariage (cohabitation et fidĂ©litĂ©).
- Le raisonnement en trois temps consiste Ă vĂ©rifier lâexistence du mariage, puis lâĂ©ventuel Ă©cartement, enfin le rĂ©tablissement de la prĂ©somption.
- La prĂ©somption est Ă©cartĂ©e si lâacte de naissance ne dĂ©signe pas le mari comme pĂšre (art. 313).
- La prĂ©somption est aussi Ă©cartĂ©e si lâenfant naĂźt au-delĂ de 300 jours aprĂšs lâintroduction de la procĂ©dure de divorce/sĂ©paration ou aprĂšs la convention notariĂ©e, et si moins de 180 jours se sont Ă©coulĂ©s depuis le rejet/
- La prĂ©somption est rĂ©tablie de plein droit (art. 314) si, aprĂšs lâĂ©cartement, lâenfant a la possession dâĂ©tat envers le mari et nâa pas dĂ©jĂ une filiation paternelle Ă©tablie contre un tiers.
đĄ Astuce mĂ©mo
Mariage â PĂšre prĂ©sumĂ© ; Acte/Timing (art. 313) â Ăcart ; Possession dâĂ©tat + pas de pĂšre tiers (art. 314) â RĂ©tablissement ; Sinon, preuve en justice (art. 329).
đ 5. PrĂ©somption de paternitĂ© et dĂ©signation de la mĂšre
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Reconnaissance de lâenfant : La reconnaissance est un acte qui Ă©tablit un lien de filiation entre son auteur et lâenfant, avec des effets sur le nom et lâautoritĂ© parentale.
- CaractĂšre personnel de la reconnaissance : La reconnaissance produit des effets attachĂ©s Ă la personne de son auteur, ce qui influence directement la situation familiale de lâenfant.
- Effet rĂ©troactif de la reconnaissance : La reconnaissance produit un effet rĂ©troactif, de sorte que le lien de filiation est rĂ©putĂ© Ă©tabli dĂšs la naissance de lâenfant.
- Possession dâĂ©tat : La possession dâĂ©tat est une situation de fait qui fait apparaĂźtre un rapport parent-enfant, que le droit peut ensuite constater.
- Acte de notoriĂ©tĂ© : Lâacte de notoriĂ©tĂ© est un acte dĂ©livrĂ© pour constater la possession dâĂ©tat et faire foi de celle-ci jusquâĂ preuve contraire.
đ Points essentiels
- La reconnaissance Ă©tablit un lien de filiation et entraĂźne des consĂ©quences sur le nom de lâenfant et lâexercice de lâautoritĂ© parentale.
- La reconnaissance fait entrer lâenfant dans la famille de son auteur et ouvre la vocation successorale entre lâenfant et son parent.
- La reconnaissance produit un effet rĂ©troactif : la filiation est Ă©tablie dĂšs la naissance de lâenfant.
- La possession dâĂ©tat nâest mobilisĂ©e que si la filiation nâest pas Ă©tablie par un acte de naissance ou un acte de reconnaissance : câest un mode subsidiaire.
- La possession dâĂ©tat repose sur trois Ă©lĂ©ments : NOMEN (mĂȘme nom), TRACTATUS (comportements parent-enfant), FAMA (rĂ©putation auprĂšs des tiers).
- Lâacte de notoriĂ©tĂ© fait foi de la possession dâĂ©tat jusquâĂ preuve contraire : câest une prĂ©somption de fait simple et rĂ©versible.
đĄ Astuce mĂ©mo
NOMEN-TRACTATUS-FAMA : Nom, Traitements, Fama (rĂ©putation) = possession dâĂ©tat.
đ 6. Actions relatives Ă la filiation et rĂšgles gĂ©nĂ©rales
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Intransmissibilité des actions : Les actions relatives à la filiation ont un caractÚre personnel, donc en principe non transmissible aux héritiers.
- OpposabilitĂ© erga omnes : LâautoritĂ© des dĂ©cisions de filiation sâimpose Ă tous, y compris aux tiers, car elles concernent lâĂ©tat civil.
- Conflit de filiations : Situation oĂč un enfant risquerait dâavoir deux filiations incompatibles en mĂȘme temps, ce que le droit cherche Ă Ă©viter.
- Prescription décennale en filiation : Les actions relatives à la filiation se prescrivent par dix ans, sauf délai spécial prévu par la loi.
- Expertise biologique de droit : En matiĂšre de filiation, la demande dâexpertise biologique nâest soumise Ă aucune condition prĂ©alable, sauf motif lĂ©gitime de refus.
đ Points essentiels
- Les hĂ©ritiers peuvent agir quand le titulaire de lâaction est dĂ©cĂ©dĂ© avant lâexpiration du dĂ©lai qui lui Ă©tait imparti par la loi.
- LâintransmissibilitĂ© ne concerne plus que les crĂ©anciers du dĂ©funt : ils ne peuvent pas agir Ă la place du dĂ©biteur dĂ©cĂ©dĂ©.
- Les décisions relatives à la filiation ont une autorité absolue et sont opposables à tous (erga omnes).
- Tant quâune filiation lĂ©galement Ă©tablie nâa pas Ă©tĂ© contestĂ©e en justice, elle fait obstacle Ă lâĂ©tablissement dâune autre filiation qui la contredirait.
- La prescription trentenaire de 1972 est abandonnĂ©e au profit dâune prescription dĂ©cennale consacrĂ©e par lâarticle 321.
- Pour un mineur, le dĂ©lai est suspendu jusquâĂ la majoritĂ©, puis le jeune majeur dispose de dix ans pour agir ; lâaction nâest pas perdue mais reportĂ©e (Cass. civ. 1re, 10 janv. 1990, n° 88-14.404).
đĄ Astuce mĂ©mo
Intransmissible sauf héritiers avant délai ; erga omnes ; pas deux filiations ; 10 ans (mineur suspendu) ; expertise biologique sans condition sauf motif légitime.
đ 7. Actions aux fins dâĂ©tablissement de la filiation
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Action en recherche de maternitĂ© : Action judiciaire visant Ă Ă©tablir la filiation maternelle lorsque la maternitĂ© nâa pas Ă©tĂ© Ă©tablie par une voie non contentieuse.
- Accouchement sous X : Accouchement oĂč la mĂšre demande le secret de son admission et de son identitĂ©, ce qui encadre lâĂ©tablissement de la filiation.
- Action en recherche de paternitĂ© : Action judiciaire destinĂ©e Ă Ă©tablir la filiation paternelle lorsque celle-ci nâest pas Ă©tablie par une voie non contentieuse.
- AutoritĂ© de la chose jugĂ©e : Principe procĂ©dural qui empĂȘche quâune dĂ©cision rendue contre une personne produise des effets juridiques sur un tiers non partie Ă lâinstance.
- CNAOP : Conseil national pour lâaccĂšs aux origines personnelles, autoritĂ© indĂ©pendante créée pour organiser lâaccĂšs aux origines des personnes nĂ©es sous X.
đ Points essentiels
- Avant lâordonnance de 2005, la filiation Ă©tait distinguĂ©e en lĂ©gitime et naturelle, puis lâunification a simplifiĂ© le rĂ©gime des actions.
- La recherche en justice suppose que la filiation de lâenfant nâest pas dĂ©jĂ Ă©tablie par la loi, la reconnaissance volontaire ou la possession dâĂ©tat.
- LâĂ©tablissement judiciaire de la maternitĂ© nâentraĂźne pas automatiquement des effets sur la paternitĂ©, mĂȘme si la mĂšre est mariĂ©e.
- La prĂ©somption de paternitĂ© ne joue quâen matiĂšre non contentieuse, et les deux filiations sont Ă©tablies de façon indĂ©pendante.
- LâautoritĂ© de la chose jugĂ©e sâoppose Ă ce que les effets dâune dĂ©cision concernant une femme mariĂ©e atteignent juridiquement son conjoint non partie au procĂšs.
- Lâaction en recherche de maternitĂ© (art. 325 C. civ.) est subordonnĂ©e Ă lâabsence de titre (acte de naissance ou reconnaissance dĂ©signant la mĂšre) et Ă lâabsence de possession dâĂ©tat, ce qui vise notamment enlĂšvement, âs
đ 8. Actions en contestation de la filiation
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Filiation légalement établie : La filiation légalement établie est le lien parent-enfant créé par une voie non contentieuse, qui sert de point de départ à toute contestation.
- MĂšre lĂ©gale : La mĂšre lĂ©gale est la femme Ă lâĂ©gard de laquelle la filiation a Ă©tĂ© Ă©tablie par une dĂ©cision ou un acte ayant valeur juridique.
- PĂšre lĂ©gal : Le pĂšre lĂ©gal est lâhomme dĂ©signĂ© par la prĂ©somption de paternitĂ©, par une reconnaissance ou par un acte constatant une possession dâĂ©tat.
- AutoritĂ© de la chose jugĂ©e : LâautoritĂ© de la chose jugĂ©e empĂȘche quâune filiation dĂ©jĂ tranchĂ©e par le juge soit remise en cause par une nouvelle action.
- Possession dâĂ©tat : La possession dâĂ©tat correspond au fait, dans la vie, que les personnes dĂ©signĂ©es comme parents se comportent comme tels et sont reconnues comme tels.
đ Points essentiels
- Lâordonnance de 2005 simplifie les actions en contestation en supprimant les notions de filiation lĂ©gitime et naturelle.
- La contestation vise soit lâabsence dâaccouchement de la mĂšre lĂ©gale, soit lâabsence de paternitĂ© du pĂšre lĂ©gal.
- La contestation suppose une filiation dĂ©jĂ lĂ©galement Ă©tablie par effet de la loi, reconnaissance volontaire ou possession dâĂ©tat constatĂ©e par acte de notoriĂ©tĂ©.
- Une filiation Ă©tablie en justice ne peut plus ĂȘtre contestĂ©e une fois les recours Ă©puisĂ©s, car elle devient dĂ©finitive.
- Le lien de filiation sâapprĂ©cie par le âtitreâ et, parfois, par la possession dâĂ©tat, qui renforce ou fragilise la filiation.
- Plus la filiation est corroborĂ©e (titre + possession dâĂ©tat), plus elle est difficile Ă contester, et plus elle est fragile (titre seul ou possession dâĂ©tat seule), plus elle est facile Ă contester.
đĄ Astuce mĂ©mo
Titre = preuve juridique ; possession dâĂ©tat = preuve sociale/affective : titre+possession = filiation solide, titre seul ou possession seule = filiation fragile.
đ 9. Filiation adoptive et intĂ©rĂȘt de lâadoptĂ©
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Possession dâĂ©tat conforme au titre : La possession dâĂ©tat est dite conforme au titre lorsque les actes de filiation et la rĂ©alitĂ© vĂ©cue de la filiation concordent.
- Action en contestation de la filiation : Lâaction en contestation est la procĂ©dure permettant de remettre en cause une filiation dĂ©jĂ Ă©tablie par un acte ou par la possession dâĂ©tat.
- DĂ©lai de consolidation de 5 ans : Le dĂ©lai de consolidation de 5 ans est la pĂ©riode pendant laquelle la filiation renforcĂ©e par la possession dâĂ©tat se stabilise.
- Acte de notoriĂ©tĂ© : Lâacte de notoriĂ©tĂ© constate une possession dâĂ©tat sans que la filiation soit nĂ©cessairement Ă©tablie par un titre classique.
- Conflit de paternitĂ© : Le conflit de paternitĂ© est le litige qui oppose plusieurs paternitĂ©s possibles lorsque des reconnaissances antĂ©natales et la prĂ©somption lĂ©gale sâaffrontent.
đ Points essentiels
- Lorsque le titre est renforcĂ© par une possession dâĂ©tat conforme, lâaction en contestation est rĂ©servĂ©e Ă un cercle plus restreint et enfermĂ©e dans un dĂ©lai plus bref.
- Selon lâarticle 333 du code civil, seuls peuvent agir lâenfant, lâun de ses pĂšre et mĂšre et celui qui se prĂ©tend le parent vĂ©ritable.
- Lâaction en contestation se prescrit par cinq ans Ă compter de la cessation de la possession dâĂ©tat ou du dĂ©cĂšs du parent dont la filiation est contestĂ©e.
- Si la possession dâĂ©tat conforme au titre a durĂ© au moins cinq ans, la filiation ne peut plus ĂȘtre contestĂ©e, sauf par le ministĂšre public (art. 333, al. 2).
- Le dĂ©lai de cinq ans est un dĂ©lai prĂ©fixe : il ne se suspend ni ne sâinterrompt et le juge en contrĂŽle le respect dâoffice.
- Ă dĂ©faut de possession dâĂ©tat conforme au titre, lâaction en contestation peut ĂȘtre engagĂ©e par toute personne ayant intĂ©rĂȘt dans le dĂ©lai de dix ans (art. 334).
đĄ Astuce mĂ©mo
Titre + possession dâĂ©tat = 5 ans verrouillĂ©s ; sans possession conforme = 10 ans ouverts.
đ 10. Conditions du prononcĂ© et procĂ©dure dâadoption
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Adoptant : Personne ou couple qui demande lâadoption plĂ©niĂšre et doit remplir les conditions lĂ©gales prĂ©vues par le code civil.
- AdoptĂ© : Enfant concernĂ© par lâadoption plĂ©niĂšre, soumis Ă des conditions dâĂąge et Ă un accueil prĂ©alable chez les adoptants.
- AgrĂ©ment : DĂ©cision administrative dĂ©livrĂ©e en vue de lâadoption, accordĂ©e par le prĂ©sident du conseil gĂ©nĂ©ral et nĂ©cessaire dans la plupart des cas.
- Placement en vue de lâadoption : Remise effective de lâenfant aux futurs adoptants, Ă©tape prĂ©alable indispensable avant le prononcĂ© judiciaire.
- Phase judiciaire : Ătape devant le tribunal judiciaire, dĂ©clenchĂ©e par une requĂȘte, au cours de laquelle le juge contrĂŽle les conditions et lâintĂ©rĂȘt de lâenfant.
đ Points essentiels
- Lâadoption plĂ©niĂšre peut ĂȘtre demandĂ©e par un couple mariĂ© non sĂ©parĂ©, deux partenaires PACS, deux concubins ou une personne seule (art. 343).
- Depuis la loi de 2022, lâexigence de mariage du couple disparaĂźt pour lâadoption plĂ©niĂšre.
- Les adoptants doivent justifier dâune communautĂ© de vie dâau moins un an ou avoir plus de 26 ans chacun, et ces critĂšres ne sont pas cumulatifs (art. 343, al. 2).
- Pour une personne seule, le consentement du conjoint ou du partenaire non adoptant est requis si la personne est mariée ou pacsée, mais pas en concubinage (art. 343-1, al. 2).
- Lâadoption plĂ©niĂšre exige un Ă©cart dâĂąge : 15 ans de plus en principe, 10 ans en cas dâadoption au sein du couple, avec possibilitĂ© de dĂ©rogation pour justes motifs (art. 344).
- Lâadoption plĂ©niĂšre est interdite en intrafamilial entre ascendants/descendants en ligne directe et entre frĂšres et sĆurs, sauf motifs graves commandĂ©s par lâintĂ©rĂȘt de lâadoptĂ© (art. 343-2).
đĄ Astuce mĂ©mo
Adoptant + AdoptĂ© + AgrĂ©ment/Placement + Juge : la chaĂźne logique est conditions â Ă©tapes â contrĂŽle de lâintĂ©rĂȘt de lâenfant.
đ 11. Conditions relatives Ă lâadoptant et Ă lâadoptĂ©
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Adoption simple : Lâadoption simple est une forme dâadoption qui crĂ©e un lien de filiation sans rendre la dĂ©cision irrĂ©vocable.
- Consentement de lâadoptĂ© : Le consentement de lâadoptĂ© est requis dans certains cas, notamment lorsque lâadoptĂ© est suffisamment ĂągĂ©.
- Adoption de lâenfant du conjoint : Lâadoption simple permet dâadopter lâenfant du conjoint, partenaire ou concubin, avec des conditions dâĂąge assouplies.
- RĂ©vocation de lâadoption simple : La rĂ©vocation de lâadoption simple est une procĂ©dure qui peut mettre fin aux effets de lâadoption pour lâavenir, sous conditions.
- Gestation pour autrui : La gestation pour autrui est une pratique interdite en droit français, consistant à recourir à une mÚre porteuse.
đ Points essentiels
- Lâadoption simple est permise quel que soit lâĂąge de lâadoptĂ©, y compris si lâadoptĂ© est adulte et peut avoir des enfants.
- Si lâadoptĂ© a plus de 13 ans, son consentement est exigĂ© pour lâadoption simple.
- Lâadoption simple ne doit pas ĂȘtre dĂ©tournĂ©e de son but, qui est la crĂ©ation dâun lien de filiation.
- Lâadoption simple dâun enfant dĂ©jĂ adoptĂ© en plĂ©niĂšre est possible si des motifs graves la justifient (art. 360, al. 2).
- Un enfant dĂ©jĂ adoptĂ© par une seule personne peut ensuite ĂȘtre adoptĂ© par le conjoint, partenaire ou concubin de celle-ci sous forme simple (art. 360, al. 3).
- Lâadoption simple de lâenfant du conjoint, partenaire ou concubin est possible sans restriction dâĂąge pour lâadoptant.
đĄ Astuce mĂ©mo
Ăge libre pour lâadoptĂ©, mais consentement aprĂšs 13 ans : simple = lien de filiation, pas dĂ©tour.
đ 12. AMP et gestation pour autrui : interdiction et transcription
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- IndisponibilitĂ© du corps humain : Principe juridique selon lequel le corps humain ne peut pas faire lâobjet de conventions ou de transactions, ce qui fonde lâinterdiction de la GPA en droit interne.
- Article 16-7 du code civil : RÚgle du code civil qui prohibe la gestation pour autrui et sert de base au refus de transcription des actes étrangers en droit français.
- Principe mater semper⊠: Principe selon lequel la mÚre est celle qui accouche, utilisé pour apprécier la compatibilité de la transcription avec le droit français.
- Affaire Mennesson : Contentieux europĂ©en portant sur la transcription dâactes de naissance Ă©trangers dâenfants nĂ©s par GPA aux Ătats-Unis, avec refus initial des autoritĂ©s françaises.
- Protocole 16 CEDH : Mécanisme permettant aux plus hautes juridictions nationales de demander un avis consultatif à la Cour européenne sur une question de principe.
đ Points essentiels
- Avant la bioĂ©thique, la jurisprudence française refusait la GPA en sâappuyant sur lâindisponibilitĂ© du corps humain et sur lâĂ©tat civil dâordre public.
- AprĂšs la loi bioĂ©thique de 1994, lâinterdiction a Ă©tĂ© rattachĂ©e Ă lâarticle 16-7 du code civil pour Ă©carter la GPA et ses effets en Ă©tat civil.
- Les associations visant Ă mettre en relation des parents avec des mĂšres porteuses sont qualifiĂ©es dâillicites par la jurisprudence française.
- Le contentieux sâest dĂ©placĂ© vers lâĂ©tat civil : la transcription dâactes Ă©trangers a dâabord Ă©tĂ© refusĂ©e car contraire Ă lâarticle 16-7.
- Dans lâaffaire Mennesson, la CEDH condamne la France pour violation de lâarticle 8 en raison du refus de transcrire la filiation paternelle vĂ©ridique.
- La CEDH nâa pas condamnĂ© la France sur le refus de reconnaĂźtre la maternitĂ© dâintention, car le principe mater semper⊠nâest pas jugĂ© contraire Ă la Convention.
đĄ Astuce mĂ©mo
GPA = Corps indisponible â Ă©tat civil bloquĂ©, puis CEDH impose la filiation paternelle dâabord, maternitĂ© dâintention ensuite seulement en contexte exceptionnel.
đ
RepĂšres chronologiques
| Date | ĂvĂ©nement |
|---|
| 3 janvier 1972 | Loi n°72-3 du 3 janvier 1972 (Carbonnier) modernisant le droit de la filiation et posant les deux principes directeurs |
| 1er fĂ©v. 2000 | ArrĂȘt Mazurek c/France (CEDH, 1er fĂ©v. 2000, req. n° 34406/97) condamnant la discrimination successorale de lâenfant adultĂ©rin |
| 4 juillet 2005 | Ordonnance n° 2005-759 du 4 juillet 2005 (filiation : simplification et harmonisation du régime des actions) |
đ Tableaux de synthĂšse
Modes non-contentieux de la filiation
| Mode | Idée centrale | Preuve/acte |
|---|
| Effet de la loi | Filiation naĂźt automatiquement dans les cas prĂ©vus | DĂ©signation dans lâacte de naissance (maternitĂ©) / prĂ©somption (paternitĂ©) |
| Reconnaissance volontaire | Acte par lequel un parent dĂ©clare Ă©tablir sa filiation | Acte authentique reçu par lâofficier de lâĂ©tat civil / notaire / juge |
| Possession dâĂ©tat | VĂ©ritĂ© sociologique/affective reconnue par le droit | Acte de notoriĂ©tĂ© (prĂ©somption de fait simple) |
â ïž PiĂšges & confusions frĂ©quents
- Confondre vĂ©ritĂ© biologique et vĂ©ritĂ© affective : la possession dâĂ©tat peut consacrer une filiation non strictement biologique.
- Croire que lâenfant incestueux peut avoir une double filiation : le droit interdit lâĂ©tablissement de la double filiation en cas de relation incestueuse.
- Penser que la prĂ©somption de paternitĂ© joue toujours : elle nâopĂšre quâen matiĂšre non-contentieuse et suppose lâexistence du mariage.
- Oublier que lâĂ©tablissement judiciaire de la maternitĂ© nâentraĂźne pas automatiquement la paternitĂ© : les deux filiations sont indĂ©pendantes et la prĂ©somption ne joue pas en contentieux.
- Se tromper sur la logique des dĂ©lais : 10 ans (droit commun) vs 5 ans prĂ©fixe en contestation quand titre renforcĂ© par possession dâĂ©tat conforme.
- Croire que lâacte de notoriĂ©tĂ© est une dĂ©cision de justice : ce nâest pas un jugement et il est rĂ©versible (preuve contraire).
- Confondre adoption pléniÚre et adoption simple : la pléniÚre substitue la filiation adoptive et est irrévocable, la simple est révocable pour motifs graves.
â
Checklist Examen
- Identifier les trois sources de filiation en droit français (charnelle, adoption, AMP) et rappeler les deux principes directeurs (vérité biologique et égalité).
- Expliquer lâinterdiction de la double filiation en cas dâenfant issu dâune relation incestueuse et ses consĂ©quences sur lâĂ©tat civil.
- Citer les trois modes non-contentieux dâĂ©tablissement (effet de la loi, reconnaissance volontaire, possession dâĂ©tat constatĂ©e par acte de notoriĂ©tĂ©) et distinguer leur logique.
- Pour la filiation maternelle par effet de la loi, prĂ©ciser que la mĂšre est celle dĂ©signĂ©e dans lâacte de naissance (mĂšre qui accouche) et que cela ne dĂ©pend pas de la situation civile.
- Pour la filiation paternelle par effet de la loi, rappeler que la prĂ©somption suppose le mariage et exposer les cas dâĂ©cartement (art. 313) puis de rĂ©tablissement (art. 314) et lâaction en rĂ©tablissement (art. 329).
- Décrire la reconnaissance volontaire : acte authentique, effet rétroactif (filiation réputée établie dÚs la naissance), caractÚre personnel et conséquences (nom, autorité parentale, vocation successorale).
- DĂ©crire la possession dâĂ©tat : caractĂšre subsidiaire sans titre, triptyque NOMEN-TRACTATUS-FAMA, acte de notoriĂ©tĂ© (foi jusquâĂ preuve contraire) et dĂ©lai de dĂ©livrance (5 ans) vs action des tiers (10 ans).
- Exposer les rÚgles générales des actions relatives à la filiation : intransmissibilité/atténuations pour héritiers, opposabilité erga omnes, obstacle au conflit de filiations, prescription décennale (mineur : suspension)
- MaĂźtriser les actions dâĂ©tablissement : recherche de maternitĂ© (art. 325) subordonnĂ©e Ă absence de titre et de possession dâĂ©tat, et rappeler que lâĂ©tablissement judiciaire de la maternitĂ© nâemporte pas automatiquement p
- MaĂźtriser les actions en contestation : condition prĂ©alable dâune filiation lĂ©galement Ă©tablie, autoritĂ© de la chose jugĂ©e, distinction titre+possession conforme (art. 333 : 5 ans prĂ©fixe) vs absence de possession dâĂ©tat
- MaĂźtriser lâadoption : conditions et procĂ©dure de lâadoption plĂ©niĂšre (art. 343, 343-1, 343-2, 344, 351-353) et spĂ©cificitĂ©s de lâadoption simple (art. 360, consentement aprĂšs 13 ans, rĂ©vocation art. 370).
- MaĂźtriser la GPA : interdiction de principe (art. 16-7), Ă©volution contentieuse vers la transcription (Mennesson/LabassĂ©e) et principe mater semperâŠ, puis rappeler que la loi de bioĂ©thique de 2021 rĂ©affirme lâinterdition
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