đ Plan du Cours
- Histoire des droits fondamentaux : enjeux
- Notion allemande de droits fondamentaux
- Citoyenneté athénienne : statut exclusif
- LibertĂ© et esclavage dans lâAntiquitĂ©
- Personnalité juridique romaine : propriété et obligations
- Absence de contrĂŽle juridictionnel du pouvoir romain
- Hiérarchie des lois et norme morale supérieure
- ĂgalitĂ© devant Dieu et dignitĂ© humaine
- Augustin : deux cités et pouvoir remÚde
- Contrat social : volonté générale et liberté
- Constitutionnalisme : droits intangibles et normes
- Droits et devoirs : conciliation révolutionnaire
đ 1. Histoire des droits fondamentaux : enjeux
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Droit fondamental (sens strict) : Notion juridique apparue en Allemagne au XIXe siÚcle, caractérisée par une valeur constitutionnelle et une garantie juridictionnelle, avec une portée universelle ou limitée selon les droits.
- Parlement de Francfort : Institution de la confédération germanique qui adopte en décembre 1848 une loi relative aux droits fondamentaux du peuple allemand, restée sans application.
- Constitution de Weimar : Texte de 1919 qui rĂ©introduit la notion de droits fondamentaux en faisant de lâempire allemand une dĂ©mocratie parlementaire.
- Loi fondamentale allemande de 1949 : Texte qui consacre dĂ©finitivement la notion de droits fondamentaux en RĂ©publique fĂ©dĂ©rale dâAllemagne, avec des caractĂ©ristiques prĂ©cises.
- Doctrine (source indirecte) : Production savante des juristes qui commente le droit, reconnue comme source indirecte, car elle relĂšve dâun discours plutĂŽt que dâune coercition effective.
đ Points essentiels
- Une histoire des droits fondamentaux est possible mais non Ă©vidente car lâobjet « droit fondamental » est Ă©troit et historiquement situĂ©.
- La notion de droits fondamentaux au sens strict apparaßt en Allemagne au XIXe siÚcle avec une loi de décembre 1848 au parlement de Francfort, jamais appliquée.
- La notion rĂ©apparaĂźt en 1919 avec la Constitution de Weimar, puis connaĂźt une Ă©clipse sous le IIIe Reich avant dâĂȘtre consacrĂ©e en 1949 par la loi fondamentale allemande.
- Les droits fondamentaux (au sens strict) ont une valeur constitutionnelle, une effectivité garantie par un recours juridictionnel, et une portée soit universelle soit réservée aux Allemands.
- La diffusion de cette notion vers lâEurope puis la France passe notamment par la doctrine, sous lâinfluence du doyen Favoreu.
- Pour un cours dâhistoire du droit, il faut Ă©largir lâobjet en Ă©tudiant aussi des notions voisines comme droits humains, libertĂ©s publiques, droits de lâhomme et droits naturels, afin de construire une histoire cohĂ©rente.
đĄ Astuce mĂ©mo
XIXe Allemagne â 1848 (Francfort) puis 1919 (Weimar) puis 1949 (Loi fondamentale) : la notion revient et se fixe.
đ 2. Notion allemande de droits fondamentaux
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- LibertĂ© grecque : La libertĂ© grecque dĂ©signe une rĂ©alitĂ© politique liĂ©e Ă lâappartenance Ă la citĂ©, pas un droit individuel opposable au pouvoir.
- CitoyennetĂ© athĂ©nienne : La citoyennetĂ© athĂ©nienne est un statut juridique fermĂ© qui conditionne lâaccĂšs Ă la vie politique et Ă lâexercice de la souverainetĂ©.
- LibertĂ© comme participation : La libertĂ© est comprise comme un engagement civique continu, fondĂ© sur la participation aux dĂ©cisions et lâaccomplissement de charges.
- Exclusions structurelles : Les exclusions structurelles sont des limites constitutives de la libertĂ© grecque, car lâĂ©galitĂ© politique ne concerne quâun groupe restreint.
- ProcĂšs de Socrate : Le procĂšs de Socrate illustre les tensions entre la libertĂ© du citoyen et lâautoritĂ© de la citĂ©, notamment pour la pensĂ©e et lâexpression.
đ Points essentiels
- La libertĂ© nâest pas dĂ©finie comme une autonomie individuelle protĂ©gĂ©e contre lâĂtat, mais comme une position au sein de la communautĂ© civique.
- Ătre libre signifie ĂȘtre citoyen, et lâabsence de citoyennetĂ© exclut de la libertĂ© politique.
- La citoyennetĂ© repose sur une logique dâappartenance communautaire (naissance et intĂ©gration), et non sur une Ă©galitĂ© universaliste de type droits de lâHomme.
- La loi de PĂ©riclĂšs (451 av. J.-C.) resserre lâaccĂšs Ă la citoyennetĂ© en exigeant des parents athĂ©niens, ce qui en fait un privilĂšge politique.
- Lâinscription sur les registres dâune dĂšme Ă 18 ans se fait aprĂšs un examen vĂ©rifiant lâorigine et la lĂ©gitimitĂ© du candidat.
- Les droits des citoyens sont surtout politiques (assemblée, vote, parole, magistratures, tribunaux populaires) et ne sont pas présentés comme des garanties individuelles contre la puissance publique.
đĄ Astuce mĂ©mo
Citoyen = liberté : sans citoyenneté, pas de liberté politique.
đ 3. CitoyennetĂ© athĂ©nienne : statut exclusif
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Liberté de statut : La liberté grecque est une liberté liée à une position juridique précise, avec des modalités réservées à certains membres de la cité.
- ProcĂšs de Socrate : Le procĂšs de Socrate (399 av. J.-C.) illustre les limites de la libertĂ© de pensĂ©e et dâexpression dans la dĂ©mocratie athĂ©nienne.
- EcclĂ©sia : LâEcclĂ©sia est lâassemblĂ©e oĂč la parole politique peut sâexprimer librement, mais dans un cadre normatif collectif.
- Ostracisme : Lâostracisme est une procĂ©dure dâexil temporaire dâun citoyen jugĂ© dangereux, sans infraction pĂ©nale clairement Ă©tablie.
- Tyrannie de la majorité : La tyrannie de la majorité désigne le risque que la volonté majoritaire devienne irrationnelle et incohérente, dominant sans garanties individuelles.
đ Points essentiels
- La liberté athénienne est une liberté politique attachée à la citoyenneté, et non une liberté universaliste fondée sur une humanité commune.
- Dans le procĂšs de Socrate, lâaccusation porte sur lâimpiĂ©tĂ© et la corruption de la jeunesse, et la condamnation aboutit Ă la mort prononcĂ©e par un tribunal populaire.
- La parole politique est libre Ă lâEcclĂ©sia, mais hors de ce cadre elle est encadrĂ©e par des normes et valeurs collectives.
- Dans lâApologie, Socrate revendique le droit de questionner les croyances et de chercher la vĂ©ritĂ©.
- Dans le Criton, Socrate refuse de quitter la citĂ© et prĂ©sente lâobĂ©issance comme une obligation liĂ©e Ă lâordre juridique collectif.
- Lâostracisme permet dâexiler un citoyen dangereux pour lâĂ©quilibre de la citĂ© sans quâune infraction prĂ©cise soit Ă©tablie, ce qui rĂ©duit les garanties individuelles par rapport au droit moderne.
đĄ Astuce mĂ©mo
Socrate + ostracisme = démocratie qui tolÚre la parole en assemblée, mais encadre et peut exclure sans droits individuels supérieurs.
đ 4. LibertĂ© et esclavage dans lâAntiquitĂ©
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Esclavagisme romain : Lâesclavagisme romain est un systĂšme oĂč lâesclave nâest pas traitĂ© comme une personne mais comme une chose transmissible et punissable.
- Affranchissement : Lâaffranchissement est lâacte qui libĂšre lâesclave, sans effacer totalement la marque sociale liĂ©e Ă lâancienne condition servile.
- PĂ©cule : Le pĂ©cule est une somme dâargent reconnue Ă lâesclave, pouvant devenir sa propriĂ©tĂ© sâil accĂšde Ă la libertĂ©.
- HiĂ©rarchie statutaire : La hiĂ©rarchie statutaire est lâorganisation juridique des personnes selon leur statut, qui empĂȘche lâidĂ©e dâun individu autonome porteur de droits opposables.
- Jus naturale : Le jus naturale est la catégorie du droit naturel, distincte du droit positif, utilisée pour critiquer une loi jugée injuste.
đ Points essentiels
- Lâesclavage structure lâĂ©conomie romaine et lâesclave peut ĂȘtre puni, transmis, voire mis Ă mort, car il nâest pas considĂ©rĂ© comme une personne.
- Lâaffranchissement par le pater familias libĂšre juridiquement mais laisse une trace sociale, car lâaffranchi ne retrouve pas lâensemble des droits du libre nĂ©.
- La protection contre les sévices excessifs et la reconnaissance du pécule constituent des atténuations possibles, sans supprimer la distinction fondamentale entre esclave et libre.
- Le droit romain pense la personne Ă travers le statut, mais ne conçoit pas encore lâindividu autonome comme sujet de droits opposables au pouvoir politique.
- Lâabsence de contrĂŽle juridictionnel du pouvoir signifie que les tribunaux jugent surtout les humains dans leurs relations privĂ©es, sans ordre apte Ă contrĂŽler la loi.
- La distinction jus naturale/droit positif permet une critique thĂ©orique dâune loi injuste, mais sans juge compĂ©tent pour en assurer le contrĂŽle.
đĄ Astuce mĂ©mo
Esclave = chose (transmission/punition) ; Jus naturel = critique sans juge ; Statut = hiérarchie ; Pouvoir = pas de contrÎle.
đ 5. PersonnalitĂ© juridique romaine : propriĂ©tĂ© et obligations
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Loi éternelle : La loi éternelle est un ordre divin immuable et universel qui oriente toutes les créatures vers leur fin ultime.
- Lex naturalis : La lex naturalis est la part de la loi éternelle accessible à la raison humaine, permettant de discerner des principes moraux fondamentaux.
- Lex humana : La lex humana est la loi humaine, nécessaire pour organiser la vie sociale, mais légitime seulement si elle se conforme à la loi naturelle.
- Lex iniusta non est lex : LâidĂ©e selon laquelle une loi injuste nâa pas de vĂ©ritable force morale, donc ne mĂ©rite pas le statut de loi au sens plein.
- DignitĂ© ontologique : La dignitĂ© ontologique est une valeur intrinsĂšque de toute personne, fondĂ©e sur lâorigine divine et la rationalitĂ©, universelle mais pas encore traduite en droits subjectifs modernes.
đ Points essentiels
- La loi Ă©ternelle prime sur le pouvoir politique : aucune loi humaine nâest pleinement juste si elle contredit lâordre supĂ©rieur.
- La loi éternelle a une portée morale universelle et une finalité éducative : elle oriente vers la béatitude (bonheur parfait).
- La loi naturelle est rationnellement participée : la raison permet de discerner des principes moraux (ex : respect de la vie, procréation).
- La loi naturelle sert de critĂšre aux lois positives : une loi contraire Ă la raison morale nâest pas une vĂ©ritable loi.
- La loi humaine vise le bien commun et régule la coexistence sociale, tout en restant subordonnée à la loi naturelle.
- La distinction lĂ©galitĂ©/justice permet dâadmettre des lois formellement valides mais substantiellement injustes, ouvrant un espace critique du pouvoir.
đĄ Astuce mĂ©mo
HiĂ©rarchie en 3 Ă©tages : Ă©ternelle (ordre divin) â naturelle (raison) â humaine (rĂšgles sociales), et la justice vĂ©rifie le dernier Ă©tage.
đ 6. Absence de contrĂŽle juridictionnel du pouvoir romain
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- LibertĂ© statutaire : La libertĂ© mĂ©diĂ©vale dĂ©signe des privilĂšges attachĂ©s Ă des groupes, territoires ou statuts, plutĂŽt quâun droit universel pour tous les individus.
- Chartes de franchise urbaines : Les chartes urbaines sont des concessions accordées par une autorité politique qui reconnaissent aux habitants des libertés et privilÚges locaux.
- Magna Carta : La Magna Carta est un compromis de 1215 qui formalise une limitation juridique du pouvoir royal en réponse à une crise politique.
- Writ dâhabeas corpus : Lâhabeas corpus est un mĂ©canisme procĂ©dural qui impose de prĂ©senter devant un tribunal une personne dĂ©tenue afin de contrĂŽler la lĂ©galitĂ© de la dĂ©tention.
đ Points essentiels
- La libertĂ© mĂ©diĂ©vale nâest pas conçue comme une Ă©galitĂ© abstraite mais comme un ensemble de droits collectifs liĂ©s Ă des statuts et Ă des ordres sociaux.
- Les chartes de franchise urbaines naissent au XIIe siÚcle avec le renouveau urbain et accordent notamment autonomie municipale, justice locale et aménagement de certaines taxes.
- La charte de Lorris (1155) illustre la logique de libertĂ© par concession avec la rĂšgle dâ« 1 an et 1 jour » menant Ă lâadage « lâair de la ville rend libre ».
- Dans la pensĂ©e mĂ©diĂ©vale, lâautoritĂ© politique est nĂ©cessaire pour garantir paix et justice, mais elle doit sâexercer conformĂ©ment au droit et dans des limites reconnues par des engagements (chartes).
- La Magna Carta (1215) naĂźt dâune rĂ©volte des barons contre Jean sans Terre et vise Ă encadrer des prĂ©rogatives royales pour rĂ©tablir la paix.
- La Magna Carta pose des garanties contre lâarbitraire, notamment lâexigence dâun jugement lĂ©gal et lâinterdiction de vendre/refuser/retarder le droit ou la justice, mais ces protections ne sont pas universelles.
đĄ Astuce mĂ©mo
Liberté médiévale = « statut + charte » ; contrÎle = « procédure + jugement légal » (pas un contrÎle juridictionnel général).
đ 7. HiĂ©rarchie des lois et norme morale supĂ©rieure
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Droit naturel : Le droit naturel est un ensemble de principes considérés comme valables pour tous, indépendamment des lois positives, et pouvant fonder des droits.
- Droit subjectif : Le droit subjectif désigne une prérogative appartenant à un individu, opposable aux autres et pouvant limiter le pouvoir politique.
- Universalisation des droits : Lâuniversalisation des droits est lâidĂ©e que les droits naturels valent pour tous les ĂȘtres humains, sans dĂ©pendre dâune appartenance particuliĂšre.
- Norme morale supĂ©rieure : La norme morale supĂ©rieure est lâidĂ©e quâune exigence de justice plus haute que la loi positive peut servir de critĂšre pour juger le droit et le pouvoir.
đ Points essentiels
- Au XVIe, la pensĂ©e juridique se transforme sous lâeffet de situations historiques inĂ©dites, notamment la conquĂȘte du Nouveau Monde et la question du statut des indigĂšnes.
- Vitoria (1483-1546) affirme un dominium des indigĂšnes et rejette lâidĂ©e quâils seraient dĂ©pourvus de raison, ce qui fonde lâuniversalitĂ© des droits naturels.
- Las Casas (1484-1566) transforme le droit naturel en instrument de critique politique en dĂ©nonçant les violences coloniales et en dĂ©fendant lâĂ©galitĂ© et la dignitĂ© des indigĂšnes.
- Suarez (1548-1617) fonde la force obligatoire du droit naturel sur Dieu lĂ©gislateur, tout en insistant sur la capacitĂ© de lâindividu Ă connaĂźtre et exercer les principes du droit naturel.
- Au XVIIe, la rationalisation dĂ©tache le droit naturel dâun fondement strictement thĂ©ologique et cherche un fondement universel accessible par la raison.
- Grotius (1625) formule lâidĂ©e dâune validitĂ© du droit naturel mĂȘme sans rĂ©fĂ©rence Ă Dieu et identifie des principes rationnels comme pacta sunt servanda et la rĂ©paration des torts.
đĄ Astuce mĂ©mo
VitoriaâuniversalitĂ©, Las Casasâcritique, SuarezâfacultĂ© du sujet, Grotiusâraison autonome.
đ 8. ĂgalitĂ© devant Dieu et dignitĂ© humaine
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- ĂgalitĂ© devant Dieu : Notion religieuse et politique qui affirme que chaque personne a la mĂȘme valeur devant Dieu, indĂ©pendamment de son statut social.
- DignitĂ© humaine : Notion selon laquelle toute personne possĂšde une valeur intrinsĂšque qui impose de la respecter et de la protĂ©ger contre lâarbitraire.
- Universalisation des droits fondamentaux : Idée selon laquelle des droits essentiels doivent valoir pour tous les individus, au-delà des appartenances particuliÚres.
- Individu source du droit : IdĂ©e moderne selon laquelle lâindividu devient Ă la fois le point de dĂ©part et la finalitĂ© du droit, qui sert Ă protĂ©ger ses libertĂ©s.
đ Points essentiels
- La modernitĂ© transforme le droit en instrument de protection contre lâarbitraire plutĂŽt quâen simple justification dâun ordre prĂ©existant.
- Le droit est présenté comme limité par des droits préexistants, ce qui en fait un pouvoir contrÎlé et non une puissance sans frein.
- Lâuniversalisation des droits fondamentaux dĂ©coule de cette transformation : les droits ne dĂ©pendent plus dâun rang social ou dâune tradition.
- La logique moderne consacre lâindividu comme source et finalitĂ© du droit, ce qui change la maniĂšre de fonder la lĂ©gitimitĂ© politique.
- LâĂ©galitĂ© et la dignitĂ© sont mobilisĂ©es pour soutenir lâidĂ©e que la valeur de la personne ne dĂ©pend pas du pouvoir en place.
đĄ Astuce mĂ©mo
Valeur â Ă©gale devant Dieu, donc droits â universels, donc droit â protĂšge lâindividu contre lâarbitraire.
đ 9. Augustin : deux citĂ©s et pouvoir remĂšde
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Pouvoir constituant : Le pouvoir constituant est la capacitĂ© souveraine de fonder ou refonder un ordre politique, sans dĂ©pendre dâun pouvoir dĂ©jĂ dĂ©lĂ©guĂ©.
- Pouvoirs constitués : Les pouvoirs constitués sont les autorités créées par le pouvoir constituant et donc limitées par la délégation qui les institue.
- Contrat social : Le contrat social est une thĂ©orie qui fait dĂ©river la lĂ©gitimitĂ© politique de lâassociation des individus en peuple souverain.
- VolontĂ© gĂ©nĂ©rale : La volontĂ© gĂ©nĂ©rale dĂ©signe lâexpression collective censĂ©e fonder la loi et la souverainetĂ© dans une communautĂ© politique.
- Droit positif : Le droit positif est lâensemble des rĂšgles juridiques effectivement Ă©crites et applicables, par opposition aux seules constructions thĂ©oriques.
đ Points essentiels
- La souverainetĂ© sâexprime dans le pouvoir constituant, tandis que les pouvoirs constituĂ©s ne peuvent pas modifier la dĂ©lĂ©gation qui les fonde.
- Le constitutionnalisme vise à organiser juridiquement la tension entre souveraineté populaire et liberté, sans la supprimer.
- Le contrat social dĂ©place la source du pouvoir : il ne vient plus dâune autoritĂ© extĂ©rieure mais de lâassociation du peuple souverain.
- En identifiant la lĂ©gitimitĂ© Ă la volontĂ© gĂ©nĂ©rale, Rousseau rend difficile lâexistence dâune instance distincte capable de limiter la souverainetĂ©.
- Les révolutions de la fin du XVIII transforment des principes philosophiques en normes juridiques écrites, ce qui marque le passage au droit positif.
- La formalisation juridique des droits sâaccompagne dâune mise en Ćuvre sĂ©lective selon les contextes politiques et les rapports de force, ce qui redĂ©finit lâuniversalitĂ© proclamĂ©e.
đĄ Astuce mĂ©mo
Constituant = source, constitués = canaux : si la source est souveraine, les canaux ne peuvent pas changer la délégation.
đ 10. Contrat social : volontĂ© gĂ©nĂ©rale et libertĂ©
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- VolontĂ© gĂ©nĂ©rale : La volontĂ© gĂ©nĂ©rale dĂ©signe lâexpression du peuple visant lâintĂ©rĂȘt commun, prĂ©sentĂ©e comme supĂ©rieure aux intĂ©rĂȘts particuliers.
- LibertĂ© individuelle : La libertĂ© individuelle regroupe les droits et garanties permettant Ă chacun dâĂȘtre protĂ©gĂ© contre lâarbitraire du pouvoir.
- Terreur : La Terreur est une pĂ©riode rĂ©volutionnaire oĂč la protection collective est invoquĂ©e pour justifier des atteintes aux droits individuels.
- Loi des suspects : La loi des suspects est un texte de septembre 1793 qui autorise lâarrestation prĂ©ventive de personnes jugĂ©es ennemies de la RĂ©volution.
- SĂ»retĂ© individuelle : La sĂ»retĂ© individuelle est la garantie que chacun peut se sentir protĂ©gĂ© contre lâarrestation arbitraire et lâinsĂ©curitĂ© juridique.
đ Points essentiels
- La période révolutionnaire met en tension la primauté de la volonté générale et la protection des droits individuels, notamment contre les « ennemis de la République ».
- Le discours de Robespierre du 5 février 1794 formule un paradoxe : la vertu est liée à la terreur, ce qui sert à justifier la suspension des droits.
- La Terreur sâĂ©tend de septembre 1793 Ă juillet 1794, jusquâĂ Thermidor An II.
- La loi du 17 septembre 1793 permet lâarrestation prĂ©ventive des personnes considĂ©rĂ©es ennemies de la RĂ©volution.
- La Terreur illustre une mise entre parenthÚses du droit à un procÚs équitable, avec des accusations politiques discutables.
- De printemps 1794 Ă lâĂ©tĂ© 1794, 22 000 citoyens sont dĂ©clarĂ©s hors la loi et 13 000 condamnĂ©s Ă mort (donnĂ©es citĂ©es).
đĄ Astuce mĂ©mo
Paradoxe : « vertu â terreur » : plus on invoque lâintĂ©rĂȘt commun, plus les garanties individuelles reculent.
đ 11. Constitutionnalisme : droits intangibles et normes
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Droits sociaux : Les droits sociaux sont des droits qui exigent une action positive de lâĂtat pour garantir des conditions matĂ©rielles dâexistence.
- Droits-libertĂ©s : Les droits-libertĂ©s sont des droits conçus comme des barriĂšres contre lâĂtat, visant dâabord Ă protĂ©ger la libertĂ© individuelle par lâabstention publique.
- Constitution de 1946 : La Constitution du 27 octobre 1946 est un texte fondateur de la IVe République qui constitutionnalise des droits et élargit leur contenu via le préambule.
- Principes particuliÚrement nécessaires à notre temps : Les principes particuliÚrement nécessaires à notre temps sont une catégorie du préambule de 1946 qui ajoute des droits économiques et sociaux aux libertés classiques.
đ Points essentiels
- Au XIXe, la logique classique fait des droits des limites au pouvoir Ă©tatique, mais lâindustrialisation et les crises sociales inversent progressivement leur fonction.
- Les droits sociaux transforment la notion de droit en imposant Ă lâĂtat des obligations dâaction (ex. droit au travail, droit Ă lâĂ©ducation) plutĂŽt quâune simple abstention.
- La critique libĂ©rale dĂ©nonce lâextension des missions de lâĂtat comme une spoliation lĂ©gale et comme une redistribution financĂ©e par lâimpĂŽt, donc par une contrainte sur certains au profit dâautres.
- La tension centrale oppose des droits-libertĂ©s protecteurs contre lâĂtat et des droits sociaux mobilisant lâĂtat pour agir sur les rapports entre individus.
- Au XXe, lâinstitutionnalisation des droits sociaux conduit Ă lâĂtat social (Ătat-providence), dont lâautolimitation devient difficile car chaque nouveau droit accroĂźt obligations, compĂ©tences et budget.
- AprĂšs 1945, la protection des droits se recombine par deux voies : constitutionnalisation interne et internationalisation, mais chacune rencontre des limites dâeffectivitĂ©.
đĄ Astuce mĂ©mo
Droits-libertĂ©s = frein contre lâĂtat ; droits sociaux = moteur pour lâĂtat ; 1946 = prĂ©ambule qui ajoute des « PPNT » aux libertĂ©s.
đ 12. Droits et devoirs : conciliation rĂ©volutionnaire
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- PrĂ©ambule de 1946 : Le prĂ©ambule de la Constitution de 1946 affirme lâhĂ©ritage de la DDHC et Ă©largit les droits fondamentaux en ajoutant des droits Ă©conomiques et sociaux.
- Droits-libertĂ©s : Les droits-libertĂ©s sont des droits classiques qui supposent surtout une abstention de lâĂtat pour laisser agir les personnes.
- Principes particuliĂšrement nĂ©cessaires Ă notre temps : Les PPNT regroupent des principes de droits Ă©conomiques et sociaux qui visent des conditions matĂ©rielles dâexercice des libertĂ©s.
- Principes fondamentaux reconnus par les lois de la RĂ©publiqu : Les PFRLR sont des principes constitutionnellement protĂ©gĂ©s, identifiĂ©s Ă partir de lois de la RĂ©publique sans ĂȘtre listĂ©s ni dĂ©finis dans le prĂ©ambule.
- Bloc de constitutionnalitĂ© : Le bloc de constitutionnalitĂ© dĂ©signe lâensemble des normes auxquelles renvoie le prĂ©ambule et qui servent de rĂ©fĂ©rence aux droits constitutionnels.
đ Points essentiels
- Le préambule de 1946 assure une continuité avec la DDHC de 1789 tout en transformant le contenu des droits fondamentaux.
- Aux droits-libertĂ©s sâajoutent des PPNT, qui consacrent des droits Ă©conomiques et sociaux et impliquent une action de lâĂtat.
- Le passage est celui de droits conçus contre lâĂtat Ă des droits garantis par lâĂtat, comme conditions matĂ©rielles dâexercice.
- Le prĂ©ambule de 1946 inclut notamment le droit du travail, la protection de la santĂ©, le repos et les loisirs, ainsi que le droit Ă lâĂ©ducation et le droit de grĂšve.
- Les PFRLR ne sont ni définis ni énumérés dans le préambule, ce qui a suscité une critique célÚbre formulée par Jean Rivero.
- La juridicitĂ© des droits du prĂ©ambule nâest pas reconnue immĂ©diatement, notamment Ă cause de lâarticle 92 al. 3 de la Constitution de 1946 excluant son examen de conformitĂ©.
đĄ Astuce mĂ©mo
ContinuitĂ© + transformation : DDHC (hĂ©ritage) puis PPNT (Ătat garant des conditions).
đ
RepĂšres chronologiques
| Date | ĂvĂ©nement |
|---|
| décembre 1848 | Parlement de Francfort adopte une loi relative aux droits fondamentaux du peuple allemand (jamais appliquée) |
| 1919 | Constitution de la République de Weimar réintroduit la notion de droits fondamentaux |
| 1949 | Loi fondamentale allemande consacre définitivement la notion de droits fondamentaux |
| 27 octobre 1946 | Constitution de 1946 (IVe République) avec préambule élargissant les droits |
đ Tableaux de synthĂšse
Caractéristiques des droits fondamentaux (sens strict, Allemagne)
| ĂlĂ©ment | CaractĂ©ristique | PortĂ©e |
|---|
| Valeur | valeur constitutionnelle | â |
| EffectivitĂ© | garantie par un recours juridictionnel | â |
| TitularitĂ© | certains droits reconnus Ă tous, dâautres seulement aux Allemands | universelle ou limitĂ©e selon les droits |
â ïž PiĂšges & confusions frĂ©quents
- Confondre libertĂ© grecque (participation Ă la citĂ©) et droits fondamentaux modernes (protection dâun individu contre lâĂtat).
- Croire que la démocratie athénienne garantit des droits universels : la citoyenneté est fermée et exclut femmes, esclaves et métÚques.
- Penser que Rome fonde des droits de lâhomme : elle universalise surtout par un langage juridique (persona, droit positif/naturel), sans Ă©galitĂ© universelle.
- Croire que le christianisme « crée » des droits fondamentaux : il universalise la dignité (imago Dei) et relativise le pouvoir, sans droits subjectifs opposables au pouvoir.
- Inverser la logique mĂ©diĂ©vale : la loi naturelle sert de critĂšre de justice et de limitation morale, mais il nây a pas encore de mĂ©canisme juridictionnel gĂ©nĂ©ral de contrĂŽle.
- Croire que la RĂ©volution française rĂ©alise immĂ©diatement lâuniversalitĂ© : citoyennetĂ© active/passive, exclusion des femmes et des esclaves, puis Terreur et suspension des garanties.
- Confondre constitutionnalisation et internationalisation : la premiĂšre dĂ©pend des institutions Ă©tatiques, la seconde vise des droits communs mais a longtemps manquĂ© dâeffectivitĂ© avant les mĂ©canismes supranationaux.
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Checklist Examen
- Expliquer pourquoi une histoire des droits fondamentaux est possible mais non Ă©vidente (objet Ă©troit, notion historiquement situĂ©e) et citer lâidĂ©e dâĂ©largir aux notions voisines.
- Décrire les caractéristiques des droits fondamentaux au sens strict (valeur constitutionnelle, effectivité par recours juridictionnel, portée universelle ou limitée).
- CaractĂ©riser la libertĂ© grecque comme participation : ĂȘtre libre = ĂȘtre citoyen, et la citoyennetĂ© comme statut exclusif fondĂ© sur lâappartenance.
- Maßtriser les institutions athéniennes (Ecclésia, BoulÚ, Héliée) et montrer comment elles organisent la participation et la méfiance envers la concentration du pouvoir.
- Identifier les limites structurelles de la liberté grecque : exclusions (femmes, esclaves, métÚques) et tensions (procÚs de Socrate, ostracisme, tyrannie de la majorité).
- Expliquer lâapport romain : rationalisation du droit (jus civile, jus gentium, jus naturale) et invention de la persona (capacitĂ©/titularitĂ©, propriĂ©tĂ© et responsabilitĂ©).
- Présenter les limites romaines (esclavage, hiérarchie statutaire, absence de contrÎle juridictionnel du pouvoir) et la portée de la réception médiévale (jus commune).
- Exposer la chaĂźne mĂ©diĂ©vale de limitation du pouvoir : imago Dei (Ă©galitĂ© devant Dieu), Augustin (citĂ©s et pouvoir remĂšde), puis hiĂ©rarchie des lois chez Thomas dâAquin (divine/naturelle/humaine).
- DĂ©crire comment le Moyen Ăge encadre concrĂštement le pouvoir : libertĂ© statutaire, chartes de franchise, Magna Carta (roi soumis au droit) et habeas corpus (Ă©volution vers garantie procĂ©durale).
- Expliquer la rupture moderne : passage du droit naturel objectif Ă des droits naturels subjectifs (Vitoria, Las Casas, Suarez), puis rationalisation autonome (Grotius, Hobbes, Locke).
- MaĂźtriser le contrat social et la souverainetĂ© populaire (Rousseau : volontĂ© gĂ©nĂ©rale, « forcer Ă ĂȘtre libre ») et comprendre pourquoi cela conduit au constitutionnalisme (encadrer la souverainetĂ©).
- Analyser les révolutions atlantiques : transformation juridique des droits (1776-1795), universalité proclamée vs exclusions et Terreur, puis redéfinition (sûreté, légalité, Constitution de 1795).
- Comparer le projet libĂ©ral du XIX (limitation de lâĂtat) et lâĂ©mergence des droits sociaux (droits-libertĂ©s vs droits sociaux, tension redistribution/ libertĂ© Ă©conomique).
- Expliquer lâaprĂšs-1945 : constitutionnalisation (prĂ©ambule 1946, bloc de constitutionnalitĂ©, juridictionnalisation/QPC) et internationalisation (DUDH 1948, CEDH et CourEDH, limites de lâeffectivitĂ©).
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