Revision sheet: Histoire et philosophie des droits fondamentaux

Plan du Cours

  1. Histoire des droits fondamentaux : enjeux
  2. Notion allemande de droits fondamentaux
  3. Citoyenneté athénienne : statut exclusif
  4. LibertĂ© et esclavage dans l’AntiquitĂ©
  5. Personnalité juridique romaine : propriété et obligations
  6. Absence de contrĂŽle juridictionnel du pouvoir romain
  7. Hiérarchie des lois et norme morale supérieure
  8. ÉgalitĂ© devant Dieu et dignitĂ© humaine
  9. Augustin : deux cités et pouvoir remÚde
  10. Contrat social : volonté générale et liberté
  11. Constitutionnalisme : droits intangibles et normes
  12. Droits et devoirs : conciliation révolutionnaire

1. Histoire des droits fondamentaux : enjeux

Notions clés & Définitions

  • Droit fondamental (sens strict) : Notion juridique apparue en Allemagne au XIXe siĂšcle, caractĂ©risĂ©e par une valeur constitutionnelle et une garantie juridictionnelle, avec une portĂ©e universelle ou limitĂ©e selon les droits.
  • Parlement de Francfort : Institution de la confĂ©dĂ©ration germanique qui adopte en dĂ©cembre 1848 une loi relative aux droits fondamentaux du peuple allemand, restĂ©e sans application.
  • Constitution de Weimar : Texte de 1919 qui rĂ©introduit la notion de droits fondamentaux en faisant de l’empire allemand une dĂ©mocratie parlementaire.
  • Loi fondamentale allemande de 1949 : Texte qui consacre dĂ©finitivement la notion de droits fondamentaux en RĂ©publique fĂ©dĂ©rale d’Allemagne, avec des caractĂ©ristiques prĂ©cises.
  • Doctrine (source indirecte) : Production savante des juristes qui commente le droit, reconnue comme source indirecte, car elle relĂšve d’un discours plutĂŽt que d’une coercition effective.

Points essentiels

  • Une histoire des droits fondamentaux est possible mais non Ă©vidente car l’objet « droit fondamental » est Ă©troit et historiquement situĂ©.
  • La notion de droits fondamentaux au sens strict apparaĂźt en Allemagne au XIXe siĂšcle avec une loi de dĂ©cembre 1848 au parlement de Francfort, jamais appliquĂ©e.
  • La notion rĂ©apparaĂźt en 1919 avec la Constitution de Weimar, puis connaĂźt une Ă©clipse sous le IIIe Reich avant d’ĂȘtre consacrĂ©e en 1949 par la loi fondamentale allemande.
  • Les droits fondamentaux (au sens strict) ont une valeur constitutionnelle, une effectivitĂ© garantie par un recours juridictionnel, et une portĂ©e soit universelle soit rĂ©servĂ©e aux Allemands.
  • La diffusion de cette notion vers l’Europe puis la France passe notamment par la doctrine, sous l’influence du doyen Favoreu.
  • Pour un cours d’histoire du droit, il faut Ă©largir l’objet en Ă©tudiant aussi des notions voisines comme droits humains, libertĂ©s publiques, droits de l’homme et droits naturels, afin de construire une histoire cohĂ©rente.

Astuce mémo

XIXe Allemagne → 1848 (Francfort) puis 1919 (Weimar) puis 1949 (Loi fondamentale) : la notion revient et se fixe.

2. Notion allemande de droits fondamentaux

Notions clés & Définitions

  • LibertĂ© grecque : La libertĂ© grecque dĂ©signe une rĂ©alitĂ© politique liĂ©e Ă  l’appartenance Ă  la citĂ©, pas un droit individuel opposable au pouvoir.
  • CitoyennetĂ© athĂ©nienne : La citoyennetĂ© athĂ©nienne est un statut juridique fermĂ© qui conditionne l’accĂšs Ă  la vie politique et Ă  l’exercice de la souverainetĂ©.
  • LibertĂ© comme participation : La libertĂ© est comprise comme un engagement civique continu, fondĂ© sur la participation aux dĂ©cisions et l’accomplissement de charges.
  • Exclusions structurelles : Les exclusions structurelles sont des limites constitutives de la libertĂ© grecque, car l’égalitĂ© politique ne concerne qu’un groupe restreint.
  • ProcĂšs de Socrate : Le procĂšs de Socrate illustre les tensions entre la libertĂ© du citoyen et l’autoritĂ© de la citĂ©, notamment pour la pensĂ©e et l’expression.

Points essentiels

  • La libertĂ© n’est pas dĂ©finie comme une autonomie individuelle protĂ©gĂ©e contre l’État, mais comme une position au sein de la communautĂ© civique.
  • Être libre signifie ĂȘtre citoyen, et l’absence de citoyennetĂ© exclut de la libertĂ© politique.
  • La citoyennetĂ© repose sur une logique d’appartenance communautaire (naissance et intĂ©gration), et non sur une Ă©galitĂ© universaliste de type droits de l’Homme.
  • La loi de PĂ©riclĂšs (451 av. J.-C.) resserre l’accĂšs Ă  la citoyennetĂ© en exigeant des parents athĂ©niens, ce qui en fait un privilĂšge politique.
  • L’inscription sur les registres d’une dĂšme Ă  18 ans se fait aprĂšs un examen vĂ©rifiant l’origine et la lĂ©gitimitĂ© du candidat.
  • Les droits des citoyens sont surtout politiques (assemblĂ©e, vote, parole, magistratures, tribunaux populaires) et ne sont pas prĂ©sentĂ©s comme des garanties individuelles contre la puissance publique.

Astuce mémo

Citoyen = liberté : sans citoyenneté, pas de liberté politique.

3. Citoyenneté athénienne : statut exclusif

Notions clés & Définitions

  • LibertĂ© de statut : La libertĂ© grecque est une libertĂ© liĂ©e Ă  une position juridique prĂ©cise, avec des modalitĂ©s rĂ©servĂ©es Ă  certains membres de la citĂ©.
  • ProcĂšs de Socrate : Le procĂšs de Socrate (399 av. J.-C.) illustre les limites de la libertĂ© de pensĂ©e et d’expression dans la dĂ©mocratie athĂ©nienne.
  • EcclĂ©sia : L’EcclĂ©sia est l’assemblĂ©e oĂč la parole politique peut s’exprimer librement, mais dans un cadre normatif collectif.
  • Ostracisme : L’ostracisme est une procĂ©dure d’exil temporaire d’un citoyen jugĂ© dangereux, sans infraction pĂ©nale clairement Ă©tablie.
  • Tyrannie de la majoritĂ© : La tyrannie de la majoritĂ© dĂ©signe le risque que la volontĂ© majoritaire devienne irrationnelle et incohĂ©rente, dominant sans garanties individuelles.

Points essentiels

  • La libertĂ© athĂ©nienne est une libertĂ© politique attachĂ©e Ă  la citoyennetĂ©, et non une libertĂ© universaliste fondĂ©e sur une humanitĂ© commune.
  • Dans le procĂšs de Socrate, l’accusation porte sur l’impiĂ©tĂ© et la corruption de la jeunesse, et la condamnation aboutit Ă  la mort prononcĂ©e par un tribunal populaire.
  • La parole politique est libre Ă  l’EcclĂ©sia, mais hors de ce cadre elle est encadrĂ©e par des normes et valeurs collectives.
  • Dans l’Apologie, Socrate revendique le droit de questionner les croyances et de chercher la vĂ©ritĂ©.
  • Dans le Criton, Socrate refuse de quitter la citĂ© et prĂ©sente l’obĂ©issance comme une obligation liĂ©e Ă  l’ordre juridique collectif.
  • L’ostracisme permet d’exiler un citoyen dangereux pour l’équilibre de la citĂ© sans qu’une infraction prĂ©cise soit Ă©tablie, ce qui rĂ©duit les garanties individuelles par rapport au droit moderne.

Astuce mémo

Socrate + ostracisme = démocratie qui tolÚre la parole en assemblée, mais encadre et peut exclure sans droits individuels supérieurs.

4. LibertĂ© et esclavage dans l’AntiquitĂ©

Notions clés & Définitions

  • Esclavagisme romain : L’esclavagisme romain est un systĂšme oĂč l’esclave n’est pas traitĂ© comme une personne mais comme une chose transmissible et punissable.
  • Affranchissement : L’affranchissement est l’acte qui libĂšre l’esclave, sans effacer totalement la marque sociale liĂ©e Ă  l’ancienne condition servile.
  • PĂ©cule : Le pĂ©cule est une somme d’argent reconnue Ă  l’esclave, pouvant devenir sa propriĂ©tĂ© s’il accĂšde Ă  la libertĂ©.
  • HiĂ©rarchie statutaire : La hiĂ©rarchie statutaire est l’organisation juridique des personnes selon leur statut, qui empĂȘche l’idĂ©e d’un individu autonome porteur de droits opposables.
  • Jus naturale : Le jus naturale est la catĂ©gorie du droit naturel, distincte du droit positif, utilisĂ©e pour critiquer une loi jugĂ©e injuste.

Points essentiels

  • L’esclavage structure l’économie romaine et l’esclave peut ĂȘtre puni, transmis, voire mis Ă  mort, car il n’est pas considĂ©rĂ© comme une personne.
  • L’affranchissement par le pater familias libĂšre juridiquement mais laisse une trace sociale, car l’affranchi ne retrouve pas l’ensemble des droits du libre nĂ©.
  • La protection contre les sĂ©vices excessifs et la reconnaissance du pĂ©cule constituent des attĂ©nuations possibles, sans supprimer la distinction fondamentale entre esclave et libre.
  • Le droit romain pense la personne Ă  travers le statut, mais ne conçoit pas encore l’individu autonome comme sujet de droits opposables au pouvoir politique.
  • L’absence de contrĂŽle juridictionnel du pouvoir signifie que les tribunaux jugent surtout les humains dans leurs relations privĂ©es, sans ordre apte Ă  contrĂŽler la loi.
  • La distinction jus naturale/droit positif permet une critique thĂ©orique d’une loi injuste, mais sans juge compĂ©tent pour en assurer le contrĂŽle.

Astuce mémo

Esclave = chose (transmission/punition) ; Jus naturel = critique sans juge ; Statut = hiérarchie ; Pouvoir = pas de contrÎle.

5. Personnalité juridique romaine : propriété et obligations

Notions clés & Définitions

  • Loi Ă©ternelle : La loi Ă©ternelle est un ordre divin immuable et universel qui oriente toutes les crĂ©atures vers leur fin ultime.
  • Lex naturalis : La lex naturalis est la part de la loi Ă©ternelle accessible Ă  la raison humaine, permettant de discerner des principes moraux fondamentaux.
  • Lex humana : La lex humana est la loi humaine, nĂ©cessaire pour organiser la vie sociale, mais lĂ©gitime seulement si elle se conforme Ă  la loi naturelle.
  • Lex iniusta non est lex : L’idĂ©e selon laquelle une loi injuste n’a pas de vĂ©ritable force morale, donc ne mĂ©rite pas le statut de loi au sens plein.
  • DignitĂ© ontologique : La dignitĂ© ontologique est une valeur intrinsĂšque de toute personne, fondĂ©e sur l’origine divine et la rationalitĂ©, universelle mais pas encore traduite en droits subjectifs modernes.

Points essentiels

  • La loi Ă©ternelle prime sur le pouvoir politique : aucune loi humaine n’est pleinement juste si elle contredit l’ordre supĂ©rieur.
  • La loi Ă©ternelle a une portĂ©e morale universelle et une finalitĂ© Ă©ducative : elle oriente vers la bĂ©atitude (bonheur parfait).
  • La loi naturelle est rationnellement participĂ©e : la raison permet de discerner des principes moraux (ex : respect de la vie, procrĂ©ation).
  • La loi naturelle sert de critĂšre aux lois positives : une loi contraire Ă  la raison morale n’est pas une vĂ©ritable loi.
  • La loi humaine vise le bien commun et rĂ©gule la coexistence sociale, tout en restant subordonnĂ©e Ă  la loi naturelle.
  • La distinction lĂ©galitĂ©/justice permet d’admettre des lois formellement valides mais substantiellement injustes, ouvrant un espace critique du pouvoir.

Astuce mémo

HiĂ©rarchie en 3 Ă©tages : Ă©ternelle (ordre divin) → naturelle (raison) → humaine (rĂšgles sociales), et la justice vĂ©rifie le dernier Ă©tage.

6. Absence de contrĂŽle juridictionnel du pouvoir romain

Notions clés & Définitions

  • LibertĂ© statutaire : La libertĂ© mĂ©diĂ©vale dĂ©signe des privilĂšges attachĂ©s Ă  des groupes, territoires ou statuts, plutĂŽt qu’un droit universel pour tous les individus.
  • Chartes de franchise urbaines : Les chartes urbaines sont des concessions accordĂ©es par une autoritĂ© politique qui reconnaissent aux habitants des libertĂ©s et privilĂšges locaux.
  • Magna Carta : La Magna Carta est un compromis de 1215 qui formalise une limitation juridique du pouvoir royal en rĂ©ponse Ă  une crise politique.
  • Writ d’habeas corpus : L’habeas corpus est un mĂ©canisme procĂ©dural qui impose de prĂ©senter devant un tribunal une personne dĂ©tenue afin de contrĂŽler la lĂ©galitĂ© de la dĂ©tention.

Points essentiels

  • La libertĂ© mĂ©diĂ©vale n’est pas conçue comme une Ă©galitĂ© abstraite mais comme un ensemble de droits collectifs liĂ©s Ă  des statuts et Ă  des ordres sociaux.
  • Les chartes de franchise urbaines naissent au XIIe siĂšcle avec le renouveau urbain et accordent notamment autonomie municipale, justice locale et amĂ©nagement de certaines taxes.
  • La charte de Lorris (1155) illustre la logique de libertĂ© par concession avec la rĂšgle d’« 1 an et 1 jour » menant Ă  l’adage « l’air de la ville rend libre ».
  • Dans la pensĂ©e mĂ©diĂ©vale, l’autoritĂ© politique est nĂ©cessaire pour garantir paix et justice, mais elle doit s’exercer conformĂ©ment au droit et dans des limites reconnues par des engagements (chartes).
  • La Magna Carta (1215) naĂźt d’une rĂ©volte des barons contre Jean sans Terre et vise Ă  encadrer des prĂ©rogatives royales pour rĂ©tablir la paix.
  • La Magna Carta pose des garanties contre l’arbitraire, notamment l’exigence d’un jugement lĂ©gal et l’interdiction de vendre/refuser/retarder le droit ou la justice, mais ces protections ne sont pas universelles.

Astuce mémo

Liberté médiévale = « statut + charte » ; contrÎle = « procédure + jugement légal » (pas un contrÎle juridictionnel général).

7. Hiérarchie des lois et norme morale supérieure

Notions clés & Définitions

  • Droit naturel : Le droit naturel est un ensemble de principes considĂ©rĂ©s comme valables pour tous, indĂ©pendamment des lois positives, et pouvant fonder des droits.
  • Droit subjectif : Le droit subjectif dĂ©signe une prĂ©rogative appartenant Ă  un individu, opposable aux autres et pouvant limiter le pouvoir politique.
  • Universalisation des droits : L’universalisation des droits est l’idĂ©e que les droits naturels valent pour tous les ĂȘtres humains, sans dĂ©pendre d’une appartenance particuliĂšre.
  • Norme morale supĂ©rieure : La norme morale supĂ©rieure est l’idĂ©e qu’une exigence de justice plus haute que la loi positive peut servir de critĂšre pour juger le droit et le pouvoir.

Points essentiels

  • Au XVIe, la pensĂ©e juridique se transforme sous l’effet de situations historiques inĂ©dites, notamment la conquĂȘte du Nouveau Monde et la question du statut des indigĂšnes.
  • Vitoria (1483-1546) affirme un dominium des indigĂšnes et rejette l’idĂ©e qu’ils seraient dĂ©pourvus de raison, ce qui fonde l’universalitĂ© des droits naturels.
  • Las Casas (1484-1566) transforme le droit naturel en instrument de critique politique en dĂ©nonçant les violences coloniales et en dĂ©fendant l’égalitĂ© et la dignitĂ© des indigĂšnes.
  • Suarez (1548-1617) fonde la force obligatoire du droit naturel sur Dieu lĂ©gislateur, tout en insistant sur la capacitĂ© de l’individu Ă  connaĂźtre et exercer les principes du droit naturel.
  • Au XVIIe, la rationalisation dĂ©tache le droit naturel d’un fondement strictement thĂ©ologique et cherche un fondement universel accessible par la raison.
  • Grotius (1625) formule l’idĂ©e d’une validitĂ© du droit naturel mĂȘme sans rĂ©fĂ©rence Ă  Dieu et identifie des principes rationnels comme pacta sunt servanda et la rĂ©paration des torts.

Astuce mémo

Vitoria→universalitĂ©, Las Casas→critique, Suarez→facultĂ© du sujet, Grotius→raison autonome.

8. ÉgalitĂ© devant Dieu et dignitĂ© humaine

Notions clés & Définitions

  • ÉgalitĂ© devant Dieu : Notion religieuse et politique qui affirme que chaque personne a la mĂȘme valeur devant Dieu, indĂ©pendamment de son statut social.
  • DignitĂ© humaine : Notion selon laquelle toute personne possĂšde une valeur intrinsĂšque qui impose de la respecter et de la protĂ©ger contre l’arbitraire.
  • Universalisation des droits fondamentaux : IdĂ©e selon laquelle des droits essentiels doivent valoir pour tous les individus, au-delĂ  des appartenances particuliĂšres.
  • Individu source du droit : IdĂ©e moderne selon laquelle l’individu devient Ă  la fois le point de dĂ©part et la finalitĂ© du droit, qui sert Ă  protĂ©ger ses libertĂ©s.

Points essentiels

  • La modernitĂ© transforme le droit en instrument de protection contre l’arbitraire plutĂŽt qu’en simple justification d’un ordre prĂ©existant.
  • Le droit est prĂ©sentĂ© comme limitĂ© par des droits prĂ©existants, ce qui en fait un pouvoir contrĂŽlĂ© et non une puissance sans frein.
  • L’universalisation des droits fondamentaux dĂ©coule de cette transformation : les droits ne dĂ©pendent plus d’un rang social ou d’une tradition.
  • La logique moderne consacre l’individu comme source et finalitĂ© du droit, ce qui change la maniĂšre de fonder la lĂ©gitimitĂ© politique.
  • L’égalitĂ© et la dignitĂ© sont mobilisĂ©es pour soutenir l’idĂ©e que la valeur de la personne ne dĂ©pend pas du pouvoir en place.

Astuce mémo

Valeur → Ă©gale devant Dieu, donc droits → universels, donc droit → protĂšge l’individu contre l’arbitraire.

9. Augustin : deux cités et pouvoir remÚde

Notions clés & Définitions

  • Pouvoir constituant : Le pouvoir constituant est la capacitĂ© souveraine de fonder ou refonder un ordre politique, sans dĂ©pendre d’un pouvoir dĂ©jĂ  dĂ©lĂ©guĂ©.
  • Pouvoirs constituĂ©s : Les pouvoirs constituĂ©s sont les autoritĂ©s créées par le pouvoir constituant et donc limitĂ©es par la dĂ©lĂ©gation qui les institue.
  • Contrat social : Le contrat social est une thĂ©orie qui fait dĂ©river la lĂ©gitimitĂ© politique de l’association des individus en peuple souverain.
  • VolontĂ© gĂ©nĂ©rale : La volontĂ© gĂ©nĂ©rale dĂ©signe l’expression collective censĂ©e fonder la loi et la souverainetĂ© dans une communautĂ© politique.
  • Droit positif : Le droit positif est l’ensemble des rĂšgles juridiques effectivement Ă©crites et applicables, par opposition aux seules constructions thĂ©oriques.

Points essentiels

  • La souverainetĂ© s’exprime dans le pouvoir constituant, tandis que les pouvoirs constituĂ©s ne peuvent pas modifier la dĂ©lĂ©gation qui les fonde.
  • Le constitutionnalisme vise Ă  organiser juridiquement la tension entre souverainetĂ© populaire et libertĂ©, sans la supprimer.
  • Le contrat social dĂ©place la source du pouvoir : il ne vient plus d’une autoritĂ© extĂ©rieure mais de l’association du peuple souverain.
  • En identifiant la lĂ©gitimitĂ© Ă  la volontĂ© gĂ©nĂ©rale, Rousseau rend difficile l’existence d’une instance distincte capable de limiter la souverainetĂ©.
  • Les rĂ©volutions de la fin du XVIII transforment des principes philosophiques en normes juridiques Ă©crites, ce qui marque le passage au droit positif.
  • La formalisation juridique des droits s’accompagne d’une mise en Ɠuvre sĂ©lective selon les contextes politiques et les rapports de force, ce qui redĂ©finit l’universalitĂ© proclamĂ©e.

Astuce mémo

Constituant = source, constitués = canaux : si la source est souveraine, les canaux ne peuvent pas changer la délégation.

10. Contrat social : volonté générale et liberté

Notions clés & Définitions

  • VolontĂ© gĂ©nĂ©rale : La volontĂ© gĂ©nĂ©rale dĂ©signe l’expression du peuple visant l’intĂ©rĂȘt commun, prĂ©sentĂ©e comme supĂ©rieure aux intĂ©rĂȘts particuliers.
  • LibertĂ© individuelle : La libertĂ© individuelle regroupe les droits et garanties permettant Ă  chacun d’ĂȘtre protĂ©gĂ© contre l’arbitraire du pouvoir.
  • Terreur : La Terreur est une pĂ©riode rĂ©volutionnaire oĂč la protection collective est invoquĂ©e pour justifier des atteintes aux droits individuels.
  • Loi des suspects : La loi des suspects est un texte de septembre 1793 qui autorise l’arrestation prĂ©ventive de personnes jugĂ©es ennemies de la RĂ©volution.
  • SĂ»retĂ© individuelle : La sĂ»retĂ© individuelle est la garantie que chacun peut se sentir protĂ©gĂ© contre l’arrestation arbitraire et l’insĂ©curitĂ© juridique.

Points essentiels

  • La pĂ©riode rĂ©volutionnaire met en tension la primautĂ© de la volontĂ© gĂ©nĂ©rale et la protection des droits individuels, notamment contre les « ennemis de la RĂ©publique ».
  • Le discours de Robespierre du 5 fĂ©vrier 1794 formule un paradoxe : la vertu est liĂ©e Ă  la terreur, ce qui sert Ă  justifier la suspension des droits.
  • La Terreur s’étend de septembre 1793 Ă  juillet 1794, jusqu’à Thermidor An II.
  • La loi du 17 septembre 1793 permet l’arrestation prĂ©ventive des personnes considĂ©rĂ©es ennemies de la RĂ©volution.
  • La Terreur illustre une mise entre parenthĂšses du droit Ă  un procĂšs Ă©quitable, avec des accusations politiques discutables.
  • De printemps 1794 Ă  l’étĂ© 1794, 22 000 citoyens sont dĂ©clarĂ©s hors la loi et 13 000 condamnĂ©s Ă  mort (donnĂ©es citĂ©es).

Astuce mémo

Paradoxe : « vertu → terreur » : plus on invoque l’intĂ©rĂȘt commun, plus les garanties individuelles reculent.

11. Constitutionnalisme : droits intangibles et normes

Notions clés & Définitions

  • Droits sociaux : Les droits sociaux sont des droits qui exigent une action positive de l’État pour garantir des conditions matĂ©rielles d’existence.
  • Droits-libertĂ©s : Les droits-libertĂ©s sont des droits conçus comme des barriĂšres contre l’État, visant d’abord Ă  protĂ©ger la libertĂ© individuelle par l’abstention publique.
  • Constitution de 1946 : La Constitution du 27 octobre 1946 est un texte fondateur de la IVe RĂ©publique qui constitutionnalise des droits et Ă©largit leur contenu via le prĂ©ambule.
  • Principes particuliĂšrement nĂ©cessaires Ă  notre temps : Les principes particuliĂšrement nĂ©cessaires Ă  notre temps sont une catĂ©gorie du prĂ©ambule de 1946 qui ajoute des droits Ă©conomiques et sociaux aux libertĂ©s classiques.

Points essentiels

  • Au XIXe, la logique classique fait des droits des limites au pouvoir Ă©tatique, mais l’industrialisation et les crises sociales inversent progressivement leur fonction.
  • Les droits sociaux transforment la notion de droit en imposant Ă  l’État des obligations d’action (ex. droit au travail, droit Ă  l’éducation) plutĂŽt qu’une simple abstention.
  • La critique libĂ©rale dĂ©nonce l’extension des missions de l’État comme une spoliation lĂ©gale et comme une redistribution financĂ©e par l’impĂŽt, donc par une contrainte sur certains au profit d’autres.
  • La tension centrale oppose des droits-libertĂ©s protecteurs contre l’État et des droits sociaux mobilisant l’État pour agir sur les rapports entre individus.
  • Au XXe, l’institutionnalisation des droits sociaux conduit Ă  l’État social (État-providence), dont l’autolimitation devient difficile car chaque nouveau droit accroĂźt obligations, compĂ©tences et budget.
  • AprĂšs 1945, la protection des droits se recombine par deux voies : constitutionnalisation interne et internationalisation, mais chacune rencontre des limites d’effectivitĂ©.

Astuce mémo

Droits-libertĂ©s = frein contre l’État ; droits sociaux = moteur pour l’État ; 1946 = prĂ©ambule qui ajoute des « PPNT » aux libertĂ©s.

12. Droits et devoirs : conciliation révolutionnaire

Notions clés & Définitions

  • PrĂ©ambule de 1946 : Le prĂ©ambule de la Constitution de 1946 affirme l’hĂ©ritage de la DDHC et Ă©largit les droits fondamentaux en ajoutant des droits Ă©conomiques et sociaux.
  • Droits-libertĂ©s : Les droits-libertĂ©s sont des droits classiques qui supposent surtout une abstention de l’État pour laisser agir les personnes.
  • Principes particuliĂšrement nĂ©cessaires Ă  notre temps : Les PPNT regroupent des principes de droits Ă©conomiques et sociaux qui visent des conditions matĂ©rielles d’exercice des libertĂ©s.
  • Principes fondamentaux reconnus par les lois de la RĂ©publiqu : Les PFRLR sont des principes constitutionnellement protĂ©gĂ©s, identifiĂ©s Ă  partir de lois de la RĂ©publique sans ĂȘtre listĂ©s ni dĂ©finis dans le prĂ©ambule.
  • Bloc de constitutionnalitĂ© : Le bloc de constitutionnalitĂ© dĂ©signe l’ensemble des normes auxquelles renvoie le prĂ©ambule et qui servent de rĂ©fĂ©rence aux droits constitutionnels.

Points essentiels

  • Le prĂ©ambule de 1946 assure une continuitĂ© avec la DDHC de 1789 tout en transformant le contenu des droits fondamentaux.
  • Aux droits-libertĂ©s s’ajoutent des PPNT, qui consacrent des droits Ă©conomiques et sociaux et impliquent une action de l’État.
  • Le passage est celui de droits conçus contre l’État Ă  des droits garantis par l’État, comme conditions matĂ©rielles d’exercice.
  • Le prĂ©ambule de 1946 inclut notamment le droit du travail, la protection de la santĂ©, le repos et les loisirs, ainsi que le droit Ă  l’éducation et le droit de grĂšve.
  • Les PFRLR ne sont ni dĂ©finis ni Ă©numĂ©rĂ©s dans le prĂ©ambule, ce qui a suscitĂ© une critique cĂ©lĂšbre formulĂ©e par Jean Rivero.
  • La juridicitĂ© des droits du prĂ©ambule n’est pas reconnue immĂ©diatement, notamment Ă  cause de l’article 92 al. 3 de la Constitution de 1946 excluant son examen de conformitĂ©.

Astuce mémo

ContinuitĂ© + transformation : DDHC (hĂ©ritage) puis PPNT (État garant des conditions).

RepĂšres chronologiques

DateÉvĂ©nement
décembre 1848Parlement de Francfort adopte une loi relative aux droits fondamentaux du peuple allemand (jamais appliquée)
1919Constitution de la République de Weimar réintroduit la notion de droits fondamentaux
1949Loi fondamentale allemande consacre définitivement la notion de droits fondamentaux
27 octobre 1946Constitution de 1946 (IVe République) avec préambule élargissant les droits

Tableaux de synthĂšse

Caractéristiques des droits fondamentaux (sens strict, Allemagne)

ÉlĂ©mentCaractĂ©ristiquePortĂ©e
Valeurvaleur constitutionnelle—
EffectivitĂ©garantie par un recours juridictionnel—
TitularitĂ©certains droits reconnus Ă  tous, d’autres seulement aux Allemandsuniverselle ou limitĂ©e selon les droits

PiÚges & confusions fréquents

  1. Confondre libertĂ© grecque (participation Ă  la citĂ©) et droits fondamentaux modernes (protection d’un individu contre l’État).
  2. Croire que la démocratie athénienne garantit des droits universels : la citoyenneté est fermée et exclut femmes, esclaves et métÚques.
  3. Penser que Rome fonde des droits de l’homme : elle universalise surtout par un langage juridique (persona, droit positif/naturel), sans Ă©galitĂ© universelle.
  4. Croire que le christianisme « crée » des droits fondamentaux : il universalise la dignité (imago Dei) et relativise le pouvoir, sans droits subjectifs opposables au pouvoir.
  5. Inverser la logique mĂ©diĂ©vale : la loi naturelle sert de critĂšre de justice et de limitation morale, mais il n’y a pas encore de mĂ©canisme juridictionnel gĂ©nĂ©ral de contrĂŽle.
  6. Croire que la RĂ©volution française rĂ©alise immĂ©diatement l’universalitĂ© : citoyennetĂ© active/passive, exclusion des femmes et des esclaves, puis Terreur et suspension des garanties.
  7. Confondre constitutionnalisation et internationalisation : la premiĂšre dĂ©pend des institutions Ă©tatiques, la seconde vise des droits communs mais a longtemps manquĂ© d’effectivitĂ© avant les mĂ©canismes supranationaux.

Checklist Examen

  1. Expliquer pourquoi une histoire des droits fondamentaux est possible mais non Ă©vidente (objet Ă©troit, notion historiquement situĂ©e) et citer l’idĂ©e d’élargir aux notions voisines.
  2. Décrire les caractéristiques des droits fondamentaux au sens strict (valeur constitutionnelle, effectivité par recours juridictionnel, portée universelle ou limitée).
  3. CaractĂ©riser la libertĂ© grecque comme participation : ĂȘtre libre = ĂȘtre citoyen, et la citoyennetĂ© comme statut exclusif fondĂ© sur l’appartenance.
  4. Maßtriser les institutions athéniennes (Ecclésia, BoulÚ, Héliée) et montrer comment elles organisent la participation et la méfiance envers la concentration du pouvoir.
  5. Identifier les limites structurelles de la liberté grecque : exclusions (femmes, esclaves, métÚques) et tensions (procÚs de Socrate, ostracisme, tyrannie de la majorité).
  6. Expliquer l’apport romain : rationalisation du droit (jus civile, jus gentium, jus naturale) et invention de la persona (capacitĂ©/titularitĂ©, propriĂ©tĂ© et responsabilitĂ©).
  7. Présenter les limites romaines (esclavage, hiérarchie statutaire, absence de contrÎle juridictionnel du pouvoir) et la portée de la réception médiévale (jus commune).
  8. Exposer la chaĂźne mĂ©diĂ©vale de limitation du pouvoir : imago Dei (Ă©galitĂ© devant Dieu), Augustin (citĂ©s et pouvoir remĂšde), puis hiĂ©rarchie des lois chez Thomas d’Aquin (divine/naturelle/humaine).
  9. DĂ©crire comment le Moyen Âge encadre concrĂštement le pouvoir : libertĂ© statutaire, chartes de franchise, Magna Carta (roi soumis au droit) et habeas corpus (Ă©volution vers garantie procĂ©durale).
  10. Expliquer la rupture moderne : passage du droit naturel objectif Ă  des droits naturels subjectifs (Vitoria, Las Casas, Suarez), puis rationalisation autonome (Grotius, Hobbes, Locke).
  11. MaĂźtriser le contrat social et la souverainetĂ© populaire (Rousseau : volontĂ© gĂ©nĂ©rale, « forcer Ă  ĂȘtre libre ») et comprendre pourquoi cela conduit au constitutionnalisme (encadrer la souverainetĂ©).
  12. Analyser les révolutions atlantiques : transformation juridique des droits (1776-1795), universalité proclamée vs exclusions et Terreur, puis redéfinition (sûreté, légalité, Constitution de 1795).
  13. Comparer le projet libĂ©ral du XIX (limitation de l’État) et l’émergence des droits sociaux (droits-libertĂ©s vs droits sociaux, tension redistribution/ libertĂ© Ă©conomique).
  14. Expliquer l’aprĂšs-1945 : constitutionnalisation (prĂ©ambule 1946, bloc de constitutionnalitĂ©, juridictionnalisation/QPC) et internationalisation (DUDH 1948, CEDH et CourEDH, limites de l’effectivitĂ©).

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1. Pourquoi une histoire des droits fondamentaux est-elle possible mais délicate à construire ?

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Histoire des droits fondamentaux — enjeux ?

Étude de leur origine, Ă©volution et impact.

Droit fondamental — sens strict ?

Notion juridique avec valeur constitutionnelle et garantie juridictionnelle.

Parlement de Francfort — adoption ?

1848, loi sur droits fondamentaux, jamais appliquée.

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