đ Plan du Cours
- Définition du droit par Celse
- Ubi societas ibi jus et rĂŽle de lâĂ©criture
- Droits cunéiformes du Proche-Orient ancien
- Sources et science du droit dans lâancien droit romain
- Ăvolution des sources au droit romain classique
- Institutes, Digestes et Code de Justinien
- Novelles de Justinien et compilations
- Personnalité des lois sous les Francs
- Unification du droit par le jus commune
- Législation royale et actes royaux
- Ordonnances royales du XVIe au XVIIIe siĂšcle
- Légicentrisme et jurisprudence autour du Code civil
đ 1. DĂ©finition du droit par Celse
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Art du bon et du juste : La dĂ©finition du droit par Celse prĂ©sente le droit comme une pratique visant le bon et le juste plutĂŽt quâune mĂ©canique purement technique.
- Celse : Celse est le jurisconsulte romain dont la formule rĂ©sume une conception du droit centrĂ©e sur la justice et lâĂ©quitĂ©.
- Droit comme science rigoureuse : Cette vision du droit le traite comme une science appliquĂ©e de façon uniforme, avec des normes faciles Ă identifier et Ă mettre en Ćuvre.
- Droit comme art : Cette approche insiste sur la souplesse du droit, car lâapplication peut devenir difficile quand la norme rencontre la justice.
- Ubi Societas ibi jus : Lâadage relie lâexistence du droit Ă la prĂ©sence dâune sociĂ©tĂ©, car le droit devient nĂ©cessaire dĂšs quâil y a des hommes en communautĂ©.
đ Points essentiels
- La formule de Celse dĂ©finit le droit comme une dĂ©marche orientĂ©e vers le bon et le juste, ce qui met lâaccent sur la justice plutĂŽt que sur la seule application mĂ©canique.
- La difficultĂ© du droit varie : certaines situations permettent dâidentifier rapidement les normes et leur application, mais dâautres deviennent complexes quand la norme se heurte Ă la justice.
- La conception « art » implique une souplesse, mais elle ne garantit pas une application simple ni une définition toujours aisée du droit.
- Le droit est souvent assimilĂ© Ă la loi, mais la source rappelle quâil existe des contextes historiques oĂč la loi peut ĂȘtre inexistante ou secondaire.
- Lâadage Ubi Societas ibi jus exprime lâidĂ©e que le droit apparaĂźt avec la sociĂ©tĂ©, donc dĂšs quâune communautĂ© dâhommes existe.
- La connaissance du droit dans lâAntiquitĂ© dĂ©pend aussi du dĂ©veloppement de lâĂ©criture, qui permet de conserver des rĂšgles et des pratiques juridiques.
đĄ Astuce mĂ©mo
Celse = « art » : quand la rĂšgle rencontre la justice, le droit devient un travail dâĂ©quilibre, pas une formule automatique.
đ 2. Ubi societas ibi jus et rĂŽle de lâĂ©criture
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- GĂ©nĂ©alogie des dieux : RĂ©cit mythologique reliant les dieux Ă lâorigine des hommes, qui sert de cadre Ă la comprĂ©hension de la violence et de la destinĂ©e humaine.
- ThĂ©mis : DĂ©esse associĂ©e Ă la justice, Ă lâordre et Ă la paix, prĂ©sentĂ©e comme mĂšre de ces valeurs dans la gĂ©nĂ©alogie Ă©voquĂ©e.
- DikĂ© : Notion grecque de la justice, prĂ©sentĂ©e comme le terme correspondant Ă la justice dans lâordre du monde.
- EunomiĂ© : Notion grecque de lâordre, utilisĂ©e pour dĂ©signer la mise en place dâun ordre du monde.
- Nomos : Terme grec désignant les normes juridiques liées à la cité, issues de décisions humaines et confrontées à la question de la justice.
đ Points essentiels
- La gĂ©nĂ©alogie des dieux met en avant une violence constitutive de la naissance de lâhumanitĂ© et des conditions de lâexistence humaine.
- La justice, lâordre et la paix sont rattachĂ©s Ă des termes grecs distincts, associĂ©s Ă lâunion de Zeus et ThĂ©mis.
- Lâordre du monde est donnĂ© par les dieux, ce qui rend la rĂ©gulation par la justice humaine prĂ©sentĂ©e comme souvent impuissante face Ă la violence.
- Lâacceptation de ne pas se confronter aux plus forts est prĂ©sentĂ©e comme une attitude valorisĂ©e chez les Grecs, car lâordre vient de Dieu.
- Le nomos renvoie à des normes ancrées dans la vie politique des cités, donc à un droit produit par des décisions humaines.
- La loi des hommes est décrite comme ambivalente : instrument de libération démocratique mais aussi fragile face à un droit divin ou naturel jugé difficile à contester.
đĄ Astuce mĂ©mo
DikĂ©-EunomiĂ©-EirĂ©nĂ© : justice-ordre-paix, puis nomos = loi des hommes (citĂ©) face au divin (difficultĂ© dâatteindre la justice).
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- LEX TEMPLI : La LEX TEMPLI dĂ©signe la charte officielle dâun temple, qui fixe son statut et ses rĂšgles, lues publiquement Ă la population.
- JUS : Le JUS renvoie au droit au sens romain, liĂ© Ă lâorganisation des normes applicables aux comportements des personnes.
- FAS : Le FAS dĂ©signe lâordre divin, qui fonde la dimension religieuse du droit dans les conceptions anciennes.
- Leges Datae : Les Leges Datae sont des lois octroyées par des magistrats, dans le cadre de leurs initiatives et de leurs compétences.
- Leges Rogatae : Les Leges Rogatae sont des lois votées par une assemblée populaire, puis adoptées selon une procédure encadrée.
đ Points essentiels
- La lecture publique des rÚgles dans les temples rend la norme officiellement accessible et solennelle, puis elle est aussi mise par écrit.
- La diffusion de la loi par publication transforme la connaissance du droit : les citoyens peuvent désormais confronter les normes aux faits concrets.
- Dans la conception ancienne, le droit (JUS) est intimement rattachĂ© Ă lâorigine divine (FAS), puis cette vision religieuse sâefface au profit dâune science du droit Ă©crite et discutĂ©e.
- La non rĂ©troactivitĂ© signifie que la loi sâimpose pour lâavenir, tandis que la perpĂ©tuitĂ© signifie que la loi continue dâĂȘtre applicable jusquâĂ abrogation explicite.
- Les grandes lois romaines se distinguent par leur autoritĂ© et leur portĂ©e : elles Ă©manent dâune autoritĂ© lĂ©gitime, sâappliquent Ă tous et fixent des devoirs.
- Les Leges Rogatae sont votĂ©es par des assemblĂ©es (Comices ou Conciles de la plĂšbe) aprĂšs affichage dâun avant-projet et peuvent prĂ©voir des sanctions dans le texte mĂȘme.
đĄ Astuce mĂ©mo
Temple = LEX TEMPLI : la loi du temple se lit au peuple puis sâĂ©crit.
đ 4. Sources et science du droit dans lâancien droit romain
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Famille Scaevola : La famille Scaevola est un exemple de transmission familiale des rĂšgles juridiques et de la science du droit Ă Rome.
- Jurisconsultes : Les jurisconsultes sont des spĂ©cialistes du droit dont les avis sont mobilisĂ©s devant les tribunaux comme sources dâautoritĂ©.
- Jus publice respondendi : Le jus publice respondendi est le droit de répondre publiquement aux questions juridiques, reconnu à certains jurisconsultes.
- Jus praetorium : Le jus praetorium dĂ©signe le droit issu des Ă©dits du prĂȘteur, qui encadre les actions en justice et adapte le droit aux cas.
- Constitutions impĂ©riales : Les constitutions impĂ©riales sont des normes Ă©manant de lâempereur, qui structurent progressivement le droit dans lâEmpire.
đ Points essentiels
- La science du droit se transmet aussi dans les familles, avec des gĂ©nĂ©alogies montrant lâimportance de la tradition juridique.
- La rĂ©flexion thĂ©orique progresse grĂące Ă des auteurs comme Ulpien et Gaius, dont les Ćuvres deviennent majeures jusquâau XIXe siĂšcle.
- Devant les tribunaux, les Ćuvres de jurisconsultes sont allĂ©guĂ©es comme de vĂ©ritables sources du droit grĂące Ă leur autoritĂ©.
- En 426, une loi dite des citations reconnaĂźt que les positions de cinq jurisconsultes deviennent des rĂšgles Ă suivre devant les tribunaux.
- Le jus publice respondendi donne une autorité officielle à la réponse juridique, mais crée un effet pervers en limitant ce droit à quelques jurisconsultes.
- Les nouvelles sources du droit au IIe-IIIe siĂšcle sont au nombre de deux : le jus praetorium et les constitutions impĂ©riales, liĂ©es Ă lâessor du pouvoir des magistrats et de lâempereur.
đĄ Astuce mĂ©mo
426 = « citations » : 5 voix deviennent rÚgles devant le juge.
đ 5. Ăvolution des sources au droit romain classique
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- CitoyennetĂ© romaine universelle : La citoyennetĂ© romaine universelle est lâextension du statut de citoyen Ă tous les habitants de lâempire, dĂ©cidĂ©e pour des raisons pratiques liĂ©es notamment aux finances.
- Coutume : La coutume est une source de droit fondée sur des pratiques sociales anciennes, reconnue progressivement par les juristes romains.
- Droit romain vulgaire : Le droit romain vulgaire est un ensemble de rĂšgles locales et romaines mĂ©langĂ©es, nĂ© dâadaptations pratiques et dâune simplification du droit.
- Droit des gens : Le droit des gens est un droit conçu pour rĂ©gir des situations impliquant des personnes de statuts et dâorigines diffĂ©rentes, avec des principes gĂ©nĂ©raux.
- PrĂ©teur pĂ©rĂ©grin : Le prĂ©teur pĂ©rĂ©grin est un magistrat chargĂ© de traiter les litiges impliquant des non-citoyens romains et dâorganiser le droit applicable.
đ Points essentiels
- En 212, lâoctroi de la citoyennetĂ© Ă tous les habitants de lâempire est prĂ©sentĂ© comme principalement motivĂ© par des besoins fiscaux.
- Les juristes romains Ă©laborent une thĂ©orie de la coutume au IIe siĂšcle, en la rattachant Ă lâanciennetĂ©, Ă lâusage et Ă un consentement gĂ©nĂ©ral.
- La coutume est considĂ©rĂ©e comme obligatoire parce quâelle sâest installĂ©e dans les mĆurs avec le temps et parce quâelle reflĂšte un accord collectif.
- La coutume est admise comme source praeter legem, câest-Ă -dire pour complĂ©ter la loi lorsquâil nâexiste pas de texte officiel applicable.
- Si la coutume sâoppose Ă une loi ou Ă un texte normatif officiel, elle est dite contra legem et la volontĂ© du prince doit lâemporter.
- Le droit romain vulgaire naĂźt dâun mĂ©lange entre usages romains et usages locaux, avec une simplification des normes et un assouplissement de la rigueur technique.
đĄ Astuce mĂ©mo
Coutume = Ăge + Accord + Raison ; elle aide praeter legem, mais cĂšde contra legem.
đ 6. Institutes, Digestes et Code de Justinien
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Haut Moyen Ăge : PĂ©riode du Moyen Ăge situĂ©e du 5e au 8e siĂšcle, marquĂ©e par la coexistence de plusieurs peuples et sources de droit.
- PersonnalitĂ© des lois : SystĂšme juridique oĂč chaque individu est jugĂ© selon la loi correspondant Ă son peuple dâorigine, identifiĂ©e notamment par la naissance et la filiation.
- Ădit de ThĂ©odoric : Recueil wisigoth rĂ©digĂ© en 455 Ă la demande du roi ThĂ©odoric, montrant une romanisation du droit barbare.
- Code dâEuric : Recueil wisigoth publiĂ© en 476-477 Ă la demande du roi Euric, destinĂ© spĂ©cifiquement aux populations dâorigine wisigothique.
- BrĂ©viaire dâAlaric : Recueil wisigoth datĂ© de 506, prĂ©sentĂ© comme une simplification du droit romain utilisĂ© par les populations galo-romaines.
đ Points essentiels
- Pendant le Haut Moyen Ăge, le droit reste pluraliste : plusieurs sources coexistent et les normes varient selon les peuples prĂ©sents.
- La personnalitĂ© des lois fait dĂ©pendre la rĂšgle applicable de lâidentitĂ© de la personne, avec des effets sur la filiation et la loi suivie par lâenfant.
- Devant le tribunal, le juge commence par demander « sous quelle loi vis-tu ? », ce qui déclenche la résolution des conflits de lois.
- Les Wisigoths rĂ©digent plusieurs textes successifs, ce qui illustre lâinfluence croissante du droit romain sur le droit barbare.
- LâĂ©dit de ThĂ©odoric (455) sâinspire notamment de sources romaines comme les codes grĂ©gorien, hermogĂ©nien et thĂ©odosien, ainsi que dâĂ©lĂ©ments tirĂ©s de Paul.
- Le code dâEuric (476-477) vise les populations dâorigine wisigothique sans remettre en cause les autres catĂ©gories de population du royaume.
đĄ Astuce mĂ©mo
PersonnalitĂ© des lois = « naissance â loi du peuple » ; au tribunal : « sous quelle loi vis-tu ? ».
đ 7. Novelles de Justinien et compilations
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Novelles de Justinien : Ensemble de textes législatifs tardifs attribués à Justinien, qui complÚtent le droit impérial en ajoutant des rÚgles nouvelles.
- Compilations justiniennes : Recueils organisés du droit romain impérial, rassemblant des textes de Justinien et de juristes, pour rendre le droit utilisable et enseignable.
- Droit romain impĂ©rial : Droit romain prĂ©sentĂ© comme celui dâun empire, fondĂ© sur les compilations justiniennes et sur lâautoritĂ© de modĂšles impĂ©riaux.
- Droit canonique : Ensemble des normes de lâĂglise, Ă©laborĂ©es par ses institutions, qui structurent la vie religieuse et produisent aussi des rĂšgles juridiques.
- Codification canonique : Collections de textes de droit de lâĂglise rĂ©unissant et ordonnant les normes applicables, pour les rendre accessibles et cohĂ©rentes.
đ Points essentiels
- Les compilations justiniennes sont recherchées car elles offrent des modÚles impériaux utiles quand les pouvoirs politiques et religieux se reconstituent en Europe.
- Le droit romain redĂ©couvert nâest pas seulement un droit ancien : il sâagit dâun droit impĂ©rial, celui de Justinien et de grands juristes, transmis par des fragments intĂ©grĂ©s aux recueils.
- La redĂ©couverte du droit romain sâaccompagne dâun renouveau des autres sources : droit canonique, coutumes et mĂȘme lois royales, qui se trouvent influencĂ©es par la mĂ©thode et lâautoritĂ© romaines.
- Des travaux savants montrent que les compilations justiniennes Ă©taient dĂ©jĂ connues avant lâĂ©pisode lĂ©gendaire de 1137, ce qui relativise lâidĂ©e dâune dĂ©couverte totalement fortuite.
- Lâenseignement du droit romain se dĂ©veloppe Ă partir des compilations, avec une Ă©tude structurĂ©e et une diffusion universitaire, ce qui renforce durablement lâautoritĂ© du droit romain.
- Le droit canonique connaßt aussi une dynamique de codification : de nouvelles collections sont rédigées pour rassembler le droit applicable et le rendre praticable.
đĄ Astuce mĂ©mo
Compilations = âboĂźte Ă outilsâ : droit romain impĂ©rial + fragments â enseignement + modĂšles pour reconstruire pouvoirs.
đ 8. PersonnalitĂ© des lois sous les Francs
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- PersonnalitĂ© des lois : Principe juridique selon lequel une personne est soumise au droit correspondant Ă sa communautĂ© dâappartenance plutĂŽt quâĂ un droit unique territorial.
- Droit romain : Ensemble des rĂšgles issues des compilations de Justinien, redĂ©couvertes et rĂ©utilisĂ©es au Moyen Ăge pour rĂ©soudre des questions de droit.
- Droit canonique : Droit propre Ă lâĂglise, fondĂ© sur des compilations et des dĂ©cisions pontificales et conciliaires, puis enseignĂ© et commentĂ©.
- Droit coutumier : Ensemble de normes locales rĂ©digĂ©es ou consignĂ©es, mĂȘlant pratique, jurisprudence et apports savants, notamment du droit romain.
- Corpus juris canonici : Ensemble de compilations qui rassemble lâĂ©quivalent du corpus romain pour le droit canonique, formant la base de rĂ©fĂ©rence mĂ©diĂ©vale.
đ Points essentiels
- Le droit romain circule et sâenseigne en Italie dĂšs la fin du XIe siĂšcle, avec des manuscrits contenant des fragments du Digeste repĂ©rĂ©s vers 1075-1080 puis vers 1090.
- La mĂ©thode dâĂ©tude dominante pour le droit romain est la glose, fondĂ©e sur une lecture mot Ă mot et des commentaires ligne par ligne.
- Au XIIIe siÚcle, la méthode des commentateurs se développe, en reliant les textes à la réalité contemporaine et en produisant des consultations et avis pratiques.
- La diffusion du droit romain se fait surtout par la pratique : juristes formĂ©s dans les universitĂ©s exercent dans les institutions (royautĂ©s, villes, Ăglise) et confrontent le droit savant aux usages locaux.
- Ă partir du XIIe siĂšcle, le droit coutumier se formalise avec lâidĂ©e de normes savantes (JUS CONSUETUDINARIO) consignĂ©es par des officiers, et pas seulement comme un droit âdâen basâ.
- Les coutumiers mĂ©langent plusieurs sources : pratiques locales, jurisprudence (âil fut jugĂ© queâ), ordonnances seigneuriales et apports du droit romain, y compris parfois des passages du Digeste traduits en français.
đĄ Astuce mĂ©mo
PersonnalitĂ© = âĂ chacun son droitâ ; diffusion = âpar les praticiensâ ; coutume = âpratique + jugement + savantâ.
đ 9. Unification du droit par le jus commune
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Jus commune : Droit savant romano-canonique prĂ©sentĂ© comme commun aux juristes europĂ©ens, transcendant les particularismes locaux et guidant lâinterprĂ©tation du droit.
- Droit romano-canonique : Ensemble formé par le droit romain et le droit canonique, enseignés ensemble et servant de base au jus commune.
- Droit romain : Droit savant dont la diffusion au Moyen Ăge tardif lui confĂšre une vocation de droit commun Ă portĂ©e universelle.
- Droit canonique : Droit de lâĂglise, enseignĂ© avec le droit romain, qui contribue Ă la formation du jus commune et Ă lâorientation des procĂ©dures.
- Doctrine juridique : Ensemble des analyses savantes qui, au Moyen Ăge, joue un rĂŽle central pour concevoir, Ă©crire et appliquer le droit.
đ Points essentiels
- Le jus commune apparaßt à la fin du XIIIe siÚcle dans un contexte de développement du droit romain comme droit commun.
- Le droit romain est prĂ©sentĂ© comme un droit Ă vocation universelle, utile au-dessus des droits nationaux en cours dâĂ©laboration.
- Le jus commune ne se limite pas au droit romain : il englobe aussi le droit canonique, car ces deux matiĂšres structurent lâenseignement universitaire.
- Le jus commune sert à la fois de droit enseigné, de droit savant et de référence pour éclairer autorités publiques et autorités religieuses.
- Le jus commune sâimpose comme un droit de juristes, renforçant lâimportance de la doctrine et des compĂ©tences de formation spĂ©cialisĂ©e.
- Le jus commune interfÚre avec des droits majoritairement coutumiers, non écrits et variables, ce qui entraßne contradictions et mise par écrit de certaines coutumes.
đĄ Astuce mĂ©mo
Jus commune = Rome + Ăglise : enseignĂ© Ă lâuniversitĂ©, il chapeaute les coutumes et unifie la pensĂ©e des juristes.
đ 10. LĂ©gislation royale et actes royaux
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- DeuxiĂšme renaissance du droit romain : Mouvement de la Renaissance qui relance lâĂ©tude du droit romain en cherchant un texte plus authentique, puis lâoriente vers une valorisation du droit français.
- Humanisme juridique : Courant intellectuel de la Renaissance qui Ă©tudie les sources anciennes et critique les compilations tardives pour retrouver lâĂ©tat historique du droit.
- Ordonnance de Montil-lÚs-Tours : Ordonnance royale de 1454 qui impose la mise par écrit des coutumes afin de faciliter la connaissance du droit par juges et justiciables.
- ArrĂȘts de rĂšglement : DĂ©cisions des cours souveraines visant Ă sâimposer comme rĂšgle gĂ©nĂ©rale au-delĂ du seul litige, jusquâĂ intervention dâun nouvel acte.
- Lettres patentes : Actes royaux exprimant une volontĂ© gĂ©nĂ©rale, prĂ©sentĂ©s comme des lettres ouvertes scellĂ©es, destinĂ©es Ă ĂȘtre portĂ©es Ă la connaissance de tous les sujets.
đ Points essentiels
- La deuxiÚme renaissance du droit romain critique les compilations justiniennes et cherche à reconstituer un droit romain plus proche de son état ancien.
- Lâhumanisme juridique dĂ©valorise la culture mĂ©diĂ©vale du droit romain et contribue Ă faire du droit romain un objet dâĂ©tude historique.
- Le passage du droit romain vers le droit français se traduit par une montĂ©e de lâĂ©criture en langue française et par un intĂ©rĂȘt accru pour lâhistoire et le droit coutumier.
- Charles Dumoulin et Antoine Loysel sont prĂ©sentĂ©s comme auteurs caractĂ©ristiques du mouvement vers lâĂ©tude du droit français au XVIe siĂšcle.
- à partir du XVe siÚcle, la royauté lance une rédaction officielle des coutumes, mais les résultats sont décrits comme lents et mitigés.
- Lâordonnance de 1454 vise surtout la mise par Ă©crit pour faciliter les procĂšs et permettre de connaĂźtre le droit applicable, tout en conservant le roi comme garant des coutumes.
đĄ Astuce mĂ©mo
Humanisme = manuscrits + critique des compilations ; Montil-lÚs-Tours = écrire pour juger.
đ 11. Ordonnances royales du XVIe au XVIIIe siĂšcle
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Lettres de grùce : Actes royaux qui atténuent, suppriment ou modifient une conséquence pénale, au profit de personnes ou de situations particuliÚres.
- Lettres de justice : Actes royaux qui accordent, dans le domaine judiciaire, des mesures dâexception Ă certains justiciables.
- ArrĂȘts du conseil du roi : Actes administratifs du Conseil du roi, distincts des lois et des jugements, qui peuvent nĂ©anmoins produire des effets trĂšs proches de la loi.
- Ordonnances sans adresses ni sceaux : Textes signés par le roi (et parfois contresignés) sans destinataires désignés et sans sceau royal, rédigés de façon impersonnelle.
- Lettres clauses : Lettres fermées scellées par un sceau personnel du roi, utilisées notamment pour des affaires sensibles comme la correspondance diplomatique.
đ Points essentiels
- Les lettres de grùce et les lettres de justice illustrent un pouvoir arbitraire royal en contournant la justice ordinaire et ses procédures.
- Le conflit entre tribunaux et parlement sâexplique par le fait que le roi modifie, par ces lettres, des dispositions que les institutions entendent appliquer selon les rĂšgles ordinaires.
- Les arrĂȘts du conseil du roi ne sont pas des lois ni des jugements, mais relĂšvent dâune catĂ©gorie dâactes administratifs.
- Les arrĂȘts du conseil du roi ne sont pas soumis Ă lâenregistrement parlementaire, ce qui explique leur usage accru au XVIIIe siĂšcle.
- Les ordonnances sans adresses ni sceaux ne sont pas destinées à des destinataires nommés et ne portent pas le sceau royal.
- Ces ordonnances sont en général rédigées de maniÚre impersonnelle (formules du type « il est ordonné que » ou « le roi veut et ordonne que »).
đĄ Astuce mĂ©mo
Grùce/Justice = exceptions pénales ou judiciaires; Conseil = acte administratif sans enregistrement; Sans sceau = signé mais impersonnel; Lettres clauses = sceau du secret (diplomatie/affaires sensibles).
đ 12. LĂ©gicentrisme et jurisprudence autour du Code civil
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- LĂ©gicentrisme : Le lĂ©gicentrisme est lâidĂ©e que la loi, expression de la souverainetĂ©, devient la source centrale du droit et limite le pouvoir crĂ©ateur des juges.
- DĂ©claration des droits de lâhomme et du citoyen : La DĂ©claration des droits de lâhomme et du citoyen est un texte fondateur de 1789 qui sert de rĂ©fĂ©rence aux principes juridiques, notamment en matiĂšre de libertĂ©s et de sĂ»retĂ©.
- Doctrine de lâexĂ©gĂšse : La doctrine de lâexĂ©gĂšse est une approche qui traite le Code civil comme texte Ă commenter article par article, en donnant une place dominante au droit Ă©crit.
- Jurisprudence crĂ©atrice : La jurisprudence crĂ©atrice dĂ©signe le rĂŽle traditionnel des juges sous lâAncien RĂ©gime, oĂč leurs dĂ©cisions contribuaient Ă produire du droit.
- Poids du modĂšle juridique français : Le poids du modĂšle juridique français correspond Ă lâinfluence durable du droit codifiĂ© français, renforcĂ©e par la longĂ©vitĂ© des codes et leur diffusion internationale.
đ Points essentiels
- Le lĂ©gicentrisme promu par la Constituante sâoppose Ă lâarbitraire de la monarchie absolue en faisant de la loi la norme qui sâimpose aux citoyens.
- La DDHC (1789) affirme une logique oĂč la libertĂ© et la sĂ»retĂ© sont garanties par la loi, ce qui soutient lâidĂ©e que le droit doit ĂȘtre dĂ©terminĂ© par des rĂšgles gĂ©nĂ©rales.
- Le Code pénal de 1791 est présenté comme nécessaire pour appliquer des principes de la DDHC, notamment la légalité des délits et des peines.
- Le Code civil de 1804 est voté par une série de lois successives et devient un texte central enseigné et commenté, ce qui renforce la primauté du droit codifié.
- Sous lâAncien RĂ©gime, les juges sont reconnus comme crĂ©ateurs de droit, mais aprĂšs les codifications leur rĂŽle crĂ©ateur est dâabord niĂ©.
- La jurisprudence revient progressivement dans lâordre juridique, au fur et Ă mesure que lâapplication du droit codifiĂ© se stabilise.
đĄ Astuce mĂ©mo
Loi dâabord, juges ensuite : le Code civil devient le texte Ă commenter, et la jurisprudence ne retrouve un rĂŽle quâavec le temps.
đ
RepĂšres chronologiques
| Date | ĂvĂ©nement |
|---|
| 753 avant notre Úre | Naissance officielle de la cité de Rome (repÚre chronologique du droit romain) |
| 4e millĂ©naire avant notre Ăšre | DĂ©veloppement de lâĂ©criture en MĂ©sopotamie, base de la connaissance des systĂšmes juridiques antiques |
| -1400 avant notre Úre | PremiÚres lois promulguées par le roi Urukagina (Mésopotamie) |
| 212 | Octroi de la citoyennetĂ© romaine universelle Ă tous les habitants de lâempire (motivation fiscale) |
| 426 | Loi des citations : positions de cinq jurisconsultes deviennent des rĂšgles Ă suivre devant les tribunaux |
| 455 | Ădit de ThĂ©odoric (wisigoth) |
| 476-477 | Code dâEuric (wisigoth) |
| 506 | BrĂ©viaire dâAlaric (simplification du droit romain pour les populations galo-romaines) |
| 1137 | Ăpisode lĂ©gendaire de la redĂ©couverte du Digeste (relativisĂ© par le cours) |
| 1075-1080 | Fragments du Digeste repérés dans des manuscrits (Italie) |
đ Tableaux de synthĂšse
Sources et logique de droit dans lâAntiquitĂ©
| Période/aire | Source | Idée directrice |
|---|
| Orient mésopotamien | Actes écrits (tablettes) et codes royaux | Droit pratique, origine divine (FAS) et preuve par jugement de Dieu |
| GrĂšce archaĂŻque | Thesmos puis nomos | Normes dâorigine divine (thesmos) puis normes produites par les hommes (nomos), avec question de la justice |
| Rome | Coutume (mos) puis loi (lex) | Droit dâabord non Ă©crit (mos), puis diffusion par lecture publique et Ă©criture (lex templ i) |
Sources du droit romain classique et leur rĂŽle
| Source | Ămetteur | Fonction |
|---|
| Jus praetorium | PrĂȘteur | Encadre les actions en justice et adapte/corrige le droit (souplesse) |
| Constitutions impériales | Empereur | Normes impériales qui structurent progressivement le droit et remplacent la loi sénatoriale |
| Jurisconsultes (jus publice respondendi) | Jurisconsultes autorisĂ©s | RĂ©ponses juridiques mobilisĂ©es devant les tribunaux comme sources dâautoritĂ© |
â ïž PiĂšges & confusions frĂ©quents
- Confondre la dĂ©finition de Celse (droit = art du bon et du juste) avec lâidĂ©e que le droit serait toujours une science rigoureuse et automatique.
- Croire que Ubi societas ibi jus signifie que le droit dĂ©pend uniquement de la sociĂ©tĂ©, alors que le cours insiste aussi sur lâĂ©criture et sur la sacralitĂ©/origine divine dans lâAntiquitĂ©.
- MĂ©langer thesmos et nomos : thesmos renvoie Ă lâorigine divine des normes, tandis que nomos ancre la norme dans la citĂ© et les dĂ©cisions humaines.
- Inverser praeter legem et contra legem : la coutume aide Ă complĂ©ter la loi quand il nây a pas de texte, mais elle est Ă©cartĂ©e si elle sâoppose Ă une norme officielle.
- Penser que la loi des citations (426) donne un pouvoir créateur illimité à tous les jurisconsultes : le cours souligne un effet pervers (limitation à quelques-uns).
- Confondre les actes royaux : lettres de grĂące/justice (exceptions pĂ©nales/judiciaires) â arrĂȘts du conseil du roi (actes administratifs, non lois ni jugements) â lettres clauses (sceau du secret).
- Croire que le jus commune unifie par suppression des coutumes : le cours décrit plutÎt une interférence/contradiction et une mise par écrit progressive des coutumes sous influence savante.
â
Checklist Examen
- DĂ©finir le droit selon Celse et expliquer pourquoi lâapplication peut ĂȘtre simple ou se compliquer quand le droit se heurte Ă la justice.
- Expliquer Ubi societas ibi jus et relier la connaissance du droit antique au dĂ©veloppement de lâĂ©criture (repĂšre chronologique du cours).
- PrĂ©senter les droits cunĂ©iformes : caractĂšre pratique, Ă©criture, actes de la pratique, et idĂ©e dâorigine divine (FAS) avec preuve par jugement de Dieu.
- Comparer lâOrient et la GrĂšce sur la place du divin : thesmos (origine divine) puis nomos (normes humaines) et lâambivalence de la justice des hommes (exemples du cours).
- Exposer les sources de lâancien droit romain : mos (coutume), lex (loi du temple LEX TEMPLI), et la diffusion par lecture publique puis Ă©criture.
- Distinguer Leges Datae et Leges Rogatae et rappeler la procédure (avant-projet affiché, vote, sanctions possibles) telle que décrite dans le cours.
- Décrire la science du droit à Rome : passage de la vengeance privée à la science des pontifes, puis procédure des actions de la loi (phases et formalisme).
- PrĂ©senter lâĂ©volution du droit romain classique : dĂ©clin de la loi, essor des sĂ©natus-consultes, et rĂŽle de la jurisprudence (juris prudentia).
- Expliquer les nouvelles sources au droit romain classique : jus praetorium (Ă©dits du prĂȘteur) et constitutions impĂ©riales (Ă©dits, dĂ©crets, rescrits, mandats).
- Rappeler les repĂšres du droit postclassique : codification et rĂŽle de Justinien (Corpus juris civilis : Code, Digeste, Institutes, Novelles) et lâĂ©mergence du droit canonique.
- Expliquer la personnalitĂ© des lois sous les Francs : principe, identification par naissance/filiation, et question du tribunal (âsous quelle loi vis-tu ?â).
- PrĂ©senter lâunification mĂ©diĂ©vale par le jus commune : naissance fin XIIIe, droit romano-canonique, rĂŽle de la doctrine et interfĂ©rence avec les coutumes.
- Expliquer la renaissance des droits savants : redécouverte/enseignement du droit romain (glose puis commentateurs) et diffusion par la pratique.
- DĂ©crire lâapport du droit canonique : sources (dĂ©cret de Gratien, conciles, dĂ©crĂ©tales) et consĂ©quences en droit privĂ© et public (mariage, intention, procĂ©dures).
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