đ Plan du Cours
- Définition du droit public des affaires
- Trois figures de lâĂtat face au marchĂ©
- Alternance interventionnisme et libéralisme
- DĂ©cret dâAllarde et loi Le Chapelier
- Ătat providence et solidaritĂ© nationale
- Sources internes du droit public des affaires
- Droit souple et critĂšres de qualification
- Sources européennes et droits conventionnels
- Libertés économiques à vocation générale
- Libertés économiques par ricochet
- Secteur public et opérateurs publics
- ContrĂŽle de lâaccĂšs au marchĂ© et autorisations
đ 1. DĂ©finition du droit public des affaires
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Droit public des affaires : Le droit public des affaires dĂ©signe le droit des relations entre lâadministration et les opĂ©rateurs Ă©conomiques.
- Administration au sens large : Lâadministration au sens large regroupe lâensemble des autoritĂ©s publiques susceptibles dâinteragir avec le marchĂ© et ses acteurs.
- Opérateurs économiques : Les opérateurs économiques sont les entreprises et acteurs du marché qui échangent des biens ou des services.
- MarchĂ© : Le marchĂ© est un espace dâĂ©change oĂč se rencontrent une offre et une demande de biens ou de services.
- DUE : Le droit de lâUnion europĂ©enne irrigue largement la matiĂšre et influence les rĂšgles mobilisĂ©es en droit public des affaires.
đ Points essentiels
- Le droit public des affaires traite des problématiques économiques (notamment crises climatique et sanitaire) à travers des rÚgles de droit public.
- La matiĂšre se situe Ă la frontiĂšre entre droit et Ă©conomie, et entre droit public et droit privĂ©, tout en mobilisant fortement le droit de lâUnion europĂ©enne.
- Le rĂŽle de la puissance publique est analysĂ© sous deux angles : en tant quâopĂ©rateur et en tant que rĂ©gulateur.
- La logique dâintervention de lâĂtat Ă©volue avec les crises et le contexte gĂ©opolitique mondial.
- Le droit public des affaires est aussi relié à la souveraineté économique européenne, remise en avant dans le discours politique et juridique.
- Le droit public des affaires retient deux figures centrales de lâĂtat : opĂ©rateur et rĂ©gulateur.
đĄ Astuce mĂ©mo
DPA = Administration â Entreprises, avec lâUE en fil conducteur (opĂ©rateur + rĂ©gulateur).
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Compagnie des Indes Orientales : Compagnie coloniale créée en 1664, organisĂ©e sous impulsion royale pour regrouper des entreprises coloniales dĂ©ficitaires et mobiliser lâĂ©pargne privĂ©e.
- Roi actionnaire : ModĂšle oĂč le souverain intervient comme actionnaire et encadre la gouvernance dâune sociĂ©tĂ© privĂ©e, mĂȘlant capitaux publics et contrĂŽle royal.
- Ătat gendarme : Figure de lâĂtat libĂ©ral du XVIIIe siĂšcle, cantonnĂ© au maintien de lâordre et Ă la protection des libertĂ©s nĂ©cessaires au marchĂ©.
- Ătat providence : Figure interventionniste des XIXe-XXe siĂšcles, centrĂ©e sur la prestation de services publics et la cohĂ©sion sociale via la solidaritĂ© nationale.
- Ătat rĂ©gulateur : Figure contemporaine oĂč lâĂtat ne dirige pas directement le marchĂ© mais stabilise et garantit le libre jeu concurrentiel, notamment par des autoritĂ©s indĂ©pendantes.
đ Points essentiels
- La Compagnie des Indes Orientales illustre une logique de regroupement dâactivitĂ©s coloniales dĂ©ficitaires sous une mĂȘme structure, avec rĂ©daction des statuts et mobilisation de lâĂ©pargne privĂ©e.
- Le contrĂŽle royal est Ă©troit sous Louis XIV, notamment par la nomination des directeurs jusquâĂ une direction effective.
- La doctrine qualifie ce phĂ©nomĂšne de « roi actionnaire », prĂ©figurant lâĂ©conomie mixte (capitaux publics et privĂ©s au sein dâune sociĂ©tĂ© privĂ©e).
- La rupture de 1789 met fin Ă cette politique et sâaccompagne dâune traduction juridique du libĂ©ralisme Ă©conomique.
- En 1789, la DDHC consacre le droit de propriété privée (art. 2 et 17).
- Le dĂ©cret dâAllard du 2 et 17 mars 1791 consacre la libertĂ© du commerce et de lâindustrie, et la loi Le Chapelier (1791) abolit les corporations.
đĄ Astuce mĂ©mo
Gendarme = ordre + libertés ; Providence = solidarité + services ; Régulateur = rÚgles pour laisser jouer le marché.
đ 3. Alternance interventionnisme et libĂ©ralisme
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Droit souple : Le droit souple regroupe des actes non impératifs (avis, recommandations, mises en garde, prises de position) pouvant néanmoins produire des effets sur les destinataires.
- Recours pour excĂšs de pouvoir : Le recours pour excĂšs de pouvoir est un contentieux visant lâannulation dâun acte administratif, en contrĂŽlant ses vices de lĂ©galitĂ©.
- Jurisprudence Fairvesta : La jurisprudence Fairvesta admet le REP contre certains actes de droit souple dâautoritĂ©s de rĂ©gulation lorsque des conditions sont rĂ©unies.
- Jurisprudence Mme Le Pen : La jurisprudence Mme Le Pen Ă©tend le REP aux actes de droit souple dâautoritĂ©s administratives classiques dĂšs lors quâils ont des effets notables.
- Jurisprudence Gisti : La jurisprudence Gisti regroupe les documents de portĂ©e gĂ©nĂ©rale et permet le REP contre des actes de droit souple susceptibles dâavoir des effets notables sur les droits.
đ Points essentiels
- Le CE refuse que le REP reste fermĂ© aux actes de droit souple dĂšs lors quâils produisent des effets Ă©conomiques et pas seulement juridiques.
- Dans CE, 21 mars 2016, SociĂ©tĂ© Fairvesta et SociĂ©tĂ© NumĂ©ricable, le REP est admis contre certains actes de droit souple dâautoritĂ©s de rĂ©gulation dans deux cas.
- Le premier cas (Fairvesta) vise les actes de droit souple qui entrent dans la formulation dâactes de droit dur dĂ©guisĂ©s.
- Le second cas (Fairvesta) vise les actes de droit souple de nature à produire des effets notables, notamment économiques, ou destinés à influer significativement les comportements des destinataires.
- Le CE raisonne de façon consĂ©quentialiste : lâacte fait grief par ses effets (juridiques et/ou Ă©conomiques) et non par son contenu.
- La recevabilité est doublement limitée : elle vise des autorités de régulation et des actes limitativement énumérés (avis, recommandations, mises en garde, prises de position).
đĄ Astuce mĂ©mo
Effets dâabord : si lâacte fait bouger lâĂ©conomie, le juge ouvre le prĂ©toire.
đ 4. DĂ©cret dâAllarde et loi Le Chapelier
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- LibertĂ© dâentreprendre : La libertĂ© dâentreprendre protĂšge lâaccĂšs Ă une activitĂ© Ă©conomique et son exercice, mais elle peut ĂȘtre limitĂ©e par le lĂ©gislateur.
- Exigence constitutionnelle : Une exigence constitutionnelle est un motif tirĂ© du bloc de constitutionnalitĂ© qui peut justifier une atteinte Ă la libertĂ© dâentreprendre.
- Objectif de valeur constitutionnelle : Un objectif de valeur constitutionnelle est un but constitutionnellement reconnu pouvant justifier des limitations Ă la libertĂ© dâentreprendre.
- LibertĂ© du commerce et de lâindustrie : La libertĂ© du commerce et de lâindustrie garantit lâexercice des activitĂ©s Ă©conomiques sans autorisation prĂ©alable imposĂ©e par lâadministration, et interdit la non-concurrence publique.
- Libre concurrence : La libre concurrence vise le respect dâune concurrence saine, libre, Ă©gale et loyale, et sâapprĂ©cie au regard du marchĂ©.
đ Points essentiels
- La libertĂ© dâentreprendre nâest ni gĂ©nĂ©rale ni absolue : le Conseil constitutionnel admet des limitations par le lĂ©gislateur.
- Le contrĂŽle du Conseil constitutionnel se fait en deux temps : justification de lâatteinte par une exigence constitutionnelle ou un objectif de valeur constitutionnelle, puis contrĂŽle de la proportionnalitĂ©.
- Le Conseil constitutionnel nâannule que les atteintes manifestement disproportionnĂ©es, en Ă©vitant de substituer son apprĂ©ciation Ă celle du Parlement.
- Exemples de motifs : Ă©quilibre des relations commerciales, protection du cadre de vie, ou fonctionnement concurrentiel du marchĂ© de lâĂ©lectricitĂ© et stabilitĂ© des prix.
- Les exigences constitutionnelles sont notamment tirées du Préambule de 1946, par exemple sécurité matérielle et pluralisme des médias.
- Les objectifs de valeur constitutionnelle incluent la protection de la santĂ© et de lâenvironnement, avec une dĂ©cision clĂ© en 2020 (UIPP) reconnaissant lâenvironnement comme OVC fondĂ© sur la Charte de lâenvironnement.
đĄ Astuce mĂ©mo
Justification puis proportionnalitĂ© : « Motif constitutionnel â pas de dĂ©sĂ©quilibre manifeste ».
đ 5. Ătat providence et solidaritĂ© nationale
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Principe dâincessibilitĂ© Ă vil prix : Le principe constitutionnel interdit de cĂ©der des biens publics Ă des personnes privĂ©es Ă un prix infĂ©rieur Ă leur valeur vĂ©nale.
- Droits de dĂ©fense : Les droits issus de la DDHC sont conçus comme des garanties contre les ingĂ©rences de lâĂtat dans la sphĂšre individuelle.
- Principe dâĂ©galitĂ© : Le principe dâĂ©galitĂ© impose un traitement identique des personnes placĂ©es dans la mĂȘme situation, sauf justification et conditions.
- ĂgalitĂ© de concurrence : LâĂ©galitĂ© de concurrence exige que les opĂ©rateurs soient placĂ©s dans des conditions comparables pour participer au jeu Ă©conomique.
- Sécurité juridique : La sécurité juridique vise à stabiliser les situations et à limiter les remises en cause brutales du droit.
đ Points essentiels
- Le Conseil constitutionnel protÚge la propriété publique et refuse la cession de biens publics à des personnes privées à un prix inférieur à la valeur vénale.
- La critique de 1789 soutient que les auteurs de la DDHC nâauraient pas eu lâintention de protĂ©ger la propriĂ©tĂ© publique au mĂȘme degrĂ©.
- Le contrĂŽle de lâĂ©galitĂ© est un contrĂŽle « par ricochet » : le principe nâest pas limitĂ© Ă lâĂ©conomie mais prend un relief particulier dans les interventions Ă©conomiques.
- Les diffĂ©rences de traitement sont possibles si les personnes ne sont pas dans la mĂȘme situation, ce qui neutralise lâatteinte au principe dâĂ©galitĂ©.
- MĂȘme en prĂ©sence dâune mĂȘme situation, une dĂ©rogation est admise si un motif dâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral lâimpose et si les diffĂ©rences respectent adĂ©quation et proportionnalitĂ©.
- En droit de lâUE, la sĂ©curitĂ© juridique sâarticule avec la confiance lĂ©gitime (principe fondamental), tandis quâen droit interne français le CE consacre la sĂ©curitĂ© juridique comme PGD via la DDHC.
đĄ Astuce mĂ©mo
IncessibilitĂ© Ă vil prix = pas de « braderie » du public ; ĂgalitĂ© = mĂȘme situation + (sinon hors champ) ou motif dâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral + adĂ©quation + proportionnalitĂ© ; SĂ©curitĂ© juridique = stabilitĂ© et adaptation sans rupture brutale.
đ 6. Sources internes du droit public des affaires
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Ătablissement public national : Personne morale de droit public rattachĂ©e Ă lâĂtat ou Ă la collectivitĂ© qui lâa créée, pouvant exercer une activitĂ© Ă©conomique.
- EPIC : Ătablissement public industriel et commercial, forme privilĂ©giĂ©e pour les activitĂ©s Ă©conomiques et historiquement trĂšs utilisĂ©e.
- SociĂ©tisation des EPIC : Transformation progressive dâEPIC en sociĂ©tĂ©s commerciales, faisant basculer le rĂ©gime du droit public vers le droit privĂ©.
- Privatisation du statut juridique : Transformation dâun EPIC en sociĂ©tĂ© (souvent une SA) sans transfert nĂ©cessaire du capital au secteur privĂ©.
- Quasi-domanialitĂ© publique : RĂ©gime inspirĂ© de la domanialitĂ© publique appliquĂ© Ă certains biens de sociĂ©tĂ©s privĂ©es chargĂ©es dâune mission de service public.
đ Points essentiels
- La sociétisation a touché de grands EPIC nationaux (France Télécom en 1996, EDF en 2004, Aéroports de Paris en 2005, SNCF en 2020).
- Le principe de spĂ©cialitĂ© limite lâactivitĂ© de lâĂ©tablissement public Ă lâobjet fixĂ© par le texte constitutif, avec une logique plus stricte que lâobjet social dâune SA.
- Lâabsence de capital social rĂ©duit la capacitĂ© de rĂ©aliser des opĂ©rations capitalistiques dans un cadre de marchĂ©.
- Le DUE nâinterdit pas lâexistence dâentreprises publiques (art. 345 TFUE), mais impose une banalisation des comportements et une concurrence Ă©gale, saine et loyale.
- Dans lâarrĂȘt CJUE 3 avril 2014, La Poste (C-559/12), la CJUE retient que le statut dâEPIC crĂ©e une garantie implicite et illimitĂ©e de lâĂtat, prĂ©sumĂ©e constituer une aide dâĂtat illĂ©gale faute de notification.
- La CJUE (arrĂȘt 19 septembre 2018, IFP, C-438/16) confirme la logique de contestation et la solution envisagĂ©e consiste Ă faire tomber le statut public en transfĂ©rant en SA, sans exclure des rĂ©gimes protecteurs maintenus.
đĄ Astuce mĂ©mo
EPIC = « Ătat garantit » â DUE voit une aide dâĂtat ; SA = « quasi-domanialitĂ© » pour garder le service public.
đ 7. Droit souple et critĂšres de qualification
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Droit souple : Le droit souple regroupe des normes non directement contraignantes qui orientent les comportements sans imposer une obligation juridique classique.
- CritĂšres de qualification : Les critĂšres de qualification sont les Ă©lĂ©ments permettant de dĂ©terminer si une situation relĂšve dâun rĂ©gime juridique donnĂ©.
- Nationalisation : La nationalisation est un transfert forcĂ© de propriĂ©tĂ© dâune entreprise ou dâun bien vers lâĂtat, rĂ©alisĂ© par acte de puissance publique et moyennant indemnisation.
- Quasi domanialitĂ© publique : La quasi domanialitĂ© publique dĂ©signe un rĂ©gime de contrĂŽle et de protection des biens qui, sans ĂȘtre pleinement domaniaux, reste fortement encadrĂ© par lâĂtat.
- Ătat partenaire : LâĂtat partenaire est une figure dâintervention oĂč lâĂtat conserve une capacitĂ© dâinfluence sans ĂȘtre majoritaire, notamment via des mĂ©canismes dâencadrement.
đ Points essentiels
- La frontiĂšre entre secteur public et secteur privĂ© est poreuse : la privatisation nâefface pas tout contrĂŽle Ă©tatique, elle peut produire des mĂ©canismes dâinfluence rĂ©ciproques.
- Michel Bazex qualifie ces mĂ©canismes de « retour de lâĂtat » en soulignant le maintien dâun contrĂŽle dans lâentreprise privatisĂ©e.
- Le professeur Dreyfus parle de « société de troisiÚme type » pour décrire un systÚme hybride entre public et privé.
- JP Colson et P. Idoux opposent lâĂtat entrepreneur (figure du passĂ©) Ă lâĂtat partenaire, qui influence sans majoritĂ© et peut devenir un Ătat rĂ©gulateur.
- La protection des entreprises stratĂ©giques vise la souverainetĂ© Ă©conomique et peut justifier ces mĂ©canismes dâencadrement.
- Une nationalisation a un caractĂšre forcĂ© : câest un acte de souverainetĂ© et de puissance publique, avec indemnisation des propriĂ©taires.
đĄ Astuce mĂ©mo
Privatisation â disparition : lâĂtat reste prĂ©sent (influence) ; Nationalisation = forcĂ©e + puissance publique + indemnitĂ©.
đ 8. Sources europĂ©ennes et droits conventionnels
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Code de la commande publique : Le code de la commande publique fixe le cadre actuel permettant Ă des personnes publiques dâĂȘtre titulaires de marchĂ©s publics ou de concessions.
- Avis JLBC : Lâavis JLBC est la dĂ©cision qui encadre les conditions de candidature dâun Ă©tablissement public Ă un marchĂ© public afin dâĂ©viter une concurrence faussĂ©e.
- Libre concurrence : La libre concurrence dĂ©signe lâexigence que les modalitĂ©s de candidature et dâattribution ne doivent pas fausser le jeu concurrentiel entre opĂ©rateurs.
- Droit de la concurrence : Le droit de la concurrence regroupe les rĂšgles visant Ă empĂȘcher ententes, abus de position dominante et distorsions de marchĂ©, y compris pour les opĂ©rateurs publics.
- OpposabilitĂ© : LâopposabilitĂ© signifie que des actes administratifs peuvent ĂȘtre contrĂŽlĂ©s au regard du droit de la concurrence mĂȘme quand la personne publique nâexerce pas une activitĂ© Ă©conomique.
đ Points essentiels
- Le code de la commande publique admet que des personnes publiques soient titulaires de marchés publics ou de concessions, aux cÎtés des personnes privées.
- Lâavis JLBC affirme quâaucun texte ni principe nâinterdit Ă une personne publique de candidater Ă un marchĂ© public, sans crĂ©er de conditions spĂ©cifiques supplĂ©mentaires pour candidater.
- Pour que la candidature publique respecte la libre concurrence, le prix doit intégrer tous les coûts directs et indirects liés à la prestation.
- La personne publique ne doit pas fonder son prix sur des avantages tirés de ses ressources ou de sa mission de service public, et doit notamment déduire subventions et avantages fiscaux.
- La personne publique doit justifier le prix par des documents comptables permettant de vérifier le respect du jeu concurrentiel.
- Le droit de la concurrence est applicable aux personnes publiques lorsquâelles exercent une activitĂ© Ă©conomique, et opposable lorsquâelles prennent des mesures ayant un effet sur le marchĂ©.
đĄ Astuce mĂ©mo
JLBC = Justifier le prix, Limiter les avantages, ContrĂŽler les documents.
đ 9. LibertĂ©s Ă©conomiques Ă vocation gĂ©nĂ©rale
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- LibertĂ©s Ă©conomiques : Notion de libertĂ©s permettant aux acteurs Ă©conomiques dâagir sur le marchĂ©, sous rĂ©serve des limites imposĂ©es par le droit et la rĂ©gulation.
- RĂ©gulation juridique : Notion de rĂ©gulation qui dĂ©signe un ensemble dâactions juridiques visant Ă maintenir un Ă©quilibre dans un systĂšme Ă©conomique instable.
- DĂ©faillances de marchĂ© : CatĂ©gories de situations oĂč le marchĂ© concurrentiel nâatteint pas lâoptimum de Pareto et appelle une intervention correctrice.
- Concurrence pure et parfaite : ModĂšle thĂ©orique idĂ©al fondĂ© sur des conditions cumulatives qui, une fois rĂ©unies, rend lâallocation des ressources efficace.
- Ătat rĂ©gulateur : IdĂ©e dâune administration dotĂ©e de missions spĂ©cifiques pour corriger les imperfections du marchĂ© tout en prĂ©servant le libre jeu concurrentiel.
đ Points essentiels
- La rĂ©gulation est dâabord une idĂ©e Ă©conomique : elle sert Ă corriger les imperfections du marchĂ© pour se rapprocher de lâoptimum de Pareto.
- La concurrence pure et parfaite repose sur 5 conditions cumulatives : atomicité, libre entrée, homogénéité des produits, mobilité, transparence.
- DĂšs quâune condition manque, on sort du modĂšle idĂ©al et on parle de concurrence imparfaite, ce qui justifie la rĂ©gulation.
- Les dĂ©faillances de marchĂ© incluent notamment les externalitĂ©s, le monopole naturel et les asymĂ©tries dâinformation.
- Les externalités négatives se traitent par internalisation via fiscalité incitative (taxe Pigou) ou via mécanismes de marché (quotas/certificats).
- Le monopole naturel apparaĂźt dans les industries de rĂ©seaux et se traite notamment par lâouverture des ressources aux concurrents Ă conditions non discriminatoires, objectives et transparentes (infrastructures/ressources
đĄ Astuce mĂ©mo
CPP = A-L-H-M-T : Atomicité, Libre entrée, Homogénéité, Mobilité, Transparence.
đ 10. LibertĂ©s Ă©conomiques par ricochet
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- CritĂšre matĂ©riel de la rĂ©gulation : La rĂ©gulation se dĂ©finit par son contenu et ses finalitĂ©s, plutĂŽt que par la forme des actes ou lâidentitĂ© de lâautoritĂ© qui agit.
- Droit souple : Le droit souple regroupe des actes non impératifs qui orientent les comportements sans imposer directement une obligation comme le ferait un droit dur.
- CritÚre institutionnel de la régulation : Le critÚre institutionnel rattache la régulation à une mission confiée à des autorités spécifiques, souvent présentées comme des autorités indépendantes de marché.
- OP Ă©conomique : LâOP Ă©conomique dĂ©signe lâobjectif de maintien du fonctionnement concurrentiel du marchĂ© et de sa discipline, au-delĂ de la seule concurrence.
- Police Ă©conomique : La police Ă©conomique est une approche qui assimile la rĂ©gulation Ă une logique de prĂ©vention et de rĂ©tablissement de lâordre Ă©conomique, avec des dimensions ex ante et ex post.
đ Points essentiels
- La régulation est parfois décrite par trois critÚres (formel, institutionnel, partiel), mais le critÚre formel est écarté car le droit souple ne suffit pas à caractériser la régulation.
- Le critĂšre formel est Ă©cartĂ© notamment car le droit souple est aussi utilisĂ© par des autoritĂ©s administratives classiques et peut faire lâobjet dâun recours pour excĂšs de pouvoir (REP) avec un contentieux alignĂ© sur le «
- Le critĂšre institutionnel ne peut pas ĂȘtre le seul critĂšre car toutes les autoritĂ©s indĂ©pendantes ne rĂ©gulent pas lâĂ©conomie et lâindĂ©pendance nâest pas un critĂšre en soi (ministre, prĂ©fet, collectivitĂ© rĂ©gulent aussi).
- Le critÚre partiel est retenu : la régulation est une fonction de puissance publique visant à équilibrer des objectifs économiques et non économiques dans un marché concurrentiel.
- LâOP Ă©conomique est lâobjet central de la rĂ©gulation : elle impose une discipline de marchĂ© et le maintien du bon fonctionnement du marchĂ© concurrentiel.
- La régulation est rapprochée de la police économique (préventif ex ante, répressif ex post), mais elle ne se confond pas avec la police administrative et ne couvre pas toutes ses attributions (ex : rÚglement des différÚs
đĄ Astuce mĂ©mo
OP Ă©conomique = « discipline du marchĂ© » (concurrence + autres objectifs) ; droit souple â rĂ©gulation (trop large).
đ 11. Secteur public et opĂ©rateurs publics
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- LibertĂ© dâĂ©tablissement : La libertĂ© dâĂ©tablissement permet Ă un prestataire de sâinstaller durablement et de façon stable et continue dans un autre Ătat membre.
- Libre circulation des services : La libre circulation des services permet de fournir une prestation transfrontaliĂšre sans sâinstaller de maniĂšre permanente dans lâĂtat dâaccueil.
- Traitement national : Le traitement national impose de rĂ©server aux ressortissants dâautres Ătats membres le mĂȘme accĂšs et les mĂȘmes conditions que ceux accordĂ©s aux nationaux de lâĂtat dâaccueil.
- Discrimination directe : La discrimination directe vise des mesures qui affichent expressément une différence de traitement fondée sur la nationalité.
- Discrimination indirecte : La discrimination indirecte résulte de conditions apparemment neutres qui défavorisent en pratique les non-nationaux.
đ Points essentiels
- Dans la libertĂ© dâĂ©tablissement, la diffĂ©rence avec la prestation transfrontaliĂšre tient Ă la possibilitĂ© de sâinstaller de façon permanente, stable et continue.
- Les restrictions aux libertés de circulation sont interdites par principe, mais des dérogations existent sous conditions strictes.
- Le juge assimile lâinterdiction des restrictions Ă lâinterdiction des discriminations et exige le traitement national des ressortissants des autres Ătats membres.
- Une discrimination est interdite quâelle soit directe (condition de nationalitĂ© explicite) ou indirecte (mesure neutre qui dĂ©favorise en pratique les non-nationaux).
- Au-delĂ de la discrimination, une mesure peut ĂȘtre interdite si elle constitue une entrave Ă la libre circulation des services, mĂȘme si elle sâapplique indistinctement.
- Les dérogations exigent quatre conditions cumulatives : absence de discrimination, justification par des raisons prévues, efficacité de la mesure et proportionnalité (pas au-delà du nécessaire).
đĄ Astuce mĂ©mo
ĂgalitĂ© dâabord : traitement national, puis contrĂŽle des entraves (discrimination directe/indirecte).
đ 12. ContrĂŽle de lâaccĂšs au marchĂ© et autorisations
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- ContrĂŽle des concentrations : ContrĂŽle des opĂ©rations de concentration par lâautoritĂ© de concurrence afin dâĂ©viter quâelles ne rĂ©duisent la concurrence de maniĂšre durable.
- Phase 1 : Phase initiale dâexamen dâune concentration oĂč lâautoritĂ© autorise lâopĂ©ration ou ouvre une suite si des problĂšmes sĂ©rieux apparaissent.
- Phase 2 : ProcĂ©dure approfondie dĂ©clenchĂ©e en cas de doute sĂ©rieux sur lâatteinte Ă la concurrence, avec un examen plus dĂ©taillĂ© de lâopĂ©ration.
- Engagements : Mesures proposĂ©es par les parties pour neutraliser les effets anticoncurrentiels dâune concentration, permettant une autorisation sous conditions.
- Pouvoir dâĂ©vocation du ministre : PrĂ©rogative française permettant au ministre de lâĂ©conomie de rĂ©examiner une dĂ©cision de lâautoritĂ© de concurrence dans un dĂ©lai fixĂ©.
đ Points essentiels
- La plupart des concentrations sont autorisĂ©es soit en phase 1, soit aprĂšs autorisation sous rĂ©serve dâengagements nĂ©gociĂ©s avec lâautoritĂ© de concurrence.
- Un doute sĂ©rieux dâatteinte Ă la concurrence dĂ©clenche la phase 2, qui correspond Ă un examen approfondi de lâopĂ©ration.
- DurĂ©e de la phase 2 : 65 jours devant lâautoritĂ© de concurrence française et 90 jours devant la Commission europĂ©enne.
- DĂ©cisions possibles aprĂšs examen approfondi : interdiction, autorisation, ou autorisation sous condition dâengagements.
- ContrĂŽle prospectif : lâautoritĂ© anticipe les effets futurs de lâopĂ©ration sur la concurrence.
- DĂ©limitation du marchĂ© pertinent : Ă©tape qui fixe le pĂ©rimĂštre de lâanalyse concurrentielle de la concentration.
đĄ Astuce mĂ©mo
Phase 1 = feu vert ou engagements ; Phase 2 = doute sĂ©rieux â examen lourd (65/90 jours).
đ
RepĂšres chronologiques
| Date | ĂvĂ©nement |
|---|
| 1664 | Création de la Compagnie des Indes Orientales |
| 1789 | Rupture de 1789 (fin de la politique précédente) et consécration des droits en DDHC |
| 2 et 17 mars 1791 | DĂ©cret dâAllard consacrant la libertĂ© du commerce et de lâindustrie |
| 1791 | Loi Le Chapelier abolit les corporations |
| 21 mars 2016 | CE, Société Fairvesta et Société Numéricable (REP contre certains actes de droit souple) |
đ Tableaux de synthĂšse
Figures de lâĂtat face au marchĂ©
| Figure | Logique dâaction | Exemple/illustration |
|---|
| Ătat gendarme | Maintien de lâordre et protection des libertĂ©s nĂ©cessaires au marchĂ© | LibĂ©ralisme du XVIIIe siĂšcle ; interventions minimales (monnaie, douanes, monopoles rares) |
| Ătat providence | Prestation de services publics et cohĂ©sion sociale par solidaritĂ© nationale | Interventionnisme XIXe-XXe siĂšcles ; services publics et solidaritĂ© nationale |
| Ătat rĂ©gulateur | Stabiliser et garantir le libre jeu concurrentiel sans diriger directement le marchĂ© | AutoritĂ©s indĂ©pendantes ; rĂ©gulation et droit souple en appui |
â ïž PiĂšges & confusions frĂ©quents
- Confondre DPA et droit administratif de lâĂ©conomie : le DPA inclut aussi des sources et des rapports avec les opĂ©rateurs, et ne se rĂ©duit pas aux seuls PGD/techniques du DA gĂ©nĂ©ral.
- Croire que le droit souple ne peut jamais faire grief : depuis Fairvesta/Mme Le Pen/Gisti, le juge ouvre le REP selon les effets notables (notamment économiques).
- MĂ©langer libertĂ© dâentreprendre et libertĂ© du commerce et de lâindustrie : la premiĂšre est Ă valeur constitutionnelle, la seconde est un PGD et nâa pas la mĂȘme portĂ©e.
- Inverser lâanalyse de lâĂ©galitĂ© : le principe ne sâapplique quâaux personnes dans la mĂȘme situation ; sinon, on est hors champ ; et mĂȘme dans la mĂȘme situation, une dĂ©rogation peut ĂȘtre justifiĂ©e (IG + adĂ©quation + non-d
- Penser que la rĂ©gulation = droit souple : le droit souple peut accompagner la rĂ©gulation, mais il ne suffit pas Ă la caractĂ©riser ; la rĂ©gulation se dĂ©finit par ses finalitĂ©s et lâOP Ă©conomique.
- Croire que la privatisation efface lâĂtat : en rĂ©alitĂ©, lâĂtat peut conserver une influence (Ătat actionnaire, action spĂ©cifique, droits de vote double, quasi-domanialitĂ© publique).
- Confondre applicabilitĂ© et opposabilitĂ© du droit de la concurrence : applicable quand lâentitĂ© exerce une activitĂ© Ă©conomique ; opposable quand elle adopte des mesures ayant un effet sur le marchĂ©.
â
Checklist Examen
- Savoir définir le droit public des affaires comme relations entre administration au sens large et opérateurs économiques, et expliquer le rÎle du DUE et la frontiÚre droit/économie.
- Ătre capable de distinguer les trois figures de lâĂtat face au marchĂ© (rĂ©gulateur, opĂ©rateur, collaborateur) et dâindiquer que le cours retient surtout les deux premiĂšres.
- MaĂźtriser lâĂ©volution du contentieux du droit souple : REP fermĂ© (Casino) puis ouverture (Fairvesta) puis extension (Mme Le Pen) et synthĂšse (Gisti) via la notion dâeffets notables.
- ConnaĂźtre la logique constitutionnelle de la libertĂ© dâentreprendre : justification (exigence constitutionnelle/OVC) puis contrĂŽle de proportionnalitĂ©, et savoir citer des exemples (santĂ©/environnement, pouvoir dâachat/Ă©
- Savoir exposer le principe dâincessibilitĂ© Ă vil prix pour la propriĂ©tĂ© publique et la grille dâĂ©galitĂ© (mĂȘme situation ; IG ; adĂ©quation ; proportionnalitĂ©).
- Savoir prĂ©senter les sources internes du DPA : EPIC, sociĂ©tisation/privatisation du statut juridique, quasi-domanialitĂ© publique, et lâidĂ©e que le DUE impose une banalisation des comportements.
- Ătre capable dâexpliquer lâopposabilitĂ© du droit de la concurrence aux actes administratifs et la logique dâannulation pour mĂ©connaissance (Million et Marais ; RATP ; police/autorisation).
- Savoir distinguer les libertĂ©s Ă©conomiques pures (libertĂ© dâentreprendre ; libertĂ© du commerce et de lâindustrie ; libertĂ©s UE) et la libre concurrence (rĂ©fĂ©rentiel marchĂ©, dimension horizontale).
- MaĂźtriser le contrĂŽle de lâaccĂšs au marchĂ© : professions rĂ©glementĂ©es (autorisation prĂ©alable/conditions) et rĂ©gime gĂ©nĂ©ral des restrictions, avec la confrontation droit français/DUE (discriminations/entraves ; directive
- Savoir décrire le contrÎle de la structure du marché : notion de concentration (changement durable de contrÎle), seuils (dimension UE/nationale), et procédure en deux phases (phase 1/phase 2).
- ConnaĂźtre la logique des aides dâĂtat : 4 critĂšres (intervention de lâĂtat/ressources ; sĂ©lectivitĂ© ; avantage ; affectation concurrence/Ă©changes) + qualitĂ© dâentreprise ; et la distinction aide illĂ©gale/incompatible.
- Savoir expliquer la souverainetĂ© Ă©conomique europĂ©enne et ses outils (contrĂŽle des investissements Ă©trangers ; rĂšglement IMPI ; logique de rĂ©duction des dĂ©pendances) et son articulation avec la rĂ©gulation (coexistence, â
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