📋 Plan du Cours
- Raison d’État et survie du régime
- Justification de la loi par la paix civile
- Fondement anthropologique de l’État
- Vie contemplative et vie active chez Aristote
- Puissance, justice et droit du plus fort
- Légitimité, imagination et sécularisation
- Droits de l’homme, critique marxiste et idéologie
- Raison juridique : dureté et généralité de la loi
- Équité, jurisprudence et vide juridique
- Droit naturel, droit positif et positivismes juridiques
- Ordre rationnel, essences et querelle des universaux
- Logiques culturelles, totemisme et notion de culture
📖 1. Raison d’État et survie du régime
🔑 Notions clés & Définitions
- Raison d’État : Notion de rationalité politique où l’action vise à maintenir le régime en ignorant délibérément certaines lois propres, pour sauver l’État plutôt que les gouvernants.
- Survie du régime : Principe selon lequel la continuité de l’État prime sur les individus, ce qui oriente les choix politiques vers la persistance du pouvoir et de l’appareil d’État.
- Institution et gouvernants : Distinction entre les structures étatiques et les personnes qui les occupent, avec une frontière parfois difficile à tracer quand une fonction est indissociable de son titulaire.
- État comme exception : Sens de l’État comme ce qui dure et perdure, opposé à l’ordre de l’exception, qui est présenté comme conjuré pour préserver la stabilité.
- Neutralité politique : Idée d’une instance politique qui ne tranche pas le bien, le juste ou le vrai, et se veut neutre vis-à-vis des questions spirituelles et religieuses.
📝 Points essentiels
- La raison d’État consiste à écarter volontairement des règles internes pour préserver le régime, le but étant la survie de l’État plutôt que celle des gouvernants.
- La frontière entre institutions et gouvernants est complexe, car certaines fonctions sont indissociables de la personne qui les exerce (ex. le président et sa fonction).
- La survie du régime renvoie à la question de la préservation de l’appareil d’État : préserver l’État répond à une logique propre, pas seulement à des considérations morales générales.
- Le terme « État » renvoie à ce qui dure et perdure, et l’ordre de l’exception est présenté comme conjuré dans cette perspective.
- La naissance de la raison d’État est reliée à l’expérience traumatisante des guerres de religion, où les liens sacrés sont rompus et où la violence devient existentielle.
- Ces guerres sont décrites comme des guerres d’anéantissement, sans objectif militaire limité, visant la destruction de l’adversaire et de ce qui fait son identité, avec des moyens sans limites.
💡 Astuce mémo
Survie = État d’abord : lois mises entre parenthèses pour empêcher la guerre civile.
📖 2. Justification de la loi par la paix civile
🔑 Notions clés & Définitions
- Paix civile : Notion politique selon laquelle la loi vise d’abord à maintenir la sécurité collective plutôt qu’à trancher des débats moraux abstraits.
- Désobéissance criminelle : Idée selon laquelle la désobéissance est assimilée à une criminalité, ce qui entraîne une réponse policière et répressive.
- Raison d’État : Principe selon lequel l’État doit pouvoir justifier ses choix même quand certaines questions ne reçoivent pas une réponse morale évidente.
- Légalité : Notion juridique qui désigne la conformité d’un acte aux lois telles qu’elles ont été proclamées.
- Légitimité : Notion juridique et politique qui désigne la justification de l’existence et de l’autorité des lois.
📝 Points essentiels
- La loi est préférée à la « guerre civile » car l’obéissance sert d’abord à survivre plutôt qu’à résoudre de grandes questions philosophiques.
- Quand la désobéissance est perçue comme une criminalité, l’État crée et mobilise des instances de maintien de l’ordre comme la police.
- La justification de l’obéissance repose sur la stabilité : l’État doit être stable et durable pour garantir l’ordre social.
- La légitimité ne se confond pas avec la légalité : la première justifie l’existence des lois, la seconde vérifie leur conformité.
- En 1945, la poursuite des crimes nazis a posé un problème de légalité car les actes ont été commis avant des lois créées après les faits.
- Hobbes fonde la légitimité de l’État sur la sûreté : comme les hommes sont fondamentalement violents, l’État doit les empêcher de nuire pour instaurer la paix civile.
💡 Astuce mémo
Paix civile = loi pour survivre : désobéissance = crime → police ; Hobbes = sûreté contre la violence ; légitimité = pourquoi, légalité = comment.
📖 3. Fondement anthropologique de l’État
🔑 Notions clés & Définitions
- Anthropologie politique : L’anthropologie politique est l’étude de l’être humain qui sert de base à toute pensée politique, car elle détermine la manière de gouverner les comportements.
- Pessimisme anthropologique : Le pessimisme anthropologique décrit une vision de l’homme comme potentiellement dangereux, ce qui conduit à une politique de contrôle et de domestication.
- Optimisme anthropologique : L’optimisme anthropologique décrit l’homme comme naturellement bon, ce qui conduit à une politique qui cherche à préserver cette bonté plutôt qu’à la réprimer.
- État de nature : L’état de nature est la situation initiale où l’homme n’est pas encore soumis à un ordre civil, ce qui rend ses relations avec autrui instables et conflictuelles.
- État civil : L’état civil est le cadre politique institué pour sortir de l’état de nature en organisant la sécurité et en transformant la violence en droit.
📝 Points essentiels
- Toute pensée politique suppose une image de l’homme, et cette image oriente directement les choix institutionnels.
- Deux lectures de l’homme structurent la politique : pessimisme anthropologique (contrôle) ou optimisme anthropologique (préservation).
- Chez Rousseau, l’homme est bon par nature mais la société le corrompt, en l’attirant vers le vice et le luxe.
- Chez Hobbes, l’homme n’est pas mauvais mais devient dangereux, car la peur et la compétition rendent la guerre de « chacun contre chacun » possible.
- Le passage à l’état civil consiste à déléguer la violence à un pouvoir commun, afin d’éviter le retour à l’état de nature.
- Le contrat hobbesien échange la liberté contre la sécurité, et l’État se définit par la confiscation de la violence au profit du pouvoir public.
💡 Astuce mémo
Hobbes : peur → sécurité (violence confisquée) ; Rousseau : bonté → corruption (société vice).
📖 4. Vie contemplative et vie active chez Aristote
🔑 Notions clés & Définitions
- Vie contemplative : Activité tournée vers la connaissance et la réflexion, visant une forme de perfection intellectuelle plutôt que l’action immédiate.
- Vie active : Activité orientée vers l’action dans le monde, notamment dans la vie politique et les relations humaines.
- Monopole de la violence légitime : Principe selon lequel l’État est seul autorisé à recourir à la violence physique, sous une justification reconnue comme valable.
- Transcendance religieuse : Idée selon laquelle la légitimité du pouvoir dépend d’une autorité religieuse liée au sacré.
- Perfectibilité : Capacité humaine à développer et transmettre des progrès, permettant une évolution cumulative des sociétés.
📝 Points essentiels
- Chez Weber, l’État se définit par le monopole de la violence physique légitime.
- Avant la légitimité politique, la justification du pouvoir était subordonnée à la transcendance religieuse et au sacré.
- L’exemple de « guerre juste » illustre une légitimation religieuse du recours à la violence.
- Chez Hobbes, le critère de légitimité se déplace vers la survie, ce qui retire à Dieu une part de ses fonctions politiques.
- Rousseau distingue l’état de nature par l’amour de soi et la pitié, puis explique comment ces traits peuvent évoluer vers des formes sociales plus complexes.
- Rousseau introduit la perfectibilité comme faculté de progrès cumulatif, menant d’abord à la réunion par la procréation puis à des formes d’union liées au chant et à la musique.
💡 Astuce mémo
Comparaison : Contemplatif = « penser », Actif = « agir » ; Weber = « violence encadrée », Hobbes = « survie », Rousseau = « pitié + perfectibilité ».
📖 5. Puissance, justice et droit du plus fort
🔑 Notions clés & Définitions
- Comparaison : Phénomène par lequel l’individu cherche à obtenir de l’autre une image positive de lui, ce qui alimente les rapports sociaux.
- Propriété privée : Institution qui peut priver autrui de l’accès aux ressources nécessaires, devenant une source d’inégalités et de domination.
- État de nature : Fiction théorique décrivant l’homme avant la société, utilisée pour mettre en scène une nature humaine possible selon Rousseau.
- Contrat social : Projet politique visant à résoudre l’inégalité de l’état civil par de nouvelles bases, exposé dans l’ouvrage de Rousseau.
- Volonté générale : Principe politique où chacun obéit à une volonté commune orientée vers le bien du tout, distincte de la simple addition des volontés.
📝 Points essentiels
- La domination peut être instaurée à partir d’un rapport de force rendu nécessaire par la condition d’un homme devenu gouverné.
- Rousseau reproche à Hobbes d’avoir confondu l’homme naturel et l’homme social, en projetant sur le premier les vices du second.
- La fiction de l’état de nature sert à représenter une nature humaine rousseauiste, même si elle n’est pas un fait historique.
- Le problème de l’inégalité en état civil ne se résout pas par un retour en arrière, car l’évolution humaine est présentée comme irréversible.
- Les apories du contractualisme viennent du manque de tiers capable de contrôler l’exécution du contrat ou de sanctionner les manquements.
- La solution proposée consiste à éviter la délégation du pouvoir : chacun délègue à tous, ce qui revient à l’obéissance à soi-même et à l’absence de gouvernant distinct du gouverné.
💡 Astuce mémo
Domination = force + privation (propriété privée) ; Justice = contrat sans tiers + volonté générale (pas une moyenne).
📖 6. Légitimité, imagination et sécularisation
🔑 Notions clés & Définitions
- Zoon politikon : Zoon politikon désigne l’idée que l’homme est un animal politique, parce qu’il possède le logos et vit dans des communautés organisées.
- Logos : Logos désigne la faculté de raison et de discours qui permet à l’homme de délibérer et donc de fonder la vie politique.
- Telos : Telos désigne la finalité d’une chose, c’est-à-dire ce vers quoi elle tend et qui permet de distinguer des communautés humaines de communautés animales.
- En puissance : En puissance désigne l’état de possibilité non encore réalisé, où une capacité existe seulement comme potentiel.
- En acte : En acte désigne l’actualisation d’un potentiel, quand la capacité devient effective et pleinement réalisée.
📝 Points essentiels
- Aristote affirme que la communauté précède l’individu car l’homme n’atteint sa nature humaine qu’au sein d’une organisation politique fondée sur le logos.
- La famille est une communauté biologique en puissance, car elle ne réalise pas encore le telos proprement humain de la vie politique.
- La communauté familiale se distingue des communautés animales par sa finalité (telos) et non par sa simple ressemblance biologique.
- La cité est le telos de la famille et du village : elle vise l’autarkia, c’est-à-dire une suffisance permettant de se tourner vers des activités plus humaines.
- Aristote distingue deux vies : la vie contemplative, la plus proche du divin, et la vie active, liée à la politique et plus adaptée à l’homme.
- Le bonheur dépend de conditions : ne pas être dans la nécessité, être en bonne santé et avoir une famille, et il suppose une place dans la cité plutôt qu’un bonheur isolé.
💡 Astuce mémo
Logos → délibération → politique : sans logos, pas de cité ; telos → en puissance → en acte : la famille devient cité quand sa finalité s’accomplit.
📖 7. Droits de l’homme, critique marxiste et idéologie
🔑 Notions clés & Définitions
- Dialectique du maître et de l’esclave : Dialectique hégélienne où le travail de l’esclave transforme la matière et reconstruit une conscience de soi, tandis que le maître dépend de cette médiation.
- Puissance : Notion de puissance comme capacité effective, liée à la conscience et à l’action, qui peut précéder la justice dans certaines analyses.
- Force : Notion de force comme action décrivable, distincte de la violence et de la puissance.
- Violence : Notion de violence comme exercice concret de la force, c’est-à-dire la force lorsqu’elle se déploie effectivement.
- Pouvoir : Notion de pouvoir comme instance qui fonde la valeur juridique d’une promesse et conditionne la permanence des normes.
📝 Points essentiels
- Dans l’idée antique, il n’existe pas d’homme libre sans esclaves, car le travail confié à d’autres permet de participer à la vie politique.
- La cité est pensée comme un tout unifié par une répartition des fonctions, avec des vertus intellectuelles et corporelles attribuées à des parties distinctes.
- Chez Hegel, l’esclave travaille la matière et acquiert une conscience de soi, alors que le maître n’a qu’une conscience médiatisée par l’esclave.
- La dialectique est reliée à une préférence entre vie et liberté, présentée comme un critère de “cité qui se rend”.
- Aristote est décrit comme ambivalent : la vie politique procure un bonheur, mais sa pensée n’est pas démocratique car tous les hommes ne sont pas inclus.
- La critique de la question de la puissance vise le problème de la puissance derrière une analyse métaphysique, plutôt que seulement l’ordre des idées.
💡 Astuce mémo
Maître dépend, esclave travaille : le travail fabrique la conscience.
📖 8. Raison juridique : dureté et généralité de la loi
🔑 Notions clés & Définitions
- Promesse : Promesse : engagement verbal dont la valeur juridique dépend de la possibilité de sanction et de la subordination au pouvoir.
- Subordination de la promesse : Subordination de la promesse : idée selon laquelle la promesse ne fonde pas le droit si elle peut être reprise par le détenteur du pouvoir.
- Norme fixe : Norme fixe : exigence pour le droit de définir des règles stables, indépendantes de la sincérité d’une promesse.
- Légitimité : Légitimité : élément parmi d’autres de la puissance qui facilite l’exercice du pouvoir, notamment par la crainte ou l’imagination.
- Sécularisation de la légitimité : Sécularisation de la légitimité : déplacement de la source de légitimité de la sphère religieuse vers la sphère temporelle puis juridique.
📝 Points essentiels
- La valeur juridique d’une promesse suppose qu’elle soit garantie par le pouvoir, pas par les seules paroles.
- Si le pouvoir peut reprendre la promesse, le droit n’est pas réellement cédé : il reste attaché au pouvoir et à sa sanction.
- Le droit doit produire une norme stable, donc la permanence ne peut reposer sur une promesse contingente.
- La légitimité agit comme un levier de puissance : elle rend l’exercice du pouvoir plus efficace, souvent via la crainte.
- Chez Pascal, la légitimité est relativisée : l’imagination produit des représentations qui agissent sur l’affectivité.
- La raison n’est pas une source de valeur émotionnelle : elle ne “met pas de prix” aux choses, contrairement à l’imagination (ex du précipice et de la planche).
💡 Astuce mémo
Pouvoir d’abord : si la promesse peut être reprise, elle ne fait pas droit ; le droit exige une norme fixe, durable, soutenue par la sanction.
📖 9. Équité, jurisprudence et vide juridique
🔑 Notions clés & Définitions
- Équité (Aristote) : L’équité est une application discernée de la loi qui cherche l’intention du législateur quand le cas réel déborde la règle.
- Lettre de la loi : La lettre de la loi désigne le sens strict des termes juridiques, qui peut ne pas couvrir toute la complexité des situations.
- Esprit de la loi : L’esprit de la loi correspond à la finalité et à l’intention poursuivies par le législateur, utiles pour interpréter la lettre.
- Faire jurisprudence : Faire jurisprudence est le résultat d’une interprétation particulière de la loi par le juge, qui influence ensuite d’autres décisions.
- Vide juridique : Le vide juridique est l’absence de règle applicable au cas, rendant le jugement impossible par le droit positif seul.
📝 Points essentiels
- La raison juridique s’exprime par l’idée que la loi doit être appliquée même si elle paraît dure, résumé par dura lex, sed lex.
- Le juge doit gérer la subsomption, car le réel est plus complexe que la règle et plusieurs articles peuvent sembler pertinents.
- Des circonstances atténuantes peuvent rendre la loi moins cruelle, ce qui complexifie encore la décision du juge.
- L’équité consiste à se placer dans la perspective du législateur pour comprendre ce que la règle visait à atteindre.
- La jurisprudence transforme l’interprétation en quasi-législation, car le juge produit une lecture qui s’impose progressivement.
- Le vide juridique correspond à une absence pure et simple de loi applicable, situation moralement choquante quand aucun fondement ne permet de trancher.
💡 Astuce mémo
Équité = « intention du législateur » quand la lettre ne suffit pas ; Vide juridique = « aucune loi ne colle » donc choc moral.
📖 10. Droit naturel, droit positif et positivismes juridiques
🔑 Notions clés & Définitions
- Kelsen : Kelsen : auteur associé à une approche positiviste du droit, où la validité juridique dépend de la norme et de sa production selon un ordre juridique.
- Justnaturalisme : Justnaturalisme : courant qui fonde la validité du droit sur une référence à la nature, afin de viser une forme d’universalité.
- Léo Strauss : Léo Strauss : auteur rattaché à une réflexion sur le droit naturel et ses tensions avec la diversité des cultures.
- Décisionnisme : Décisionnisme : doctrine associée à l’idée que le droit dépend d’une décision politique, plutôt que d’une déduction à partir de la nature.
- Carl Schmitt : Carl Schmitt : auteur associé au décisionnisme, qui relie la fondation du droit à la souveraineté et à la politique.
📝 Points essentiels
- Le justnaturalisme cherche une universalité du droit en le fondant sur la nature plutôt que sur une culture particulière.
- Le rapport droit–civilisation pose un problème : la nature n’est pas lue de la même façon selon les cultures, ce qui peut produire un effet d’impérialisme culturel.
- Le décisionnisme fonde le droit sur la politique : la souveraineté décide, et cette décision structure la validité juridique.
- Chez Carl Schmitt, la souveraineté est centrale : le droit est lié à l’acte politique qui tranche et institue.
- La tension entre universalité et diversité culturelle apparaît quand une universalité juridique prétendue reflète surtout une vision occidentale.
- La question du droit naturel implique une interrogation sur la manière dont une “nature” supposée peut être reconnue sans imposer une grille culturelle dominante.
💡 Astuce mémo
Juste Nature → Universalité ; Décision → Souveraineté : Nature lit le monde, Décision institue le droit.
📖 11. Ordre rationnel, essences et querelle des universaux
🔑 Notions clés & Définitions
- Ordre rationnel : Ordre rationnel : manière de classer le réel par des critères de ressemblance et des catégories hiérarchisées.
- Essences : Essences : idée selon laquelle les choses possèdent une nature stable qui fonde leur classement.
- Querelle des universaux : Querelle des universaux : débat sur le statut des catégories générales (espèces, genres) par rapport aux individus concrets.
- Totémisme : Totémisme : système où des groupes sociaux sont associés à des totems (animaux, végétaux ou éléments) selon une logique de parenté.
- Culture : Culture : ensemble de pratiques et de formes de vie propres aux humains, qui ne se réduit pas à une simple opposition à la nature.
📝 Points essentiels
- La classification par ressemblance pose la question du statut des catégories générales (espèce, genre) : sont-elles de simples critères ou des essences ?
- L’exemple du « chat de gouttière » illustre une hiérarchie : espèce → genre (félin) → classe (mammifères placentaires) → ordre (carnivore).
- Le classement occidental par ressemblance peut entrer en rivalité avec des systèmes totémiques, fondés sur des animaux totems et des logiques sociales.
- Chez Durkheim et Mauss, l’étude des formes primitives relie les classifications à des structures sociales plutôt qu’à une simple ressemblance entre objets.
- En ethnographie, on décrit des groupes et des modes de vie ; en ethnologie, on analyse des unités culturelles, économiques et sociales.
- Dans le totémisme, le totem est souvent associé à des groupes sociaux (rarement à un individu) et s’insère dans des niveaux comme phratries et classes matrimoniales.
💡 Astuce mémo
Ressemblance = cases ; Totem = parenté : deux façons de classer le monde.
📖 12. Logiques culturelles, totemisme et notion de culture
🔑 Notions clés & Définitions
- Double figure du sauvage : Représentation du sauvage comme être à la fois proche de la nature et présenté comme monstrueux par les récits de voyage.
- Montaigne Des cannibales : Œuvre de Montaigne qui critique l’idée de “cannibalisme” en la confrontant à nos propres horreurs.
- Ethnocentrisme : Tendance à juger les autres cultures à partir des normes de sa propre culture.
- Relativité culturelle : Idée que la compréhension de l’humanité dépend du point de vue et du référentiel adopté.
- Société : Forme de vie commune organisée autour de la gestion des besoins et des liens entre membres d’un groupe.
📝 Points essentiels
- Au 16e siècle, la rencontre des Européens avec d’autres civilisations alimente des récits opposant “sauvage” et “civilisé”.
- La “double figure du sauvage” décrit un humain supposé vierge et proche de la nature, mais aussi un être présenté comme anthropophage et infernal.
- Montaigne remet en cause la qualification de “barbarie” en soulignant que chacun juge selon ses propres pratiques et horreurs.
- Lévi-Strauss (Race et histoire) critique le fait que toutes les cultures tendent à être ethnocentriques, donc à se prendre comme référence.
- La culture détermine notre compréhension de l’humanité, et le face-à-face avec l’autre ne produit pas automatiquement l’humanité.
- La société est pensée comme une association liée à des commodités pour ses membres, plutôt qu’à une humanité pleinement politique.
💡 Astuce mémo
Sauvage = Nature + Enfer ; Montaigne = “barbarie chez l’autre” renversée par nos horreurs.
📅 Repères chronologiques
| Date | Événement |
|---|
| 16ème siècle | Émergence de la raison d’État au lendemain de la Saint-Barthélemy |
| Saint-Barthélemy | Repère historique relié à l’émergence de la raison d’État |
| 1945 | Poursuite des crimes nazis posant un problème de légalité (lois créées après les actes) |
📊 Tableaux de synthèse
Légalité vs légitimité
| Notions | Définition | Fonction |
|---|
| Légalité | Conformité à des lois proclamées | Vérifie la conformité d’un acte aux lois |
| Légitimité | Justifie l’existence des lois | Fonde pourquoi ces lois doivent exister (garant de l’ordre/paix civile, sûreté, etc.) |
Hobbes vs Rousseau (fondements de l’État)
| Auteur | Fondement de la légitimité | Passage à l’état civil |
|---|
| Hobbes | La sûreté et la paix civile (hommes fondamentalement violents) | Délégation à autrui : confiscation de la violence, échange liberté contre sécurité |
| Rousseau | La liberté (perdue dans l’asservissement de l’état civil) | Politique pour retrouver la liberté de l’état de nature ; critique de la confusion homme naturel/homme social |
⚠️ Pièges & confusions fréquents
- Confondre raison d’État et laïcité : le cours dit que l’État peut être neutre sans être forcément laïque, avec un monarque imposant une religion d’État.
- Croire que légitimité et légalité sont synonymes : la légalité vérifie la conformité aux lois proclamées, tandis que la légitimité justifie l’existence des lois.
- Penser que la raison d’État vise à sauver les hommes : elle vise à maintenir le régime, en ignorant délibérément certaines lois pour préserver l’appareil d’État.
- Mélanger force, violence et puissance : la force est une action descriptive, la violence est la force exercée concrètement, et la puissance renvoie à la conscience/capacité.
- Croire que l’état de nature rousseauiste est identique à l’état de nature hobbesien : Rousseau reproche à Hobbes de projeter les vices de l’homme social sur l’homme naturel.
- Réduire l’éthique de conviction à une simple “bonne intention” : elle place les principes au-dessus de tout, sans transiger avec les conséquences, contrairement à l’éthique de responsabilité.
- Confondre équité et jurisprudence : l’équité interprète la loi en se plaçant dans l’intention du législateur, tandis que la jurisprudence fait évoluer l’interprétation par le juge.
✅ Checklist Examen
- Définir la raison d’État comme action ignorant délibérément certaines lois pour préserver le régime, et expliquer la distinction institutions/gouvernants (président et fonction).
- Relier la raison d’État à la survie du régime et à l’opposition aux guerres civiles, en précisant le sens d’« État » (ce qui dure/perdure, exception conjurée).
- Expliquer pourquoi les guerres de religion sont présentées comme des guerres d’anéantissement et comment cela fonde l’idée d’une instance politique axiologiquement neutre (ne tranche pas le bien/juste/vrai).
- Présenter la justification hobbesienne de l’obéissance : désobéissance assimilée à une criminalité, création d’instances de maintien de l’ordre (police), et renoncement au fondement sacré du pouvoir.
- Distinguer éthique de conviction et éthique de responsabilité chez Weber, en donnant l’idée que la responsabilité répond des conséquences de nos actes.
- Expliquer l’État comme appareil : institutions/fonctionnaires et l’analogie du corps (Platon : tête/bras/ventre-jambes ; Descartes : machine ; Schmitt : corps mécanique ; Hobbes : Léviathan).
- Distinguer légalité et légitimité, puis traiter le cas 1945 (crimes nazis) et l’idée de « crime contre l’humanité » comme réponse à la difficulté de légalité.
- Exposer le fondement anthropologique de l’État : pessimisme vs optimisme anthropologique, et comparer Rousseau (bonté corrompue par la société) et Hobbes (homme dangereux par peur/compétition).
- Décrire le passage à l’état civil chez Hobbes : délégation à autrui, confiscation de la violence, échange liberté contre sécurité, et la formule weberienne du monopole de la violence physique légitime.
- Décrire le passage à l’état civil chez Rousseau : amour de soi et pitié, perfectibilité, comparaison/ amour-propre, puis solution politique via la volonté générale (obéissance à soi-même, pas d’addition/moyenne).
- Expliquer la logique de domination et d’inégalité chez Rousseau : propriété privée comme source du mal, et critique de la confusion homme naturel/homme social chez Hobbes.
- Maîtriser la raison juridique : dura lex, sed lex ; équité (intention du législateur) ; lettre vs esprit de la loi ; faire jurisprudence ; vide juridique et exemple des procès de Nuremberg.
- Présenter les positivismes juridiques et leurs auteurs : Kelsen (validité par production/ordre juridique), justnaturalisme (universalité par nature), décisionnisme (droit dépend d’une décision politique) et Schmitt (soci
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