đ Plan du Cours
- Raison dâĂtat et survie du rĂ©gime
- Justification de la loi par la paix civile
- Fondement anthropologique de lâĂtat
- Vie contemplative et vie active chez Aristote
- Puissance, justice et droit du plus fort
- Légitimité, imagination et sécularisation
- Droits de lâhomme, critique marxiste et idĂ©ologie
- Raison juridique : dureté et généralité de la loi
- ĂquitĂ©, jurisprudence et vide juridique
- Droit naturel, droit positif et positivismes juridiques
- Ordre rationnel, essences et querelle des universaux
- Logiques culturelles, totemisme et notion de culture
đ 1. Raison dâĂtat et survie du rĂ©gime
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Raison dâĂtat : Notion de rationalitĂ© politique oĂč lâaction vise Ă maintenir le rĂ©gime en ignorant dĂ©libĂ©rĂ©ment certaines lois propres, pour sauver lâĂtat plutĂŽt que les gouvernants.
- Survie du rĂ©gime : Principe selon lequel la continuitĂ© de lâĂtat prime sur les individus, ce qui oriente les choix politiques vers la persistance du pouvoir et de lâappareil dâĂtat.
- Institution et gouvernants : Distinction entre les structures étatiques et les personnes qui les occupent, avec une frontiÚre parfois difficile à tracer quand une fonction est indissociable de son titulaire.
- Ătat comme exception : Sens de lâĂtat comme ce qui dure et perdure, opposĂ© Ă lâordre de lâexception, qui est prĂ©sentĂ© comme conjurĂ© pour prĂ©server la stabilitĂ©.
- NeutralitĂ© politique : IdĂ©e dâune instance politique qui ne tranche pas le bien, le juste ou le vrai, et se veut neutre vis-Ă -vis des questions spirituelles et religieuses.
đ Points essentiels
- La raison dâĂtat consiste Ă Ă©carter volontairement des rĂšgles internes pour prĂ©server le rĂ©gime, le but Ă©tant la survie de lâĂtat plutĂŽt que celle des gouvernants.
- La frontiÚre entre institutions et gouvernants est complexe, car certaines fonctions sont indissociables de la personne qui les exerce (ex. le président et sa fonction).
- La survie du rĂ©gime renvoie Ă la question de la prĂ©servation de lâappareil dâĂtat : prĂ©server lâĂtat rĂ©pond Ă une logique propre, pas seulement Ă des considĂ©rations morales gĂ©nĂ©rales.
- Le terme « Ătat » renvoie Ă ce qui dure et perdure, et lâordre de lâexception est prĂ©sentĂ© comme conjurĂ© dans cette perspective.
- La naissance de la raison dâĂtat est reliĂ©e Ă lâexpĂ©rience traumatisante des guerres de religion, oĂč les liens sacrĂ©s sont rompus et oĂč la violence devient existentielle.
- Ces guerres sont dĂ©crites comme des guerres dâanĂ©antissement, sans objectif militaire limitĂ©, visant la destruction de lâadversaire et de ce qui fait son identitĂ©, avec des moyens sans limites.
đĄ Astuce mĂ©mo
Survie = Ătat dâabord : lois mises entre parenthĂšses pour empĂȘcher la guerre civile.
đ 2. Justification de la loi par la paix civile
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Paix civile : Notion politique selon laquelle la loi vise dâabord Ă maintenir la sĂ©curitĂ© collective plutĂŽt quâĂ trancher des dĂ©bats moraux abstraits.
- Désobéissance criminelle : Idée selon laquelle la désobéissance est assimilée à une criminalité, ce qui entraßne une réponse policiÚre et répressive.
- Raison dâĂtat : Principe selon lequel lâĂtat doit pouvoir justifier ses choix mĂȘme quand certaines questions ne reçoivent pas une rĂ©ponse morale Ă©vidente.
- LĂ©galitĂ© : Notion juridique qui dĂ©signe la conformitĂ© dâun acte aux lois telles quâelles ont Ă©tĂ© proclamĂ©es.
- LĂ©gitimitĂ© : Notion juridique et politique qui dĂ©signe la justification de lâexistence et de lâautoritĂ© des lois.
đ Points essentiels
- La loi est prĂ©fĂ©rĂ©e Ă la « guerre civile » car lâobĂ©issance sert dâabord Ă survivre plutĂŽt quâĂ rĂ©soudre de grandes questions philosophiques.
- Quand la dĂ©sobĂ©issance est perçue comme une criminalitĂ©, lâĂtat crĂ©e et mobilise des instances de maintien de lâordre comme la police.
- La justification de lâobĂ©issance repose sur la stabilitĂ© : lâĂtat doit ĂȘtre stable et durable pour garantir lâordre social.
- La lĂ©gitimitĂ© ne se confond pas avec la lĂ©galitĂ© : la premiĂšre justifie lâexistence des lois, la seconde vĂ©rifie leur conformitĂ©.
- En 1945, la poursuite des crimes nazis a posé un problÚme de légalité car les actes ont été commis avant des lois créées aprÚs les faits.
- Hobbes fonde la lĂ©gitimitĂ© de lâĂtat sur la sĂ»retĂ© : comme les hommes sont fondamentalement violents, lâĂtat doit les empĂȘcher de nuire pour instaurer la paix civile.
đĄ Astuce mĂ©mo
Paix civile = loi pour survivre : dĂ©sobĂ©issance = crime â police ; Hobbes = sĂ»retĂ© contre la violence ; lĂ©gitimitĂ© = pourquoi, lĂ©galitĂ© = comment.
đ 3. Fondement anthropologique de lâĂtat
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Anthropologie politique : Lâanthropologie politique est lâĂ©tude de lâĂȘtre humain qui sert de base Ă toute pensĂ©e politique, car elle dĂ©termine la maniĂšre de gouverner les comportements.
- Pessimisme anthropologique : Le pessimisme anthropologique dĂ©crit une vision de lâhomme comme potentiellement dangereux, ce qui conduit Ă une politique de contrĂŽle et de domestication.
- Optimisme anthropologique : Lâoptimisme anthropologique dĂ©crit lâhomme comme naturellement bon, ce qui conduit Ă une politique qui cherche Ă prĂ©server cette bontĂ© plutĂŽt quâĂ la rĂ©primer.
- Ătat de nature : LâĂ©tat de nature est la situation initiale oĂč lâhomme nâest pas encore soumis Ă un ordre civil, ce qui rend ses relations avec autrui instables et conflictuelles.
- Ătat civil : LâĂ©tat civil est le cadre politique instituĂ© pour sortir de lâĂ©tat de nature en organisant la sĂ©curitĂ© et en transformant la violence en droit.
đ Points essentiels
- Toute pensĂ©e politique suppose une image de lâhomme, et cette image oriente directement les choix institutionnels.
- Deux lectures de lâhomme structurent la politique : pessimisme anthropologique (contrĂŽle) ou optimisme anthropologique (prĂ©servation).
- Chez Rousseau, lâhomme est bon par nature mais la sociĂ©tĂ© le corrompt, en lâattirant vers le vice et le luxe.
- Chez Hobbes, lâhomme nâest pas mauvais mais devient dangereux, car la peur et la compĂ©tition rendent la guerre de « chacun contre chacun » possible.
- Le passage Ă lâĂ©tat civil consiste Ă dĂ©lĂ©guer la violence Ă un pouvoir commun, afin dâĂ©viter le retour Ă lâĂ©tat de nature.
- Le contrat hobbesien Ă©change la libertĂ© contre la sĂ©curitĂ©, et lâĂtat se dĂ©finit par la confiscation de la violence au profit du pouvoir public.
đĄ Astuce mĂ©mo
Hobbes : peur â sĂ©curitĂ© (violence confisquĂ©e) ; Rousseau : bontĂ© â corruption (sociĂ©tĂ© vice).
đ 4. Vie contemplative et vie active chez Aristote
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Vie contemplative : ActivitĂ© tournĂ©e vers la connaissance et la rĂ©flexion, visant une forme de perfection intellectuelle plutĂŽt que lâaction immĂ©diate.
- Vie active : ActivitĂ© orientĂ©e vers lâaction dans le monde, notamment dans la vie politique et les relations humaines.
- Monopole de la violence lĂ©gitime : Principe selon lequel lâĂtat est seul autorisĂ© Ă recourir Ă la violence physique, sous une justification reconnue comme valable.
- Transcendance religieuse : IdĂ©e selon laquelle la lĂ©gitimitĂ© du pouvoir dĂ©pend dâune autoritĂ© religieuse liĂ©e au sacrĂ©.
- Perfectibilité : Capacité humaine à développer et transmettre des progrÚs, permettant une évolution cumulative des sociétés.
đ Points essentiels
- Chez Weber, lâĂtat se dĂ©finit par le monopole de la violence physique lĂ©gitime.
- Avant la légitimité politique, la justification du pouvoir était subordonnée à la transcendance religieuse et au sacré.
- Lâexemple de « guerre juste » illustre une lĂ©gitimation religieuse du recours Ă la violence.
- Chez Hobbes, le critÚre de légitimité se déplace vers la survie, ce qui retire à Dieu une part de ses fonctions politiques.
- Rousseau distingue lâĂ©tat de nature par lâamour de soi et la pitiĂ©, puis explique comment ces traits peuvent Ă©voluer vers des formes sociales plus complexes.
- Rousseau introduit la perfectibilitĂ© comme facultĂ© de progrĂšs cumulatif, menant dâabord Ă la rĂ©union par la procrĂ©ation puis Ă des formes dâunion liĂ©es au chant et Ă la musique.
đĄ Astuce mĂ©mo
Comparaison : Contemplatif = « penser », Actif = « agir » ; Weber = « violence encadrée », Hobbes = « survie », Rousseau = « pitié + perfectibilité ».
đ 5. Puissance, justice et droit du plus fort
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Comparaison : PhĂ©nomĂšne par lequel lâindividu cherche Ă obtenir de lâautre une image positive de lui, ce qui alimente les rapports sociaux.
- PropriĂ©tĂ© privĂ©e : Institution qui peut priver autrui de lâaccĂšs aux ressources nĂ©cessaires, devenant une source dâinĂ©galitĂ©s et de domination.
- Ătat de nature : Fiction thĂ©orique dĂ©crivant lâhomme avant la sociĂ©tĂ©, utilisĂ©e pour mettre en scĂšne une nature humaine possible selon Rousseau.
- Contrat social : Projet politique visant Ă rĂ©soudre lâinĂ©galitĂ© de lâĂ©tat civil par de nouvelles bases, exposĂ© dans lâouvrage de Rousseau.
- VolontĂ© gĂ©nĂ©rale : Principe politique oĂč chacun obĂ©it Ă une volontĂ© commune orientĂ©e vers le bien du tout, distincte de la simple addition des volontĂ©s.
đ Points essentiels
- La domination peut ĂȘtre instaurĂ©e Ă partir dâun rapport de force rendu nĂ©cessaire par la condition dâun homme devenu gouvernĂ©.
- Rousseau reproche Ă Hobbes dâavoir confondu lâhomme naturel et lâhomme social, en projetant sur le premier les vices du second.
- La fiction de lâĂ©tat de nature sert Ă reprĂ©senter une nature humaine rousseauiste, mĂȘme si elle nâest pas un fait historique.
- Le problĂšme de lâinĂ©galitĂ© en Ă©tat civil ne se rĂ©sout pas par un retour en arriĂšre, car lâĂ©volution humaine est prĂ©sentĂ©e comme irrĂ©versible.
- Les apories du contractualisme viennent du manque de tiers capable de contrĂŽler lâexĂ©cution du contrat ou de sanctionner les manquements.
- La solution proposĂ©e consiste Ă Ă©viter la dĂ©lĂ©gation du pouvoir : chacun dĂ©lĂšgue Ă tous, ce qui revient Ă lâobĂ©issance Ă soi-mĂȘme et Ă lâabsence de gouvernant distinct du gouvernĂ©.
đĄ Astuce mĂ©mo
Domination = force + privation (propriété privée) ; Justice = contrat sans tiers + volonté générale (pas une moyenne).
đ 6. LĂ©gitimitĂ©, imagination et sĂ©cularisation
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Zoon politikon : Zoon politikon dĂ©signe lâidĂ©e que lâhomme est un animal politique, parce quâil possĂšde le logos et vit dans des communautĂ©s organisĂ©es.
- Logos : Logos dĂ©signe la facultĂ© de raison et de discours qui permet Ă lâhomme de dĂ©libĂ©rer et donc de fonder la vie politique.
- Telos : Telos dĂ©signe la finalitĂ© dâune chose, câest-Ă -dire ce vers quoi elle tend et qui permet de distinguer des communautĂ©s humaines de communautĂ©s animales.
- En puissance : En puissance dĂ©signe lâĂ©tat de possibilitĂ© non encore rĂ©alisĂ©, oĂč une capacitĂ© existe seulement comme potentiel.
- En acte : En acte dĂ©signe lâactualisation dâun potentiel, quand la capacitĂ© devient effective et pleinement rĂ©alisĂ©e.
đ Points essentiels
- Aristote affirme que la communautĂ© prĂ©cĂšde lâindividu car lâhomme nâatteint sa nature humaine quâau sein dâune organisation politique fondĂ©e sur le logos.
- La famille est une communauté biologique en puissance, car elle ne réalise pas encore le telos proprement humain de la vie politique.
- La communauté familiale se distingue des communautés animales par sa finalité (telos) et non par sa simple ressemblance biologique.
- La citĂ© est le telos de la famille et du village : elle vise lâautarkia, câest-Ă -dire une suffisance permettant de se tourner vers des activitĂ©s plus humaines.
- Aristote distingue deux vies : la vie contemplative, la plus proche du divin, et la vie active, liĂ©e Ă la politique et plus adaptĂ©e Ă lâhomme.
- Le bonheur dĂ©pend de conditions : ne pas ĂȘtre dans la nĂ©cessitĂ©, ĂȘtre en bonne santĂ© et avoir une famille, et il suppose une place dans la citĂ© plutĂŽt quâun bonheur isolĂ©.
đĄ Astuce mĂ©mo
Logos â dĂ©libĂ©ration â politique : sans logos, pas de citĂ© ; telos â en puissance â en acte : la famille devient citĂ© quand sa finalitĂ© sâaccomplit.
đ 7. Droits de lâhomme, critique marxiste et idĂ©ologie
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Dialectique du maĂźtre et de lâesclave : Dialectique hĂ©gĂ©lienne oĂč le travail de lâesclave transforme la matiĂšre et reconstruit une conscience de soi, tandis que le maĂźtre dĂ©pend de cette mĂ©diation.
- Puissance : Notion de puissance comme capacitĂ© effective, liĂ©e Ă la conscience et Ă lâaction, qui peut prĂ©cĂ©der la justice dans certaines analyses.
- Force : Notion de force comme action décrivable, distincte de la violence et de la puissance.
- Violence : Notion de violence comme exercice concret de la force, câest-Ă -dire la force lorsquâelle se dĂ©ploie effectivement.
- Pouvoir : Notion de pouvoir comme instance qui fonde la valeur juridique dâune promesse et conditionne la permanence des normes.
đ Points essentiels
- Dans lâidĂ©e antique, il nâexiste pas dâhomme libre sans esclaves, car le travail confiĂ© Ă dâautres permet de participer Ă la vie politique.
- La cité est pensée comme un tout unifié par une répartition des fonctions, avec des vertus intellectuelles et corporelles attribuées à des parties distinctes.
- Chez Hegel, lâesclave travaille la matiĂšre et acquiert une conscience de soi, alors que le maĂźtre nâa quâune conscience mĂ©diatisĂ©e par lâesclave.
- La dialectique est reliĂ©e Ă une prĂ©fĂ©rence entre vie et libertĂ©, prĂ©sentĂ©e comme un critĂšre de âcitĂ© qui se rendâ.
- Aristote est dĂ©crit comme ambivalent : la vie politique procure un bonheur, mais sa pensĂ©e nâest pas dĂ©mocratique car tous les hommes ne sont pas inclus.
- La critique de la question de la puissance vise le problĂšme de la puissance derriĂšre une analyse mĂ©taphysique, plutĂŽt que seulement lâordre des idĂ©es.
đĄ Astuce mĂ©mo
Maßtre dépend, esclave travaille : le travail fabrique la conscience.
đ 8. Raison juridique : duretĂ© et gĂ©nĂ©ralitĂ© de la loi
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Promesse : Promesse : engagement verbal dont la valeur juridique dépend de la possibilité de sanction et de la subordination au pouvoir.
- Subordination de la promesse : Subordination de la promesse : idĂ©e selon laquelle la promesse ne fonde pas le droit si elle peut ĂȘtre reprise par le dĂ©tenteur du pouvoir.
- Norme fixe : Norme fixe : exigence pour le droit de dĂ©finir des rĂšgles stables, indĂ©pendantes de la sincĂ©ritĂ© dâune promesse.
- LĂ©gitimitĂ© : LĂ©gitimitĂ© : Ă©lĂ©ment parmi dâautres de la puissance qui facilite lâexercice du pouvoir, notamment par la crainte ou lâimagination.
- Sécularisation de la légitimité : Sécularisation de la légitimité : déplacement de la source de légitimité de la sphÚre religieuse vers la sphÚre temporelle puis juridique.
đ Points essentiels
- La valeur juridique dâune promesse suppose quâelle soit garantie par le pouvoir, pas par les seules paroles.
- Si le pouvoir peut reprendre la promesse, le droit nâest pas rĂ©ellement cĂ©dĂ© : il reste attachĂ© au pouvoir et Ă sa sanction.
- Le droit doit produire une norme stable, donc la permanence ne peut reposer sur une promesse contingente.
- La lĂ©gitimitĂ© agit comme un levier de puissance : elle rend lâexercice du pouvoir plus efficace, souvent via la crainte.
- Chez Pascal, la lĂ©gitimitĂ© est relativisĂ©e : lâimagination produit des reprĂ©sentations qui agissent sur lâaffectivitĂ©.
- La raison nâest pas une source de valeur Ă©motionnelle : elle ne âmet pas de prixâ aux choses, contrairement Ă lâimagination (ex du prĂ©cipice et de la planche).
đĄ Astuce mĂ©mo
Pouvoir dâabord : si la promesse peut ĂȘtre reprise, elle ne fait pas droit ; le droit exige une norme fixe, durable, soutenue par la sanction.
đ 9. ĂquitĂ©, jurisprudence et vide juridique
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- ĂquitĂ© (Aristote) : LâĂ©quitĂ© est une application discernĂ©e de la loi qui cherche lâintention du lĂ©gislateur quand le cas rĂ©el dĂ©borde la rĂšgle.
- Lettre de la loi : La lettre de la loi désigne le sens strict des termes juridiques, qui peut ne pas couvrir toute la complexité des situations.
- Esprit de la loi : Lâesprit de la loi correspond Ă la finalitĂ© et Ă lâintention poursuivies par le lĂ©gislateur, utiles pour interprĂ©ter la lettre.
- Faire jurisprudence : Faire jurisprudence est le rĂ©sultat dâune interprĂ©tation particuliĂšre de la loi par le juge, qui influence ensuite dâautres dĂ©cisions.
- Vide juridique : Le vide juridique est lâabsence de rĂšgle applicable au cas, rendant le jugement impossible par le droit positif seul.
đ Points essentiels
- La raison juridique sâexprime par lâidĂ©e que la loi doit ĂȘtre appliquĂ©e mĂȘme si elle paraĂźt dure, rĂ©sumĂ© par dura lex, sed lex.
- Le juge doit gérer la subsomption, car le réel est plus complexe que la rÚgle et plusieurs articles peuvent sembler pertinents.
- Des circonstances atténuantes peuvent rendre la loi moins cruelle, ce qui complexifie encore la décision du juge.
- LâĂ©quitĂ© consiste Ă se placer dans la perspective du lĂ©gislateur pour comprendre ce que la rĂšgle visait Ă atteindre.
- La jurisprudence transforme lâinterprĂ©tation en quasi-lĂ©gislation, car le juge produit une lecture qui sâimpose progressivement.
- Le vide juridique correspond Ă une absence pure et simple de loi applicable, situation moralement choquante quand aucun fondement ne permet de trancher.
đĄ Astuce mĂ©mo
ĂquitĂ© = « intention du lĂ©gislateur » quand la lettre ne suffit pas ; Vide juridique = « aucune loi ne colle » donc choc moral.
đ 10. Droit naturel, droit positif et positivismes juridiques
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Kelsen : Kelsen : auteur associĂ© Ă une approche positiviste du droit, oĂč la validitĂ© juridique dĂ©pend de la norme et de sa production selon un ordre juridique.
- Justnaturalisme : Justnaturalisme : courant qui fonde la validitĂ© du droit sur une rĂ©fĂ©rence Ă la nature, afin de viser une forme dâuniversalitĂ©.
- Léo Strauss : Léo Strauss : auteur rattaché à une réflexion sur le droit naturel et ses tensions avec la diversité des cultures.
- DĂ©cisionnisme : DĂ©cisionnisme : doctrine associĂ©e Ă lâidĂ©e que le droit dĂ©pend dâune dĂ©cision politique, plutĂŽt que dâune dĂ©duction Ă partir de la nature.
- Carl Schmitt : Carl Schmitt : auteur associé au décisionnisme, qui relie la fondation du droit à la souveraineté et à la politique.
đ Points essentiels
- Le justnaturalisme cherche une universalité du droit en le fondant sur la nature plutÎt que sur une culture particuliÚre.
- Le rapport droitâcivilisation pose un problĂšme : la nature nâest pas lue de la mĂȘme façon selon les cultures, ce qui peut produire un effet dâimpĂ©rialisme culturel.
- Le décisionnisme fonde le droit sur la politique : la souveraineté décide, et cette décision structure la validité juridique.
- Chez Carl Schmitt, la souverainetĂ© est centrale : le droit est liĂ© Ă lâacte politique qui tranche et institue.
- La tension entre universalité et diversité culturelle apparaßt quand une universalité juridique prétendue reflÚte surtout une vision occidentale.
- La question du droit naturel implique une interrogation sur la maniĂšre dont une ânatureâ supposĂ©e peut ĂȘtre reconnue sans imposer une grille culturelle dominante.
đĄ Astuce mĂ©mo
Juste Nature â UniversalitĂ© ; DĂ©cision â SouverainetĂ© : Nature lit le monde, DĂ©cision institue le droit.
đ 11. Ordre rationnel, essences et querelle des universaux
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Ordre rationnel : Ordre rationnel : maniÚre de classer le réel par des critÚres de ressemblance et des catégories hiérarchisées.
- Essences : Essences : idée selon laquelle les choses possÚdent une nature stable qui fonde leur classement.
- Querelle des universaux : Querelle des universaux : débat sur le statut des catégories générales (espÚces, genres) par rapport aux individus concrets.
- TotĂ©misme : TotĂ©misme : systĂšme oĂč des groupes sociaux sont associĂ©s Ă des totems (animaux, vĂ©gĂ©taux ou Ă©lĂ©ments) selon une logique de parentĂ©.
- Culture : Culture : ensemble de pratiques et de formes de vie propres aux humains, qui ne se réduit pas à une simple opposition à la nature.
đ Points essentiels
- La classification par ressemblance pose la question du statut des catégories générales (espÚce, genre) : sont-elles de simples critÚres ou des essences ?
- Lâexemple du « chat de gouttiĂšre » illustre une hiĂ©rarchie : espĂšce â genre (fĂ©lin) â classe (mammifĂšres placentaires) â ordre (carnivore).
- Le classement occidental par ressemblance peut entrer en rivalité avec des systÚmes totémiques, fondés sur des animaux totems et des logiques sociales.
- Chez Durkheim et Mauss, lâĂ©tude des formes primitives relie les classifications Ă des structures sociales plutĂŽt quâĂ une simple ressemblance entre objets.
- En ethnographie, on décrit des groupes et des modes de vie ; en ethnologie, on analyse des unités culturelles, économiques et sociales.
- Dans le totĂ©misme, le totem est souvent associĂ© Ă des groupes sociaux (rarement Ă un individu) et sâinsĂšre dans des niveaux comme phratries et classes matrimoniales.
đĄ Astuce mĂ©mo
Ressemblance = cases ; Totem = parenté : deux façons de classer le monde.
đ 12. Logiques culturelles, totemisme et notion de culture
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Double figure du sauvage : ReprĂ©sentation du sauvage comme ĂȘtre Ă la fois proche de la nature et prĂ©sentĂ© comme monstrueux par les rĂ©cits de voyage.
- Montaigne Des cannibales : Ćuvre de Montaigne qui critique lâidĂ©e de âcannibalismeâ en la confrontant Ă nos propres horreurs.
- Ethnocentrisme : Tendance Ă juger les autres cultures Ă partir des normes de sa propre culture.
- RelativitĂ© culturelle : IdĂ©e que la comprĂ©hension de lâhumanitĂ© dĂ©pend du point de vue et du rĂ©fĂ©rentiel adoptĂ©.
- SociĂ©tĂ© : Forme de vie commune organisĂ©e autour de la gestion des besoins et des liens entre membres dâun groupe.
đ Points essentiels
- Au 16e siĂšcle, la rencontre des EuropĂ©ens avec dâautres civilisations alimente des rĂ©cits opposant âsauvageâ et âcivilisĂ©â.
- La âdouble figure du sauvageâ dĂ©crit un humain supposĂ© vierge et proche de la nature, mais aussi un ĂȘtre prĂ©sentĂ© comme anthropophage et infernal.
- Montaigne remet en cause la qualification de âbarbarieâ en soulignant que chacun juge selon ses propres pratiques et horreurs.
- LĂ©vi-Strauss (Race et histoire) critique le fait que toutes les cultures tendent Ă ĂȘtre ethnocentriques, donc Ă se prendre comme rĂ©fĂ©rence.
- La culture dĂ©termine notre comprĂ©hension de lâhumanitĂ©, et le face-Ă -face avec lâautre ne produit pas automatiquement lâhumanitĂ©.
- La sociĂ©tĂ© est pensĂ©e comme une association liĂ©e Ă des commoditĂ©s pour ses membres, plutĂŽt quâĂ une humanitĂ© pleinement politique.
đĄ Astuce mĂ©mo
Sauvage = Nature + Enfer ; Montaigne = âbarbarie chez lâautreâ renversĂ©e par nos horreurs.
đ
RepĂšres chronologiques
| Date | ĂvĂ©nement |
|---|
| 16Ăšme siĂšcle | Ămergence de la raison dâĂtat au lendemain de la Saint-BarthĂ©lemy |
| Saint-BarthĂ©lemy | RepĂšre historique reliĂ© Ă lâĂ©mergence de la raison dâĂtat |
| 1945 | Poursuite des crimes nazis posant un problÚme de légalité (lois créées aprÚs les actes) |
đ Tableaux de synthĂšse
Légalité vs légitimité
| Notions | Définition | Fonction |
|---|
| LĂ©galitĂ© | ConformitĂ© Ă des lois proclamĂ©es | VĂ©rifie la conformitĂ© dâun acte aux lois |
| LĂ©gitimitĂ© | Justifie lâexistence des lois | Fonde pourquoi ces lois doivent exister (garant de lâordre/paix civile, sĂ»retĂ©, etc.) |
Hobbes vs Rousseau (fondements de lâĂtat)
| Auteur | Fondement de la lĂ©gitimitĂ© | Passage Ă lâĂ©tat civil |
|---|
| Hobbes | La sûreté et la paix civile (hommes fondamentalement violents) | Délégation à autrui : confiscation de la violence, échange liberté contre sécurité |
| Rousseau | La libertĂ© (perdue dans lâasservissement de lâĂ©tat civil) | Politique pour retrouver la libertĂ© de lâĂ©tat de nature ; critique de la confusion homme naturel/homme social |
â ïž PiĂšges & confusions frĂ©quents
- Confondre raison dâĂtat et laĂŻcitĂ© : le cours dit que lâĂtat peut ĂȘtre neutre sans ĂȘtre forcĂ©ment laĂŻque, avec un monarque imposant une religion dâĂtat.
- Croire que lĂ©gitimitĂ© et lĂ©galitĂ© sont synonymes : la lĂ©galitĂ© vĂ©rifie la conformitĂ© aux lois proclamĂ©es, tandis que la lĂ©gitimitĂ© justifie lâexistence des lois.
- Penser que la raison dâĂtat vise Ă sauver les hommes : elle vise Ă maintenir le rĂ©gime, en ignorant dĂ©libĂ©rĂ©ment certaines lois pour prĂ©server lâappareil dâĂtat.
- Mélanger force, violence et puissance : la force est une action descriptive, la violence est la force exercée concrÚtement, et la puissance renvoie à la conscience/capacité.
- Croire que lâĂ©tat de nature rousseauiste est identique Ă lâĂ©tat de nature hobbesien : Rousseau reproche Ă Hobbes de projeter les vices de lâhomme social sur lâhomme naturel.
- RĂ©duire lâĂ©thique de conviction Ă une simple âbonne intentionâ : elle place les principes au-dessus de tout, sans transiger avec les consĂ©quences, contrairement Ă lâĂ©thique de responsabilitĂ©.
- Confondre Ă©quitĂ© et jurisprudence : lâĂ©quitĂ© interprĂšte la loi en se plaçant dans lâintention du lĂ©gislateur, tandis que la jurisprudence fait Ă©voluer lâinterprĂ©tation par le juge.
â
Checklist Examen
- DĂ©finir la raison dâĂtat comme action ignorant dĂ©libĂ©rĂ©ment certaines lois pour prĂ©server le rĂ©gime, et expliquer la distinction institutions/gouvernants (prĂ©sident et fonction).
- Relier la raison dâĂtat Ă la survie du rĂ©gime et Ă lâopposition aux guerres civiles, en prĂ©cisant le sens dâ« Ătat » (ce qui dure/perdure, exception conjurĂ©e).
- Expliquer pourquoi les guerres de religion sont prĂ©sentĂ©es comme des guerres dâanĂ©antissement et comment cela fonde lâidĂ©e dâune instance politique axiologiquement neutre (ne tranche pas le bien/juste/vrai).
- PrĂ©senter la justification hobbesienne de lâobĂ©issance : dĂ©sobĂ©issance assimilĂ©e Ă une criminalitĂ©, crĂ©ation dâinstances de maintien de lâordre (police), et renoncement au fondement sacrĂ© du pouvoir.
- Distinguer Ă©thique de conviction et Ă©thique de responsabilitĂ© chez Weber, en donnant lâidĂ©e que la responsabilitĂ© rĂ©pond des consĂ©quences de nos actes.
- Expliquer lâĂtat comme appareil : institutions/fonctionnaires et lâanalogie du corps (Platon : tĂȘte/bras/ventre-jambes ; Descartes : machine ; Schmitt : corps mĂ©canique ; Hobbes : LĂ©viathan).
- Distinguer lĂ©galitĂ© et lĂ©gitimitĂ©, puis traiter le cas 1945 (crimes nazis) et lâidĂ©e de « crime contre lâhumanitĂ© » comme rĂ©ponse Ă la difficultĂ© de lĂ©galitĂ©.
- Exposer le fondement anthropologique de lâĂtat : pessimisme vs optimisme anthropologique, et comparer Rousseau (bontĂ© corrompue par la sociĂ©tĂ©) et Hobbes (homme dangereux par peur/compĂ©tition).
- DĂ©crire le passage Ă lâĂ©tat civil chez Hobbes : dĂ©lĂ©gation Ă autrui, confiscation de la violence, Ă©change libertĂ© contre sĂ©curitĂ©, et la formule weberienne du monopole de la violence physique lĂ©gitime.
- DĂ©crire le passage Ă lâĂ©tat civil chez Rousseau : amour de soi et pitiĂ©, perfectibilitĂ©, comparaison/ amour-propre, puis solution politique via la volontĂ© gĂ©nĂ©rale (obĂ©issance Ă soi-mĂȘme, pas dâaddition/moyenne).
- Expliquer la logique de domination et dâinĂ©galitĂ© chez Rousseau : propriĂ©tĂ© privĂ©e comme source du mal, et critique de la confusion homme naturel/homme social chez Hobbes.
- Maßtriser la raison juridique : dura lex, sed lex ; équité (intention du législateur) ; lettre vs esprit de la loi ; faire jurisprudence ; vide juridique et exemple des procÚs de Nuremberg.
- PrĂ©senter les positivismes juridiques et leurs auteurs : Kelsen (validitĂ© par production/ordre juridique), justnaturalisme (universalitĂ© par nature), dĂ©cisionnisme (droit dĂ©pend dâune dĂ©cision politique) et Schmitt (soci
- examChecklist_extra_note
Create your own revision sheets
Import your course and AI generates sheets, quizzes and flashcards in 30 seconds.
Sheet generator