đ Plan du Cours
- Service public et intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral
- CritĂšres du service public
- Régime juridique du service public
- Principes du service public
- Police administrative générale et spéciale
- Autorités et mesures de police
- Actes administratifs unilatéraux
- Actes non décisoires et non grief
- Compétence et procédure de l'acte
- Contrats administratifs et passation
- Exécution et équilibre contractuel
- ContrÎle de légalité et responsabilité
đ 1. Service public et intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Mission de service public : Notion dĂ©signant une prestation assurĂ©e dans lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral et bĂ©nĂ©ficiant dâavantages juridiques pour primer sur lâintĂ©rĂȘt privĂ©.
- Ordre public : Notion regroupant lâactivitĂ© de lâadministration visant Ă maintenir la sĂ©curitĂ© et la tranquillitĂ© nĂ©cessaires Ă la vie collective.
- IntĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral : Notion dĂ©signant ce qui profite directement Ă la collectivitĂ©, dont la qualification dĂ©pend des circonstances et de lâanalyse du juge.
- Droit favorable au service public : Notion selon laquelle le service public bĂ©nĂ©ficie de rĂšgles et de pouvoirs adaptĂ©s pour atteindre ses finalitĂ©s malgrĂ© lâexistence dâintĂ©rĂȘts privĂ©s concurrents.
đ Points essentiels
- Dans une sociĂ©tĂ© libĂ©rale, lâadministration doit limiter sa sphĂšre dâaction et identifier des finalitĂ©s prĂ©cises plutĂŽt que couvrir indistinctement toute activitĂ©.
- Les finalitĂ©s majeures rattachĂ©es au droit administratif sont la rĂ©alisation de prestations de service dans lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral et le maintien de lâordre public.
- La qualification dâune activitĂ© en service public suppose lâarticulation de fins lĂ©gitimes et de moyens juridiquement admissibles, question qui nourrit ensuite le contrĂŽle et la responsabilitĂ©.
- Le service public est conçu comme un cadre pour « vivre ensemble » : sans encadrement, la sociĂ©tĂ© peut devenir dangereuse, dâoĂč lâexistence de contrĂŽles sur lâaction administrative.
đ 2. CritĂšres du service public
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- ActivitĂ© dâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral : Un service public suppose une activitĂ© qualifiĂ©e dâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral, câest-Ă -dire directement profitable Ă la collectivitĂ©, selon une apprĂ©ciation concrĂšte du juge.
- ContrĂŽle dâune personne publique : Une activitĂ© ne devient service public que si elle est placĂ©e sous le contrĂŽle dâune personne publique, ce rattachement Ă©tant un critĂšre dĂ©cisif.
- Rattachement organique Ă©troit : Le rattachement organique correspond Ă lâidĂ©e que lâactivitĂ© est effectivement maĂźtrisĂ©e par la puissance publique, mĂȘme lorsquâelle est confiĂ©e Ă un acteur privĂ©.
- Service public Ă double genre : La qualification du service public se distingue selon son genre, aboutissant Ă lâopposition SPA et SPIC pour dĂ©terminer le droit applicable.
- MĂ©thode du faisceau dâindices : La mĂ©thode du faisceau dâindices consiste Ă rechercher plusieurs Ă©lĂ©ments concordants pour conclure que la personne privĂ©e ne fait quâexĂ©cuter sous maĂźtrise de la puissance publique.
đ Points essentiels
- Pour quâil y ait service public, lâactivitĂ© doit satisfaire Ă lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral et ĂȘtre placĂ©e sous le contrĂŽle dâune personne publique, ce qui impose des frontiĂšres Ă la notion.
- Quand lâactivitĂ© est confiĂ©e Ă un privĂ©, le rattachement organique est Ă©tabli par un faisceau dâindices, notamment lâorigine du service, le financement majoritaire et la nomination des dirigeants.
- La qualification SPA ou SPIC dĂ©pend dâindices dont lâobjet de lâactivitĂ© (dĂ©sintĂ©ressement vs prestation payante comparable au privĂ©), les modalitĂ©s de financement (redevance vs taxe) et les modalitĂ©s dâorganisation.
- Pour la distinction SPA/SPIC, la nature de lâobjet et le critĂšre de rentabilitĂ© sont jugĂ©s au cas par cas, ce qui peut conduire Ă une qualification variable selon les circonstances.
- Dans un service public à « double visage », une mĂȘme structure peut relever partiellement du SPA et partiellement du SPIC, entraĂźnant des rĂšgles diffĂ©rentes selon la partie de lâactivitĂ©.
đĄ Astuce mĂ©mo
IntĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral + contrĂŽle public (organe privĂ© sous maĂźtrise) : puis SPA/SPIC = Objet (dĂ©sintĂ©ressĂ© ou payant) + Financement (redevance ou taxe) + Organisation (techniques publiques ou privĂ©es).
đ 3. RĂ©gime juridique du service public
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Service public administratif : Le service public administratif correspond Ă un service public dont lâactivitĂ© et lâorganisation relĂšvent, en principe, dâun rĂ©gime juridique dominĂ© par lâadministration et ses techniques.
- Service public industriel et commercial : Le service public industriel et commercial est un service public organisĂ© comme une activitĂ© de type Ă©conomique, oĂč le financement et/ou le fonctionnement ressemblent Ă ceux du secteur privĂ©.
- Redevance : La redevance est un paiement dâusagers en contrepartie dâun service rendu, dont la logique tarifaire peut conduire Ă qualifier le service de SPIC.
- Gestion en rĂ©gie : La gestion en rĂ©gie dĂ©signe lâexploitation directe par la personne publique, sans personnalitĂ© distincte, le service restant rattachĂ© Ă lâadministration.
- DĂ©lĂ©gation de service public : La dĂ©lĂ©gation de service public est la confie par une personne publique, par acte (souvent contractuel), lâexploitation dâun service public Ă un tiers, sous contrĂŽle et selon un cadre juridique spĂ©cial.
đ Points essentiels
- La qualification SPA ou SPIC se dĂ©duit notamment des modalitĂ©s de financement (redevance vs taxe), puis des modalitĂ©s dâorganisation et de fonctionnement, en sâappuyant aussi sur la logique de techniques administratives vs commerciales.
- Un ramassage dâordures mĂ©nagĂšres financĂ© par une redevance calculĂ©e selon le service rendu peut ĂȘtre qualifiĂ© de SPIC (CE 10 avril 1992, SARL Hoffmiller).
- Un systĂšme de redevance fondĂ© sur lâusage conduit Ă admettre que lâusager nâa pas Ă payer sâil nâutilise pas le service (CE 4 juin 1991, Blot).
- La collectivitĂ© peut crĂ©er ou supprimer un service public, sans droit acquis au maintien, la libertĂ© de lâautoritĂ© compĂ©tente Ă©tant reconnue (CE 27 janvier 1961, Vannier).
- Les activitĂ©s de service public peuvent ĂȘtre gĂ©rĂ©es directement en rĂ©gie, ou dĂ©lĂ©guĂ©es, mais la dĂ©lĂ©gation ne peut pas couvrir des activitĂ©s dâautoritĂ© (justice, police, police administrative).
- La délégation contractuelle suppose de respecter la mise en concurrence imposée par la loi Sapin du 29 juin 1993, puis le régime a été réaménagé par la réforme entrée en vigueur au 1er avril 2016.
đĄ Astuce mĂ©mo
Financement â qualification : redevance liĂ©e Ă lâusage = souvent SPIC, taxe/fiscal = souvent SPA; puis Organisation/techniques : administratif â commercial.
đ 4. Principes du service public
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Lois de Rolland : Ensemble de principes jurisprudentiels propres au service public, formulés comme des rÚgles fondamentales non forcément écrites et construits par le juge.
- Principe dâĂ©galitĂ© : Principe imposant un traitement des usagers cohĂ©rent avec leur situation, avec la possibilitĂ© de diffĂ©rencier pour viser lâĂ©galitĂ© des chances ou lâaccĂšs effectif au service.
- Principe de continuitĂ© : Principe imposant la permanence du fonctionnement des services publics essentiels et la conciliation avec le droit de grĂšve pour Ă©viter la rupture de lâordre Ă©tatique.
- Principe dâadaptabilitĂ© : Principe selon lequel le service public doit Ă©voluer pour rester conforme Ă lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral et nâouvre pas un droit acquis au maintien de son organisation.
đ Points essentiels
- Le principe dâĂ©galitĂ© admet deux lectures, lâĂ©galitĂ© stricte par des rĂšgles identiques et lâĂ©galitĂ© rĂ©elle par des diffĂ©renciations favorisant lâaccĂšs aux plus faibles.
- La continuitĂ© est reconnue comme principe Ă valeur constitutionnelle et justifie des amĂ©nagements du fonctionnement normal de lâadministration lors de situations dâurgence.
- Le principe de continuité ne signifie pas une ouverture permanente de tous les services publics, mais impose surtout la continuité des activités vitales.
- Le droit de grĂšve des agents publics doit ĂȘtre conciliĂ© avec la continuitĂ© du service, par des limitations proportionnĂ©es et des dispositifs de continuitĂ©.
- Le service public doit sâadapter, et le citoyen nâa pas de droit Ă exiger cette Ă©volution comme les autres parties nâont pas un droit acquis au maintien du service tel quel.
đĄ Astuce mĂ©mo
ECA : ĂgalitĂ©, ContinuitĂ©, AdaptabilitĂ© (les 3 âloisâ de Rolland).
đ 5. Police administrative gĂ©nĂ©rale et spĂ©ciale
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Police administrative : Ensemble des pouvoirs de lâadministration visant Ă prĂ©venir des troubles Ă lâordre public par des mesures adaptĂ©es.
- Ordre public général : Notion de seuil minimal de conditions matérielles permettant de garantir les libertés, protégée par la police administrative générale.
- Ordre public spĂ©cial : Protection ciblĂ©e dâintĂ©rĂȘts prĂ©cis, confiĂ©e Ă des polices dites spĂ©ciales lorsque la loi prĂ©voit une atteinte encadrĂ©e aux libertĂ©s ou Ă la propriĂ©tĂ©.
- Police spéciale : Police fondée sur un texte législatif explicite, organisée pour répondre à un risque déterminé avec des autorités et des procédures plus précises.
- Trilogie sécurité tranquillité salubrité : Classification classique des finalités de la police municipale générale : sécurité publique, tranquillité publique et salubrité publique.
đ Points essentiels
- Les violations dâobligations prĂ©vues par des dĂ©crets et arrĂȘtĂ©s de police sont sanctionnĂ©es par renvoi du Code pĂ©nal, notamment via lâarticle R610-5 du Code pĂ©nal, faute de peine spĂ©cifique.
- La police administrative poursuit lâobjectif de maintenir la paix sociale par une action prĂ©ventive en amont, tandis que la police judiciaire est plutĂŽt orientĂ©e vers la rĂ©pression et la recherche des infractions.
- Lâordre public gĂ©nĂ©ral se dĂ©cline notamment en dimension matĂ©rielle (accidents, phĂ©nomĂšnes physiques) et, Ă la marge selon la JP, en moralitĂ© publique apprĂ©ciĂ©e en tenant compte des circonstances locales.
- La police spéciale repose en principe sur un texte législatif explicite et vise des atteintes mieux encadrées aux libertés ou à la propriété, avec des autorités compétentes et des garanties procédurales plus déterminées.
- En cas de concours, la police spĂ©ciale exclut en principe la police gĂ©nĂ©rale lorsque la finalitĂ© et le champ sont couverts, sauf hypothĂšses dâexception admises par la jurisprudence.
đĄ Astuce mĂ©mo
GĂ©nĂ©rale = prĂ©venir lâordre public (sĂ©curitĂ©/tranquillitĂ©/salubritĂ©) ; SpĂ©ciale = une loi prĂ©cise encadre une atteinte ciblĂ©e, donc la gĂ©nĂ©rale sâefface en principe.
đ 6. AutoritĂ©s et mesures de police
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- AutoritĂ© de police municipale : La police municipale regroupe les pouvoirs de lâautoritĂ© communale pour maintenir lâordre public sur sa commune, notamment via des arrĂȘtĂ©s de police.
- Police spĂ©ciale intercommunale : La police spĂ©ciale peut ĂȘtre transfĂ©rĂ©e par les communes Ă lâEPCI, ce qui regroupe Ă lâĂ©chelle intercommunale des compĂ©tences liĂ©es Ă certaines matiĂšres.
- Transfert automatique des pouvoirs de police : AprĂšs le renouvellement des assemblĂ©es communale et intercommunale, le transfert des pouvoirs de police spĂ©ciale vers lâEPCI devient automatique dans les domaines de compĂ©tence de lâEPCI, sauf opposition des maires.
- Préfet de département : Le préfet dispose, dans le département, de pouvoirs de police générale et de nombreux pouvoirs de police spéciale prévus par les textes.
- Principe dâexclusivitĂ© police spĂ©ciale : Lorsque la police spĂ©ciale est compĂ©tente pour une matiĂšre, elle exclut en principe lâintervention de la police gĂ©nĂ©rale sur le mĂȘme objet.
đ Points essentiels
- Les maires restent lâautoritĂ© principale de la police administrative gĂ©nĂ©rale, mĂȘme lorsque des pouvoirs de police spĂ©ciale sont transfĂ©rĂ©s Ă lâEPCI.
- AprĂšs la loi RCT du 16 dĂ©cembre 2010 (CGCT L5211-9-2), le transfert de la police spĂ©ciale devient automatique aprĂšs renouvellement, tout en restant susceptible dâopposition des maires.
- MĂȘme en cas de transfert de police spĂ©ciale, la commune nâest pas dĂ©munie : le maire peut aggraver les mesures ou agir en urgence pour complĂ©ter celles prises par lâEPCI.
- Le prĂ©fet est lâautoritĂ© de police gĂ©nĂ©rale du dĂ©partement depuis le dĂ©cret du 14 mars 1986, et peut intervenir sur tout ou partie du dĂ©partement selon les textes.
- En police gĂ©nĂ©rale, lâautoritĂ© compĂ©tente est celle du prĂ©fet quand le problĂšme dĂ©passe le territoire dâune seule commune (article 2215-1 CGCT).
- La concurrence entre police gĂ©nĂ©rale et police spĂ©ciale se rĂšgle par lâexclusivitĂ© : une police spĂ©ciale compĂ©tente exclut lâusage de la police gĂ©nĂ©rale sur le mĂȘme objet (CE 13 juillet 1935, SATAN).
đĄ Astuce mĂ©mo
Police spĂ©ciale = serrure : quand elle existe, la police gĂ©nĂ©rale nâa pas la clĂ© (exclusivitĂ©).
đ 7. Actes administratifs unilatĂ©raux
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Acte de gouvernement : Acte pris au sommet de lâĂtat relevant dâune logique de gouverner plutĂŽt que dâadministrer, ce qui limite en principe son contrĂŽle par le juge de lâexcĂšs de pouvoir.
- Circulaire interprĂ©tative : Circulaire qui se borne Ă expliquer lâĂ©tat du droit existant sans imposer un comportement, de sorte quâelle ne modifie pas directement les situations des administrĂ©s.
- Circulaire réglementaire : Circulaire qui impose un comportement par son impérativité et apporte une rÚgle qui peut influencer concrÚtement les droits ou obligations des administrés.
- Directive : Circulaire de mĂ©thode qui indique Ă lâadministration comment dĂ©cider dans des situations rĂ©pĂ©titives, en laissant en principe un examen cas par cas.
- Mesure dâordre intĂ©rieur : Acte touchant le fonctionnement interne dâun service, en principe trop peu prĂ©judiciable pour ouvrir un recours pour excĂšs de pouvoir.
đ Points essentiels
- Depuis CE AssemblĂ©e, 5 mars 1999, le juge accepte dâexaminer au cas par cas les actes dâautoritĂ© parlementaire pouvant ĂȘtre qualifiĂ©s dâactes administratifs dĂ©tachables de la fonction parlementaire.
- La frontiĂšre entre service public judiciaire et organisation est tracĂ©e par TC, 27 novembre 1952, PrĂ©fet de la Guyane, afin de dĂ©terminer lâordre juridictionnel compĂ©tent.
- La distinction circulaire interprĂ©tative/circulaire rĂ©glementaire repose sur lâimpĂ©rativitĂ© : les dispositions vĂ©ritablement impĂ©ratives peuvent ĂȘtre contestĂ©es (CE, 13 dĂ©cembre 2002, DuvignĂšres).
- Les actes de droit souple susceptibles de produire des effets notables peuvent faire lâobjet dâun recours : CE AssemblĂ©e, 21 mars 2016, Fairvesta et CE, 21 mars 2016, NumĂ©ricable.
- Les mesures dâordre intĂ©rieur ne sont en principe pas dĂ©fĂ©rables au juge quand leurs effets restent insuffisamment graves pour caractĂ©riser un grief personnel.
đĄ Astuce mĂ©mo
IdĂ©e-clĂ© : Gouvernement = âpolitiqueâ, Circulaire = âimpĂ©ratif ou nonâ, Directive = âsouple mais influenteâ, Ordre intĂ©rieur = âtrop interne pour faire griefâ.
đ 8. Actes non dĂ©cisoires et non grief
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Acte prĂ©paratoire : Un acte prĂ©paratoire sert Ă prĂ©parer une dĂ©cision finale, mais ne tranche pas la situation de lâadministrĂ© et nâouvre donc pas un recours pour excĂšs de pouvoir Ă lui seul.
- Avis obligatoire conforme : Un avis obligatoire conforme lie lâautoritĂ© qui dĂ©cide, mais il reste un acte prĂ©paratoire tant que la dĂ©cision finale nâa pas Ă©tĂ© prise.
- DĂ©cision dâespĂšce : Une dĂ©cision dâespĂšce vise une situation particuliĂšre sans portĂ©e gĂ©nĂ©rale impersonnelle, ce qui dĂ©termine son rĂ©gime de contestation et lâarticulation avec les avis prĂ©paratoires.
đ Points essentiels
- Des avis et consultations prĂ©alables sont en principe des actes prĂ©paratoires non dĂ©cisoires, contestables seulement Ă lâoccasion dâun recours contre la dĂ©cision finale qui sây appuie.
- Si lâautoritĂ© suit un avis conforme illĂ©gal ou irrĂ©gulier, lâillĂ©galitĂ© doit ĂȘtre invoquĂ©e contre la dĂ©cision finale plutĂŽt que contre lâavis lui-mĂȘme, comme lâindique CE AssemblĂ©e 26 octobre 2001 Eisenchteter.
- Les vices de procĂ©dure affectant une consultation nâentachent lâacte final que sâils sont suffisamment graves, câest une logique de vice substantiel comme dans CE 7 juillet 2000 Syn Interco (collecte des OM dâIssoudun).
- MĂȘme aprĂšs une procĂ©dure longue, une annulation nâest pas automatique : le juge apprĂ©cie lâinfluence rĂ©elle du vice sur la dĂ©cision finale.
- Les avis rendus peuvent avoir un poids variable : certains sont facultatifs, dâautres obligatoires simples, et dâautres obligatoires conformes sans pour autant devenir des dĂ©cisions faisant grief.
đ 9. CompĂ©tence et procĂ©dure de l'acte
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Refus de publication : Le refus de publier un rÚglement ouvre un droit de contestation aux personnes concernées et peut conduire le juge à ordonner la publication.
- OpposabilitĂ© par publicitĂ© : LâopposabilitĂ© dâun acte aux tiers suppose sa mise Ă disposition du public selon les formes de publicitĂ© prĂ©vues, tandis que la lĂ©galitĂ© de lâacte nâen dĂ©pend pas.
- Acte valide non publiĂ© : Un acte peut rester valable sans ĂȘtre publiĂ©, mais il ne devient pas opposable comme base de mesures individuelles tant quâil nâa pas Ă©tĂ© rendu public.
- Opposable sans applicable : Un acte peut ĂȘtre opposable aux tiers avant dâĂȘtre applicable quand des conditions supplĂ©mentaires dâentrĂ©e en vigueur doivent encore ĂȘtre remplies.
- InapplicabilitĂ© exceptionnelle : Quand une publicitĂ© gĂ©nĂ©rale est impossible, lâacte rĂ©glementaire doit ĂȘtre notifiĂ© au destinataire chargĂ© de lâappliquer avant dâĂȘtre publiĂ© dĂšs que possible.
đ Points essentiels
- Le refus de publier un rĂšglement peut ĂȘtre contestĂ© et le juge peut prononcer une injonction de publication, CE, 12 dĂ©cembre 2003, Syndicat des commissaires et hauts fonctionnaires de la police nationale.
- Pour ĂȘtre opposable aux administrĂ©s, lâacte doit ĂȘtre rendu public, CE, 28 octobre 1988, Gallien.
- Un acte non publiĂ© reste valable mais ne peut pas servir de fondement Ă des actes individuels contraignants tant quâil nâa pas fait lâobjet de publicitĂ© appropriĂ©e, CE, 7 juillet 1999, Glaichenhaus.
- LâopposabilitĂ© peut prĂ©cĂ©der lâapplicabilitĂ© : un acte peut ĂȘtre opposable mais ne pas produire effet immĂ©diat si des Ă©tapes supplĂ©mentaires doivent ĂȘtre rĂ©alisĂ©es, CE, 17 fĂ©vrier 2016, M. AB.
- En principe, lâapplicabilitĂ© intervient le lendemain de la publication, et une application rĂ©troactive est interdite sauf si une loi lâautorise, CE, 25 juin 1948, SociĂ©tĂ© du Journal LâAurore.
- En cas dâurgence, une mesure peut devenir applicable dĂšs sa publication, CE, 25 mars 1966, SociĂ©tĂ© J. Tardits.
đĄ Astuce mĂ©mo
Opposable = PUB, Applicable = EFFECTIF : la publicitĂ© lance lâopposabilitĂ©, mais lâapplication peut attendre une Ă©tape en plus.
đ 10. Contrats administratifs et passation
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Contrat administratif : Un contrat administratif est qualifié comme tel quand il associe une personne publique et se rattache à une mission de service public, selon les critÚres dégagés par le juge.
- CritĂšre organique : Le critĂšre organique exige quâau moins une personne publique soit prĂ©sente au contrat, directement ou par reprĂ©sentation, sauf disposition lĂ©gislative contraire.
- Clause exorbitante du droit commun : Une clause exorbitante du droit commun est une clause qui, dans lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral, implique un rattachement au rĂ©gime des contrats administratifs plutĂŽt quâau droit privĂ©.
- Référé précontractuel : Le référé précontractuel permet à un tiers intéressé de saisir le juge avant la signature pour faire constater des irrégularités de passation touchant publicité ou mise en concurrence.
- RĂ©fĂ©rĂ© contractuel : Le rĂ©fĂ©rĂ© contractuel permet de contester aprĂšs la signature, notamment lorsque le rĂ©fĂ©rĂ© prĂ©contractuel nâa pas Ă©tĂ© formĂ© dans le dĂ©lai, avec des pouvoirs du juge sur lâissue du contrat.
đ Points essentiels
- Depuis CE (13 dĂ©cembre 1963, Synd des praticiens de lâart dentaire du Nord), lâadministrativitĂ© exige en principe un critĂšre organique et un rattachement Ă une mission de service public.
- Entre personnes publiques, la prĂ©somption de contrat administratif peut ĂȘtre renversĂ©e si lâobjet ne crĂ©e que des rapports de droit privĂ© et si le contrat ne contient pas de clauses exorbitantes du droit commun.
- Dans les contrats de commande publique, la jurisprudence et le législateur tendent à qualifier automatiquement comme administratifs les contrats soumis au Code de la commande publique.
- En droit, un visa budgĂ©taire (crĂ©dits inscrits) autorise le maire Ă signer mais un dĂ©passement nâaffecte pas la lĂ©galitĂ© du contrat : il bloque seulement le paiement jusquâĂ rĂ©gularisation.
- Le rĂ©fĂ©rĂ© prĂ©contractuel peut entraĂźner la suspension de la conclusion pendant 20 jours et des mesures correctrices, avec possibilitĂ© dâannulation dâactes de procĂ©dure ou suppression de clauses.
- Le rĂ©fĂ©rĂ© contractuel reste possible mĂȘme aprĂšs un Ă©chec du rĂ©fĂ©rĂ© prĂ©contractuel, par exemple en cas de non-respect du dĂ©lai de 11 jours aprĂšs lâattribution (CE, 23 janvier 2017, Sivom Morillon).
đĄ Astuce mĂ©mo
Double filtre : Présence publique (critÚre organique) + Mission de service public (critÚre matériel), puis vérifie la procédure via le duo référé précontractuel (avant signature) / référé contractuel (aprÚs).
đ 11. ExĂ©cution et Ă©quilibre contractuel
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- Sanction contractuelle : La sanction est une mesure prise par lâadministration en cas de faute du cocontractant pour contraindre ou rĂ©parer lâexĂ©cution dĂ©faillante du contrat.
- PĂ©nalitĂ©s forfaitaires : Les pĂ©nalitĂ©s forfaitaires sont des sommes prĂ©vues par le contrat que lâadministration peut infliger sans avoir Ă dĂ©montrer un prĂ©judice.
- Dommages et intĂ©rĂȘts : Les dommages et intĂ©rĂȘts compensent lâentier prĂ©judice causĂ© par la faute contractuelle, ce qui suppose lâexistence de prĂ©judices.
- Sanctions coercitives : Les sanctions coercitives permettent Ă lâadministration de prendre en main lâexĂ©cution dĂ©faillante, directement ou via un tiers, mais aux frais du cocontractant.
- Su jĂ©tions imprĂ©vues : Les sujĂ©tions imprĂ©vues dĂ©signent des difficultĂ©s exceptionnelles et imprĂ©visibles entraĂźnant une charge grave et anormale durant lâexĂ©cution.
đ Points essentiels
- Lâadministration peut prononcer des sanctions contre son cocontractant mĂȘme si elles ne sont pas toutes prĂ©vues au contrat, ce qui justifie des exigences de procĂ©dure et de droits de la dĂ©fense.
- La sanction doit en principe ĂȘtre prĂ©cĂ©dĂ©e dâune mise en demeure avec dĂ©lai, puis prononcĂ©e par Ă©crit et motivĂ©e car elle constitue une mesure individuelle dĂ©favorable.
- Les pĂ©nalitĂ©s forfaitaires contractuelles peuvent ĂȘtre infligĂ©es sans justification dâun prĂ©judice, alors que les dommages et intĂ©rĂȘts exigent des prĂ©judices et visent une rĂ©paration intĂ©grale.
- Les sanctions coercitives consistent à faire exécuter le contrat à la place du cocontractant défaillant, soit par substitution directe soit via un tiers, toujours aux frais du partenaire défaillant.
- Le cocontractant ne peut en principe pas se libĂ©rer par exception dâinexĂ©cution comme en droit privĂ©, et mĂȘme la faute de lâadministration nâexonĂšre pas son obligation dâexĂ©cuter, sauf force majeure.
đĄ Astuce mĂ©mo
Mise en demeure puis sanction écrite et motivée : FD = Défense + Feuille (par écrit).
đ 12. ContrĂŽle de lĂ©galitĂ© et responsabilitĂ©
đ Notions clĂ©s & DĂ©finitions
- ContrĂŽle de lĂ©galitĂ© interne : Le contrĂŽle de lĂ©galitĂ© interne dĂ©signe la vĂ©rification rĂ©alisĂ©e par lâadministration sur ses propres dĂ©cisions avant un Ă©ventuel contrĂŽle juridictionnel.
- CompĂ©tence liĂ©e : La compĂ©tence liĂ©e correspond aux situations oĂč lâadministration nâa pas de choix, si bien que sa dĂ©cision doit sâimposer dĂšs lors que les conditions lĂ©gales sont rĂ©unies.
- Pouvoir discrĂ©tionnaire : Le pouvoir discrĂ©tionnaire est la libertĂ© laissĂ©e Ă lâadministration pour choisir entre plusieurs solutions lĂ©galement possibles, ce qui influence lâintensitĂ© du contrĂŽle du juge.
- ContrĂŽle restreint : Le contrĂŽle restreint est un contrĂŽle oĂč le juge ne censure, en pratique, que les erreurs manifestes dâapprĂ©ciation.
- Bilan coĂ»t-avantage : Le bilan coĂ»t-avantage est une mĂ©thode de contrĂŽle de lâutilitĂ© publique, apprĂ©ciant si les avantages dâun projet dĂ©passent ses inconvĂ©nients.
đ Points essentiels
- Quand une dĂ©cision est contestĂ©e, le juge module lâintensitĂ© de son contrĂŽle selon que le droit laisse une marge plus ou moins large Ă lâadministration.
- En compétence liée, le juge peut neutraliser des critiques sur la qualification en validant la décision par substitution de motifs de droit ou en déclarant certains moyens inopérants.
- Dans certains domaines sensibles, le juge nâexerce quâun contrĂŽle de lâerreur manifeste dâapprĂ©ciation (contrĂŽle restreint), sans sâimmiscer dans lâopportunitĂ© du choix administratif.
- Pour lâexpropriation, lâutilitĂ© publique peut ĂȘtre apprĂ©ciĂ©e par un bilan coĂ»t-avantage, avec lâidĂ©e quâun projet est dâutilitĂ© publique sâil prĂ©sente plus dâavantages que dâinconvĂ©nients.
- La responsabilitĂ© de lâadministration suppose notamment lâexistence dâun lien de causalitĂ©, prĂ©sentĂ© comme plus exigeant que le droit civil, avec une prise en compte stricte des causes Ă©trangĂšres.
- En matiĂšre de responsabilitĂ© pour faute, la faute peut ĂȘtre facilitĂ©e par des prĂ©somptions jurisprudentielles, et lâexigence de faute lourde apparaĂźt comme un seuil particulier dans certains domaines.
đĄ Astuce mĂ©mo
Niveau de contrĂŽle = marge de lâadministration : liĂ©e â contrĂŽle âresserrĂ©â, discrĂ©tionnaire â contrĂŽle modulĂ©, souvent restreint par lâerreur manifeste, et parfois maximum via bilan coĂ»t-avantage.
đ
RepĂšres chronologiques
| Date | ĂvĂ©nement |
|---|
| 3 novembre 1997 | JP Million et Marais : rapprochement service public français et droit de la concurrence |
| 29 juin 1993 | Loi Sapin : mise en concurrence dans les délégations de service public |
| 1er avril 2016 | Entrée en vigueur de la réforme (code de la commande publique pour les contrats) |
| 29 mars 1951 | CE Benjamin : principe de nécessité/proportionnalité des mesures de police |
| 12 juillet 2004 | Loi du 12 avril 2000 (contradictoire, motivations) â repĂšre de rĂ©gime procĂ©dural |
| 27 novembre 1952 | TC Préfet de la Guyane : frontiÚre service public judiciaire/organisation et compétence |
| 21 mars 2016 | CE Fairvesta et CE Numéricable : recours contre actes de droit souple à effets notables |
đ Tableaux de synthĂšse
SPA vs SPIC (logique de qualification)
| CritÚres | SPA (tendance) | SPIC (tendance) | Conséquence |
|---|
| Objet/désintéressement | Prestations désintéressées | Prestations payantes type activité économique | Droit applicable selon qualification |
| Financement/usagers | Taxe (logique fiscale) | ReDevance liĂ©e Ă lâusage | Indice dĂ©cisif en pratique |
| Organisation/techniques | Techniques administratives | Techniques commerciales | Influence sur le contentieux |
| Juridiction (principe) | Souvent juge administratif | Souvent juge judiciaire | Mais articulation possible selon actes en cause |
â ïž PiĂšges & confusions frĂ©quents
- Confondre service public et simple activitĂ© dâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral : en plus de lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral, il faut un contrĂŽle Ă©troit par une personne publique.
- Croire que lâexistence dâun gestionnaire privĂ© suffit Ă exclure le service public : il faut raisonner par rattachement organique et faisceau dâindices.
- MĂ©langer la distinction SPA/SPIC avec la seule nature « dĂ©sintĂ©ressĂ©e vs rentable » : lâobjet, le financement et lâorganisation se croisent et la qualification peut varier selon les circonstances.
- Assimiler toutes les circulaires Ă des actes attaquables : la circulaire interprĂ©tative/peu impĂ©rative ne fait pas grief, tandis que la circulaire rĂ©glementaire impĂ©rative peut ĂȘtre contestĂ©e.
- Penser que tout vice de procĂ©dure dâavis entraĂźne automatiquement lâannulation : le juge exige quâil soit substantiel et apprĂ©ciation de lâinfluence rĂ©elle.
- Oublier que lâautoritĂ© nâa pas une libertĂ© totale en police administrative : les mesures doivent ĂȘtre nĂ©cessaires et proportionnĂ©es (la libertĂ© est la rĂšgle, la restriction lâexception).
- Croire que lâexception « acte de gouvernement » est simple : elle sâapprĂ©cie Ă partir de lâabsence de fonction dâadministrer et de la zone gouvernante (international/rapports constitutionnels).
â
Checklist Examen
- Identifier la finalitĂ© du droit administratif : prestations dâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral (mission de service public) et maintien de lâordre public.
- Expliquer les deux conditions du service public : activitĂ© dâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral + contrĂŽle dâune personne publique (rattachement organique Ă©troit via faisceau dâindices).
- Reconstituer la méthode SPA/SPIC : comparer objet, financement (redevance/taxe) et organisation/techniques, puis en déduire le droit applicable et les limites de la compétence juridictionnelle.
- ConnaĂźtre la grille ECA (Ă©galitĂ©/continuitĂ©/adaptabilitĂ©) et savoir relier continuitĂ© Ă lâamĂ©nagement du droit de grĂšve (service minimum, proportionnalitĂ©).
- Distinguer police administrative gĂ©nĂ©rale vs spĂ©ciale : finalitĂ© couverte et principe dâexclusivitĂ©, tout en admettant lâurgence/cas de carence comme exception.
- Distinguer police administrative vs police judiciaire : raisonner par finalitĂ©s/intention (prĂ©venir vs rĂ©primer), et comprendre lâenchaĂźnement possible des deux polices.
- Qualifier les actes administratifs unilatéraux : caractÚre décisoire/normateur, opposer circulaires (interprétative vs réglementaire, impérativité) et droit souple à effets notables (recours).
- MaĂźtriser les actes non dĂ©cisoires : acte prĂ©paratoire/avis/mesure dâordre intĂ©rieur et le principe que seuls certains actes font grief (effet sur la situation du requĂ©rant).
- Expliquer la compétence et la procédure : rÚgles de compétence (parallélisme, investiture) et procédures consultatives (avis conforme, vice substantiel).
- Savoir lâenchaĂźnement publication/opposabilitĂ©/applicabilitĂ© : publicitĂ© pour opposabilitĂ©, entrĂ©e en vigueur au lendemain en principe, interdiction de rĂ©troactivitĂ© sauf loi/urgence.
- Pour les contrats : distinguer contrat administratif (critÚres organique + mission) et régler les types de recours (référé précontractuel vs référé contractuel) avant/aprÚs signature.
- Pour la responsabilitĂ© : exposer causalitĂ© (plus stricte en apparence), rĂŽle des causes Ă©trangĂšres/forces majeures et diffĂ©rence responsabilitĂ© pour faute vs sans faute (risque/rupture dâĂ©galitĂ©).
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