Revision sheet: Introduction aux sciences criminelles

Plan du Cours

  1. Objet des sciences criminelles
  2. Définition étroite et large du crime
  3. Texte d’incrimination et dĂ©viance
  4. Peine comme critùre d’identification
  5. Statistiques criminelles et criminalité mesurée
  6. Résultats statistiques et variations de la délinquance
  7. Approches dynamique et statique des données
  8. Origines du droit pénal : vengeance et justice
  9. Droit pĂ©nal de l’Ancien rĂ©gime et peines
  10. Déclaration de 1789 et code pénal de 1791
  11. Codification napoléonienne et code pénal de 1810
  12. Principe de légalité criminelle et classification tripartite

1. Objet des sciences criminelles

Notions clés & Définitions

  • Sciences criminelles : Les sciences criminelles sont des disciplines qui Ă©tudient le crime au sens large, donc l’ensemble des infractions pĂ©nales.
  • Crime au sens Ă©troit : Le crime au sens strict dĂ©signe une catĂ©gorie d’infractions pĂ©nales parmi les plus graves, identifiĂ©e notamment par la peine encourue.
  • Crime au sens large : Le crime au sens large correspond Ă  toute infraction pĂ©nale, ce qui Ă©largit l’objet des sciences criminelles Ă  l’ensemble des infractions.
  • Infraction : L’infraction est un fait contraire Ă  l’ordre social, prĂ©vu par un texte de loi, et sanctionnĂ© par une peine.
  • Ordre social : L’ordre social est l’ensemble des rĂšgles nĂ©cessaires au bon fonctionnement de la sociĂ©tĂ©, que le droit pĂ©nal protĂšge en sanctionnant certaines atteintes.

Points essentiels

  • Les sciences criminelles existent au pluriel car elles sont multiples, mais elles partagent toutes le mĂȘme objet : le crime.
  • La dĂ©finition Ă©troite du crime renvoie Ă  une catĂ©gorie d’infractions, ce qui limiterait l’objet aux infractions les plus graves.
  • La dĂ©finition large du crime assimile le crime Ă  toute infraction pĂ©nale, ce qui est la dĂ©finition retenue pour les sciences criminelles.
  • Une infraction se reconnaĂźt par trois traits : fait contraire Ă  l’ordre social, fait prĂ©vu par la loi, fait puni par une peine.
  • Le droit pĂ©nal protĂšge surtout des valeurs sociales jugĂ©es essentielles par la sociĂ©tĂ©, ce qui explique son orientation vers l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral.
  • L’ordre pĂ©nal se distingue de l’ordre religieux et de l’ordre moral : un comportement contraire Ă  la religion ou Ă  la morale n’est pas automatiquement une infraction pĂ©nale.

Astuce mémo

Crime = Infraction (au sens large) : 3 critĂšres = Ordre social + Loi + Peine.

2. Définition étroite et large du crime

Notions clés & Définitions

  • Peine : La peine est le critĂšre qui permet d’identifier une infraction comme relevant du droit pĂ©nal plutĂŽt que d’une autre branche du droit.
  • Infraction pĂ©nale : L’infraction pĂ©nale est un comportement interdit dont la sanction (peine) est prĂ©vue par un texte de loi.
  • Peine privative de libertĂ© : La peine privative de libertĂ© est une catĂ©gorie de peines qui retire au condamnĂ© une partie de sa libertĂ©, notamment en matiĂšre dĂ©lictuelle.
  • Peine criminelle : Les peines criminelles regroupent la rĂ©clusion et la dĂ©tention criminelle, applicables aux infractions qualifiĂ©es de crimes.
  • VariabilitĂ© du crime : La variabilitĂ© du crime dĂ©signe le fait que la qualification pĂ©nale peut changer selon le temps et selon l’espace.

Points essentiels

  • La peine sert de critĂšre d’identification : sans peine prĂ©vue par la loi, la sanction ne relĂšve pas de l’éventail des peines pĂ©nales.
  • Une infraction exige une incrimination et une peine prĂ©vues par une loi, pas seulement l’interdiction du comportement.
  • Si la peine prĂ©vue par le texte fixe un maximum, le juge peut prononcer une peine infĂ©rieure (peine prononcĂ©e).
  • En matiĂšre dĂ©lictuelle, l’emprisonnement est une peine privative de libertĂ©, tandis que la rĂ©clusion et la dĂ©tention criminelle sont des peines criminelles.
  • Le crime est variable : ce qui Ă©tait une infraction peut cesser de l’ĂȘtre (dĂ©pĂ©nalisation) et l’inverse peut survenir (pĂ©nalisation).
  • La variabilitĂ© s’observe dans le temps et dans l’espace, car chaque sociĂ©tĂ© protĂšge ses valeurs et peut les redĂ©finir.

Astuce mémo

Peine = filtre pĂ©nal : Pas de peine lĂ©gale → pas d’infraction pĂ©nale.

3. Texte d’incrimination et dĂ©viance

Notions clés & Définitions

  • Droit pĂ©nal gĂ©nĂ©ral : Le droit pĂ©nal gĂ©nĂ©ral regroupe les rĂšgles communes qui s’appliquent Ă  l’infraction en gĂ©nĂ©ral, avant d’entrer dans les infractions particuliĂšres.
  • Droit pĂ©nal spĂ©cial : Le droit pĂ©nal spĂ©cial Ă©tudie les infractions une par une, avec leurs conditions et leurs rĂ©gimes propres.
  • PĂ©nologie : La pĂ©nologie est l’étude des peines, incluant le droit de la peine, son exĂ©cution et les logiques de dĂ©veloppement de la peine.
  • ProcĂ©dure pĂ©nale : La procĂ©dure pĂ©nale regroupe les rĂšgles de mise en Ɠuvre du droit pĂ©nal, de l’enquĂȘte Ă  l’instruction puis au jugement.
  • Criminologie : La criminologie Ă©tudie le crime pour expliquer le phĂ©nomĂšne criminel et proposer des rĂ©ponses face Ă  la criminalitĂ© ou Ă  la dĂ©linquance.

Points essentiels

  • Le droit pĂ©nal gĂ©nĂ©ral traite l’infraction au singulier, tandis que le droit pĂ©nal spĂ©cial traite les infractions au particulier.
  • Le droit pĂ©nal spĂ©cial inclut des exemples d’infractions intentionnelles et non intentionnelles comme le meurtre et l’homicide non intentionnel.
  • La pĂ©nologie couvre Ă  la fois le droit de la peine et l’exĂ©cution, ainsi que la science pĂ©nitentiaire et le dĂ©veloppement de la peine.
  • La procĂ©dure pĂ©nale organise les Ă©tapes procĂ©durales : enquĂȘtes policiĂšres, instruction judiciaire et phase de jugement.
  • Le droit pĂ©nal des mineurs regroupe les rĂšgles applicables aux moins de 18 ans, avec un double angle auteurs et victimes.
  • Le CJPM (art L11-1) pose que les mineurs ne sont pĂ©nalement responsables que s’ils sont capables de discernement, avec prĂ©somption simple dĂšs 13 ans et prĂ©somption de non-discernement avant 13 ans.

Astuce mémo

GĂ©nĂ©ral = rĂšgles communes, SpĂ©cial = infractions une par une ; ProcĂ©dure = du terrain au juge ; PĂ©nologie = la peine ; Mineurs = discernement d’abord.

4. Peine comme critùre d’identification

Notions clés & Définitions

  • Peine pĂ©nale : La peine pĂ©nale est la sanction prononcĂ©e par une juridiction Ă  la suite d’une condamnation pĂ©nale.
  • CriminalitĂ© rĂ©elle : La criminalitĂ© rĂ©elle correspond au nombre total d’infractions effectivement commises, qu’elles soient dĂ©tectĂ©es ou non.
  • CriminalitĂ© apparente : La criminalitĂ© apparente correspond au nombre d’infractions effectivement constatĂ©es par les services de police et de gendarmerie.
  • CriminalitĂ© lĂ©gale : La criminalitĂ© lĂ©gale correspond au nombre d’infractions poursuivies devant une juridiction et ayant abouti Ă  une condamnation pĂ©nale.
  • Chiffre noir de la dĂ©linquance : Le chiffre noir dĂ©signe l’écart entre la criminalitĂ© rĂ©elle et la criminalitĂ© apparente, liĂ© aux infractions non dĂ©tectĂ©es ou non enregistrĂ©es.

Points essentiels

  • Les statistiques criminelles ne mesurent pas directement le phĂ©nomĂšne criminel : elles mesurent surtout l’activitĂ© des services concernĂ©s.
  • La criminalitĂ© rĂ©elle est supĂ©rieure Ă  la criminalitĂ© apparente car toutes les infractions commises ne sont pas dĂ©tectĂ©es.
  • La criminalitĂ© lĂ©gale est infĂ©rieure Ă  la criminalitĂ© rĂ©elle et Ă  la criminalitĂ© apparente car toutes les affaires dĂ©tectĂ©es ne se terminent pas par une condamnation.
  • Le chiffre noir varie selon la dĂ©tectabilitĂ© des infractions et selon le taux de dĂ©nonciation.
  • Le coefficient multiplicateur reliant criminalitĂ© apparente et criminalitĂ© rĂ©elle est considĂ©rĂ© comme quasi impossible Ă  Ă©tablir car il faudrait connaĂźtre la criminalitĂ© rĂ©elle.
  • Les sociologues parlent de « re-portabilitĂ© » pour dĂ©crire la variation du taux de dĂ©nonciation selon le type d’infraction et la situation de la victime.

Astuce mémo

Réel > Apparent > Légal ; le « noir » explique le trou entre Réel et Apparent.

5. Statistiques criminelles et criminalité mesurée

Notions clés & Définitions

  • Chiffre gris de la dĂ©linquance : Le chiffre gris correspond aux infractions non enregistrĂ©es dans les statistiques parce que les plaintes ne sont pas prises en compte ou sont refusĂ©es.
  • ManƓuvre du sac de pommes : La technique du sac de pommes dĂ©crit une manipulation des statistiques Ă  la hausse en comptant plusieurs faits Ă  partir d’un mĂȘme Ă©vĂ©nement initial.
  • Chiffres manipulĂ©s Ă  la baisse : La manipulation Ă  la baisse consiste Ă  rĂ©duire artificiellement les statistiques en omettant des infractions constatĂ©es ou dĂ©noncĂ©es.
  • Taux d’élucidation : Le taux d’élucidation mesure la part des affaires rĂ©solues, ce qui peut influencer la maniĂšre dont certaines affaires sont enregistrĂ©es ou qualifiĂ©es.
  • EnquĂȘtes de victimation : Les enquĂȘtes de victimation interrogent des personnes sur les infractions subies, pour complĂ©ter les donnĂ©es issues des plaintes et signalements officiels.

Points essentiels

  • Les statistiques criminelles reflĂštent surtout l’activitĂ© des services de justice, police et gendarmerie, donc pas directement la criminalitĂ© rĂ©elle.
  • Les erreurs de saisie peuvent produire des inexactitudes, mais des manipulations volontaires peuvent aussi fausser les chiffres.
  • Le refus de dĂ©poser plainte s’accompagne souvent d’une main courante, qui ne figure pas dans les statistiques.
  • Les qualifications juridiques peuvent ĂȘtre ajustĂ©es selon la gravitĂ© (dĂ©lit/crime vs contravention), ce qui modifie la prĂ©sence dans les statistiques.
  • Quand les chiffres baissent, une explication possible est la sous-dĂ©nonciation ou la moindre prise en compte des plaintes, pas forcĂ©ment une baisse rĂ©elle.
  • Quand les chiffres augmentent, l’hypothĂšse la plus Ă©vidente est une hausse rĂ©elle, mais cela peut aussi traduire une hausse des dĂ©nonciations (#MeToo, #Balancetonporc).

Astuce mémo

Chiffre gris = Gris = plaintes non enregistrĂ©es ; Sac de pommes = on compte plusieurs fois pour gonfler l’élucidation.

6. Résultats statistiques et variations de la délinquance

Notions clés & Définitions

  • DĂ©linquance apparente : La dĂ©linquance apparente correspond aux infractions repĂ©rĂ©es et enregistrĂ©es par les institutions, donc elle ne reflĂšte pas forcĂ©ment la criminalitĂ© rĂ©elle.
  • Approche dynamique : L’approche dynamique compare la dĂ©linquance entre deux Ă©poques diffĂ©rentes sur un mĂȘme territoire.
  • Approche statique : L’approche statique dĂ©crit comment la dĂ©linquance se rĂ©partit dans une population donnĂ©e Ă  une Ă©poque donnĂ©e.
  • Civilisation des mƓurs : La civilisation des mƓurs dĂ©signe un processus de normes sociales plus encadrantes qui canalise la violence et modifie la nature des infractions.
  • DĂ©linquant type : Le dĂ©linquant type est le profil le plus souvent observĂ© dans les statistiques, notamment parce que la surveillance et la visibilitĂ© des faits varient.

Points essentiels

  • Les statistiques dĂ©crivent une dĂ©linquance propre Ă  chaque sociĂ©tĂ©, car les formes d’infractions dĂ©pendent du contexte social et Ă©conomique.
  • L’approche dynamique distingue 4 grandes pĂ©riodes marquĂ©es par des ruptures dans l’évolution de la dĂ©linquance.
  • Au Moyen Âge (jusqu’à fin XVIIIe), la violence est dominante et les atteintes aux biens sont relativement faibles.
  • Au XVIe siĂšcle, on estime entre 100 et 150 homicides pour 100 000 habitants par an, contre environ 1,5% d’homicides pour 100 000 habitants aujourd’hui (hors terrorisme).
  • La baisse de la violence aprĂšs la fin du Moyen Âge ne signifie pas une baisse globale : elle s’accompagne d’un dĂ©placement vers les infractions contre les biens.
  • Au XIXe siĂšcle (1800-1945), la criminalitĂ© augmente globalement, notamment avec la croissance de la population, l’essor du droit pĂ©nal et la montĂ©e des moyens policiers et des techniques d’enquĂȘte jusqu’à identifier plus

Astuce mémo

Violence→Biens : quand les mƓurs se civilisent, la violence baisse mais la dĂ©linquance change de forme.

7. Approches dynamique et statique des données

Notions clés & Définitions

  • Approche statique : Approche qui dĂ©crit la dĂ©linquance Ă  un moment donnĂ©, en s’appuyant sur des rĂ©partitions par Ăąge ou par catĂ©gories d’auteurs.
  • Approche dynamique : Approche qui cherche Ă  expliquer l’évolution et les causes du phĂ©nomĂšne criminel, pour relier faits et changements dans le temps.
  • RĂ©partition par Ăąge : Notion qui classe la dĂ©linquance selon l’ñge de l’auteur afin d’identifier les pĂ©riodes oĂč les infractions sont les plus frĂ©quentes.
  • Libre arbitre : Notion selon laquelle les individus agissent de façon choisie, avec la capacitĂ© de discerner le bien du mal et d’arbitrer.
  • DĂ©terminisme : Notion selon laquelle les individus ne sont pas libres de leurs actes et sont conduits Ă  commettre des infractions par des facteurs.

Points essentiels

  • Les statistiques montrent une faible dĂ©linquance avant 10 ans, puis un fort niveau chez les 18-25 ans.
  • Le niveau reste Ă©levĂ© jusqu’à 35 ans, puis diminue Ă  partir de 40 ans, et devient faible chez les seniors.
  • Le dĂ©linquant type est dĂ©crit comme un homme relativement jeune, et la sortie de la dĂ©linquance est liĂ©e Ă  la vie familiale et au travail.
  • Chez les mineurs, les vols et recels sont frĂ©quents, et les violences volontaires sont plus nombreuses que chez les majeurs.
  • Les mineurs sont plus impliquĂ©s dans les viols et agressions sexuelles que les majeurs, avec 4,5% contre 1,5% selon les chiffres donnĂ©s.
  • Le texte oppose deux explications du phĂ©nomĂšne criminel : libre arbitre (acte de volontĂ©) et dĂ©terminisme (facteurs endogĂšnes/exogĂšnes).

Astuce mémo

Âge→courbe : <10 bas, 18-25 haut, ~35 encore haut, ≄40 baisse, seniors bas.

8. Origines du droit pénal : vengeance et justice

Notions clés & Définitions

  • Vengeance privĂ©e : SystĂšme pĂ©nal oĂč la rĂ©action Ă  un crime relĂšve de personnes privĂ©es, sans encadrement Ă©tatique ni limitation de l’escalade.
  • Justice privĂ©e : SystĂšme pĂ©nal oĂč la rĂ©action Ă  un crime reste une vengeance, mais encadrĂ©e par des rĂšgles juridiques (dĂ©lais, gravitĂ©, Ă©quivalence).
  • Justice publique : SystĂšme pĂ©nal oĂč l’État et ses reprĂ©sentants canalisent la rĂ©action au crime, en remplaçant la victime par des acteurs publics.
  • Wergeld : RĂ©paration pĂ©cuniaire prĂ©vue dans certaines sociĂ©tĂ©s germaniques pour les infractions les moins graves, quand la vengeance est interdite.
  • Droit pĂ©nal de l’Ancien rĂ©gime : PĂ©riode oĂč le droit pĂ©nal est marquĂ© par la fonction punitive et rĂ©tributive, liĂ©e Ă  l’idĂ©e de libre arbitre et Ă  la sĂ©vĂ©ritĂ© des peines.

Points essentiels

  • Le droit pĂ©nal se construit en trois phases : vengeance privĂ©e, justice privĂ©e, puis justice publique, qui apparaĂźt quand l’État organise une justice publique.
  • Dans la vengeance privĂ©e, la rĂ©action n’est pas canalisĂ©e : il n’y a pas de limitation, ce qui favorise une escalade de vengeances.
  • La vengeance privĂ©e peut ĂȘtre individuelle (victime ou chef de famille) ou collective (groupe de la victime), et viser l’auteur ou son groupe.
  • La justice privĂ©e canalise la vengeance par des rĂšgles : prescription, interdiction de l’escalade, distinction selon la gravitĂ©, et principe d’équivalence (ex. Talion).
  • Dans la justice publique, la rĂ©action est portĂ©e par des acteurs publics : seigneurs puis Église (droit canon), avant la justice royale qui fait Ă©merger le procureur au XIIIe-XIVe siĂšcle.
  • Le procureur reprĂ©sente les intĂ©rĂȘts de la sociĂ©tĂ© et se substitue Ă  la victime dans la sauvegarde des valeurs.

Astuce mémo

Vengeance → privĂ©e (sans frein) ; Justice privĂ©e → canalisĂ©e (dĂ©lais/gravitĂ©/Talion) ; Justice publique → État (procureur).

9. Droit pĂ©nal de l’Ancien rĂ©gime et peines

Notions clés & Définitions

  • Calcul coĂ»t/avantage : Notion de rationalitĂ© pĂ©nale selon laquelle un individu compare le coĂ»t de l’infraction et l’avantage attendu avant d’agir.
  • PrĂ©vention spĂ©ciale : Notion de prĂ©vention oĂč la peine vise l’individu concernĂ© pour qu’il s’abstienne puis, s’il rĂ©cidive, qu’il ne recommence.
  • PrĂ©vention gĂ©nĂ©rale : Notion de prĂ©vention oĂč la peine doit dissuader l’ensemble de la population en servant d’exemple.
  • Principe de lĂ©galitĂ© : Principe selon lequel la loi fixe les incriminations et les peines, et le juge ne fait que les appliquer sans crĂ©er de rĂšgles.
  • Peines fixes : SystĂšme oĂč le lĂ©gislateur fixe Ă  l’avance une peine prĂ©cise et le juge doit la prononcer strictement identique.

Points essentiels

  • La logique de dissuasion repose sur l’idĂ©e que modifier le rapport coĂ»t/avantage peut empĂȘcher l’infraction avant qu’elle ne soit commise.
  • La prĂ©vention spĂ©ciale vise l’abstention de l’individu exposĂ© Ă  la peine, puis la non-rĂ©cidive aprĂšs condamnation.
  • La prĂ©vention gĂ©nĂ©rale vise toute la population, avec une peine prĂ©sentĂ©e comme exemple sans cruautĂ© inutile.
  • La peine doit rester nĂ©cessaire et proportionnĂ©e Ă  la gravitĂ© des faits, pour Ă©viter une rĂ©pression excessive.
  • La DDHC consacre la lĂ©galitĂ© via l’idĂ©e que nul ne peut ĂȘtre puni sans loi antĂ©rieure et promulguĂ©e.
  • La DDHC consacre aussi la proportionnalitĂ© en exigeant des peines strictement et Ă©videmment nĂ©cessaires.

Astuce mémo

CoĂ»t/avantage → dissuasion; SpĂ©ciale = toi; GĂ©nĂ©rale = tous.

10. Déclaration de 1789 et code pénal de 1791

Notions clés & Définitions

  • DĂ©claration de 1789 : DĂ©claration fondatrice de la RĂ©volution française qui sert de rĂ©fĂ©rence aux principes de droit et de libertĂ© en matiĂšre pĂ©nale.
  • Code pĂ©nal de 1791 : Code pĂ©nal issu de la RĂ©volution française qui marque une Ă©tape de codification et d’organisation de la rĂ©pression.
  • ResponsabilitĂ© morale : IdĂ©e selon laquelle la rĂ©pression pĂ©nale repose sur la libertĂ© de choix de l’auteur et sur sa capacitĂ© Ă  comprendre ses actes.
  • Libre arbitre : ThĂšse selon laquelle les individus peuvent choisir en connaissance de cause, ce qui fonde la responsabilitĂ© pĂ©nale.

Points essentiels

  • Le dĂ©terminisme rompt avec les explications anciennes en prĂ©sentant le crime comme le rĂ©sultat de causes qui dĂ©terminent l’action.
  • La sociologie criminelle de Ferri (juriste, 1856-1929) dĂ©fend le dĂ©terminisme et critique Lombroso pour avoir trop Ă©cartĂ© les facteurs sociaux et exogĂšnes.
  • Ferri classe les criminels en cinq catĂ©gories : aliĂ©nĂ©s, d’habitude, d’occasion, passionnels, nĂ©s.
  • Les positivistes italiens justifient la peine par le danger et promeuvent des mesures de sĂ»retĂ© (emprisonnement Ă  titre de sĂ»retĂ©, hospitalisation forcĂ©e), y compris avant l’infraction.
  • L’école de la dĂ©fense sociale (Adolphe Prins, 1845-1919) rejette le dĂ©terminisme : la sociĂ©tĂ© est protĂ©gĂ©e par une peine visant resocialisation et prĂ©vention des rĂ©cidives.
  • L’école de la dĂ©fense sociale nouvelle (Marc Ancel, ouvrage en 1954) modernise l’approche : la peine doit ĂȘtre tournĂ©e vers l’avenir et adaptĂ©e Ă  la personnalitĂ© via un dossier de personnalitĂ© (famille, travail, etc.).

Astuce mémo

DĂ©terminisme → danger → sĂ»retĂ© (Ferri/positivistes) ; Libre arbitre → resocialisation → dĂ©fense sociale (Prins/Ancel).

11. Codification napoléonienne et code pénal de 1810

Notions clés & Définitions

  • Chemin du crime inter crimis : Notion dĂ©crivant que l’infraction se dĂ©roule par Ă©tapes successives avant d’ĂȘtre pleinement rĂ©alisĂ©e.
  • RĂ©solution criminelle : Notion dĂ©signant le moment oĂč l’auteur envisage de commettre une infraction, sans intervention pĂ©nale en principe.
  • ExtĂ©riorisation de la pensĂ©e criminelle : Notion correspondant au fait de manifester l’intention criminelle par des actes comme des propos ou des Ă©crits, avec des exceptions en matiĂšre de menaces.
  • Commencement d’exĂ©cution : Notion marquant le passage Ă  l’acte oĂč l’infraction entre dans sa phase de commission, ouvrant la rĂ©pression au titre de la tentative.
  • Infraction pĂ©nale : Notion dĂ©signant un comportement contraire Ă  l’ordre social, prĂ©vu par la loi et sanctionnĂ© par une peine.

Points essentiels

  • Le droit pĂ©nal intervient surtout aux Ă©tapes du commencement d’exĂ©cution et de la consommation de l’infraction.
  • Le droit pĂ©nal contemporain anticipe la rĂ©pression en incriminant davantage des comportements situĂ©s avant le commencement d’exĂ©cution.
  • L’association de malfaiteurs est prĂ©vue Ă  l’art 460-1 du code pĂ©nal et vise la prĂ©paration de crimes ou dĂ©lits par plusieurs personnes, avec une peine d’au moins 5 ans d’emprisonnement.
  • Les mesures de sĂ»retĂ© visent Ă  protĂ©ger la sociĂ©tĂ© contre des individus considĂ©rĂ©s comme dangereux, sans avoir vocation Ă  punir.
  • La pĂ©riode de sĂ»retĂ© prolonge l’isolement effectif : une peine de 20 ans avec une pĂ©riode de sĂ»retĂ© de 15 ans empĂȘche une libĂ©ration avant 15 ans.
  • La mesure judiciaire de prĂ©vention terroriste (loi du 3 juillet 2021, art 706-25 CPP) s’applique aprĂšs l’exĂ©cution d’une peine privative de libertĂ© pour infraction terroriste et vise une prise en charge pour la rĂ©inser-;

Astuce mémo

Inter crimis = Intention → ExtĂ©riorisation → PrĂ©paration → ExĂ©cution (tentative) → Consommation (rĂ©pression).

12. Principe de légalité criminelle et classification tripartite

Notions clés & Définitions

  • Principe de lĂ©galitĂ© criminelle : Principe selon lequel une infraction et sa peine doivent ĂȘtre fondĂ©es sur un texte prĂ©existant, applicable au moment des faits.
  • LĂ©galitĂ© formelle : Composante de la lĂ©galitĂ© criminelle qui exige que l’infraction et la peine reposent sur un texte, sans exiger au dĂ©part une qualitĂ© particuliĂšre de rĂ©daction.
  • LĂ©galitĂ© matĂ©rielle : Composante de la lĂ©galitĂ© criminelle qui impose des qualitĂ©s au texte pĂ©nal pour qu’il soit comprĂ©hensible, accessible et prĂ©visible.
  • InterprĂ©tation stricte de la loi pĂ©nale : Principe qui encadre le pouvoir du juge pĂ©nal en limitant son interprĂ©tation pour Ă©viter d’étendre ou de restreindre la portĂ©e de la loi.
  • Non rĂ©troactivitĂ© in pejus : RĂšgle selon laquelle une loi pĂ©nale plus sĂ©vĂšre ne s’applique pas aux faits commis avant son entrĂ©e en vigueur.

Points essentiels

  • La lĂ©galitĂ© criminelle s’inscrit dans la hiĂ©rarchie des normes et se retrouve Ă  tous les niveaux (constitutionnel, supranational et lĂ©gislatif).
  • La valeur constitutionnelle est rattachĂ©e aux articles 5 et 8 de la DDHC de 1789, et la valeur lĂ©gislative aux articles 111-2 et 111-3 du code pĂ©nal.
  • Au niveau supranational, le principe est prĂ©vu notamment par l’article 7 de la CEDH, l’article 11 de la DUDH, l’article 49 de la Charte de l’UE et l’article 15 du PIDCP.
  • La lĂ©galitĂ© formelle impose que les crimes et dĂ©lits soient dĂ©terminĂ©s par la loi au sens strict, conformĂ©ment Ă  l’article 34 de la Constitution et Ă  l’article 111-2 du code pĂ©nal.
  • Pour les contraventions, la loi fixe les peines (compĂ©tence lĂ©gislative) tandis que le rĂšglement dĂ©termine les contraventions et prĂ©cise la classe (compĂ©tence rĂ©glementaire).
  • Les contraventions sont classĂ©es en 5 classes et les peines d’amende sont fixĂ©es par la loi, avec 1500 € pour la 5e classe et 750 € pour la 4e classe (art. 131-13 CP).

Astuce mémo

Formelle = texte qui existe ; MatĂ©rielle = texte lisible et prĂ©visible ; Contraventions = loi pour l’amende, rĂšglement pour l’interdit.

RepĂšres chronologiques

DateÉvĂ©nement
1750 av JCCode d’Hammourabi (plus ancien texte de droit pĂ©nal retrouvĂ©)
13e siĂšcleDĂ©but de la justice publique (seigneurs puis Église, puis justice royale)
1748Montesquieu, « De l’esprit des lois » (lutte contre l’arbitraire des juges)
1764Bécaria, « le traité des délits et des peines » (peine nécessaire/proportionnée, rapide, publique)
1789Bentham, « introduction au principe de la moral et de la législation » (utilitarisme)
1789DĂ©claration des droits de l’Homme et du citoyen (articles 5 et 8)
1791Code pénal de 1791 (peines fixes, humanisation relative)
1801Portalis, discours préliminaire du premier code civil (idée de texte formel et préexistant)
1804Code civil (vague de codification napoléonienne)
1810Code pénal de 1810 (peine entre un maximum et un minimum)

Tableaux de synthĂšse

Définitions : crime étroit vs crime large

NotionDéfinitionConséquence
Crime au sens Ă©troitCatĂ©gorie d’infractions renvoyant aux infractions les plus gravesObjet des sciences criminelles serait limitĂ© aux infractions les plus graves
Crime au sens largeRenvoie Ă  toutes les infractions pĂ©nales (synonyme d’infraction)Objet des sciences criminelles : Ă©tudier en principe toutes les infractions pĂ©nales
InfractionFait contraire Ă  l’ordre social, prĂ©vu par la loi, puni par une peine3 traits caractĂ©ristiques : ordre social + loi d’incrimination + peine

SystÚmes de réaction au crime (évolution)

SystÚmeActeursCaractéristique
Vengeance privĂ©ePersonnes privĂ©es (victime/chef de famille ou groupe)RĂ©action non canalisĂ©e, pas de limitation → escalade
Justice privéePersonnes privées (victime/groupe)Vengeance canalisée par des rÚgles (délais, gravité, équivalence, wergeld)
Justice publiqueÉtat et reprĂ©sentants (seigneurs puis Église, puis justice royale/procureur)Victime remplacĂ©e par acteurs publics ; procureur sauvegarde les valeurs de la sociĂ©tĂ©

PiÚges & confusions fréquents

  1. Confondre crime au sens Ă©troit (catĂ©gorie des plus graves) et crime au sens large (synonyme d’infraction) : l’objet des sciences criminelles n’est pas limitĂ© aux seuls crimes.
  2. Croire que l’existence d’une interdiction suffit : sans texte d’incrimination et sans peine prĂ©vue, il n’y a pas d’infraction pĂ©nale.
  3. MĂ©langer ordre social, ordre religieux et ordre moral : un comportement contraire Ă  la religion ou Ă  la morale n’est pas automatiquement une infraction pĂ©nale.
  4. Penser que les statistiques mesurent la criminalitĂ© rĂ©elle : elles reflĂštent surtout la criminalitĂ© apparente/lĂ©gale et l’activitĂ© des services, Ă  cause du chiffre noir.
  5. Confondre chiffre gris et chiffre noir : le gris renvoie aux infractions non enregistrĂ©es (refus/omissions), le noir Ă  l’écart entre rĂ©el et apparent.
  6. Croire que la peine doit ĂȘtre appliquĂ©e exactement comme dans le code pĂ©nal de 1791 : c’est un systĂšme de peines fixes, alors que le code pĂ©nal de 1810 introduit un minimum/maximum.
  7. Inverser la logique de la lĂ©galitĂ© criminelle : le juge ne doit pas interprĂ©ter extensivement ou restrictivement, et la rĂ©troactivitĂ© in pejus n’est pas admise pour les lois plus sĂ©vĂšres.

Checklist Examen

  1. DĂ©finir les sciences criminelles et justifier pourquoi elles existent au pluriel (diversitĂ©) tout en ayant le mĂȘme objet (le crime).
  2. Expliquer la diffĂ©rence entre crime au sens Ă©troit et crime au sens large, puis donner la dĂ©finition de l’infraction avec ses 3 traits (ordre social, loi, peine).
  3. Présenter la variabilité du crime : donner les deux critÚres (temps et espace) et illustrer par dépénalisation/pénalisation.
  4. Distinguer droit pĂ©nal gĂ©nĂ©ral et droit pĂ©nal spĂ©cial, puis situer pĂ©nologie et procĂ©dure pĂ©nale dans l’ensemble des sciences juridiques.
  5. Expliquer le rĂŽle de la peine comme critĂšre d’identification : distinguer peine pĂ©nale, peine privative de libertĂ©, peines criminelles (rĂ©clusion/dĂ©tention criminelle) et peine prononcĂ©e (maximum vs peine effectivement).
  6. MaĂźtriser les notions de criminalitĂ© rĂ©elle, apparente et lĂ©gale, ainsi que le chiffre noir (Ă©cart rĂ©el/apparent) et la difficultĂ© d’établir un coefficient multiplicateur.
  7. Lister les limites des statistiques criminelles : erreurs de saisie, manipulations Ă  la baisse (chiffre gris), manipulations Ă  la hausse (sac de pommes) et rĂŽle des qualifications/du taux d’élucidation.
  8. Expliquer les autres instruments de mesure : enquĂȘtes d’auto-rĂ©vĂ©lation (auto-confession) et enquĂȘtes de victimation, avec leurs avantages et limites.
  9. DĂ©crire les approches dynamique et statique, puis donner les grandes pĂ©riodes d’évolution de la dĂ©linquance (au moins les repĂšres Moyen Âge→fin XVIIIe, 1800-1945, 1945-2000, 2000- aujourd’hui) et leurs tendances.
  10. PrĂ©senter la rĂ©partition de la dĂ©linquance par sexe et par Ăąge : donner le profil du dĂ©linquant type et les tendances d’ñge (faible avant 10 ans, pic 18-25, baisse aprĂšs 40).
  11. Expliquer les deux explications opposées du phénomÚne criminel (libre arbitre vs déterminisme) et distinguer facteurs endogÚnes/exogÚnes.
  12. Retracer l’origine du droit pĂ©nal en 3 phases (vengeance privĂ©e → justice privĂ©e → justice publique) et relier l’émergence du procureur Ă  la justice publique.
  13. Exposer les doctrines pénales et leurs idées centrales : utilitarisme (coût/avantage, prévention générale/spéciale), légalité criminelle (clarté/prévisibilité) et écoles (positivisme italien, défense sociale, défense de
  14. Maßtriser le principe de légalité criminelle : justification, signification (formelle/matérielle), conséquences (interprétation stricte, non rétroactivité in pejus) et la classification tripartite par la peine encourue (

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1. Pourquoi un comportement simplement dĂ©viant n’est-il pas forcĂ©ment une infraction pĂ©nale ?

2. À quoi sert une enquĂȘte de victimation ?

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Sciences criminelles — objet ?

Étude du crime au sens large.

Crime Ă©troit — dĂ©finition ?

Infractions graves identifiées par leur peine.

Crime large — dĂ©finition ?

Toute infraction pénale.

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